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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 00:09

Mamadou Billo Sy Savané, un Guinéen vivant en France, régulièrement présent dans les médias où il apporte ses critiques et suggestions sur la vie politique en Guinée, a accordé récemment une interview à notre confrère Le Lynx. Dans cette interview, il revient sur la dernière présidentielle (les conditions dans lesquelles Alpha Condé a été élu) et la situation actuelle du pays. A lire absolument…

 

Le Lynx: Quelle lecture faites-vous de la situation politique en Guinée ?

Mamadou Billo Sy Savané: Je suis en Guinée, il y a un peu plus de deux mois. La situation me parait un peu confuse dans la mesure où depuis la présidentielle, l’élection législative qui aurait pu avoir lieu au plus tard six mois, est toujours en train d’être repoussée sous différents arguments dont je ne vois pas très bien le fondement. J’ai l’impression que du point de vue politique, le président Alpha Condé veut gouverner ce pays par décret et s’il peut se passer d’une Assemblée nationale, il ne s’en plaindrait pas.

Vous voulez dire que c’est Alpha Condé qui bloque les législatives ?

Je pense que c’est monsieur Alpha Condé qui bloque les législatives, même s’il n’est pas le seul. La responsabilité finale revient à lui. Pourquoi ? Parce que c’est lui qui a la procédure légale qui permet de déclencher l’élection. Il ne le fait pas. Deuxièmement, c’est lui qui a pris l’initiative, j’emploie le mot à dessein, de tenter de falsifier la liste électorale qui lui a permis d’être élu lui-même président de la République. Quand on prend ces deux responsabilités, il est évident qu’on porte l’entièreté de la responsabilité de la situation actuelle. Même si on peut faire des critiques à certains opposants.

A votre avis quelles sont les insuffisances de l’opposition ?

J’ai bien dit que si Alpha Condé a des responsabilités sur la situation actuelle, l’opposition en a aussi. A partir du moment où le président de la République entreprend de falsifier les listes électorales, l’opposition n’avait pas seulement à multiplier les conditions qui, chaque fois que l’une est remplie, on en sort d’autres. L’opposition avait à demander simplement que la liste électorale qui avait servi à l’élection du président serve à aller aux législatives. Point ! Elle aurait dû s’en tenir à cette formule. C’est cela la vraie responsabilité de l’opposition.

L’opposition se bat pour le maintien de la SAGEM, c’est Alpha Condé qui impose Waymark…

J’ai l’impression que l’opposition ne sait pas argumenter les raisons pour lesquelles elle s’oppose au désir d’Alpha Condé. Quand on écoute les opposants, ils s’en tiennent à des arguments techniques liés au manque d’appels d’offres. Selon moi, cela ne peut pas être lié aux raisons suffisantes. Il y a des raisons beaucoup plus valables, il fallait dire tout simplement que nous ne tolérerons aucune autre liste que celle qui a été choisie pour vous faire élire président. Deuxièmement, nous exigeons que les législatives se tiennent dans le délai légalement imparti.

Il y en a qui pensent qu’il n’y aura pas de législatives dans les cinq ans, est-ce votre conviction ?

Je suis intimement persuadé que monsieur Alpha Condé n’est pas décidé à organiser une élection législative ou ne l’organisera que si elle se déroule dans les mêmes conditions que l’élection qui lui a permis de s’installer à la présidence, alors qu’il avait été éliminé de la compétition électorale dès le premier tour. J’insiste bien sur ce point, je l’ai dit, je l’ai écrit et j’ai pris même comme témoins l’ambassadeur des Etats-Unis, l’ambassadeur de France et d’autres représentants des Institutions occidentales. J’ai écrit que monsieur Alpha Condé avait été éliminé dès le premier tour de la compétition électorale.

Quelles sont vos sources ?

Je ne vais pas vous révéler mes sources, sinon elles vont avoir des problèmes. Moi, je n’ai pas de problème à vous révéler mes informations, parce que je ne dépends pas de monsieur Alpha Condé; je ne dépends pas non plus de l’Administration guinéenne. Par bonté à l’égard de ceux qui m’informent, je ne vais pas vous révéler mes sources. Mais elles sont très sûres. J’ai les mêmes sources d’information que l’ambassadeur des Etats-Unis, les mêmes que l’ambassadeur de France, pas celui qui est-là maintenant, celui qui est rentré. Le jour où eux-mêmes révéleront leurs sources, je le dirai. Mais, je ne vais pas mettre en cause le travail et la sécurité de ceux qui m’informent.

Qui devait passer au premier tour avec Cellou Dalein ?

Cellou Dalein, c’était indiscutable. C’est pour cela, ils l’ont laissé passer au premier tour. Sidya a eu entre 22% et 27% au premier tour. Alpha Condé a eu 11,58%, ils ont arrondi à 18%.

A votre avis, pourquoi c’est Cellou et Alpha et non Alpha et Sidya ou Cellou et Sidya ?

Il y a plusieurs raisons. La première est que le président de la Transition, Sékouba Konaté (El Tigre), c’est exactement celui à qui il ne fallait pas confier une transition. Pour entre autres raisons, il suffit qu’il y ait un billet de banque devant Sékouba Konaté pour qu’il commence à trembler. Il peut signer n’importe quel dossier. J’ai la certitude que d’importantes sommes d’argent ont été promises à Sékouba Konaté s’il faisait arriver Alpha Condé au deuxième tour. La question d’argent est l’une des raisons. Il y a quelques mois, le Colonel Moussa Kéïta l’avait évoqué. C’était la principale opposition entre Konaté et Dadis. Ce dernier est intéressé par le pouvoir, l’autre par l’argent. Il a vendu le premier tour à Alpha Condé.

L’autre raison, il y a eu beaucoup de pression de la part de ce qu’on appelle l’Union du mandingue “ Coordination de la Haute Guinée ”. Tous les jours, ceux qu’on appelle les sages du mandingue, étaient dans le bureau de Sékouba Konaté, pour demander qu’Alpha Condé soit au deuxième tour.

Alors pourquoi c’est Sidya qui a été sacrifié?

La raison est simple, Sidya appartient à la plus petite minorité ethnique. Les deux grandes ethnies ayant choisi d’ethniser le débat politique dès le premier tour, personne n’osait prendre le risque d’éliminer Cellou au premier tour. Parce qu’il a suffisamment de personnes qui descendraient dans la rue. Sidya ne pouvait pas avoir tant de personnes. C’est la raison qui a fait que Sékouba Konaté a préféré éliminer Sidya, bien qu’il avait plus de 22%.

Il y en a qui pensent que Cellou Dalein a été élu dès le premier tour. Quels étaient ses résultats ?

Personne ne pouvait être élu dès le premier tour, il a eu 39%. C’est déjà beaucoup. Il était très en avance, mais il ne pouvait pas être élu au premier tour. Regardons, les deux candidats avaient ethnisé le débat. C’est l’ethnie qui faisait la différence. Pensez-vous qu’il y a plus de 51% des peulhs en Guinée ? Non ! Cellou a eu 39 % au premier tour. J’ai envoyé un message à Cellou à travers un journaliste de L’Observateur, quand Sidya a été éliminé. Je lui ai dit: va dire à Cellou de ne pas croire qu’on va éliminer Sidya à son profit. Ils ont éliminé Sidya, ils ne vont pas s’arrêter en si bon chemin. Ils iront jusqu’au bout, c’est-à-dire éliminer Cellou en faveur de Alpha Condé. Je ne sais pas si j’ai été entendu ou pas, il parait que Cellou était sûr d’être élu. Alors que c’est de la naïveté de sa part.

Malgré tout, les Guinéens croyaient qu’avec Alpha, il y aurait eu le changement. A votre avis, qu’est-ce qui empêche le président de tenir ses promesses électorales ?

J’ai été un peu surpris quand même ! Je savais Alpha Condé incapable, mais je ne l’imaginais pas nul à ce point, honnêtement ! Ensuite, les Guinéens qui s’attendent à ce qu’une promesse faite par Alpha Condé soit réalisée, sont naïfs. Alpha Condé n’a fait aucune promesse. Sa campagne a consisté à dire que Sidya est corrompu, il a été premier ministre. Cellou est corrompu, il a été premier ministre. Quand je vais arriver, je vais faire un audit. Ce n’est pas un programme cela, les Guinéens ne peuvent pas dire qu’ils sont déçus. Il n’a rien promis, il est venu pour s’enrichir et il est en train de le faire.

A mon avis, nous Guinéens, nous devons avoir le courage de prendre notre destin en main. Ce pays-là est le nôtre, il n’est pas le pays d’Alpha. Alpha et ses parents ont été accueillis par nos parents et nos grands parents à nous. Il est tout à fait anormal d’abandonner notre pays dans les mains de celui dont les parents ont été accueillis par les nôtres. Nous devons diriger notre pays, nous devons porter protection et aide à Alpha Condé. Il n’a pas à être-là où il est. Il peut devenir Guinéen à condition d’avoir entrepris les démarches d’acquisition de la nationalité guinéenne.

Des dirigeants ne cessent pas de fustiger l’opposition qui manquerait de maturité et de stratégie. Est-ce votre avis ?

J’ai des critiques à formuler à l’endroit de l’opposition, mais pas à ce point. En Afrique, toutes les critiques se concentrent sur l’opposition. L’opposition est incapable, mais l’opposition ne peut que s’opposer et avec les moyens dont elle dispose. Dans les pays comme la Guinée, l’opposition n’a pas beaucoup de moyens. Je les critique, mais je leur rends hommage. Je me rappelle les journées de janvier et février 2007. On ne peut pas dire que tout cela n’est rien. En septembre 2011, l’opposition a organisé une manifestation et Alpha Condé a tiré sur deux ou trois personnes qui n’ont rien fait. On peut contester l’efficacité de certains de leurs mouvements, mais on ne peut pas dire qu’ils n’ont rien fait. Sidya et Cellou, je les trouve immatures, je dis bien ils sont immatures. Ayant été Premiers ministres, ils croient voir tout et comprendre tout. Ils se trompent. La preuve est qu’Alpha n’a jamais été Premier ministre, mais il les a coiffés au poteau. Ils n’ont pas à chercher des experts d’ailleurs. Je prétends être le plus grand expert de la Guinée, vous êtes aussi le plus grand expert de la Guinée. On peut toujours demander le soutien de l’extérieur, mais on mobilise d’abord ceux du pays qui sont capables. Je prétends que je suis aussi capable que monsieur Blaise Compaoré, même si je n’ai pas été chef d’Etat.

Un dernier mot ?

Un message d’inquiétude. Je vois que depuis qu’il est arrivé, monsieur Alpha Condé parle des contrats miniers, signe des contrats clandestins avec beaucoup d’argent. On ne sait pas par où passe cet argent. Je suis inquiet, parce que dans tous les pays du monde, partout où l’on a misé sur l’exploitation minière, cela a été une catastrophe totale, si ce pays n’était pas déjà développé. Or nous, on est un pays sous-développé ! L’exploitation minière est la catastrophe de la Guinée, ce sera le chaos si on n’y met pas fin ou si on n’y met pas un peu d’ordre. Je pense que monsieur Alpha Condé n’en est pas capable, parce que dans les mines, il y a beaucoup trop de corruption.

 

Interview réalisée par 

Abou Bakr et Th. Hassane Diallo


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Published by BanabanaNews - dans Interview
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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 15:36

 

 

Professeur Hamidou Diallo est un leader politique sénégalais vivant à Dakar où il a vu le jour, il y a 61 ans. Fils d'un père originaire de Koubia et d’une mère originaire de Timbi Madina (Pita), cet économiste, gestionnaire sorti de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) a aussi un diplôme en planification de l’IDEP (Institut des Nations Unis pour le Développement et la Planification). Depuis 2004, il dirige un parti politique dénommé le Bloc pour Renforcement Démocratie au Sénégal (BRDS). Cet intellectuel, toujours apte à défendre ses idées, est le produit de deux cultures (sénégalaise et guinéenne), certes loin de ce prototype de cadres africains aliénés et corrompus. Nous l'avons approché pour un entretien sans tabou. La situation politique de la période pré-électorale au Sénégal, l'idéal recherché par sa formation politique, les récentes relations diplomatiques entre le Sénégal et la Guinée, l'évolution politique dans son pays d'origine depuis l'avènement Alpha Condé au pouvoir, les dessous de la crise libyenne, la nouvelle configuration géopolitique du continent africain sont les principales articulations de cette interview exclusive.

Le Jour: Pourquoi le Bloc pour le Renforcement de la Démocratrie au Sénégal (BRDS) et quels sont ses objectifs?

Pr Hamidou Diallo: Il existe de très nombreuses vexations que supportent les descendants d’émigrés et cela est général un peu partout dans le monde et surtout en Afrique. Les citoyens à double et voire triple culture ont toujours des problèmes d’intégration. J’ai fait mon collège au « Collège court » de Conakry. Les Guinéens m’appelaient « Sénégalais ». Dans une réunion officielle de leaders de partis politiques ici au Sénégal, pour que l’on me donna la parole, le ministre Ousmane Ngom a dit : «  Donnez la parole au Guinéen »… Mon parti est donc celui des Sénégalais d’ascendance étrangère. Nous ne sommes pas marginalisés mais nous marquons ce que nous sommes. Et moi, je suis un Peulh du Fouta Djallon de nationalité sénégalaise dans un espace républicain inclusif qui fait de l’autre mon partenaire dans le cadre d’un développement harmonieux dans la paix et la concorde. C’est parce que je suis fort du fait qu’il me rend fort, que mon partenaire peut lui-même rester fort. C’est ce qui fait du Sénégal un grand pays de démocratie et si j’ai décidé de m’investir dans le monde de la politique, c’est bien pour porter ma pierre à la construction, la consolidation et le renforcement de la nation sénégalaise ; d’où le nom ; Bloc pour le renforcement de la démocratie au Sénégal.

Quelle lecture faites-vous de la vie politique de votre pays à cette période pré-électorale?

Au Sénégal, les escrocs prospèrent quand les honnêtes gens se taisent. De compromission en compromission, on devient soi même un compromis de la pire des espèces. L’espace politique est devenue une excroissance hybride de formations politiques et sociales, hypocrites à souhait dont la visée essentielle est l’accession au pouvoir par tous les moyens.

Comment peut-on comprendre et expliquer les alliances qui s’y nouent sans pincement de cœur ?

La gauche pure et dure y côtoie allègrement la droite ultra libérale : un Dansokho et un Bathily de l’extrême gauche à côté d’un Idy et d’un Sall, libéraux de la plus pure des souches. Au sein des formations de même bord, rien que des sourires jaunes et personne ne tourne le dos à son voisin : Tanor ne touchera jamais Niasse, même pas avec une perche et, Idy égorgerait Macky avec un plaisir malsain. Ces comportements que condamne la morale, frisent l’escroquerie politique et quand même dégagent des points communs : - ils sont capables d’unité pour pousser le peuple dehors pour que Wade ne se présente pas ; ils ne présentent aucune solution à tous les problèmes qui existent en plus de ceux qu’ils créent ; ils n’ont pas pu trouver de solutions à nos problèmes quand ils étaient aux affaires ; ils pensent que leur remettre les rennes du pouvoir est la solution pour nous ; dès qu’ils acquièrent une parcelle de pouvoir, leur instinct grégaire réapparait aussi vite qu’il était parti ; ils exigent que la corde soit abaissée au ras du sol pour qu’il puisse la sauter et ils exigent la non participation de Wade aux élections et, en même temps, l’unicité de la candidature de l’opposition.

Quelle est la position du BRDS par rapport aux élections de 2012?

Le BRDS a participé à deux élections. Dans les deux cas, la coalition à laquelle il a participé est arrivée seconde après celle de Wade. Si l’adage qui dit «  jamais deux sans trois » se vérifie, le BRDS ne pourra faire moins que ses prestations antécédentes. Il faut espérer alors de voir ma formation politique arriver avec le trio de tête. 

Est-ce que vous croyez en la chance de l'opposition sénégalaise de battre le PDS en 2012? 

Vous avez bien fait de dire chance car si ce n’est que la connaissance, toute l’opposition réunie n’atteint pas Wade aux genoux. 

Que fera l’opposition si Wade brusquement décidait de ne pas se présenter ?

Ça sera la plus grande catastrophe pour le Sénégal. Si Wade ne se présente pas, le PDS va exploser. Toute l’administration va être désorganisée. Le pouvoir central va cesser d’exister. L’opposition va éclater. Toutes les coalitions vont disparaître pour laisser naitre de nouvelles alliances. Si Wade ne se présente plus, l’opposition n’aura plus rien à proposer au peuple sénégalais. Il y aura un vide que le chaos et l’anarchie vont emplir. Ceux qui sont dans l’opposition sont ceux qui nous ont dit en 2000 que Wade était le meilleur. Ce sont encore eux qui nous ont demandé de voter pour la constitution de 2001 qui était la meilleure qui soit. Ce sont eux qui nous disent de mettre Wade dehors, mais pas plus. Wade dehors, point final. Ils n’ont plus rien à proposer autre qu’une lutte intestine et fratricide qu’ils nous présenteront comme programme de développement. Il n’y a pas d’alternative possible. C’est la démocratie : tout le monde peut se présenter sauf Wade. En attendant, actuellement, avec Wade, c’est la débandade, le sauve qui peut, la curée. Une fin de règne, la fin de la bamboula. Toutes les hyènes viennent à la curée Le BRDS pense qu’il faut mettre en place une stratégie de remplacement à ce jusqu’auboutisme suicidaire. Il faut réfléchir au cas où la candidature de Wade va être validée et que l’opposition soit obligée d’aller aux élections en ordre dispersé. Il est évident que Wade est certain que le conseil constitutionnel va trancher en sa faveur, et c’est pourquoi il déclare publiquement se soumettre d’avance à sa décision. Sur le terrain, il met en place et exploite des commissions d’inscriptions massives et frauduleuses sous le nez et la barbe du comité de veille. Il nomme les experts en fraudes électorales, ministre et directeur des élections sans que les membres de l’opposition ne bougent le moindre doigt. Il maintient son ami Cheikh Tidiane Diakhaté, au conseil constitutionnel. Il place un inconditionnel, Cheikh Tidiane Sy, à la justice. Il met son homme de confiance Ousmane Ngom à l’intérieur. Il verrouille le fichier électoral en le confiant à Ibrahima Diallo. Il couronne le tout en nommant Doudou Ndir au poste stratégique de la CENA pour faire voter les diables. Il met toute l’administration sous coupe réglée, il s’entoure des magistrats les plus sûrs. Il a l’armée, la gendarmerie, la police, la douane et même les eaux et forêts. Il corrompt lutteurs, chanteurs et danseurs. Il a les caisses pleines prêtes à déverser son lot de billets en 2012. Et pourtant, il n’a aucune chance face à la demande sociale.

Récemment, l'avocat franco-libanais, Robert Bourgi a porté des accusations graves sur certains chefs d'Etat africains dont Me Abdoulaye Wade qui, selon lui, ont offert des mallettes d'argent à des hommes politiques français. Qu'en dites-vous?

La question que l’on devrait poser est plutôt celle-ci : «  que les Africains qui ne le savaient pas lèvent le doigt !». L’Afrique a toujours tout accepté et elle veut passer son temps à dire «  nous ne le savions pas.». Nous ne le saurons jamais car nous évoluons à la lisère du développement, toujours prompts à soulever les deux mains en disant «  nous ne le savons pas ». Bourgi et les hommes blancs qui nous ont domptés et nous domptent, eux savaient et savent. Si aujourd’hui l’information nous est portée au grand jour, c’est encore pour nous manipuler et nous cacher autre chose de plus gros. Ce n’est pas grave car de toutes les façons, nous pourrons toujours dire après ; «  nous ne savions pas ». Quand Alpha Condé est venu en Guinée, j’ai dit attention Sarkozy. Je me suis fait rabrouer. Je me suis tu et Cellou est devenu dakarois. Quand la Côte d’ivoire a été déstabilisée, j’ai dit attention au réfugié hongrois. Je me suis fait rabrouer. Je me suis tu et Gbagbo est en pension gratuite et illimitée. Quand j’ai vu ce gars à Benghazi, j’ai averti en vain. Il est arrivé à Tripoli et Kadhafi est en tourisme quelque part dans le désert. Aujourd’hui, c’est lui qui envoie Bourgi à Wade. Certains diront que les carottes sont cuites pour le vieux.

Tout dernièrement, le président guinéen, Pr Alpha Condé, a accusé Banjul et Dakar, de complicité dans la tentative d'assassinat contre sa personne, le 19 juillet dernier. Quel est votre avis sur ce sujet? 

J’ai assisté à des accusations similaires faites par son idole, le président Sékou Touré. A l’époque, les conséquences ont été dramatiques et durablement. Monsieur Condé en bon élève de l’époque du parti unique, a voulu que l’histoire se répète en balbutiant. De telles accusations conduisent à des épurations à grand échelle. Cela était possible. De nos jours l’épée de Damoclès du TPI plane sur la tête de ceux de nos dirigeants qui commettraient des crimes contre l’humanité. Le prétexte d’une déstabilisation de son régime par des forces extérieures associées à une cinquième colonne permettrait le report des élections législatives à des jours heureux. Ce gain de temps serait mis à profit pour faire imploser les partis de l’opposition par toute une série de mesures qui ont fait preuve sous d’autres cieux. 

Certains observateurs ont estimé que le Sénégal a timidement réagi face à ces accusations graves. Qu'en dites-vous?

Sauf le respect dû à un chef d’Etat qui est le premier citoyen d’un pays, ces déclarations ont été accueillies dans un mépris universel. Les Sénégalais et les Guinéens les plus incultes en ont souri. Aucun père de famille ne corrigera son enfant à cause d’une déclaration de votre président. Ce président ne peut qu’être président de la Guinée. Nous vous le laissons avec plaisir et sans regret. 


Comment voyez-vous les premiers mois de gestion du pouvoir par Alpha Condé en Guinée?


Le président utilise une stratégie de monopolisation absolue et clanique du pouvoir qui a fait ses preuves ailleurs : cristallisation de toutes les forces vives autour de son système ; modification de la constitution en sa faveur ; mise hors jeu de tous les leaders qui l’ont aidé à accéder au pouvoir ; intégration de ses hommes dans l’armée, la police, la gendarmerie, la douane, la magistrature et au parlement ; main mise sur le commandement des militants du RPG ; corruption totale de l’administration ; ouverture des portes et des postes de l’Etat à des transhumants sans foi ni loi, qui trouvent à ses côtés, un moyen lucratif de se soustraire aux poursuites judiciaires ; transformation du territoire national en un immense domaine privé où seul son clan achète et vend des terres, s’enrichit dans des transactions immobilières qui frisent le blanchiment ; des agriculteurs rapaces et boulimiques descendent sur les terres des paysans en razzias destructrices ; extraterritorialité pour les Guinéens à leur insu de leurs richesses minières ; les bourses d’étude à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, les évacuations médicales, les postes de sinécure dans les ambassades et organisations internationales deviennent l’apanage de la nouvelle classe dirigeante ; les belles villas qui pousseront comme des champignons par grappes appartiendront aux mêmes individus qui presque toujours, seront des proches du clan Condé et à la longue, la république sera mise au service du RPG, de son chef et de ses enfants : tout pour eux, rien pour vous (NDLR: le peuple).

A votre avis, qu'est-ce qui explique les raisons du blocage de ce pays, jugé scandale géologique et regorgeant de ressources immenses et variées, qui pourrait être la locomotive de la sous-région? 

Le problème de la Guinée est à rechercher dans la qualité et la nature de ses ressources humaines. La Guinée, c’est d’abord et surtout la lecture biaisée de son histoire. Un peuple maîtrise son présent et influe sur son avenir s’il se relie son histoire. La Guinée ferme les yeux sur son histoire et conduit sans rétroviseur. Elle traine alors au cours de son évolution en legs successifs ses tares dont la principale est l’impunité. L’impunité a conduit à l’institutionnalisation de l’injustice et à la disparition de l’âme et de la « conscience d’être Guinéen ». Que veut dire «  être Guinéen ?». La réponse juste à cette question donnera naissance à la nation guinéenne et donc à sa participation au concert des nations. Pour le moment, la Guinée est comme un ramassis de tribus qui errent à leur corps défendant, dans un espace politique commun. Au dessus de ces tares et les entretenant à un degré extraordinaire : la corruption. Cette plaie est endémique en Guinée et au sommet de la pyramide caracolent les magistrats, suivis de près par la pègre organisée que constituent les hommes en tenue de tous corps et enfin, les fonctionnaires dans leur majorité. Le principal ennemi au développement de la Guinée est bien en définitive, son administration, civile et militaire…

Quelles solutions voyez-vous pour ce pays?

En principe, même un débile sourd, muet, aveugle et manchot peut développer la Guinée. Il y a du tout et en abondance et en qualité. Mais un pays est aussi comme un être vivant. Il a un cœur et une âme. Les politiques économiques pour développer la Guinée foisonnent à satiété. Ce sont les hommes qui doivent animer ces politiques qui sont difficile à trouver et à fidéliser dans la bonne gestion. L’eau en abondance et de qualité, les terres riches et fertiles, des semences à rendement élevé doivent permettre la Guinée de rapidement atteindre l’autosuffisance alimentaire et d’être exportatrice nette de produits alimentaires tels les céréales, les fruits et légumes. L’insémination artificielle en élevage intensif, le développement de poulaillers, de la pisciculture et du mareyage assureront la couverture protidique. L’essor du secteur primaire créera des emplois induits dans le secteur tertiaire. Les secteurs primaire et tertiaire seront boostés par des micro investissements rapides et légers à grande échelle avec un ratio élevé du travail sur le capital. Les ressources peuvent être des capitaux à court et moyen terme dénichable même sur les marchés financiers de l’UMOA. Cependant, la Guinée se gardera d’intégrer la zone « franc » pour le moment. Le secteur secondaire sera financé par des investissements à long terme, mais en chacun d’eux, il faut en financer tout le processus. Tout investisseur doit pouvoir financer l’usine d’exploitation, mais aussi, la formation de la maternelle à l’enseignement supérieur, l’hôpital, l’équipe de football, la mosquée et l’église etc... Cela concerne l’ensemble des infrastructures liées au développement humain, à la conservation de la nature et à sa régénération à la fin du projet. Tout cet ensemble devra être logé dans des lois correctement établies, valables, opposables et respectées par tout le monde, au sein d’un code des investissements.

Comment voyez-vous l'avenir de la sous-région?

Nous assistons aux derniers soubresauts de la mal gouvernance. Le monde est devenu un village planétaire sans frontière, sans distance, au service du capital. La France vend des centrales nucléaires à l’uranium enrichi sans en être producteur. Aucun de nos pays n’est économiquement viable dans des espaces si étriqués. Une industrie de nos jours a besoin d’un marché porteur donc solvable à grande échelle. 

Pensez-vous que l'Afrique noire dans les mois ou années à venir sera à l’abri de révoltes populaires que connait actuellement le monde arabe?

Le Tchad, la RCA, le Congo, le Mali, la Guinée Bissau, le Liberia, la Sierra Léone, la Côte d’ivoire, l’Algérie, la Mauritanie, le Sénégal ont traversé ou sont en zones de turbulences qui ont profondément affecté leur population et leur économie. Nous pouvons considérer que plusieurs pays sont en situation de mi-paix, mi-guerre. Tous ces pays sont assis sur une poudrière qui peut exploser à tout moment. Le rôle d’un bon dirigeant est de prévenir ces explosions sociales imminentes. La caractéristique essentielle d’une révolte est sa spontanéité. Elle est déjà là, présente dans nos cœurs et nos esprits et ne demande qu’à s’extérioriser. C’est inéluctable, tous les peuples opprimés vont se dresser contre l’oppresseur qui devra rendre compte et qui rendra compte. Le jour n’est pas loin qui éteindra leurs lampions. 

Comment jugez-vous la manière par laquelle le Guide libyen, le Colonel Kadhafi, a été chassé du pouvoir après 42 ans de règne sans partage, mais qui a conduit le peuple libyen à une prospérité économique?

Je vais d’abord vous citer les raisons de l’attaque des Occidentaux contre le Guide libyen. C’est la Libye de Kadhafi qui devait permettre à l’Afrique d’assurer la couverture universelle du continent pour la téléphonie, la télévision, la radiodiffusion et de multiples autres applications telles que la télé médecine et l’enseignement à distance grâce au système par pont radio WMAX. Les 30 milliards de dollars saisis par Obama étaient destinés à la contribution libyenne à la finalisation de la fédération africaine à travers 3 projets : la Banque Africaine d’Investissement à Syrte en Libye ; le Fond Monétaire Africain avec un capital de 42 milliards de dollars avec Yaoundé pour siège et la Banque Centrale Africaine avec le siège à Abuja au Nigeria dont la première émission de la monnaie africaine signera la fin du Franc CFA grâce auquel Paris a la main mise sur certains pays africains depuis 50 ans.

Comment trouvez-vous le silence coupable de chefs d'Etat africains face aux exactions que subissent les ressortissants de l'Afrique noire en Libye?

Avec l’Union pour la Méditerranée de Sarkozy, la Libye devait constituer une frontière naturelle entre l’Afrique Blanche et l’Afrique noire. Cette guerre contre Kadhafi a permis de résoudre le problème de l’immigration. Des milliers de jeunes qui peuplaient les prisons d’Europe, ont été nuitamment débarqués dans le désert libyen où ils ont été purement et simplement pris pour des mercenaires et exécutés par les rebelles au su et au vu de l’OTAN. Silence ou complicité des chefs d’Etat Africain ? Seule l’histoire nous dévoilera un jour la vérité. Pour le moment, chaque nuit, des charters de la mort emportent pour des voyages sans retour, des milliers de jeunes, vers le désert libyen. C’est là un crime contre l’humanité et c’est le procureur lui-même qui doit s’autosaisir. 

Que dîtes-vous de la nouvelle configuration des relations France/Afrique d'une part, et l'Occident/l'Afrique d'autre part?

Après un demi-millénaire de domination occidentale de l’Afrique, la relation du cheval vis-à-vis du cavalier est toujours restée la même. Au nom d’une démocratie imposable aux peuples barbares d’Afrique, un droit humanitaire d’ingérence qui s’arroge le droit de définir des guerres humanitaires justes, permet à une communauté internationale nantie d’un droit de véto, de désigner toute économie et tout dirigeant «  non-conforme » à leurs règles, à de lourdes sanctions allant jusqu’à l’occupation militaire humanitaire. Sarkozy a poussé toute la communauté internationale à attaquer la Libye et, tous les prétextes ont été bons pour justifier ce terrorisme international d’Etat. Cette même France a attaqué et délogé Gbagbo avec la bénédiction de la Communauté internationale. Tous les autres pays sont prévenus : la France n’acceptera aucun écart de comportement. La Franceafrique reprend ses droits et n’en laisse aucun à l’Afrique. La Communauté internationale obéit à l’Occident et l’Afrique n’y a aucune place.

Que pensez-vous des relations Chine/Afrique?

La Chine s’est mise à l’écart de la Communauté internationale pendant 26 ans avant de s’imposer à cette même communauté, par le travail. Cet exemple chinois, au lieu d’être suivi par les Africains, nous avons préféré être transformés en dépotoirs de produits chinois de mauvaises qualités qui trouvent terrain d’expérimentation chez nous. Les Chinois produisent et l’Afrique consomme. Même les usines nous sont livrées clé en main avec un mode d’emploi en mandarin. Certains pays africains ont commencé à vendre leurs terres à des ouvriers agricoles chinois; ce qui doit nous faire naitre en nos dirigeants une immense inquiétude. 

Un dernier mot, Professeur?

Nous appartenons à la France dans l’esprit de Sarkozy et des Occidentaux. Il en sera toujours ainsi tant que nous nous refuserons de courber l’échine sur le dur produit de notre labeur. Le travail est notre liberté. La France est une vieille puissance, dans un vieux continent. Il ne lui reste plus que l’Afrique pour vivre. Elle n’a même pas les moyens de ses propres guerres. Elle ne peut aller en guerre que dans le cadre d’une coalition coloniale. Les guerres qu’elle créée et entretient, font vivre son industrie d’armement et les industries induites. Toute chose ayant une fin, la déchéance de la France est pour bientôt. L’Afrique a sa jeunesse et sa vigueur avec elle. Le temps travaille pour nous mais il nous faut l’aider en nous appropriant les sciences et techniques des Blancs pour les utiliser contre eux. Utilisons la force de notre adversaire pour la diriger contre lui.

Je vous remercie d'avoir accepté de nous recevoir. 

Tout le plaisir a été pour moi. 

Réalisé par Oumar Kateb Yacine

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Published by BanabanaNews - dans Interview
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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 09:07

Tibou Kamara, l'ancien ministre Secrétaire général à la présidence sous la Transition, a vivement réagi dans une interview qu'il a accordée la semaine dernière à un journal sénégalais (L'Observateur N°2393 du 13 septembre), aux accusations du président Alpha Condé qui l'a indexé comme un des cerveaux de la tentative d'assassinat perpétrée contre lui. Lisez plutôt!

 


L'Observateur : Monsieur le ministre d'Etat, vous êtes perçu comme l'âme de la transition guinéenne pour avoir été le tout puissant Secrétaire général de la présidence. Quel a été votre rôle ?

Tibou Kamara : Je crois que c'est le destin qui a voulu que je me retrouve à un poste stratégique dans le cadre de la transition que la Guinée vient de connaitre ses premiers pas. Nous estimons que nous n'avons fait qu'un premier pas et que l'essentiel restait à venir avec l'organisation des prochaines élections dans le cadre de la poursuite du calendrier électoral. En attendant l'arrivée des autres responsables pour consolider l'effort déjà fait avec l'installation des Institutions qui sont les caractéristiques d'un Etat de droit. Donc, je crois modestement avoir rempli la part qui me revenait. Je ne pense pas avoir une fierté particulière à cela, ni un mérite personnel. C'est une équipe qui a travaillé dans cette première partie de la transition. Tout n'est certes pas parfait, mais on aura à parfaire des choses pour finir le reste du travail pour que l'œuvre entamée puisse connaître un aboutissement heureux.

Le Président Condé vous accuse d'avoir tenu des réunions secrètes à Dakar pour attenter à sa vie. Que répondez-vous ?

Je pense que l'accusation d'être impliqué dans la tentative d'assassinat ou d'attentat dont il nous accuse relève d'un manque de discernement. En plus, lorsqu'on reçoit des informations qui engagent la réputation d'un établissement comme le Méridien et la crédibilité, sinon la moralité d'honnêtes citoyens que nous sommes, l'on doit éviter de se fonder sur des rumeurs ou de nourrir une suspicion sur les citoyens de son pays. Je trouve qu'à ce niveau de responsabilité, c'est regrettable.

Pourtant, il affirme que c'est du Méridien que tout est parti.


Lui seul peut l'expliquer. Mais en attendant, les premiers arguments qu'il a développés dans la presse sénégalaise n'ont convaincu personne. Au lieu des faits qu'on attendait, avant l'éclairage de la justice qui est à pied d'œuvre pour faire la lumière sur l'attaque du domicile privé d'Alpha Condé, lui-même a sa conviction déjà faite et désigne par avance et sans la moindre précaution des coupables. Lui, le professeur de droit devenu chef de l'Etat garant de la séparation des pouvoirs et de l'indépendance de la justice en cette phase d'apprentissage de la démocratie et de l'Etat de droit devrait donner le bon exemple. Il n'est pas compétent pour juger quelqu'un, il n'honore ni sa fonction ni le pays à porter des accusations gratuites contre des citoyens et des pays amis.

Cependant, il ne faut pas croire qu'il s'agisse d'un acte de maladresse ou d'une volonté d'orienter la justice ou simplement d'abuser de notre opinion publique. Tout cela est prémédité. J'ai rappelé sur les antennes de la radio Espace FM que lors d'une visite qu'il a effectuée à Dakar, le ministre de la coopération, au lieu de vaquer à ses activités officielles, déambulait dans les couloirs et le hall de l'hôtel pour tenter de comprendre ce que nous faisons. C'est ainsi qu'il a interrogé le personnel à propos de nos activités. Il voulait savoir aussi si c'est l'Etat sénégalais qui prenait en charge nos frais. Il a été plus loin en téléphonant à des notabilités et des leaders d'opinion proches du pouvoir à Conakry pour ''dénoncer'' l'ancien ministre de la sécurité Khouréissy Condé qui ferait partie d'une conspiration contre le nouveau régime. Et pourtant, l'ancien ministre qui revenait d'une visite de travail à Ouagadougou était seulement en escale à Dakar. Suite à l'alerte lancée par le ministre Koutoubou, jusqu'à son départ, le pauvre a été harcelé d'appels en provenance de Conakry pour lui rappeler qu'il ne doit pas pactiser avec ''l'autre bord'' pour des raisons faciles à deviner dans la Guinée ségrégationniste d'Alpha Condé. Comme lui, beaucoup de ceux qui étaient avec nous dans la transition dans le gouvernement et d'autres postes de décision et qui se retrouvent encore aux affaires et autour d'Alpha Condé ont joué un rôle dont il n'y a pas lieu d'être fier en se fondant sur le serment que nous avons tous fait de ne favoriser ou léser aucun candidat. J'ai promis de m'en expliquer au nom de la vérité, de la justice et du respect du peuple souverain de Guinée qui a subi la plus grosse escroquerie de son histoire.

Pour revenir au Méridien, c'est là aussi que l'homme d'affaires Diallo Sadaka et Alpha Condé avant que celui-ci ne soit déclaré président, avant même qu'il ne fasse acte de candidature à l'élection présidentielle, ont eu une vive altercation. Tous les deux à l'époque m'en avaient parlé. De quoi s'agit-il ? Alpha Condé qui écoute beaucoup et est toujours à l'affût des délateurs a appris par l'un d'entre eux que Diallo Sadaka a déclaré que jamais il ne dirigera la Guinée. Au hall du Méridien, le professeur Alpha Condé a rencontré par la suite l'homme d'affaires qu'il a apostrophé en ces termes : '' Tu as dit que je ne serai jamais président, tu n'es pas Dieu, ni le peuple de Guinée, on verra''. Il a fallu de peu pour qu'ils en viennent aux mains. Cet incident, Alpha Condé l'a relaté souvent.

Donc, il n'y a jamais eu de réunions publiques, ni secrètes à l'Hôtel Méridien ?

Il n'y a jamais eu de réunions publiques, ni secrètes au Méridien. Je peux affirmer, avec une force conviction, qu'il n'y a pas eu de rendez-vous de Guinéens au Méridien. À plus forte raison pour une cause aussi douteuse que celle d'attenter à sa vie, comme il le prétend. Mais, il est évident que le Sénégal comme le Méridien ont leurs portes ouvertes et n'importe qui, s'il en a les moyens ou l'envie, peut y venir sans que cela ne nourrisse une quelconque suspicion ou ne ressemble à une menée subversive contre un régime. Donc toutes ces accusations relèvent du domaine du fantasme et du mensonge d'Etat, destinés à distraire les Guinéens des préoccupations essentielles qui sont les leurs et de trouver un bouc émissaire aux débuts difficiles d'un régime qui avait promis monts et merveilles.

Par-delà le Méridien, votre personne, c'est l'Etat du Sénégal qui a été accusé de complicité d'attentat dans cette affaire. Est-ce que cela vous paraît raisonnable ?

Je regrette l'accusation portée aussi bien contre le Sénégal que contre la Gambie. Dans la mesure où ces deux pays sont des pays d'accueil pour de nombreux Guinéens vis-à-vis desquels ils ont toujours observé la règle et la tradition d'hospitalité africaine. Il y a près de deux millions de Guinéens qui vivent au Sénégal, mais il y a aussi des milliers de Guinéens qui vivent en Gambie. Je regrette donc qu'on accuse ou incrimine un Etat sur la base de rumeurs ou même d'humeurs d'un chef d'Etat qui estime… (il ne termine pas sa phrase). Cela, je dois vous le dire, l'accusation contre le Sénégal part d'une suspicion qui remonte à avant même l'avènement d'Alpha Condé au pouvoir. Je vais vous raconter une anecdote. Lorsque le président Abdoulaye Wade, qui s'est énormément impliqué dans la recherche de solutions pour une transition apaisée dans notre pays, tout comme le président Yaya Jammeh, car une partie de la transition s'est discutée à Banjul (capitale de la Gambie), et je le dis aujourd'hui solennellement, donc, il s'agit de deux chefs d'Etat qui par rapport à leur vision d'intégration africaine, ont estimé à un moment donné que la Guinée qui était confrontée à une épreuve avait besoin d'être aidée pour retrouver la sérénité et la stabilité qui règnent dans ces deux pays. Donc, le président Abdoulaye Wade, qui est venu pour s'impliquer dans une solution de blocage que nous avions à la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), qui à l'époque était l'enjeu des élections, le président Abdoulaye Wade, lorsqu'il est venu pour faire la médiation a eu une violente altercation avec le professeur candidat Alpha Condé, à l'époque, qui a estimé que le président Wade apportait un soutien à son concurrent Cellou Dallein Diallo. Le président Wade a estimé que c'était un acte d'ingratitude de la part du professeur Alpha Condé, parce que lorsque celui-ci était en prison, il était intervenu auprès du défunt président Lansana Conté pour obtenir sa libération. Le président Wade a rappelé cette fresque de l'histoire pour exprimer son étonnement face à l'accusation de parti pris qui avait été portée contre lui par le professeur Alpha Condé. C'est en ce moment que celui-ci s'est ravisé et qu'il y a eu un climat apaisé.

Est-ce que le président Alpha Condé a causé un tort au Sénégal en l'accusant de complicité d'attentat ?

Je pense plutôt qu'il a fait tort à la Guinée. Car, quand on est chef d'un pays comme le nôtre qui a connu une forte immigration, surtout dans un contexte difficile pour la Guinée, ce sont des pays comme la Côte d'Ivoire, le Sénégal, la Gambie et beaucoup d'autres pays qui ont servi de terre d'accueil à des millions et millions de Guinéens qui étaient à la recherche de terre d'accueil, donc, qu'un pays comme le Sénégal qui a une tradition d'hospitalité vis-à-vis de la Guinée soit accusé par le chef d'Etat guinéen d'abriter une base arrière de déstabilisation de la Guinée, c'est faire une insulte à l'histoire et c'est compromettre l'avenir d'une relation ouverte et mutuellement avantageuse pour les deux pays. Ensuite, quand un chef d'Etat accuse un autre chef d'Etat, je pense qu'on devrait le faire avec moins d'enthousiasme, moins de légèreté. Je crois qu'on doit le faire sur la base d'actes irréfutables. Alpha Condé a toujours pensé que le Sénégal lui était hostile et il n'a pas réussi à faire la mutation.

Je suis très surpris. Alpha Condé lui-même a demandé à ce qu'on laisse la justice faire son travail et a recommandé que l'on fasse confiance au pouvoir judiciaire qui s'est saisi de cette affaire, puisse situer les responsabilités. Je pense que la justice a la volonté et les ressources pour situer les responsabilités dans cette affaire en établissant la part de chacun. Mais au moment où nous parlons, il y a des gens qui sont interpellés et à qui on reproche des choses. Si la justice veut faire un travail, mais que le Chef de l'Etat s'érige en procureur, ou se considère comme un tribunal en prononçant des peines, cela est particulièrement inquiétant.
C'est d'autant plus inquiétant, qu'en dehors de nos personnes, que des Etats amis et frères qui ont toujours été ouverts et hospitaliers pour les Guinéens, qu'un Chef d'Etat nouvellement installé dans ses fonctions, avant de porter une accusation aussi grave, je pense qu'il faut avoir la conviction et la preuve de ce que l'on dit en les soutenant par des faits, des faits irréfutables. Ce qui n'est pas le cas ! Car, en lisant la déclaration, vous vous rendez compte que c'est son humeur qu'il exprime plus que les faits. Donc, je trouve que c'est une grave accusation de nature à créer des incidences diplomatiques. Mais, heureusement que ces pays ont à leur tête des Présidents qui ont de l'expérience et qui ont une vision panafricaniste. Sinon, imaginez qu'ils se sentent vexés, réagissent pour envenimer les relations entre les pays, cela aurait pu être très grave.

Soupçonnez-vous la main d'un pays étranger qui soutiendrait ces sorties du Président Condé ?

Je connais aucun pays, ni démocrate et encore moins de républicain qui soutiendrait de tels actes synonymes d'arbitraire. Un régime issu d'une élection démocratique et qui agit en posant des actes contraires à la démocratie, contraires à la liberté des citoyens. On ne peut que le déplorer surtout pour quelqu'un qui se dit avoir passé cinquante ans de sa vie à se battre pour l'idéal de la démocratie, instaurer un Etat de droit dans notre pays, je ne peux que condamner de tels actes. C'est ce qui explique également la condamnation du régime guinéen et de l'isolement de Condé. Car tout le monde s'inquiète aujourd'hui de ses dérives et de ses pratiques qui entretiennent les germes de la violence.

Alpha Condé vous a personnellement accusé, en précisant que votre épouse est la sœur de l'épouse de Yaya Jammeh. Cette accusation vous parait-elle fondée ?

Heureusement que je ne me suis pas marié à l'avènement d'Alpha Condé au pouvoir, je me suis marié longtemps avant et j'ai commencé à aller en Gambie avant son accession au pouvoir. Et puis, quel lien on peut faire entre ma vie de famille, ma relation amoureuse et un complot d'Etat ? Ce n'est pas sérieux. Je crois que c'est un faisceau de mensonges et un amalgame dangereux. Je pense que c'est un manque de sérénité, cela montre la panique et la peur qui règnent au sommet de l'Etat guinéen.

Cette peur est due à quoi, selon vous ?

Cette peur est due à l'échec prématuré d'une politique de promesses, d'illusions qui a été entretenue par un opposant transitionnel ou historique qui a pensé que son avènement au pouvoir allait transformer la Guinée. Il se prenait comme un messie pour le pays. Maintenant, il est confronté à la réalité de l'exercice du pouvoir, à la demande sociale, aux contradictions politiques, au défi d'un Etat. Lui, son premier travail, c'est d'être président de la République. Auparavant, il n'a exercé aucune fonction dans l'administration, dans l'Etat. Donc c'est un homme sans expérience de l'Etat, de l'administration, de la gestion des hommes qui se retrouve à la tête de l'Etat guinéen. Cela en soi-même constitue une menace et un risque majeurs pour la stabilité du pays. C'est comme si vous donnez un avion à quelqu'un qui n'a jamais piloté. Si l'avion arrive à bon port, ce serait un miracle, mais si l'avion fait un crash, ce serait simplement logique. L'autre chose, c'est que la politique menée par Alpha Condé, depuis qu'il s'est retrouvé à la tête de l'Etat guinéen, est une politique d'exclusion, de discrimination qui entretient les germes d'une confrontation intercommunautaire dans notre pays où le tissu social est durement éprouvé. Le commun vouloir de vivre ensemble n'est plus une réalité. Chacun pense que le bonheur, la sécurité, c'est le repli sur soi.

Après neuf mois au pouvoir, Alpha Condé a-t-il épuisé son état de grâce ? Quel jugement portez-vous sur son style, ses hommes et ses projets ?

Pour moi, malheureusement, le professeur Alpha Condé n'a jamais eu un état de grâce. Car, une fois installé dans ses fonctions, il a tenu des propos et posé des actes qui ont constitué dès le départ, une source d'inquiétude. Pour la plupart des Guinéens, des partenaires et des observateurs, et des acteurs de la scène politique guinéenne. Si vous vous rappelez, lors de son investiture qui était un moment solennel pour un homme comme lui qui s'est battu pendant tant d'années pour accéder à la magistrature suprême, chacun aura remarqué la légèreté avec laquelle il a abordé cette étape, pourtant importante de sa vie. L'on s'attendait plutôt à un discours rassembleur d'un Président élu, mais l'on a plutôt continué à entendre le candidat Alpha Condé. Et, jusqu'à maintenant, il n'arrive pas à faire la mutation entre le leader d'opposition qu'il fut, et le Chef d'Etat qu'il est devenu, à tel point que le leader politique continue à développer des stratégies électorales, d'hégémonie électorale. Au lieu de se concentrer sur l'unité des Guinéens surtout après une campagne électorale atroce qui a conduit à un effritement du tissu social, émaillé par des conflits ethniques.
Cette situation s'est par la suite aggravée avec les actes posés par le nouveau régime qui ne regarde que d'un seul côté. Aujourd'hui, la situation de la Guinée est particulièrement préoccupante, alors que nous, nous avions travaillé pour que vainqueur et vaincu se donnent la main pour construire ensemble la «nouvelle» Guinée. Vous aurez remarqué que les résultats des élections sont tellement étriqués, que la majorité électorale et politique, forcément une majorité sociale, ne souhaite que la reconstruction d'une paix sociale et matérielle de la Guinée. Donc, il n y a pas eu d'état de grâce, mais pire que cela, il y a eu dès le départ un sentiment de déception, qui aujourd'hui se traduit par une certaine amertume.

A votre avis, qu'est-ce qui a poussé le Président Alpha Condé à agir de la sorte ?


C'est d'abord l'inexpérience. Alpha Condé s'est mieux illustré dans la conquête que dans l'exercice du pouvoir. Dans sa tâche quotidienne, à la voir, j'ai l'impression qu'il a beaucoup plus réfléchi et travaillé à la conquête du pouvoir qu'à son exercice. Donc, il a un pouvoir dont il ne sait quoi trop faire. C'est cela la vérité, car, il se considère toujours comme candidat, il se considère toujours comme leader de parti politique, alors que sa fonction de Chef d'Etat lui impose un certain nombre de hauteur de vue, d'ouverture et de dialogue pour que les Guinéens retrouvent leur unité. Mieux encore, pour que chacun ait le sentiment d'appartenance à la communauté nationale. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Car, une fois de plus, avant d'être Chef d'Etat, il n'a jamais été appelé à occuper des fonctions importantes au sein de l'administration ni au niveau de l'appareil d'Etat. Son premier job, est Chef d'Etat. Dans ses conditions, il y a un peu d'amateurisme, surtout à la compréhension du poste de Chef d'Etat. J'ose espérer qu'il y aura un sursaut, même tardif, qui pourrait éviter à la Guinée, une autre transition.

La Guinée fonctionne par décret. N'est-ce pas là un cas atypique ? Pourquoi les autorités guinéennes ne se conviennent pas d'une date pour l'organisation des législatives ?


Le professeur Alpha Condé était de ceux qui étaient les plus pressés pour que l'on organise l'élection présidentielle. Il avait même estimé qu'on aurait pu le faire dans un délai de quatre mois. Finalement, les accords de Ouagadougou ont fixé six mois pour l'organisation de la présidentielle. Et, constitutionnellement, il a été dit que six mois après l'élection du Président de la République, les élections législatives devraient suivre avec la mise en place d'une nouvelle Assemblée. Car, nul ne pouvait imaginer qu'un Président qui est élu, puisse continuer de gouverner par décret et par ordre, alors qu'il fallait mettre en place le contre-pouvoir que constitue le Parlement, pour contribuer à limiter les excès de l'exécutif auxquels nous assistons présentement. Mais, Alpha Condé veut rééditer l'exploit entre guillemets de la présidentielle en faisant retarder le processus électoral pour se donner les moyens de gagner ces consultations législatives. Mieux, il veut s'assurer dans ce jeu d'avoir toutes les bonnes cartes pour ne pas perdre la majorité au Parlement.
C'est ainsi que tout naturellement, il a dissout les conseils municipaux pour mettre en place des délégations spéciales, alors que l'on s'attendait au choix d'une personnalité de consensus pour présider aux destinées de la CENI. Plus grave, en dehors de l'UFDG qui est aujourd'hui contesté par l'ensemble des autres protagonistes du processus électoral, l'actuel président de la CENI qui est également contesté, est maintenu à son poste par Alpha Condé. Tout ce monde est très proche du professeur Condé. L'autre chose concerne les recensements. En effet, personne ne comprend pourquoi Alpha Condé s'acharne à vouloir changer un fichier avec lequel, lui-même a été élu. Donc, s'il doit changer le faire en estimant qu'il n'est pas bon, et en dehors de la suspicion qui a entouré les résultats de l'élection présidentielle, il va créer une autre source de contestation des résultats. Car, en affirmant lui-même que le fichier est entaché d'irrégularités, à mon avis, il remet en cause sa légitimité. Donc, il y a beaucoup de manœuvres dilatoires et électoralistes qui sont en train d'être opérées. Il cherche à donner la majorité à son parti le RPG. Ce qui est impossible pour qui connaît le paysage politique guinéen.

Vous êtes régulièrement à Dakar. Avez- vous des contacts avec les autorités sénégalaises ?

Le plus souvent, je viens à Dakar, mais c'est dans un cadre privé. J'ai commencé à venir régulièrement au Sénégal après avoir quitté les affaires. Mais, à aucun moment, je n'ai sollicité des rencontres avec les autorités sénégalaises à quel que niveau que ce soit, alors que je suis légitimement habileté à le faire, ne serait-ce que par courtoisie et par respect à ces autorités qui ont énormément contribué au succès de la transition en Guinée. Aussi, vous avez vu la déclaration d'Alpha Condé basée uniquement sur des conjectures et des rumeurs pour incriminer aussi bien des citoyens que des Etats. Et, pour éviter que des rencontres avec les autorités sénégalaises ne soient interprétées comme une connivence, Que je me suis réservé à donner à mes visites à Dakar un caractère officiel de quelque nature que ce soit.

Parlons de votre départ de Conakry. Votre passeport a été confisqué. De ce point de vue, peut-on considéré que vous êtes en situation d'exil politique à Dakar ?

Non ! Je ne suis pas en exil. Je rentrerai dans mon pays où j'ai ma place, où j'ai mes droits. Il est vrai que c'est étonnant, que c'est davantage troublant surtout pour ceux qui ne peuvent pas connaître les raisons profondes de ces visites. Et, lorsque l'on quitte les affaires avec le sentiment de n'être coupable de rien du tout, tout le monde est indigné, après que nous ayons rendu de bons et loyaux services à notre pays. Nous avons, à mon avis, droit à la tranquillité. Les nouvelles autorités choisissent ce moyen pour essayer de nous harceler en nous confisquant nos droits les plus élémentaires. Nous ne pensions pas qu'il puisse s'agir d'une démarche et d'une politique pour réduire au silence des citoyens qui ont œuvré par la concorde nationale. Mon problème avec Alpha Condé, c'est d'avoir refusé contrairement à beaucoup de gens dans cette transition, comme les faits et le temps le révèlent aujourd'hui, refuser de faire son jeu.
Alpha Barry, le correspondant de RFI à Ouagadougou est venu me voir, pour me demander de le rencontrer entre les deux tours. Car, Alpha Condé, candidat à l'élection présidentielle aurait besoin d'être rassuré quant à l'égalité des chances entre les différents candidats et d'observer la neutralité entre les différents acteurs. Naturellement, j'ai dit que c'était tout à fait normal de le rencontrer. J'ai été à son domicile et il m'a, à cette occasion, demandé de l'aider pour gagner l'élection avec en contrepartie, ma reconduction dans le gouvernement. Je lui ai dit que ce n'était pas mon rôle d'aider un des candidats. Tout en lui faisant savoir que toutes les autorités de la transition étaient tenues par une obligation de réserve. Donc, je crois que la rupture est peut-être venue de là. Mais, par la suite, à la demande du général, nous avons parlé au téléphone. Par la suite, il a dit au général que je ne l'avais pas félicité après son élection et par la même occasion, je ne reconnaissais pas sa légitimité. J'ai trouvé que c'était puéril, parce que moi, j'ai estimé que c'était important pour nous de la transition, d'éviter de faire les yeux doux à un candidat pour s'attirer ses faveurs et son estime comme certains l'ont justement fait. Et, je me dis que c'est ce qui a, sans doute, poussé Alpha Condé à croire que tous ceux qui n'avaient pas cédé à ses avances, étaient forcément contre lui. Ce n'est pas mon cas. J'ai promis que le moment venu, j'apporterai mon témoignage pour expliquer qu'Alpha Condé éprouve des complexes devant certains et a des doutes par rapport à son poste, parce que confronté à une crise de légitimité aux conditions de son avènement au pouvoir. Pour le moment, je sors partiellement de ma réserve, car, je considère que les accusations qu'il porte contre ma personne sont assez graves pour continuer à rester dans le silence. Je ne suis pas pressé, mais, j'ai promis aux Guinéens que le moment venu, je dirai toute la vérité sur la transition et les conditions dans lesquelles l'élection présidentielle a été organisée.

Expliquez-nous ce que le Général Konaté et Alpha Condé se sont-ils dit peu avant votre départ de Conakry ?

Le président Alpha Condé a confié au général Sékouba Konaté avec lequel il s'en est expliqué que c'est le secrétaire général à la présidence avec rang de ministre d'Etat François Fall qui lui a recommandé de me consigner à Conakry parce qu'ils auraient des questions à me poser. Il n'a donc pas assumé. D'une manière générale, quand on sait que l'entourage du professeur Alpha Condé est composé de tout, y compris de personnes qui dans un passé encore récent théorisaient sur la suprématie ou la séparation ethnique, n'ont pas hésité dans les régimes précédents à préconiser la violence, on n'est moins surpris par les actes posés par le nouveau régime et on ne peut s'attendre qu'au pire.

Quels sont vos rapports avec les Présidents Blaise Compaoré, Amadou Toumani Touré et Abdoulaye Wade ?

Ce sont des Présidents pour lesquels j'ai de l'estime et pour lesquels j'éprouve un profond respect. Particulièrement, j'ai rencontré tous ces présidents au moment de la transition. Car, ils ont également contribué à son succès. C'était des moments importants pour notre pays qui se trouvait dans un tournant historique. Donc, en tant que pays amis, ils se sont directement impliqués avec beaucoup de détermination et de bonne foi dans la réussite de notre processus de transition. Donc, nous avons pour eux, un sentiment de reconnaissance. Le succès de la transition est un travail collégial réussi aussi bien par les Guinéens que par les pays frères.

Quand avez-vous vu le général Sékouba Konaté pour la dernière fois ?

Le général fut le président de la transition dont je fus le plus proche collaborateur. Il y a eu entre nous par la force des choses une relation d'amitié. Nous nous parlons et échangeons sur beaucoup de choses. Moins sur la situation actuelle, car le rôle que nous avons joué et les fonctions que nous occupions, nous nous sommes imposé un devoir de réserve et de retenue pour éviter de gêner les nouvelles autorités. D'ailleurs, c'est pourquoi nous avons décidé de quitter volontairement toutes fonctions, parce que lorsqu'un nouveau régime arrive, tous ceux qui étaient là peuvent être considérés comme une menace. Donc, nous avons voulu donner toute la latitude au nouveau régime de pouvoir s'installer. Et, ce que certains confondent aujourd'hui à un exil, d'autres l'interprètent comme étant une action contre le régime, nous le regrettons et le déplorons. Car, nous estimons qu'au-delà de nos personnes, il faut préserver la République et ses valeurs.

Vous étiez très lié à Alpha Condé, ensuite à Dadis Camara, puis très proche du général Konaté qui vous a rendu un vibrant hommage lors de la passation du pouvoir et de Cellou Dalein. Quels sont vos relations actuelles avec ces personnalités ?


Je suis passé par la presse avant d'être appelé à occuper des fonctions d'Etat. Et, comme vous le savez, la première chose chez un journaliste, c'est d'avoir un bon carnet d'adresses et de travailler avec l'ensemble des acteurs qui comptent dans le pays. C'est à ce titre que j'ai rencontré Cellou Dalein, Alpha Condé et beaucoup d'autres. Entre eux et moi, je veux dire entre certains et moi, une relation d'amitié est née. Moi, je n'ai pas de complexe pour revendiquer mon amitié d'avec certains d'entre eux. J'apprécie l'idéal qu'ils portent et le combat qu'ils mènent. Alpha Condé, lorsqu'il était encore banni de la République, alors que personne n'osait le fréquenter, nous avons osé le faire au vu et au su de tout le monde. Et même, défendre parfois sa cause lorsqu'il a été arrêté et emprisonné. Je ne suis prisonnier que des valeurs et des principes. Mais, j'estime que la voie empruntée par Alpha Condé est incompatible avec mes convictions personnelles. Plus grave, incompatible avec la paix et la stabilité de la Guinée.
Donc, je ne peux pas, pour cette raison être avec lui. Et, avant qu'il ne m'accuse, j'avais déjà pris du recul pour continuer à observer cette réserve que je me suis imposé. Mais, il faut maintenant faire comprendre à cet homme qui prend en otage le pays que nous ne le laisserons pas faire, car l'époque de petits dieux à la tête des pays est terminée. Nous sommes dans l'ère de la République et il va faire face à des Guinéens qui vont se battre avec des moyens démocratiques pour lui empêcher de ramener le pays cinquante ans en arrière.

Quels sont vos rapports avec l'homme d'affaires Diallo Sadakadji ?

C'est un ami. Pour moi, je pense que c'est un homme honnête qui n'a jamais été intéressé par le pouvoir. Il ne s'est jamais engagé dans le combat politique et aspire, comme tous les Guinéens à vivre dans un pays stable et en parfaite sécurité. Je suis assez surpris qu'on l'ait impliqué dans cette entreprise criminelle étant loin du pays. Il est profondément croyant, donc, il ne saurait s'engager dans une entreprise visant à attenter à la vie de quelqu'un.

Vous pensez que la rupture entre les deux personnalités vient de là ?

Bien sûr, car Alpha Condé en a gardé une profonde rancune. Ce n'est pas à cause seulement de cela ou du soutien que Diallo Sadaka aurait apporté à son concurrent Cellou Dalein que l'actuel chef de l'Etat guinéen veut bouffer du Diallo Sadaka. Le conflit remonte à avant l'élection présidentielle ou la récente tentative d'assassinat invoquée par Alpha Condé. C'est pourquoi, je parle de règlements de comptes sélectifs d'ailleurs car parmi les nouveaux collaborateurs d'Alpha Condé d'autres ont dit et fait pire. Il y en a même un à la tête d'une direction générale qui, au moment de son arrestation, était tout près du défunt président Conté, qui n'a pas hésité à demander au ministre de la sécurité d'alors de faire disparaitre l'opposant. Il y en a un autre dans le cabinet qui avait juré de se donner la mort avec son sabre accroché au mur de son bureau si Alpha Condé accède au pouvoir tant il était certain que c'était impossible. Que dire de cet autre qui, même à ses cotés aujourd'hui, continue dire du mal de lui comme un opposant même ne le ferait pas, encore et encore ?

Monsieur le ministre, dites-nous concrètement, qu'est- ce qui vous oppose à Alpha Condé ?

J'ai dit que je m'exprimerai sur la question. Si conflit, il y a, c'est autour d'abord de la transition essentiellement. Au sein des autorités et institutions de la transition, beaucoup de choses se sont passées que moi, personnellement, je sais. Pour Alpha Condé quand on n'est pas avec lui, on est contre lui. Pour lui, il n'y a pas de neutralité ni de souci d'équité. Alors, tous ceux qui ne l'ont pas rejoint ou agi selon sa volonté et ses intérêts sont des ennemis à abattre surtout maintenant qu'il a été porté au pouvoir. Ce sentiment a été suscité et entretenu aussi par des gens que les guinéens ont le droit de connaître qui en notre sein démarchaient les acteurs de la transition à tous les niveaux pour leur demander contre de nombreuses promesses de faire le jeu du candidat Alpha Condé. Lorsqu'ils rencontraient de la résistance, ils concluaient automatiquement à un lien de complicité avec l'autre candidat. Or, il y en a comme moi, rare du reste, qui ont cru au discours officiel et ont décidé de faire confiance en notre capacité à garder la distance avec tous les candidats. Je l'ai fait, moi, et je le prouverai. Si je ne l'avais pas fait, Alpha Condé ne serait pas allé au second tour pour des raisons que j'expliquerai. Quand j'arbitre, mon souci ce n'est pas d'aider ou léser mais de défendre l'équité et la transparence.

Que savez-vous du protocole d'accord secret que Condé aurait signé avec le général Konaté dans lequel il est dit que l'un devait donner des moyens financiers colossaux au second, tout en le nommant à la Défense en plus de trois de ses proches qui devaient également entrer dans le gouvernement. En faisiez-vous partie ?

Il y a beaucoup de choses qui se disent, qui s'écrivent sur la transition. En ce qui me concerne, j'estime que nous étions tous retenus par un devoir de réserve. Je comprends l'arrogance de certains et la frustration d'autres à l'issu de la transition. Mais, je demande à chacun et à tous de garder la sérénité et d'avoir confiance en l'avenir de notre pays. Personnellement, je me suis engagé à la manifestation de la vérité dans le cadre de cette transition. Mais, je n'en dirai pas davantage pour le moment. Alors, un peu de patience et le moment venu, nous ferons la part des choses entre ce qui est accusation gratuite et faits. La transition n'a pas fini de livrer tous ses secrets.
Le Président Alpha Condé a dit qu'il prend la Guinée là où Sékou Touré l'avait laissé. Et, le régime de Sékou Touré a brillé par la culture et la pratique du complot. Vous savez, il y a un livre célèbre d'un ancien détenu du camp Boiro, un ancien ministre que l'on appelle Portos. Le livre porte le titre « la part de vérité du ministre ». Il expliquait dans ce livre, que lorsqu'il a été interpellé lors d'interrogatoires horribles dans ledit camp, dans un lieu qu'on appelle la « cabine technique », ce qui était important pour les tortionnaires, ce n'était pas la manifestation de la vérité, ni les faits.
De la même manière, aujourd'hui, Alpha Condé, s'illustre de la même manière en ne voulant faire croire à tout le monde que ses propres vérités. C'est-à-dire, les vérités du Président. C'est là une volonté d'incriminer des personnes ou des pays qu'il estime hostile pour son régime, qu'il fait de la diversion en parlant du Sénégal et de la Gambie. Mais, en privé, il parle d'autres pays comme le Mali, la Côte-d'Ivoire. En fait, il a quelques préjugés sur certains pays qu'il estime accueillir des opposants à son régime. Ce ne sont que des informations erronées. De véritables rumeurs qu'il distille dans le cadre d'une démarche clientéliste du pouvoir.

Vous êtes journaliste de formation, ancienne plume du général Konaté. L'écriture vous manque certainement. Songez-vous à écrire un ouvrage ? Quels sont vos projets ?

Je n'ai jamais cessé d'écrire et je n'ai jamais renoncé à la presse que je considère comme mon métier. C'est par la porte du destin que je me suis retrouvé à un poste étatique que je n'ai jamais démarché, ou sollicité. Donc, moi, comme je l'ai dit aux Guinéens, j'ai un devoir de vérité dans la transition qui n'a pas livré tous ses secrets. Donc, pour faire comprendre la démarche d'Alpha Condé, il est impératif de retracer l'histoire de la transition. Alpha Condé se comporte comme un monarque à qui on doit une allégeance totale. Peut-être que ce n'est pas de sa faute, parce qu'il est arrivé trop tard et trop vieux au pouvoir. Il n'est pas le Président qu'il faut pour la Guinée.

Il nous revient que vous êtes un parent par alliance au Président Yaya Jammeh. Vos deux épouses sont des sœurs. Alors, envisagez-vous de jouer un rôle entre Dakar et Banjul ?


Tout le monde a observé qu'entre Dakar et Banjul les relations s'améliorent convenablement. Car, il s'agit de deux peuples amis et frères avec des Chefs d'Etat qui ont une vision panafricaniste. Vous avez également vu ces derniers temps, le balai politique et diplomatique entre Dakar et Banjul. La vice-présidente de la Gambie vient de séjourner à Dakar et le Premier ministre du Sénégal vient de quitter Banjul. Le plus important est de travailler à l'unité africaine. Et, je pense que la majeure partie des conflits en Afrique naissent de la mauvaise qualité dans l'organisation des élections. Si nous avons à la tête de nos pays des dirigeants illégitimes, avec des Institutions dans lesquelles les citoyens ne se reconnaissent pas, il est évident qu'il y aura une crise de confiance. Et cela ne favorise pas la stabilité dans les pays. La Guinée en donne malheureusement le plus mauvais exemple. Car, il y a encore et toujours des méthodes et des habitudes qui n'inspirent pas confiance. Et, cela se fait dans l'intérêt exclusif d'un clan.

Y a-t-il risque de conflit ethnique en Guinée, si l'on n'y prend pas garde ?

Alpha Condé mène en Guinée une politique fondée sur la haine, sur le rejet des autres, l'exclusion. C'est la première fois, dans l'histoire de la Guinée, qu'un chef d'Etat, dans les actes de nomination à des postes de responsabilités, dit ouvertement ne pas avoir pour souci de tenir compte de l'équilibre ethnique. Vous pensez qu'il est normal de penser qu'une seule ethnie, Malinké en l'occurrence, est compétente pour diriger la Guinée ? Vous pensez qu'on ne peut pas retrouver des compétences dans les autres communautés ou au sein des autres ethnies ? Alpha Condé fait des pratiques d'un régime manifestement liberticide.

Et il est devenu un danger pour la Guinée et pour la région, à cause d'abord des accusations graves portées contre la Gambie et le Sénégal, ensuite des rapports difficiles avec la Côte d'Ivoire et le Mali. Aujourd'hui, c'est toute la région qui est menacée.

L'Observateur (Sénégal)

 

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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 14:21

Général Abdel Kader, répondant à son nom de guerre Baba Laddé est un  dissident du régime tchadien. Arrêté en 1998 pour dit-on coup d'Etat contre Idriss Déby, lui même arrivé au pouvoir par la rébellion armée en 1990, Général Baba Laddé, à la tête du Front Populaire pour le Renouveau (FPR) se trouve aujourd'hui quelque part dans la brousse centreafricaine, un pays frontalier avec le Tchad. Ce Peul de pure race est un gendarme de formation, d’ailleurs il tire son nom de guerre Baba Laddé du peul qui selon lui veut dire ''le Roi de la brousse'' ou le Père de la brousse'', autrement dit le lion, naturellement désigné le roi de la brousse. Dans sa vie scolaire, il est titulaire d'un baccalauréat G1 (Technique administrative) au Lycée Technique commercial de Ndjamena. Depuis des années, il lutte contre le régime totalitaire d'Idrss Déby pour selon lui instaurer un régime démocratique qui prône la bonne gouvernance, le partage équitable des ressources nationales, la justice et la paix entre toutes les composantes de la Nation tchadienne. Mais aussi son idéal va au delà des frontières de son Tchad natal. Le chef du FPR tchadien déplore le sort que subissent les Peuls à travers des Etats africains comme au Centreafrique, en Mauritanie, en Guinée Conakry etc...Pour en savoir plus sur les intentions du Général Baba Laddé, nous l'avons approché. Et c'est volontiers qu'il nous accordée cette interview exclusive. ...

Le Jour: Depuis quand êtes-vous entré en dissidence avec le pouvoir de N'Djamena et pourquoi?

Général -Baba Laddé : Nous sommes entrés en dissidence ouvertement depuis 1998. Pour des raisons multiples liées à l’injustice sociale dont sont victimes les populations en général et les Peuls en particulier.

Vous savez depuis la prise du pouvoir en 1990 d’Idriss Deby, les membres de son clan, commettent des exactions et des violations des droits de l’homme à l’encontre des Tchadiens en toute impunité. Jamais, ils ne sont inquiétés ni par la justice encore moins par les autorités politiques et administratives de notre pays.

Devant  cette situation intolérable. Seule, une révolte populaire s’impose ! C’est pour cette raison que nous avons opté pour la lutte armée contre ce régime impopulaire à l’instar des autres groupes tchadiens qui ont rejoint le maquis.

Depuis quand existe votre mouvement FPR?

Le Front Populaire pour le Redressement (FPR) existe depuis 1998.

Que reprochez-vous au Président Deby?

Comme tous les Tchadiens, nous reprochons à Idriss Deby, sa gestion clanique du pouvoir, son déficit démocratique, la mal-gouvernance politique et socio-économique du Tchad. Il est également auteur et responsable des violations inadmissibles des droits de la personne humaine. Plusieurs opposants, journalistes et défenseurs des droits de l’homme ont disparu cruellement sous les balles de sa garde présidentielle composé essentiellement de l’éthnie Zaghawa, sa communauté.

Pourquoi êtes-vous en Centrafrique et non en territoire tchadien?

Nous sommes en RCA pour de raisons stratégiques militairement parlant. Pour de raisons sécuritaires, nous nous privons de divulguer à l’opinion publique.

On accuse vos hommes de terroriser les civiles. Qu'en dites-vous?

Rappelez-vous Hissein Habré a été traité de voleur des chameaux et un bandit.
Mandela, Arafat, et tous ceux qui ont défendu la juste cause  sont systématiquement traités des terroristes et maquisards. Pire avec des péjoratifs insolents.

Donc, pour revenir à votre question. Nous disons que ces informations sont totalement fausses et dénuées de tout fondements. Car, le FPR est un mouvement du peuple qui les défends  contre l’arbitraire et l’impunité dont il souffre.

Nous accuser des exactions, c’est chercher à ternir notre image d’hommes intégres qui militons pour la justice sociale et le respect de la dignité humaine aussi bien au Tchad et au délà de nos frontières. A vrai dire c’est ça qui dérange nos adversaires politiques.
Le FPR s’inscrit contre ces allégations mensongères et grossières montées par Ndjaména et Bangui.

Que semble vous opposer au pouvoir du Président Bozizé?

Vous conviendrez avec nous que le Président Bozizé est une fabrication d’Idriss Deby qui l’a propulsé en 2003 au pouvoir à la tête de la RCA en évinçant le défunt président Ange Félix  Patassé, pourtant démocratiquement élu par le peuple centrafricain. Il est donc redevable à Idriss Deby que nous (FPR) luttons contre son pouvoir illégitime et autocratique.

Vous avez été kidnappé en 2009 et livré à N'Djamena. Comment avez-vous pu vous évader ?

Tout à fait ! J’ai été kidnappé par les services de renseignements centrafricains alors que j’étais en négociation à Bangui. Ils m’ont livré à Ndjaména à l’insu des organisations de défense des droits centrafricaines et internationales qui parrainaient pourtant ces pourparlers de paix. Vous n'êtes pas sans savoir que je suis un militaire formé dans la règle de l’art et du métier. Vous imaginez la suite !

Que revendique réellement le FPR?

Le FPR revendique plus de démocratie, de transparence dans la gestion des ressources naturelles du pays, dilapidées totalement par Idriss Deby et ses proches, plus de justice et le respect des droits élémentaires de la personne,   l’alternance au pouvoir par des moyens démocratiques et légaux.



Le FPR revendique en outre la limitation du mandat à l’élection présidentielle. Car, vous savez Idriss Deby a fait sauter le verrou de limitation du mandat présidentiel pour se maintenir indéfiniment à la tête du pays contre la volonté populaire.
En ce sens, le FPR lui dit NON !

Vous avez combien d'hommes à votre disposition?

Pour de raisons  stratégiques, le FPR s’abstient de vous donner l’effectif de nos hommes. Toutefois, nous avons les moyens militaires de nos ambitions politiques pour le Tchad.

Qui finance le FPR?

Votre question est curieuse ! Mais, nous nous excusons de vous donner de réponse pour protéger nos partenaires nationaux et internationaux qui soutiennent notre cause et lutte.

Récemment dans une déclaration, vous avez dit que le FPR que vous dirigez défend la cause de Peuls du monde entier. Pourquoi?


C'est un constat général que les Peuls restent les populations les plus marginalisées et vulnérables en Afrique. Donc, il est légitime que nous plaidions leur cause à tous les niveaux pour que cesse la politique d’exclusion, de négation, de l’apatride dont le peul en est victime des régimes africains (Guinée, Mauritanie, Tchad, Centrafrique etc……

Vous dites que vous aiderez les Peuls victimes de ségrégation à travers certains Etats africains dans un cadre humanitaire. Qu'est ce cela veut dire?

Il faut souligner que les éleveurs peuls sont généralement victimes de spoliations de leurs bétails par des hommes en armes et autres malfrats. Cela se passe au Tchad et partout en Afrique. Nous dénonçons ces agissements qui sont des véritables obstacles à l’intégration communautaire et à la paix entre les différentes composantes sociales de nos pays. C’est pourquoi, le FPR parle d’un cadre humanitaire pour aider à la restauration des droits légitimes de tous ceux qui en sont victimes.

Avec une telle prise de position en faveur de votre communauté, ne craignez-vous pas des "représailles" d'autres chefs de pays abritant des membres de cette communauté?

Les représailles, il en existe déjà. Nous l’avons soulevé ci-haut. Alors, il faut  crever l’abcès pour interpeller tous ceux qui abusent de leurs  pouvoirs  pour opprimer et réprimer d’autres populations. C’est une prise de position logique dans nos esprits et conception pour une justice sociale.

Dans la même déclaration vous avez avoué avoir été contacté par des représentants d'al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI), les Boko Haram du Nigeria, le Front Islamique Tchadien d’Ahmat Tidjani Ismaël Bichara, les Shebab Somalien et al Qaida dans la Péninsule Arabique (AQPA) qui vous ont proposé des millions d'Euros pour faire une rébellion islamiste en RCA et au Tchad et vous avez refusé. Pouvez-vous être plus explicite?

Il faut reconnaître que les causes de notre diffèrent largement de ces derniers. Le FPR ne fait d’amalgame dans ses revendications politiques. C’est pourquoi, nous avons décliné ces propositions. Le FPR ferme hermétiquement la porte à toutes velléités extrémistes pour rester dans un cadre de lutte conventionnelle et défendable. 
Nous saisissons cette occasion pour condamner tous ces groupes d’obédiences terroristes.

Vous vous prononcez pour un islam tolérant. Pourquoi, votre mouvement le FPR fait allusion à la religion pour la conquête du pouvoir?

Naturellement, l’islam est une religion de tolérance et de paix. Le FPR ne surfe pas sur le levier confessionnel comme cheval de bataille pour la conquête du pouvoir politique. Car, nous œuvrons pour le dialogue de religion et de culture entre les peuples.

Toujours en se référant à cette déclaration vous avez rappelé que vous êtes en cessez-le-feu avec les forces de Déby, mais qu'il serait rompu si des forces kadhafistes venant de Libye pénétraient au Tchad. Maintenant que le Guide est défait, cela veut dire que le cessez-le-feu est rompu avec le pouvoir tchadien?

En tout cas avec Idriss Deby, il faut s’attendre à tout et nous ne baissons pas la garde.Car, il est capable du pire à tout moment. Il est connu pour ses nombreuses violations d’accord de paix avec ses opposants aussi bien civils que militaires. Certes, nous sommes de bonne foi, mais, la prudence est de mise avec cet homme !

Que pensez-vous de l'affaire Hissène  Habré qui semble traîner?

Personne n’en veut au niveau des dirigeants africains. Car, tous trainent des casseroles derrières eux. Pour eux, il n’est donc pas nécessaire d’instaurer une cour de justice africaine pour anciens Chefs d’Etat. C’est le nœud du problème du blocage du procès Habré. 

Pour faire la paix avec N'Djamena, que demandez-vous au Président Déby?

Le mieux c’est son départ du pouvoir !.Car, cela ouvrirait la porte à la stabilité politique, au retour de tous les exilés politiques et politico-militaires tchadiens pour une réconciliation nationale définitive et une paix durable.

Si un accord est signé entre le FPR et le pouvoir en place, êtes-vous prêt de rentrer au pays et transformer votre mouvement en parti politique pour conquérir le pouvoir par les urnes?

Tout à fait, c’est parce qu’au Tchad, l’environnement politique est insalubre. Ce qui explique notre engagement au plan militaire .Mais, si on arriver à assainir le paysage politique tchadien, le FPR pourrait se muer en parti politique pour la conquête démocratique du pouvoir.

Que pourrez-vous nous dire de plus?

Le FPR est préoccupé par la situation sociopolitique en cours en Guinée. Des informations qui nous parviennent par voie de presse ici en brousse, attirent notre attention sur les risques réels d’éclatement de ce pays. C’est pourquoi, le FPR lance un appel pressant  au Président Alpha Condé de se débarrasser de vieux démons de la division et de la haine d’autrui en faveur de la paix et la stabilité politique en Guinée-Conakry, un pays frère. Le dialogue est  la seule voie pour sortir la Guinée de l’immobilisme et de ses contradictions socio-politiques.

Nous vous remercions, Général Baba Laddé de nous avoir accordé cet entretien.

C’est moi qui vous remercie pour l’intérêt que vous accordiez à notre lutte.

Propos recueillis par Oumar Kateb Yacine 

 

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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 11:15

Alpha-Conde-2Dans une interview accordée à deux organes de la presse sénégalaise, Sud Fm et le journal l'Enquête, le Président guinéen a expliqué la situation dans laquelle il a pris les rênes du pouvoir, les réformes engagées ou réalisées depuis son investiture, les audits dont il promet la très prochaine publication. Mais le point nodal de cet entretien avec les confrères sénégalais est la réponse qu'il a donnée sur l'attaque dont il a été victime le 19 juillet dernier. Cet attentat qu'il a qualifié lui même de tentative d'assassinat, selon lui a été préparé à Dakar par la complicité de la Gambie et du Sénégal. Il soutient aussi que les cerveaux de cet attentat sont Bah Oury, numéro deux de l'UFDG, Amadou Oury Diallo dit Diallo Sadakadji, opérateur économique et sympathisant du parti de Cellou Dalein Diallo et Tibou Kamara, ancien ministre d'Etat, secrétaire général à la Présidence de la République sous la transition menée par le Général Sékouba Konaté. 

Monsieur le Président, voilà neuf mois que vous êtes au pouvoir. Dans quel état avez-vous trouvé le pays ?

J’ai déjà dit aux Guinéens que j’ai hérité d’un pays et pas d’un Etat. J’ai hérité d’un Etat presque en état de faillite. Vous savez, en 2009, le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) a sorti, en dix mois, plus d’argent que la Guinée de 1958, à la mort du président Lansana Conté. La Banque Centrale était quasiment en faillite. Il me fallait donc me recentrer sur les réformes structurelles. Mais, je ferais comme Alexandre le Grand, c’est-à-dire que je ne vais pas essayer de dénouer le nœud gordien, je vais utiliser l’épée pour couper ce nœud gordien. Ce qui a d’ailleurs fait dire aux gens que je prenais trop de risques, en m’attaquant à la fois à trop de forces. Mais, j’étais obligé de la faire, sinon j’allais être pris dans la nasse et réduit à l’inaction. Il fallait donc trancher, sur le vif.


Lorsque vous déclarez qu’il est sorti plus d’argent durant la transition, qu’en 50 ans de régime des Président Sékou Touré et Lansana Conté, cela peut sembler surréaliste…

Mais jugez-en par vous-même. La Banque Centrale va vous donner les chiffres et vous allez voir par vous-même. On a sorti plus d’argent durant la transition qu’en 50 ans et j’ai hérité de cette situation.


Justement où en êtes-vous, monsieur, le Président, avec les audits qui doivent donner une certaine visibilité de la situation économique ?

(La mine subitement grave). Je vais publier les audits. Même si on ne poursuit pas les gens, il faut publier les audits. Car si on poursuit, vous allez être les premiers à dire depuis Dakar : «voilà, il s’attaque aux opposants… », « Ce sont des règlements de compte » etc. Mais Je vais publier les audits. Car, c’est le droit du peuple de savoir. C’est la Commission d’audit qui va s’en charger. Sans doute qu’elle est en train de finaliser certains documents. Je vais les publier.


Y a-t-il un échéancier pour la publication de cette liste ?

J’ai demandé à la commission d’audits de publier. Je pense qu’il y a quelques compléments. Je vous signale que les audits ont été faits avant moi. C’est sous le Comité militaire que cela a été fait. Le nouveau Comité que j’ai mis en place continue le travail.


L’audit des marchés publics a, semble-t-il, permis de mettre en valeur des pratiques surréalistes, des gaspillages, détournements, etc, selon le Secrétaire général de la Présidence.

Je vais vous donner le rapport de la cour des comptes. C’est la Banque mondial qui a financé l’audit réalisé par la Cour des Comptes Française. Qui nous a proposé de geler tous les contrats qui ont été passés de gré à gré. Nous avons gelé tous les contrats, nous allons négocier les contrats qui sont utiles pour le pays, en allant maintenant au niveau du prix réel. Par exemple, si c’est dans l’immobilier, nous faisons le contrôle technique avec des ingénieurs. La Cour des Comptes revient pour réévaluer le marché. On propose à l’entrepreneur le prix exact. S’il ne veut pas, on vérifie ce qu’il a reçu par rapport à ce qu’il a fait et on prend un autre entrepreneur. Mais il appartient à l’Agence judiciaire de poursuivre les gens. Pour le moment, nous attendons que chaque contrat soit revu. De toutes les façons, il y a des contrats que nous avons décidé de ne pas payer.

Quels contrats par exemple ?

Il y en a trop. Je vais vous donner la liste après…

Vous pouvez quand même citer quelques exemples.

(Il hésite.) Comme par exemple le contrat de construction de certains immeubles. Les camps militaires par exemple. L’ambassadeur des Etats-Unis en Guinée, revenu de Kankan m’a dit : «Monsieur, le Président, le camp de Kankan, c’est une honte. Vous êtes obligé de tout casser et recommencer à zéro.» Pourtant des entrepreneurs y étaient pour faire ce camp. Et ils ont été payés. Voyez-vous !

C’est la gravité de cette situation qui vous installe, sans doute, dans une fragilité de fait ?

Avant d’être Président, je connaissais déjà cette situation. Donc j’assume mes responsabilités. Je ne suis pas dans une situation de fragilité, parce que je dis la vérité au peuple. J’ai dit au peuple, nous allons souffrir. Le changement ne va pas se faire sans souffrance. Nous allons souffrir pendant un moment. Et le grand imam (NDLR, de Conakry) m’a dit qu’il vaut mieux accepter de souffrir, aujourd’hui pour avoir le bonheur demain. 1958, nous avons eu l’indépendance mais dans la pauvreté, 2012, nous allons avoir la prospérité et la liberté. Tout cela va se faire dans les 5 ans à venir.

C’est exactement ce que Sékou Touré disait…

(Il coupe). Non. Sékou Touré a dit nous préférons la liberté dans la pauvreté. Moi, je dis, nous voulons la liberté dans la prospérité. C’est différent. Nous avions l’indépendance mais sans prospérité. Maintenant, nous travaillons activement pour assurer notre développement.


Vous avez parlé de réformer l’Etat en accédant au pouvoir, de le moderniser. Sur quels éléments précis comptez-vous mettre l’accent ?

Sur deux choses principales : la première chose, c’est la lutte contre l’impunité. Et deuxièmement, ce sont les reformes structurelles. On a commencé par faire l’unicité des caisses, parce que l’hémorragie se faisait à travers les comptes de l’Etat dans les différentes banques. Nous avons modifié les rapports entre la Banque Centrale et le Trésor. Il n’est plus question de décaisser n’importe comment. La Banque Centrale remet de l’argent au Trésor en contrepartie de devises. Ensuite, grâce à l’audit de la Cour des Comptes, nous avons pu geler tous les contrats passés en 2009, 2010, qui étaient tous des contrats de gré à gré. Parce qu’aussi, ce sont des contrats surfacturés, parfois jusqu’à 200%. Nous avons obligé les débiteurs de l’Etat à rembourser. Ils ont effectivement commencé à le faire. Nous avons essayé de faire comprendre au peuple guinéen que nous avons une année difficile à passer, parce que le Fonds Monétaire International (FMI) nous a demandé de réduire le déficit budgétaire de -13% en 2010 à -2%. Ce que l’on n’a même pas demandé à la Grèce. Mais comme nous comptons rapidement atteindre le point d’achèvement de l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés, ndlr) nous avons accepté ces conditions draconiennes. J’ai pu obtenir 700 millions de dollars d’indemnités de Rio Tinto, mais le Fonds Monétaire me demande de ne pas les utiliser, parce que, me dit-on, cela va augmenter la masse monétaire et l’inflation. Donc, je ne peux utiliser l’argent que dans le domaine de l’Energie par exemple et mettre une partie de l’argent dans un fonds d’investissement, alors que j’ai des hôpitaux, des écoles etc. Voilà, j’ai l’argent mais je ne ….populations. Voyez-vous, ce n’est pas simple…

La nouvelle République, née en décembre dernier, a hérité d’une armée à problèmes. On parle d’effectif pléthorique, de corruption des gradés, de clivages ethniques, de conflits de génération, d’impunité entre autres. Où en êtes-vous avec la réforme de l’armée ?

D’abord nous avons réussi à délocaliser toutes les armes lourdes et les armes collectives. Avant lorsque vous veniez à Conakry, il y avait des armes partout et vous voyiez les militaires se promener avec. Nous avons réussi à mettre fin à cela. Nous avons mis fin aux barrages, car c’était aussi des occasions de rackets. Evidemment après l’attentat du 19 juillet dernier, nous sommes obligés, pour pouvoir arrêter les différents complices, de mettre des barrages à partir de 22 heures. Nous avons délocalisé les armes lourdes à l’intérieur du pays. Nous avons ramené l’armée dans les casernes, maintenant c’est la Police et la Gendarmerie qui assurent la sécurité. En suite, nous allons commencer le recensement biométrique de l’Armée durant ce mois de septembre, pour connaître l’effectif de l’Armée et de la Fonction publique. Nous avons décidé, sur proposition de l’armée elle-même, de mettre à la retraite 4200 militaires avec des mesures d’accompagnement, avec trois mois de salaire par exemple. On va mobiliser une banque pour les mesures d’accompagnement, pour leur reconversion soit dans l’agriculture, soit dans d’autres métiers. Il y a ensuite la réforme de l’armée de l’Armée, engagée avec la communauté internationale sous la direction de votre compatriote, le Général Lamine Cissé. Ce processus avance vite et bien.

Mais M. le Président, à coté de ce tableau que vous décrivez, il y a quand même des problèmes ethniques au sein de l’Armée en particulier et de la société en général…

(Sévère). Vous savez, il y a une campagne de diffamation en Guinée. Vous êtes à Conakry et vous vous êtes promené, pour constater s’il y a un problème ethnique ou pas. Si vous voulez, nous n’avons pas la chance du Sénégal où tout le monde parle Wolof. Vous savez, les problèmes religieux ou ethniques, c’est bien souvent de la manipulation. Lorsqu’un homme politique n’a plus de programme pour convaincre, il utilise des arguments irrationnels, soit dans la religion, soit dans l’ethnie. C’est de la manipulation. Il est vrai que dans l’histoire de la Guinée, nous avons connu beaucoup de problèmes. Il y a eu le camp Boiro, les événements de 1985, 1991, 2006, 2007 et puis le 28 septembre dernier, au stade de Conakry. Nous avons vécu beaucoup d’épreuves qui ont déchiré le tissu social. C’est pourquoi, il est extrêmement important que la Guinée se réconcilie, mais nous avons eu des élections libres et démocratiques. La Guinée a retrouvé sa pleine souveraineté. Nous allons faire la réconciliation, en fonction de notre histoire et de notre vision. Nous n’accepterons plus que quelqu’un nous dicte la façon de faire la réconciliation et …. élections, parce que lorsque vous recevez un financement de l’extérieur, il y a des contraintes auxquelles il faut impérativement faire face.

Restons encore sur ce registre des crispations ethniques. Monsieur le Président, des cadres de ce pays relèvent que pour être promu à des postes importants de l’administration, il faut être issu de l’ethnie Malinké dont vous êtes issu. On parle beaucoup de ministères comme ceux de la Santé, des Transports, des Grands Travaux, de l’Energie etc. Ce sont quand même des accusations à la fois précises et graves. Quel traitement comptez-vous appliquer à ces problèmes ?

Vous savez que c’est une très grande malhonnêteté. Vous avez trois régions en Guinée, la Haute Guinée, la Forêt et la Basse guinée qui sont « mandingue ». La Forêt, on dit que c’est l’aîné, c’est-à-dire « Manding Pou », cela veut dire 10. La Basse-Guinée, c’est « Manding Fou », qui veut aussi dire 10. La haute-Guinée, c’est le cadet et cela veut dire 10. Donc les trois Mandingue se distinguent par le chiffre 10. Traoré par exemple, tu ne peux pas savoir s’il est né en Haute Guinée, en Forêt etc. Quelqu’un qui est Fofana, Touré, Camara, Sylla vous ne pouvez pas savoir s’il vient de la Haute Guinée, de la Forêt ou de la Basse Guinée. La malhonnêteté, c’est de dire qu’on a nommé un Traoré et il est Malinké. Le ministre des Transports est Traoré, il est de la Haute Guinée. Le Gouverneur de la Banque Centrale est Traoré et il est Kolon, une ethnie minoritaire. C’est très facile de dire que tout le monde est Malinké. Le Premier ministre est Fofana, il est Soussou et il est de Forécariah. Le ministre des mines et de géologie est Fofana et il est de Kankan etc.

Ensuite, c’est un changement de régime, ce n’est pas un changement de gouvernement. Je ne vais pas mettre à des places stratégiques des gens qui ont déjà géré. Moi, je ne suis pas venu pour faire de l’équilibre ethnique. Je suis là pour redresser la Guinée. Et comment pourrais-je nommer des cadres qui ont fait une mauvaise gestion. Je n’ai pas pris d’anciens ministres, en dehors du ministre des Finances et de trois militaires, parce que je ne pouvais pas faire autrement. Sinon, j’ai pris des gens expérimentés, en leur disant clairement que je ne protégerai personne. Celui qui sera épinglé par un audit aura des problèmes avec la Justice.

Mais en nommant des cadres, je prends en compte leur comportement au niveau de l’administration passée, de leurs gestions passées etc. Et puis le problème ne peut pas se poser. En Europe, lorsque la droite vient au pouvoir, on trouve normal que le Président nomme des préfets de la droite et non de la gauche.

Ici, on veut que je nomme des gens qui sont manifestement contre ma politique. Vous savez, il faut rétablir les choses. C’est l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) qui a mené une campagne, en disant : c’est notre tour. Il ne faut pas déformer l’histoire. Dans la campagne électorale, le seul mot d’ordre de mon vis-à-vis, c’était de dire que c’est notre tour. Cela a amené tous les autres à se coaliser. Donc c’est eux qui ont rejeté les autres, mais moi, en tant que Président, je dis que la Guinée c’est une voiture à quatre roues, donc je tends la main à tout le monde. Mais, il ne faut pas qu’on déforme l’histoire. On sait ce qui s’est passé lors de la dernière campagne électorale. Si une ethnie dit c’est mon tour et s’oppose à toutes les autres, on casse des véhicules, menace des Peuls qui ne sont pas dans cette mouvance, voilà ce que ça donne. C’est très facile d’aller sur Internet et de raconter des histoires. Aujourd’hui, tous les Malinkés, tous les Soussous, tous les Forestiers sont présentés comme des Malinkés. Un Traoré, si vous ne l’entendez pas parler, vous ne sauriez jamais s’il est Soussou, Forestier ou Malinké.

Ne pensez-vous quand même pas que le temps est arrivé pour les élites politiques de ce pays, à commencer par vous-même et Cellou Dalein Diallo, de se mettre à table pour essayer de dépasser ce problème ethnique qui plombe l’avenir de la Guinée et tenir un langage de vérité à tous les Guinéens ?

Vous avez vécu le 19 juillet. Comment pouvez-vous vous mettre autour d’une table avec des gens qui n’ont qu’une idée en tête : celle de vous assassiner ? Tout le monde sait que si je n’avais pas parlé tôt le matin, il y aurait eu la guerre civile en Guinée. Voilà, des gens qui disent qu’ils sont politiciens et qui organisent des attentats contre le Président de la République.

Vous êtes journalistes, c’est la première fois qu’il y a un attentat contre un chef d’Etat sans qu’il n’y ait rien eu. Kpatcha est pourtant le frère du Président Faure (NDLR : il fait allusion au Togo), mais depuis qu’il a été arrêté, personne n’a pu lui rendre visite. Ici, j’ai permis aux ambassades et à la Croix rouge de leur rendre visite. J’ai demandé aux populations de ne pas sortir; chacun n’a qu’à vaquer à ses occupations, je ne veux pas de manifestation de soutien. Voyez-vous ? Vous ne pouvez pas dialoguer avec des gens qui veulent la guerre civiles en Guinée. Le problème de la réconciliation nationales ; ce n’est pas l’affaire des hommes politiques, c’est l’affaire du peuple guinéen. Moi, je reçois tout le monde.

Monsieur le Président, vous avez parlé de tentative d’assassinat. Mais qui a fait le coup et avec quelle complicité ?

Nous savon très bien que le numéro deux de l’UFDG (NDLR : Union des Forces Démocratiques de Guinée), Bah Woury qui a fui, a été un des principaux organisateurs, de l’intérieur. Je n’ai pas voulu qu’on l’arrête. J’ai demandé qu’on attende que la justice lance un mandat. Ce qui lui a permis de fuir. On a dit partout que je l’ai tué. Après, il a parlé sur RFI. Lui-même, a dit qu’il ne pouvait pas ne pas agir. Il a avoué. C’est le numéro deux officiel de l’UFDG, sans compter ceux qui se réunissaient à Dakar, à l’hôtel Méridien-Président.

Des rumeurs font justement état d’une implication de l’Etat du Sénégal et même de la Gambie. Vous en dites quoi ?

Et pourquoi la Gambie ?


Quand je prends l’exemple de Tibou Kamara, sa femme est la sœur de la femme de Yaya Jammeh. Tibou KAMARA a quand même dit, à Malabo que l’armée va marcher sur le palais. Demandez aux Guinéens qui sont en Guinée Equatoriale, ils pourront vous dire ce que Tibou 
Kamara a dit contre moi.

Est-ce que ce n’est pas justement cela qui vous a poussé à changer d’ambassadeur, en nommant à Dakar, Madifing DIANE, un ancien ministre chargé de la sécurité sous le régime de Lansana Conte ?

Non. D’abord, tous les ambassadeurs ont été rappelés … Aujourd’hui, je suis obligé de nommer dans les pays voisins des gens expérimentés qui pourront suivre les actes de déstabilisation contre moi. Et puis, celui que j’ai nommé, c’est un haut cadre qui a été ministre et je crois que le Sénégal a l’habitude de nommer des généraux aux postes d’ambassadeurs et tout le monde trouve cela normal. Depuis Diouf, on nomme des généraux comme ambassadeurs. Je ne vois donc pas ce qu’il y a d’anormal, dans le fait que la Guinée nomme des personnes qui ont déjà eu à occuper des postes de haut niveau de la sécurité, alors que le Sénégal le fait tout le temps.

L’axe Dakar-Conakry est un axe visiblement sous surveillance.

Moi, je ne surveille aucun axe. Je prends simplement mes dispositions, pour que les gens ne déstabilisent pas la Guinée à partir des pays voisins, quel que soit le pays.

J’ai clairement dit au ministre au Ministre Madické Niang (NDLR, Ministre d’Etat, Ministre des Affaires Etrangères) et au ministre des Affaires étrangères de la Gambie, que j’estime que les choses ont été préparées à l’hôtel Méridien Président, à Dakar, et qu’il y a eu des va-et-vient entre Dakar et Banjul. J’estime que les choses ne pouvaient pas se faire à leur insu. J’ai été clair. J’ai dit à votre Ministre des Affaires étrangères de façon claire, que je pense qu’il y a eu une complicité du gouvernement du Sénégal et de la Gambie, même s’ils disent qu’ils ont manqué de vigilance.

Mais comment êtes vous arrivés à pointer du doigt ces deux pays ?

Mais parce que toutes les réunions se faisaient à l’hôtel Méridien-Président. Et Sadaka DIALLO (NDLR, cousin de Cellou Dalein Diallo) disait à qui voulait l’entendre, qu’il allait organiser une attaque contre moi. Demandez à l’ambassade de France ici. Je l’en ai informé et j’ai informé à certains pays amis.

Avez-vous évoqué ce problème avec le président Wade ?

Non, je n’ai pas encore eu l’occasion de le faire. Mais j’ai discuté avec son envoyé le ministre d’Etat Mamadou Diop Decroix, lorsqu’il est venu ici. Il a informé le président Wade que pour les guinéens, le coup d’Etat a été préparé à Dakar. Et quand le ministre est venu, je lui ai dit que c’était effectivement le point de vue des Guinéens.

N’êtes vous pas paranoïaque, au point de voir des dangers partout ? Est-ce que ce n’est pas parceque M. Cellou Dalein Diallo, un des vos adversaires les plus coriaces, séjourne régulièrement à Dakar que vous voyez des complots partout ?

Mais je n’ai jamais parlé de Cellou Dalein. J’ai parlé des gens qui se réunissent à l’hôtel. On les connait, c’est Tibou Camara, Sadaka etc. je n’ai jamais parlé de Cellou Dalein. Moi-même, quand j’étais dans l’opposition, je séjournais régulièrement à Dakar. J’avais des très bons rapports avec le président Diouf et par la suite le président Wade. Que cellou séjourne donc à Dakar, n’est pas un problème pour moi.

Mais lorsque les gens se réunissent pour préparer des attentats, au vu et au su de tous, cela constitue un problème. Pourquoi je n’accuse pas le Mali, le Liberia, La Sierra Léone.


Par Baye Omar Guèye (Sud Fm) et Mahmoudou Wane (Enquête)


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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 10:58

Le président du Parti de l’Espoir pour le Développement national (PEDN), Lansana a accordé le lundi 4 juillet dernier à la chaine Africa24, une interview dans laquelle il a jugé les six premiers mois du président Alpha Condé, qu’il avait soutenu pendant le second tour de la présidentielle de 2010, « de globalement négatif ».



           Lansana Kouyaté

Africa24 : Après avoir apporté votre soutien à Alpha Condé, vous vous montrez critique à son égard. Qu’est-ce qui justifie ce revirement ?

Lansana Kouyaté : Je ne me montre pas critique à son égard. J’essaie d’évaluer une situation. Je suis venu pour soutenir le candidat du RPG avec l’espérance que tout ce qui a été promis pendant la campagne du premier tour, du second tour, que tout cela serait respecté. Je suis venu avec les espérances de ceux qui m’ont soutenu et je vois que le chemin qui a été emprunté n’est pas celui auquel je m’attendais.

Pourquoi cela ?

Parce qu’il y a une marge entre ce qui a été promis et les symboles qu’on est en train de poser.

Par exemple…

Quand on vient au nom de la démocratie, il faut faire en sorte que les actes qu’on pose soient conformes à cette démocratie. Des maires, élus par le peuple, ont été révoqués.

Et selon vous, dans quel but ces maires ont-ils été révoqués ?

Écoutez ! On est obligé de penser qu’à l’approche des élections législatives, il faut remplacer les maires récalcitrants vis-à-vis du parti par des maires qui sont, si vous voulez, à la merci du Président Alpha Condé.

Six mois, c’est quand même un délai assez court pour dresser un bilan de son action…

C’est vrai, le temps est court pour faire son bilan. Mais, le temps est suffisamment long pour au moins faire le bilan des symboles. Quand on dirige un État, sur les six premiers mois, même sur l’année je dirais, les symboles qu’on pose sont plus importants que les résultats. Si ceux-ci ne sont pas en adéquation avec ce que le peuple attend, les espérances, alors cela veut dire qu’il ne faut pas trop attendre des actions. Mais les symboles, on peut en faire un bilan. Je pense que ce bilan est globalement négatif. Honnêtement !

Le ton est monté d’un cran entre le Président Alpha Condé et Cellou Dalein, finaliste de la présidentielle. Qu’en pensez-vous ?

S’il y a des règles, que ces règles soient connues et respectées par tous. S’il est interdit, par exemple aux hommes politiques, quand ils viennent d’être reçus par leurs militants, mais, si telle est la règle, nous sommes dans une période quand même qui peut être comparée à un lendemain de cauchemar. Si tel est le cas, alors il faut que les règles du jeu soient connues. Si elles ne sont pas connues, cela devient de la violence inutile.

Le pouvoir a promis les législatives en novembre prochain. Pensez-vous que ces élections auront bien lieu à l’automne ?

Il faut demander au gouvernement. Il nous sera très difficile de répondre à cette question. Vous savez, j’étais l’unique candidat du temps du Président Dadis de dire que nous n’étions pas prêts pour ces élections, parce que j’en savais des vices cachées. Le fichier électoral était mauvais, absolument mauvais. Et il y avait beaucoup d’ingrédients qui n’étaient pas encore là, mais, seul contre tous, j’ai dû plier.

Est-ce que vous êtes favorable au nouveau recensement proposé par le pouvoir auquel s’oppose l’opposition ?

A condition que ce ne soit pas un mauvais fichier qui remplace un autre mauvais fichier. Si élaguer le fichier ancien est ce qu’il faut faire, parce que franchement, il est truffé d’imperfections. Des jeunes qui ne sont pas en âge de voter, ont été enrôlés ; certains étrangers ont été enregistrés. Bref, ceux qui en ont le droit l’ont cherché, mais n’ont pas pu être enrôlés. S’il s’agit d’élaguer pour enlever ces imperfections et recenser de nouveaux pour compléter le fichier déjà accepté, je crois que ce serait une bonne chose.

Est-ce que sincèrement, vous êtes inquiet ?

Je suis inquiet.

Vous êtes inquiet quant à l’issue de ces élections ou d’ailleurs du processus électoral ?

Tout à fait. Parce que d’abord, toute élection est porteuse de germe de violence en Afrique, comme ailleurs. On a vu dans certains pays du septentrion, mais en Afrique, c’est encore plus marqué. Parce que nous sommes à un niveau de balbutiement. Je suis inquiet pour cela, de façon générale.

La Présidente du Conseil national de Transition, Mme Rabiatou Sérah Diallo, a proposé la mise en place d’une nouvelle CENI. Approuvez-vous sa proposition ?

Vous pensez que ce serait une décision de nature à favoriser un consensus entre l’opposition et le pouvoir au sujet de la CENI ?

Ce que je sais, c’est que la CENI, entre les deux tours de l’élection présidentielle, a été fortement critiquée, dans sa composition actuelle. Vous avez, vous-même, été témoin de tout ce que nous avons eu comme difficultés à faire reprendre la CENI, les 24 dysfonctionnements comme ils l’ont appelé. Quatre mois écoulés entre le premier et le second tours, c’est un record qui mérite d’être cité dans le Guinness. Et tout cela revenait au mauvais fonctionnement de la CENI, donc quelque part à sa composition. C’est ce que je dis pour l’instant.

Envisagez-vous une défection de votre parti au sein de l’Alliance arc-en-ciel qui a soutenu Alpha Condé lors de la présidentielle ?

L’Alliance arc-en-ciel était une alliance pour porter le Président Alpha Condé au pouvoir, on l’a vu ailleurs. Je veux rappeler qu’il y a deux options, pas trois. Partout où il y a eu de telles alliances, on a fait disparaître tous les partis qui composent l’Alliance pour créer un autre parti, un mouvement. Cela se vérifie en France. Ou chaque fois qu’il y a eu nécessité, les partis ont changé de nom dans un régime présidentiel. Aux Etats-Unis, on n’en a pas besoin...

M. Kouyaté, vous semblez, en tout cas votre parti, insatisfait du bilan de l’actuel président Alpha Condé que vous avez soutenu au sein de l’Alliance arc-en-ciel. Est-ce que vous envisagez une défection ? C’est-à-dire, quand il y a des discussions avec l’opposition, avec le collectif qui regroupe les partis de Cellou Dalein et de Sidya Touré, par exemple. Ou bien vous envisagez de vous battre de votre côté ?

Il y a contact entre nous. Cela est prématuré. C’est prématuré, parce qu’il faut d’abord, franchement discuter avec le camp où on était, pour qu’on ait une totale adéquation sur le jugement que nous, PEDN, portons sur le bilan des symboles, comme je l’ai dit tantôt.

Est-ce qu’il y a des discussions que vous avez entamées avec le Collectif dans lequel on retrouve le parti de Cellou Dalein et de Sidya Touré ?

Non ! Il y a des contacts...

Vous n’avez pas peur d’être isolé ? Ce collectif ne vous pardonne pas d’avoir soutenu le Président Alpha Condé ?

Non ! Pas du tout. Un jour j’expliquerai comment tout cela est venu. Les uns et les autres connaîtront les erreurs qui ont été commises par l’un des candidats. Je ne veux pas rentrer dans le détail. Il y a des vérités qui méritent d’être dites. Quand je serai en Guinée, je vous jure, que je dirai ces vérités pour que tout le monde sache.

Quelles vérités ?

Je ne veux pas parler maintenant. Si j’en parlais maintenant, cela ne serait pas bien compris. Je préfère, arrivé à Conakry, en temps opportun, faire une conférence de presse sur ce qui s’est passé avant le premier tour, pendant le deuxième tour, entre les deux tours.

Est-ce que cela est une de vos stratégies pour aller aux élections législatives ?

Ça va au-delà ! C’est cultiver l’éthique qu’on a de faire les Alliances et de les défaire.

strong>Le Président Alpha Condé vous a-t-il promis le poste de Président de la future assemblée nationale en échange d’un ralliement à ses côtés lors de la présidentielle ?<//strong>

C’était une négociation globale. C’est un ensemble. Ce n’était pas seulement que la Présidence de l’Assemblée, c’était aussi autre chose, beaucoup d’autres promesses qui n’ont pas été tenues. Malheureusement. Et il y a eu beaucoup de racontars là-dessus, mais la vérité est toute simple. Moi, je n’ai pas voulu être Premier ministre, ceci ou cela… Mais, on vient avec des gens, on vient d’un parti, on aimerait que ceux de vos collaborateurs qui sont avec vous participent à la gestion de l’Etat. Ça va au-delà du Président de l’Assemblée ! Oui ! Il a signé l’accord et cet accord, je le montrerai en temps opportun.

Vous estimez que vous n’avez pas été suffisamment récompensé par le Président Alpha Condé ?

Oui ! Parce que, je ne dis pas que ça vient ex-nihilo. Je le dis, parce que ça été conclu, signé par les deux parties. Et chacune des deux parties a une copie de ce qui a été signé. C’est un engagement. La parole, si ce n’était que la parole, on doit la respecter ; encore que ça va au-delà, puisque c’est signé.

Vous auriez souhaité une présence beaucoup plus forte pour votre parti…

J’aurai souhaité que l’accord qui a été signé entre nous soit respecté. Le contenu de cet accord, je le publierai en temps opportun. Pour vous dire la vérité, le débat est au sein de mon Bureau exécutif national. Étant respectueux de la démocratie à l’intérieur du parti, je ne veux pas du tout influencer ce débat. Je vais rentrer à Conakry prochainement, mes collègues me feront le compte-rendu de là où ils sont dans ce débat et j’aurai, en ce moment, à me prononcer.

RFI

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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 08:13

Alpha-Conde-2Alpha Condé, 73 ans, a pris son job de président comme il a embrassé, un demi-siècle durant, sa vie d’opposant : à bras-le-corps. Levé à 6 heures, couché passé minuit, il enchaîne les audiences au palais Sékoutoureya puis, le soir venu, dans sa villa de Kipé, mange peu, se fait occasionnellement masser le dos et ne se sépare jamais de ses trois téléphones portables avec lesquels il gère des affaires qui, ailleurs qu’en Guinée, pourraient paraître des détails. Les importations de riz asiatique par exemple : l’entendre négocier lui-même le prix de la prochaine cargaison attendue dans le port de Conakry --« Je veux tout sauf du riz de Birmanie : les généraux là-bas ne sont pas des gens sérieux »-- est un grand moment. Mais aussi la distribution d’eau et d’électricité dans les quartiers, la marque des véhicules de fonction, les états d’âme de la Grande Muette, des imams et des petits changeurs de francs guinéens, les bagarres de féticheurs au fin fond de la Guinée forestière et, surtout, le travail de chacun de ses ministres. Pour ce faire, « le Professeur », ou « kôrô Alpha » (« grand frère Alpha ») dispose d’une capacité d’écoute et d’un réseau parallèle d’information impressionnants. Il fait tout, voit tout, se mêle de tout, concentre toutes les décisions et ne ménage guère son corps couturé de tant de batailles, de condamnations à mort et de séjours en prison.

Dimanche 15 mai, le voici qui pose le pied sur le tarmac de l’aéroport, de retour d’une épuisante tournée de VRP en Afrique du Sud, en Turquie et dans le Golfe. Aussitôt : bain de foule, puis meeting dans une salle surchauffée du Palais du peuple au cours duquel il prononce un long discours en trois langues, français, soussou et malinké (il ne parle pas le peul), avant de tenir une séance de travail avec les chefs de l’armée puis avec son Premier ministre. « C’est vrai, je suis sur tous les fronts », confie le président élu le 7 novembre 2010 avec 52,5 % des voix et investi il y a à peine cinq mois, « mais tout ici est à reconstruire ».

À l’image de Conakry, capitale en lambeaux de deux millions d’habitants menacée d’AVC par des embouteillages cauchemardesques, le pays entier peine à sortir d’un coma de cinquante ans. La démocratie, les droits de l’homme, la bonne gouvernance y sont des notions nouvelles derrière lesquelles affleurent toujours les tensions ethniques, la violence et la corruption. C’est à cette tâche herculéenne qu’à sa manière – solitaire, déterminée, tranchante, militante, brouillonne en apparence mais dans le fond plutôt méthodique et évidemment sujette à critiques de la part d’une opposition mordante qu’il accuse désormais de vouloir recruter des mercenaires – le camarade Alpha s’est attaqué à corps perdu. Et peu importe si son sommeil est peuplé de sacs de farine, de conteneurs de riz, de barils d’huile et de kilomètres de rails…

Jeune Afrique : Vous attendiez-vous à trouver la Guinée dans un tel état ?

Alpha Condé : Un peu, oui. Mais j’ai tout de même été surpris par l’ampleur des dégâts. Exemple : la quasi-totalité des contrats passés par l’État en 2009-2010 a été surfacturée. Certains de 200 %. La Banque centrale de Guinée était au bord de la faillite, à cause de l’utilisation abusive des avances au Trésor. Plus grave : le gouverneur de cette même banque s’est permis d’émettre des billets non sécurisés, rendant impossible la détection de la fausse monnaie ! Toute notre économie est dans un état de déliquescence avancée. Un vrai désastre.

Depuis cinq mois, qu’avez-vous fait pour tenter d’y remédier ?

Première chose : enrayer la corruption en créant l’unicité des caisses de l’État. Tous les comptes auparavant dispersés entre divers pôles autonomes – port, mines, fonds routier, etc. –, dont les titulaires usaient et abusaient à leur discrétion, ont été rapatriés au ministère des Finances. Deuxième mesure : la Banque centrale ne fait plus aucune avance au Trésor sans contrepartie des recettes correspondantes. Troisième acte de rupture avec le passé : la suppression de l’impôt de capitation, extrêmement impopulaire, et la gratuité des soins pour les femmes enceintes. La réduction drastique du déficit budgétaire aussi, ramené de 13 % du produit intérieur brut à 2 %. La révision des accords miniers, scandaleusement désavantageux pour la Guinée. La création de bureaux de change agréés et l’interdiction du change sauvage et clandestin. J’en passe. Ici, le bouleversement est quotidien.

Vous avez renégocié, avec succès, plusieurs gros contrats conclus avec des géants miniers comme Vale et surtout Rio Tinto. Comment y êtes-vous parvenu ?

C’est très simple. Rio Tinto a revendu, en 2010, 47 % de ses actions aux Chinois de Chinalco sans en informer l’État guinéen, ce qui est en contradiction avec le code minier. Et cela d’autant que sa concession expirait en février 2010. Nous avons donc exigé et obtenu de Rio Tinto une indemnisation à hauteur de 700 millions de dollars, plus 15 % d’actions gratuites et 20 % d’actions payantes, soit 35 % au total. Je crois que c’est une première en Afrique. La négociation a été ardue dans la mesure où les groupes miniers avaient pris en Guinée de mauvaises habitudes – il leur suffisait de verser des dessous-de-table pour arriver à leurs fins. Désormais, ce genre de pratiques n’a plus droit de cité. Un nouveau code minier est en préparation. Quand il sera achevé, d’ici à juillet, nous discuterons avec les autres sociétés, dont Rusal, pour qu’elles s’y conforment. Un article essentiel y figurera : toute société qui se rendra coupable de corruption se verra contrainte de payer une forte amende. Dans les cas les plus graves, le contrat sera tout simplement annulé.

La Chine a octroyé des prêts très importants et à très bas taux à l’Angola et à la RDC en échange de concessions minières. Ce raccourci ne vous tente pas ?


Non. Nous dissocions les prêts des contrats. Le contraire n’est ni sain ni transparent.

Vous avez promis de faire des audits de la gestion passée et de poursuivre ceux qui ont détourné des biens publics. Où en êtes-vous ?

Pas de chasse aux sorcières, mais une volonté forte de clarifier les choses. Les présumés coupables seront convoqués devant la justice, ils se défendront, et les juges apprécieront. Des audits ont été effectués avant notre arrivée au pouvoir, d’autres sont en cours. Pour le reste, nous avons décidé de récupérer tous les biens – terrains, villas, immeubles – appartenant à l’État et indûment accaparés par d’anciens ministres. Idem pour les commerçants qui ont osé spéculer sur les dons étrangers : ils devront rembourser ou faire face aux rigueurs de la loi.

Quand vous critiquez les commerçants véreux, la communauté peule a l’impression que vous la stigmatisez…

À tort. Ce sont quelques commerçants ayant abusé de leur monopole d’importation de certaines denrées, le riz ou la farine par exemple, que nous visons. En aucun cas les Peuls dans leur ensemble. Il faut casser les monopoles. Je l’ai dit aux commerçants peuls et libanais, je l’ai dit aux paysans, aux artisans : dans la nouvelle Guinée, il n’y aura plus de privilèges indus. Si nous voulons produire ce que nous consommons et consommer ce que nous produisons, chacun doit être égal devant la loi.

Pourquoi avoir rendu publique la liste des quarante-deux plus gros débiteurs de l’État ? N’est-ce pas les désigner à la vindicte ?

Non. Avant de publier cette liste, nous avons donné un mois à ces gens pour qu’ils se mettent en règle, sous peine de voir leur nom étalé au grand jour. Certains l’ont fait et ont proposé à l’agent judiciaire des calendriers de remboursement. Nous en avons tenu compte et ils ne figurent pas sur la liste. Quant aux autres, ils ont pris leurs responsabilités. Ils ont pillé ce pays. Qu’ils assument.

En tête de cette liste, on trouve l’homme d’affaires Mamadou Sylla, qui, pourtant, vous a soutenu lors de la présidentielle de 2010. Il a dû être surpris…

Ce n’est pas moi qui ai confectionné cette liste, mais le ministère en charge des Audits et du Contrôle économique et financier. J’ai simplement dit : publiez-la, quelle qu’elle soit. J’avais d’ailleurs été clair à ce sujet pendant ma campagne en annonçant que je ferais tous les audits nécessaires. Lorsqu’il s’agit des intérêts du peuple et du pays, je n’ai pas d’états d’âme : je ne protège personne sous prétexte qu’il m’a soutenu.

L’Alliance Arc-en-Ciel, qui vous a porté au pouvoir, semble battre de l’aile. Certaines personnalités comme Lansana Kouyaté, Kassory Fofana, Mamadou Sylla bien sûr, s’estiment plutôt mal récompensés. Cela vous ennuie ?

Je ne m’occupe pas de cela, mais de l’application du programme sur lequel j’ai été élu. Le copinage et l’ethnocentrisme ne font pas partie de mes méthodes. Ceux qui sont d’accord avec moi me suivent. Les autres… Je me suis engagé devant le peuple, pas devant les politiciens, fussent-ils de mes alliés.

Pourtant, c’est bien d’ethnocentrisme qu’on vous a accusé entre les deux tours du scrutin présidentiel de 2010. Plus exactement, d’avoir joué la carte du « tout sauf un Peul au pouvoir »…


Écoutez. J’ai été longtemps président de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France [Feanf]. Je suis un militant de l’unité africaine. Ce n’est pas à mon âge que je vais commencer une carrière de tribaliste. Qui a mené une campagne ethnique ? Qui a dit « c’est notre tour », « c’est le tour des Peuls » ? Cellou Dalein Diallo. Beaucoup de leaders de cette communauté m’ont rejoint et m’ont soutenu, ce qui leur a valu d’être intimidés et menacés par mon adversaire. Moi, je n’ai jamais menacé un Malinké ou un Soussou parce qu’il avait rallié Cellou ! Sékou Touré était un Malinké comme moi, je l’ai combattu. Lansana Conté était un Soussou, je l’ai combattu. Mon combat n’est pas pour ou contre une tribu, il est pour la bonne gouvernance et contre ceux qui ont mis ce pays à genoux.

S’il a accepté le résultat de la présidentielle, Cellou Dalein Diallo répète que l’élection n’a pas été juste, qu’il a sauvé la Guinée de la guerre civile et qu’il ne collaborera jamais avec vous. Cela vous pose problème ?

Non. Parce que le problème ce n’est pas lui, mais l’eau, l’électricité, la pauvreté, l’autosuffisance alimentaire, bref l’essentiel. Je ne réagis pas à ce que dit ce monsieur depuis Dakar, quitte à ce qu’on me le reproche.

Lors de son bref retour à Conakry, le 3 avril, il y a eu de sérieux affrontements entre ses partisans et les forces de l’ordre.

Ses gens ont refusé de changer l’itinéraire de leur manifestation comme cela leur avait été signifié. La Guinée est devenue un État de droit, chacun doit s’y conformer. Le temps de l’anarchie, de la pagaille, des pierres jetées sur les voitures, c’est fini ! Le général français qui est venu nous aider à mettre en place le service civique pour les jeunes a été agressé et blessé dans son véhicule. C’est inacceptable. Alors oui, nous avons arrêté les casseurs. Désormais, nul n’est au-­dessus des lois en Guinée.

Le 10 mai, c’est le domicile de Cellou Dalein Diallo qui aurait été perquisi­tionné en son absence par des militaires de la garde présidentielle. Pourquoi cet acharnement ?

Vous savez, le mensonge est chez certains Guinéens une seconde nature. Il n’y a jamais eu de perquisition, mais un problème interne à la garde personnelle de Cellou. L’argent qu’il distribue à ses hommes, dont certains sont des Bérets rouges, a été mal réparti, et l’un d’entre eux, mécontent, est venu exiger son dû les armes à la main. Tout ce qu’on a raconté dans les médias à ce sujet est faux. D’ailleurs, ce ne sont ni les agences de presse, ni les radios étrangères, ni les journaux, encore moins internet qui guident mes actions. Vous me connaissez suffisamment pour le savoir.

Tout de même. Quand la rumeur se répand, lors de votre récent voyage en Afrique du Sud, que vous vous y êtes rendu pour vous faire opérer en urgence, vous réagissez…

Oui, mais avec le sourire. Je sais que cela aurait fait plaisir à certaines personnes, celles qui vont voir les marabouts pour que je tombe malade. Si cela les amuse de dépenser leur argent pour rien… Je suis allé en Afrique du Sud à l’invitation du président Zuma ; de là je me suis envolé pour la Turquie, Dubaï, puis Abou Dhabi afin de vendre la destination Guinée aux investisseurs, le tout en une semaine. À peine revenu à Conakry, vous m’avez vu tenir une réunion publique. Je crois que le malade se porte plutôt bien, non ?

Quand auront lieu les élections législatives ? Apparemment, vous n’êtes pas pressé de les organiser. Or, selon les accords de Ouagadougou de janvier 2010, elles auraient dû se tenir au maximum six mois après la présidentielle, un délai déjà dépassé. Pourquoi ce retard ?

Elles auront lieu vers la fin du mois de novembre 2011. Mais je veux qu’elles soient le plus irréprochables possible. Il faut donc procéder à un nouveau recensement électoral afin que les paysans, dont beaucoup refusaient de s’inscrire sur les listes afin d’échapper à l’impôt de capitation, puissent le faire. Prenons notre temps, pour permettre à tous les Guinéens de voter et pour réduire au minimum tous les risques de fraude. Les cartes d’électeur et les cartes d’identité seront distribuées conjointement pour éviter les doubles inscriptions, le vote des mineurs et autres aberrations. Vous savez, les choses sont claires : je me suis battu pendant cinquante ans pour la démocratie dans ce pays et je n’ai aucune leçon à recevoir dans ce domaine de la part de ceux qui étaient de l’autre côté de la barrière. J’ai gagné la présidentielle face à des gens qui disposaient de soutiens financiers énormes. Aucun homme d’affaires ne m’a aidé. Je défie quiconque de prouver le contraire.

Vous êtes à la fois le chef de l’État et le ministre de la Défense, car vous avez voulu conduire vous-même la réforme de l’armée. Pendant un quart de siècle, les militaires guinéens ont pris de très mauvaises habitudes. Comment les en guérir ?

Je suis fier de l’armée guinéenne. Elle ne sort plus dans les rues, elle a accepté que toutes ses armes lourdes soient délocalisées à l’intérieur du pays, on ne la voit plus déambuler dans les bars en tenue ni tenir des barrages dans la capitale. Un programme de refonte est en cours qui prévoit notamment une réorientation du génie militaire vers les activités de développement.

Le problème de l’armée guinéenne aujourd’hui, ce n’est plus son comportement mais sa composition : il y a plus de gradés que d’hommes de troupe, et certains militaires sont d’active depuis – tenez-vous bien – 1952 ! Des mises à la retraite accompagnées s’imposent donc. Elles concernent pour l’instant 4 200 hommes et entrent dans le cadre général de l’assainissement de la fonction publique. Sachez qu’en à peine un mois d’enquête sur le terrain, 8 800 fonctionnaires touchant un double salaire et 1 000 fonctionnaires décédés dont les émoluments étaient toujours versés – et donc détournés – ont été détectés. Et sans doute n’est-ce là que la partie émergée de l’iceberg. Pour conclure sur l’armée guinéenne : le peuple n’en a plus peur. C’est un progrès décisif. Et elle se rend compte d’elle-même que la démocratie est la meilleure chose qui puisse lui arriver. Elle est à nouveau considérée, respectée, aimée.

Quelles sont vos relations avec votre prédécesseur, le général Sékouba Konaté ?

Je n’ai aucun contentieux avec le général. J’ai toujours dit et je répète qu’on lui doit les élections en Guinée. Certes, la gestion du pays lorsqu’il était président n’a pas toujours été au-dessus de tout soupçon. Mais Sékouba Konaté n’était pas Premier ministre et il ne cessait de dire : « Je ne suis pas un économiste, je signe tous les contrats que vous me présentez, mais vous vous expliquerez avec celui qui me succédera. » Il ne connaissait rien à ces histoires financières ou minières. Je ne le considère donc pas comme responsable de ces contrats léonins que nous remettons en cause aujourd’hui. Les vrais coupables, ceux qui ont guidé sa main, tentent de le dresser contre moi pour se protéger. Ils lui font croire que je le vise. À tort. Sékouba est sorti grandi de l’Histoire, je ne lui reproche rien et il le sait.

Vous avez rencontré le capitaine Dadis Camara à plusieurs reprises – la dernière fois le 7 avril, à Ouagadougou. Apparemment, il veut rentrer en Guinée et cette perspective vous gêne. Pourquoi ?

Beaucoup de gens parlent à la place de Dadis. Il n’a émis aucune exigence de ce type et je n’ai aucun problème avec lui. Il y a peu, certaines personnes ont voulu créer un mouvement pour le retour de Dadis Camara en Guinée. Savez-vous ce qu’il m’a dit ? « Il faut les faire arrêter, ils ne me représentent pas ! »

Dadis Camara est dans le collimateur de la Cour pénale internationale (CPI) pour sa responsabilité dans le massacre du 28 septembre 2009 à Conakry. Pour vous, c’est un vrai casse-tête…

Ce que je dis à qui veut l’entendre à ce sujet, c’est qu’il faut faire preuve de souplesse. La Guinée est fragile, elle sort de vingt-six ans de régime militaire, il faut être prudent, ne pas jeter des paroles en l’air.

Nous allons organiser, le moment venu, une conférence « vérité et réconciliation », je m’y suis engagé. Mais nous devons auparavant nous assurer que les Guinéens soient capables d’entendre et de pardonner.

Pour cela, des comités de sages et de religieux sont progressivement mis en place dans les préfectures afin de sensibiliser le peuple sur la nécessité de revisiter notre histoire et notre mémoire. Il n’y a pas eu que le 28 septembre, il y a eu Sékou Touré, le camp Boiro, les morts de la IIe République, etc. Tout cela incite à la circonspection, afin que l’exercice de réconciliation ne débouche pas sur son contraire : la haine et un surcroît de division.

La CPI entend-elle ce raisonnement ?

La CPI n’intervient que par défaut, quand la justice nationale ne joue pas son rôle. Ce qui, je l’espère, ne sera pas le cas.

Le franc guinéen ne repose plus sur grand-chose, et certains de vos pairs – Blaise Compaoré et Amadou Toumani Touré par exemple – vous recommandent d’intégrer la zone CFA. Comptez-vous suivre leur conseil ?

C’est un sujet délicat. Je ne me pose que les problèmes que je suis en mesure de résoudre. Pour l’instant, mon problème est de redresser l’économie et de rendre crédible notre monnaie.

Cependant vous n’écartez pas cette perspective…


Je vous dis que je m’attelle aux problèmes immédiats. Quand ils seront résolus, je réfléchirai au reste.

Le franc guinéen, c’est un peu un bijou de famille. Mais le bijou est passablement terni.

La monnaie concerne tout le peuple, c’est vrai, et toute décision la concernant doit être prise collectivement. Il faudra donc un débat national et c’est le peuple qui tranchera.

La polémique soulevée par la concession au groupe Bolloré du terminal à conteneurs du Port autonome de Conakry se poursuit. On vous reproche maintenant d’avoir accordé à Bolloré l’exclusivité sur l’ensemble des opérations portuaires, ce qui en fait de facto un monopole privé. Qu’avez-vous à répondre ?

Que tout cela est faux. Le directeur général du port a cru bon de signer avec le groupe Bolloré une convention d’assistance concernant la gestion du port autonome conventionnel et ce sans en informer le ministre des Transports. Quand nous nous en sommes aperçus, nous avons immédiatement annulé cette convention. Bolloré ne gère que l’activité conteneurs, le chemin de fer et un port sec, c’est tout. Pour le reste, il n’est même pas demandeur.

Vous vous êtes donné cinq ans pour sortir la Guinée de la grande pauvreté et assurer son autosuffisance alimentaire. N’est-ce pas ambitieux ?

Le meilleur plan de développement qui ait été conçu pour ce pays date de 1955. Il est l’œuvre du gouverneur français de l’époque, Roland Pré, qui, au sortir de la guerre d’Indochine, s’était juré de faire de la Guinée le grenier à riz de l’Union en remplacement du Tonkin. C’était donc possible. Par la suite, la paysannerie a été totalement abandonnée alors que la Guinée, comme l’avait bien perçu Roland Pré, est non seulement un scandale géologique mais aussi agricole.

J’ai conclu un pacte avec les paysans : l’État va les aider et ils vont produire jusqu’à l’autosuffisance et au-delà, afin que nous devenions exportateurs. Les sociétés étrangères sont les bienvenues si elles encadrent et soutiennent nos paysans, mais nous ne vendrons pas nos terres comme à Madagascar. Il faut que ce soit clair.

Comment relever un pays sans État ?

C’est tout le défi. Mais l’État guinéen renaît, on le voit chaque jour. Regardez l’aéroport Gbessia de Conakry. C’était un haut lieu de trafics et de rackets en tout genre. Aujourd’hui, l’ordre y règne. Autre plaie : le trafic de drogue, qui était organisé au plus haut niveau avec des hélicoptères venant de Guinée-Bissau. Désormais, avec l’aide technique des Américains et des Français, j’ai rattaché directement à la présidence la brigade antidrogue. Ils arrêtent jour et nuit des trafiquants et ne rendent compte qu’à moi. Sur un autre plan, nous sommes en train de payer tous nos arriérés auprès des organisations internationales et nous réglons les frais des ambassades, dont certains sont impayés depuis près d’un an. Je ne veux plus d’ambassadeurs guinéens clochards, à qui l’on coupe l’eau et l’électricité. C’est une question de dignité.

Vous êtes sur tous les fronts, vous voulez tout faire vous-même. Ne risquez-vous pas de vous épuiser rapidement ?

Je n’ai pas, pour l’instant, d’autre choix. J’ai un Premier ministre et un gouvernement qui travaillent, mais les mauvaises habitudes prises sont telles que je dois tout surveiller et tout vérifier. Je ne tolère aucune velléité de corruption, j’ai donc l’œil sur tout. C’est vrai que cela me fatigue, mais qui d’autre que moi peut mener cette bataille des mentalités ? Je ne gère pas des Guinéens venus de la planète Mars, je gère les Guinéens tels qu’ils sont.

« Je suis pour des solutions africaines excluant le recours à la force », aviez-vous dit à propos des crises ivoirienne et libyenne. Manifestement, vous n’avez pas été entendu…

Sur la Libye, ma position est celle de l’Union africaine : un cessez-le-feu suivi d’un débat national. Sur la Côte d’Ivoire, j’aurais préféré que la solution permettant au président élu Alassane Ouattara d’exercer son pouvoir soit purement africaine. Dans l’un et l’autre cas, notre incapacité à résoudre nous-mêmes nos problèmes est préoccupante.

Voir Laurent Gbagbo arrêté et filmé en maillot de corps, cela vous a choqué ?

Je préfère ne pas commenter cela.

« La Guinée est de retour », aimez-vous à dire. Mais la Côte d’Ivoire aussi. Comment exister à côté d’un tel voisin ?

Je ne me compare à personne. Je sais simplement qu’à la fin des années 1950 la Guinée était, de toutes les colonies françaises, celle qui paraissait promise au plus bel avenir. Nous n’avons pas su faire fructifier ce capital. Mais le capital est toujours là.

Vous n’êtes pas, chacun le sait, un homme d’argent. Mais que faites-vous pour éviter que votre entourage familial s’enrichisse indûment ?

Je connais ce risque et je sais que la famille est le talon d’Achille de beaucoup de chefs d’État. Aussi ai-je décidé, tous les Guinéens l’ont remarqué, que mon épouse vive dans un autre domicile que le mien. Elle est de Kankan, fief de nombreux gros commerçants malinkés, qui, tout naturellement, viennent lui rendre visite. Je ne veux pas que l’on dise que j’ai remplacé les commerçants peuls par des commerçants malinkés que je recevrais en catimini. Comme cela, les choses sont claires. Chez moi, je ne reçois que sur rendez-vous et vous n’y verrez pas d’hommes d’affaires.


Est-ce suffisant pour éviter les tentations, les influences ?

Vous voulez que je sois plus clair encore ? J’ai interdit à mon épouse de faire de la politique et des affaires. Le jour où elle m’apportera un dossier de faveur, je divorcerai sur-le-champ. Elle le sait et je l’ai dit assez fort pour que chacun le sache.

Il n’empêche : votre fils Mohamed serait, selon la rumeur, impliqué dans certains dossiers économiques…

C’est faux. Mon fils n’est pas un homme d’affaires ni un entrepreneur en quoi que ce soit. Il a fait des études aux États-Unis, il a travaillé au Brésil puis à Londres et il est revenu m’aider ici après le décès de mon frère. Je parle mal l’anglais, lui est anglophone, aussi lui ai-je demandé de me servir de traducteur et de suivre pour moi les dossiers de coopération avec l’Afrique du Sud de mon ami Jacob Zuma. Pour le reste, je n’ai aucun homme d’affaires dans ma famille et je ne donne de mandat à personne pour me représenter. Le temps des ambassadeurs itinérants exhibant des mandats de la présidence guinéenne pour se remplir les poches ou des trafiquants colombiens munis de passeports diplomatiques est définitivement révolu. Je reçois moi-même les investisseurs et tous savent que je suis incorruptible.

Dans cinq ans, à quoi ressemblera la Guinée ?

À ce qu’elle aurait dû être si nous avions réussi notre indépendance. Une Guinée avec des chemins de fer, des routes, des barrages, des logements sociaux. Une Guinée avec un nouveau Guinéen pour qui la valeur porteuse ne sera plus la magouille mais le travail. Une Guinée fière, débarrassée des mensonges, des jalousies et de l’autodépréciation. Avec l’aide de Dieu, le renouvellement des générations et le retour progressif de la diaspora, nous y parviendrons.

Vous ne rêvez pas un peu ?

Ce sont les rêveurs qui font avancer le monde.

Dernier livre lu ?

J’en ai lu un avant-hier dans l’avion de retour d’Abou Dhabi. Mais je ne vous dirai pas lequel.

Pourquoi ?


Laissez-moi une part de secret.

Même off the record ?

On se connaît depuis suffisamment longtemps. Vous savez bien que je ne crois pas au off avec les journalistes.__

Propos recueillis à Conakry par François Soudan

Jeune Afrique


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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 23:39

Alpha conde 002A l’occasion de l’arrivée du Ministre chinois des Affaires Etrangères en Guinée, du 13 au 14 février, l'Agence de presse Chine Nouvelle (Xinhuanet) a rencontré le chef de l'Etat guinéen, Alpha Condé. Nous vous livrons l'intégralité de cet entretien. 

Comment évaluez-vous la visite du Ministre chnois des Affaires Etrangères en Guinée ? 

-Bon, c'est extrêmement important pour nous, parce que la Guinée a été presque le premier pays africain à établir des relations diplomatiques avec la Chine. Donc il y a une vielle amitié qui lie la Chine à la Guinée. Et aujourd'hui la Chine est un partenaire extrêmement important pour nous parce que la chine a une culture de coopération très poussée avec la Guinée. Et en ce qui me concerne, mois j'ai des relations avec les chinois depuis quant j'étais étudiant, avec la fédération des étudiants chinois. Donc j'ais beaucoup suivis l'évolution de la Chine, depuis les temps anciens jusqu'a aujourd'hui. Donc c'est un grand honneur pour nous que le Ministre des Affaires étrangères vienne. Je n'ai pas encore deux mois puisque j'ai été investi seulement le 21 décembre. Mais c'est vraiment un grand honneur pour la Guinée et j'espère que sa visite va renforcer beaucoup la coopération entre la Guinée et la Chine. 

A votre avis, dans le futur quelle importance accordez-vous à la coopération entre les deux pays ? 

-Ce qui est important c'est d'abord ce que la Chine peut nous apporter et ce que nous nous pouvons apporter à la Chine, parce que vous savez nous nous sommes pour une coopération Sud Sud, mais une coopération gagnant gagnant. Donc la construction des infrastructures en Guinée, la construction du chemin de fer et surtout des centrales sur les barrages de Kaléta et de Soapiti et aussi au niveau de l'agriculture. Donc en contre partie, nous allons permettre à la Chine aussi d'avoir accès à nos ressources minérales, particulièrement la bauxite et le fer et éventuellement d'autre minerais et si possible le pétrole. Donc nous voulons vraiment renforcer la coopération entre les deux pays. 

Dans le domaine économique et commercial, est ce que vous avez des propositions concrètes sur la coopération sino-guinéenne ? 

-Oui, nous avons demandé que la commission mixte paritaire se réunisse en mars pour qu'on revoie l'accord global qui nous lie avec la Chine. Nous attendons de la Chine sa participation d'investissement et aussi les crédits acheteurs, pour qu'on puisse acheter des matériels chinois. Mais en même temps pour que nous aussi nous puissions permettre à la Chine d'avoir des permis de recherche ici. Mais nous voulons aussi élargir la coopération au système bancaire et monétaire puisque vous savez qu'aujourd’hui le système monétaire est un peu perturbé. En même temps, nous voulons sur le plan international coopérer avec la Chine, au niveau de l'O.M.C, Organisation Mondiale du Commerce et aussi concernant l'environnement et l'effet de serre. Sur tous ces problèmes internationaux, nous voulons avoir une collaboration avec la Chine, pour que ensemble, nous asseyions de faire évoluer les choses. 

Les medias occidentaux estiment que la coopération entre la Chine et l'Afrique n'est pas une coopération légale. Monsieur le Président, qu’en dites vous à propos de cette coopération Chine Afrique ? 

-Moi c'est d'abord la coopération. Mois je suis panafricain. Je suis pour une coopération entre les pays africains et ensuite une coopération sud sud. Et quand ont dit sud sud, il y a seulement trois pays la Chine, l'Inde et le Brésil. Donc pour nous la coopération chinoise présente beaucoup d'avantage. Parce que d'abord la Chine non seulement fait des dons à l'Afrique, mais des investissements extrêmement important à des taux très faibles. Evidement c'est un peu gênant pour des pays occidentaux dans la mesure où aujourd'hui, ils ne sont plus les seules et qu'aujourd'hui nous avons trouver une alternative. C'est à dire il y a la coopération chinoise qui est l'alternative. Quand vous êtes dans un endroit et que quelqu'un d'autre vienne, vous voyez ce que ça fait. Bon, mais pour nous l'arrivée de la Chine est une très bonne chose pour nous. Non seulement ça permet des investissements extrêmement importants mais ça nous libère aussi de toutes pressions extérieures. Parce que si nous ne négocions pas avec une société occidentale, nous pouvons négocier avec la Chine. Donc pour nous la présence de la Chine est extrêmement importante dans l'évolution de notre pays. 

Vous êtes au pouvoir depuis deux mois. Quels sont vos principaux défis et avez-vous des mesures idéales pour faire face à ces défis ? 

-Pour le moment, nous sommes entrain de prendre des mesures structurelles, c'est à dire changer complètement la situation économique et sociale en Guinée. Vous savez, la Guinée a été très mal gérée. Nous sommes entrain de faire un nouveau code minier pour que nous soyons en partie propriétaire de nos mines. C'est à dire, l'Eta va prendre entre 33% et 39% dans toutes les mines. Deuxièmement, nous allons créer une société d'hydrocarbure, qui va être comme SONATRA en Algérie ou bien SONAGOL en Angola, qui va s'occuper donc et de la recherche pétrolière et de la commercialisation, qui pour le moment est dominé par des monopoles français TOTAL et SHELL. Ensuite nous allons créer une société de patrimoine qui porter toutes les actions qu'on a dans les mines. Nous allons aussi modifier le code pénal, modifier la façon de juger. Nous allons aussi revoir le code des investissements. Donc nous allons créer les bases, un peu ce que TEN CHaoping a fait quand il est venu en Chine, un peu comment il a restructuré parce qu'il faut restructurer. Donc les trois premiers mois, nous allons les consacrer à la restructuration de l'organisation, la reforme de l'administration. Hier j'ai créer un haut commissariat à la reforme de l'Etat et à l'administration. Nous devons d'abord mettre la Guinée sur les rails. Ensuite évidemment il est important qu'on donne satisfaction à la population, parce que vous savez les conditions de vie en Guinée sont très difficiles. Donc il faut qu'on permette à la population d'avoir accès à des denrées de coups moins élevés, mais surtout surtout, qu'on donne le courant, l'électricité, qui est le grand problème de la Guinée aujourd'hui. 

Pendant les cinq prochaines années, est ce que vous avez des limites dans le temps pour atteindre les objectifs fixés ? 

-Je pense que dans les cinq ans, nous pouvons résoudre l’essentiel des problèmes en Guinée. C'est à dire avoir l'autosuffisance alimentaire pour ne plus avoir besoin d'importer la nourriture. D'ailleurs nous entendons renforcer la coopération avec la chine dans les domaines agricole et agroindustriel. Deuxièmement nous espérons qu'on aura construit le barrage de Kaléta, ce qui va nous aider beaucoup dans le problème énergétique en guinée. Ensuite le barrage de Soapiti, parce que nous voulons que nos matières premières soient transformées sur place. Vous savez que pour passer de la bauxite à alumine et à l'aluminium il faut beaucoup d'énergie. Et comme nous ne voulons plus que nos matières premières soient exportées à l'extérieurs à l'état brute, il faut que nous aillons un programme qui nous permette de passer de la bauxite à alumine, de alumine à l'aluminium, de minerais de fer au fer. Donc vous voyez que le problème d'énergie est extrêmement important pour nous. Mais c'est pas quelques chose qu'on peut résoudre en un an. Mais j'espère que d'ici 2015 on va résoudre ces problèmes qui sont essentiel pour la Guinée. 

Les élections présidentielles se sont terminées avec succès en Guinée, sans incident majeur, contrairement à d’autre pays voisins comme la Côte d'Ivoire où deux présidents co-existent encore. A votre avis où se trouve la différence majeure entre le cas guinéen et le cas ivoiriens? Et avez-vous des propositions pour résoudre la crise postélectorale ivoirienne ? 

- Bon vous savez c'est difficile. Je pense qu'en Côte d'Ivoire après l'élection de Laurant Gbagbo, deux ans après, il y a eu la rébellion au nord. Donc finalement il considère que c'était Allassan Ouattara qui était derrière cette rébellion, don pour lui tous les problèmes ivoiriens viennent de Ouattara. Et je pense aussi que le Président Gbagbo était sûre de gagner les élections et il a été très surpris. Mais ce qui est important pour nous ce que la paix revienne en Cote d'Ivoire et que les ivoiriens s'entendent. Parce que non seulement la Côte d'Ivoire est un pays voisin. Si la maison de votre voisin brûle le feu peut vous atteindre. Et nous souhaitons donc que très rapidement la Côte d'Ivoire arrive a résoudre ce problème pour qu'elle reprenne sa marche en avant. Donc notre problème a nous est de faire en sorte que les deux parties s'entendent pour que la Côte d'Ivoire sorte de cette situation, parce qu c'est une situation qui est très préjudiciable à toute l'Afrique de l'ouest, d'autant plus que nous avons beaucoup de nos compatriotes en cote d'Ivoire. Nous avons près d'un million de guinéens en Côte d’ Ivoire. Donc nous sommes directement touché par la crise, sans compter les réfugiés qu'on reçoit massivement à nos frontières, qui viennent compliquer notre situation. 

Pour le moment mois j'écoute. J'ai été au Burkina où j'ai écouté le Président Compaoré, j'ai été en Angola où j'ai écouté le président Dos Santos. Donc pour mois, le problème c'est de voir comment rapprocher les positions pour qu'on arrive à une solution. Ça ne sert à rien de prendre des positions tranchées. Il faut plutôt voir comment, parce que l'Afrique est divisé sur cette question, donc comment dépasser cette division. C'est ça qui m'importe mois. 

Merci Monsieur le Président de la République ? 

C’est moi qui vous remercie très sincèrement. 

Propos recueillis par 
L’équipe TV Chine et l’Agence de presse Chine Nouvelle.

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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 18:22

cellou 01Cellou Dalein Diallo partait favori pour le second tour de l'élection présidentielle de Guinée – un processus dont le dénouement a été éclipsé par la Côte d'Ivoire. Il a accepté sa défaite, malgré le refus de la Cour suprême d'examiner ses recours, nombreux. Si le vote dans les circonscriptions où les irrégularités ont été les plus flagrantes avait été annulé, le candidat de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), crédité de 43,6 % des suffrages au premier tour, affirme qu'il l'aurait emporté. Aujourd'hui, Cellou Dalein Diallo envisage son avenir comme celui d'un opposant. Il prépare les législatives, dont la date n'a pas été fixée, et espère emporter une majorité à l'Assemblée nationale. 

Comment évaluez-vous la situation en Côte d'Ivoire ?

C'est vraiment déplorable. Je connais les deux acteurs, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo. En Guinée, je me suis conformé aux résultats publiés par la Cour suprême, l'équivalent du Conseil constitutionnel ivoirien, sans être convaincu. La fragilité des institutions pose toujours problème en Afrique. Accepter les résultats m'a donné une nouvelle dimension. J'ai reçu les félicitations de Ban Ki-Moon, de Koffi Annan, du ministre britannique des Affaires étrangères et de Claude Guéant, le secrétaire général de l'Elysée. J'ai fait le bon choix, alors que beaucoup de gens ont compris qu'avec près de 44 % des voix au premier tour, j'aurais pu revendiquer une victoire.

Pourquoi vous êtes-vous rangé aux résultats proclamés par la Cour suprême ?


Je suis déçu, bien entendu, des résultats du second tour, et du refus de la Cour suprême d'examiner mes réclamations. Il y a eu bourrage d'urnes en Haute-Guinée et en Guinée forestière. Je me suis rangé aux résultats pour préserver la paix et l'unité nationale. La contestation des résultats impliquait leur refus par mes partisans, qui sont des jeunes nerveux et déterminés. Les affrontements auraient été préjudiciables à l'unité nationale, la majorité de mes partisans étant issus d'une ethnie, les Peuls.

Y a-t-il eu répression dirigée contre les Peuls après la proclamation des résultats ?

C'est la première fois, en Guinée, que nous connaissons des violences de cette nature. Il y a eu 12 morts et 600 personnes arrêtées après la proclamation des résultats provisoires, et 10 femmes violées dans la ville de Labé par des militaires. Les Peuls sont accusés de tous les maux : d'avoir les bonnes terres, de concentrer tout le pouvoir économique, d'avoir empoisonné avec de l'eau les partisans d'Alpha Condé pendant un meeting, de la même manière que les Juifs, en Europe, ont été accusés d'avoir empoisonné les puits au Moyen-Age. J'ai toujours dit, et je le répète aujourd'hui, qu'il ne faut pas tomber dans le piège du tribalisme. Je le dis à mes partisans à Conakry et tout particulièrement à mes partisans peuls : le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) a  fait une incitation à la haine contre vous, mais montrons-nous dignes, évitons de tomber dans le piège et soyons fidèles à nos principes. Tous les Guinéens sont égaux. Il faut que les valeurs républicaines soient maintenues. Travaillons pour restaurer la confiance. Ceux qui se sont laissés entraîner par cette folie, essayons de les récupérer...

Avez-vous commis une erreur en ne communiquant pas mieux sur le caractère non ethnique de votre candidature ?

Si des faiblesses ont été dénoncées, elles ne concernent pas ce sujet. J'ai toujours eu un discours responsable et j'ai fait campagne à travers toutes les préfectures du pays, alors qu'Alpha Condé ne s'est pas rendu dans le Fouta Djallon. J'ai essayé de rassembler au-delà de mon ethnie, et j'ai réussi. Pour me combattre, mes adversaires m'ont collé une étiquette de candidat des Peuls, par jalousie à l'égard des Peuls, considérés comme plus riches et plus intelligents. Au premier tour, nous étions 24 candidats, et la question ne se posait pas. Au second tour, il y avait un candidat peul et un autre. Le camp adverse s'est dit : s'ils prennent le pouvoir, c'est pour 100 ans, et c'est fini pour les autres.

Après sa victoire, Alpha Condé a continué de fustiger la « mafia » des commerçants peuls. Comment réagissez-vous ?

Ces commerçants sont des sympathisants de mon parti. Il estime que c'est une mafia qui s'est enrichie par la fraude, alors que notre diaspora est dynamique et a fait fortune en Angola, à Hong Kong, à Singapour, en Afrique du Sud et au Botswana. Je sens venir vers moi toute une partie de l'opinion peule qui se sent visée par ces attaques. Or, mon parti est national, et mon directeur de campagne s'appelle Fofana (un nom malinké, ndlr). Nous serons les pionniers de la construction d'une Guinée unie et prospère.

Il a été question d'un gouvernement d'union nationale avant le second tour. Alpha Condé vous a-t-il sollicité ?


Non, il ne m'a rien proposé, mais de toute façon, je décline. J'entends rester dans une opposition responsable, civique et constructive.

 

Source : Reuters

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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 21:31

Gbagbo.jpgLe président ivoirien sortant rejette les menaces d'intervention militaire brandies par ses voisins. La menace d'une intervention militaire en Côte d'Ivoire se précise. Vendredi, à l'issue d'un sommet exceptionnel de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), les présidents de la région ont à nouveau enjoint Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir. La Cédéao s'est dite prête à utiliser la «force légitime» et a évoqué des poursuites internationales contre les responsables des violences à Abidjan. Une mission diplomatique est attendue mardi dans la capitale économique ivoirienne, composée des présidents béninois, sierra-léonais et cap-verdien, pour tenter de convaincre le président sortant de quitter le pouvoir. 


Le Figaro - La Cédéao a menacé d'utiliser la force si vous ne renonciez pas au pouvoir. Prenez-vous cette annonce au sérieux ?


Laurent Gbagbo - Toutes les menaces doivent êtres prises au sérieux. Mais, en Afrique, ce serait bien la première fois que des pays africains seraient prêts à aller en guerre contre un autre pays parce qu'une élection s'est mal passée ! Regardez un peu la carte de l'Afrique, regardez où ça se passe plus ou moins bien, ou plus ou moins mal, et regardez là où il n'y a pas d'élection du tout. Si on devait aller en guerre dans tous ces cas-là, je crois que l'Afrique serait perpétuellement en guerre. Donc je prends au sérieux les menaces mais je reste tranquille. J'attends de voir.


Vous ne croyez donc pas à la possibilité d'une intervention militaire ?


Les gens peuvent déraper. Mais ils ont aussi décidé de m'envoyer une délégation. On aurait dû commencer par là. On aurait économisé beaucoup de malentendus. Il faut venir voir ce qui se passe en Côte d'Ivoire. Quand on a vu, alors on prend une décision. Ici, nous avons des lois, nous avons une Constitution, des règles. C'est ça qui fait une élection, comme dans tous les pays modernes. Et selon cette Constitution, c'est moi qui suis élu président de la République de Côte d'Ivoire. C'est tout, et c'est simple.


Est-ce pour vous la condition préalable à une solution pacifique ?


Je ne pose jamais de préalable à une discussion. Il faut aller au fond des choses. Moi je constate que les règles en vigueur dans ce pays, qui n'ont jamais été discutées par qui que ce soit, font que je suis président de la République. Je mettrai ça sur la table. Avant, personne ne se plaignait du Conseil constitutionnel.


Outre la Cédéao, l'organe financier régional, l'Umoa, a décidé de transférer une partie des pouvoirs à Alassane Ouattara…


C'est gênant, mais il y a toujours une solution. Dans ce domaine qui est très délicat, il faut mieux ne pas parler. Mais ce n'est pas la Banque centrale africaine qui paye les salaires des fonctionnaires. C'est l'argent de la Côte d'Ivoire. La décision de l'Umao n'a aucun sens.


Vous mettez aussi en cause l'objectivité de l'ONU, dont vous demandez le départ. Comment comptez-vous forcer l'Onuci à partir ?


Je l'ai dit. J'ai demandé ce départ par voie diplomatique et nous l'obtiendrons par voie diplomatique. On va discuter. Ce n'est pas par la guerre que l'on va obtenir cela. Ici, l'ONU et son chef se sont montrés partisans. Or l'ONU devait être une force impartiale. Ces forces sont maintenant partisanes, on se demande ce qu'elles font là.


Vous vous sentez victime d'un complot ?


Avant qu'on aille aux élections, j'avais demandé que l'accord de Ouagadougou soit appliqué. Si j'ai fait ma part, je demande que les autres fassent leur part en désarmant. Cela n'a pas été fait. Puis tout le monde s'entête pour que l'on vote quand même. Là, on peut parler du début du complot. On me dit : le désarmement, ce n'est pas très grave et moi-même je n'avais pas de raison de douter des rebelles avec lesquels je gérai la sortie de crise et qui se comportaient de façon loyale. Je ne pensais pas qu'ils utiliseraient les armes pour pervertir les élections à venir. Ensuite les institutions sont en place. Elles proclament le résultat et là tout le monde dit que c'est Alassane Ouattara qui est reconnu…


Qui sont les acteurs de ce complot ?


C'est surtout l'ambassadeur de France et l'ambassadeur des États-Unis. (…). Ils sont allés chercher Youssouf Bakayako, le président de la Commission électorale indépendante, pour le conduire à l'hôtel du Golf qui est le quartier général de mon adversaire. Là-bas, alors qu'il se trouve hors délais et tout seul, ce qui est grave, on apprend qu'il a dit à une télévision que mon adversaire est élu. Pendant ce temps-là, le Conseil constitutionnel travaille et dit que Laurent Gbagbo est élu. À partir de là, Français et Américains disent que c'est Alassane Ouattara. C'est tout ça que l'on appelle un complot.


C'est le discours que vous tiendrez mardi à la délégation de chefs d'État envoyée en Côte d'Ivoire par la Cédéao ?


Ce sont les faits ! Et je dirai les faits en toutes circonstances ! Je ne cherche pas à convaincre. Je leur dis de vérifier la matérialité des faits. Quand les gens se détachent des faits, c'est qu'ils ne veulent pas la vérité. Je ne comprends pas pourquoi ils cherchent à créer un conflit, (…) pourquoi ils poussent à un affrontement interne.


Le porte-parole du gouvernement évoque un risque de guerre civile si la Cédéao intervient, un risque pour les communautés étrangères, africaines et européennes, vivant en Côte d'Ivoire…


S'il y a un désordre intérieur, une guerre civile, il y aura des risques, car nous n'allons pas laisser piétiner notre droit, notre Constitution, ça il faut que cela sorte de la tête des gens. Nous n'avons pas peur. C'est nous qui sommes agressés. C'est nous qui avons le droit pour nous. Jusqu'où ceux qui nous agressent sont-ils prêts à aller ? Quand j'ai été attaqué en 2002, nous n'avons vu ni la France, ni les États-Unis, ni la Cédéao prendre la moindre sanction. Les agresseurs de l'époque étaient connus. Tout le monde était sourd et muet, comme les singes de la parabole. Ce qui se passe aujourd'hui est la continuation de l'agression de 2002. Aujourd'hui ils retrouvent tous la parole et ils disent «haro sur Gbagbo». Mais Gbagbo, il a le droit avec lui !


L'ONU parle tout de même de 173 morts dans des affrontements, de cas d'enlèvements, d'exécutions extrajudicaires…


En 2000, quand j'ai pris le pouvoir, les mêmes gens avaient sorti des histoires de charnier à Yopougon, des assassinats. On avait demandé à l'ONU de faire une enquête. Il y avait eu un rapport. Le fond du débat aujourd'hui, c'est : qui est élu ? Et comme on ne veut pas de ce débat, on glisse vers les entraves aux droits de l'homme, les assassinats. Il faut constater la similitude entre 2000 et 2010. Je vais demander au ministre de la Justice d'ordonner des enquêtes. On n'a pas peur de ce débat.


La CPI pourrait-elle se joindre à cette enquête ?


Lors des discussions de paix de Marcoussis en janvier 2003, un chef d'État voisin, qui vient d'être réélu à 80 %, avait déjà dit que je devais être livré à la CPI. C'était succulent venant de lui. Peut-être aurais-je dû me faire élire à 80 %, j'aurais été moins suspect. Aujourd'hui, en 2010, c'est le même scénario. Je ne suis pas surpris. Il y a un complot qui vise à installer Ouattara au pouvoir.


Des pays africains aussi, comme le Nigeria, demandent votre départ…


Je ne veux pas parler de cela. Dans les réunions des pays africains, les représentants des pays occidentaux sont plus nombreux dans les couloirs que les Africains. Les pressions sont énormes. On n'en peut plus. Et quand on subit ce que je subis, on se dit que Mugabe (toujours président du Zimbabwe, malgré sa défaite aux élections, NDLR) n'avait pas totalement tort.


Tanguy Berthemet

 

Source : http://www.lefigaro.fr

 


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