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  • Je suis allergique aux régimes militaires !

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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 01:35

corinnedufkaA l’aube du deuxième tour de la présidence, les organisations de défense des droits de l’homme interpellent les Guinéens et leurs dirigeants sur la nécessité d’une rupture radicale avec le passé caractérisé par une impunité notoire des crimes d’état. Mme Corrine Dufka, chercheuse à l’ONG International Crisis Group (ICG), une organistaion de défense des Droits de l'homme à travers le monde, explique aux Guinéens que l’impunité engendre l’injustice et pousse à l’affrontement. Dans une interview exclusive à Guinéenews©, Mme Dufka – spécialiste des droits de l’homme en Afrique – passe en revue les gestes posés par ICG pour aider la Guinée et les Guinéens à éviter une catastrophe que peux causer des troubles communautaires provoqués et entretenus par des forces occultes tapies dans l’ombre.

En toute exclusivité.

Guinéenews© : Ca fait 52 ans que l'impunité règne suprême en Guinée. Sous le premier régime, il y a eu beaucoup de tueries depuis 1957 soit avant l'indépendance jusqu’à sa chute ne 1984. Ensuite le régime militaire qui a suivi a exécuté sans jugement des officiers militaires en 85, puis il y a eu les massacres lors des grèves de 2006 et finalement les massacres du 28 septembre 2009 avec le CNDD. Il n'y a jamais eu d'accusations ou de jugement ni à l'international encore moins en Guinée. Les auteurs sont généralement connus par les Guinéens. Ils se promènent tranquillement et narguent leurs victimes. N'est ce pas un peu déprimant? Ca fait des années que votre organisation dénonce l'impunité en Guinée, mais apparemment rien ne change. Ne risquez vous pas de perdre à l'usure? Qu'est ce qui vous fait penser que vos déclarations vont changer quelque chose?

Corrine Dufka :
 Depuis son indépendance de la colonisation française, des milliers de Guinéens qui ont osé s'opposer au gouvernement du jour - intellectuels, ministres, enseignants, fonctionnaires, syndicalistes, leaders religieux et communautaires, vendeurs, hommes d'affaires et artisans - ont péri dans de la violence de l'état. Des victimes ont été torturées, affamées, battue à mort, ou exécuté dans les mains de la police ou dans les camps militaires. D'autres ont été enlevés de leurs domiciles et de leurs lieux de travail et de culte, ou abattu tout simplement parce qu’ils réclamaient une meilleure gouvernance ou la possibilité d'élire librement leurs dirigeants. Ils ont été tués, leurs corps ont été suspendus sur des ponts, dans des stades ou sur des arbres; leur corps jonchent les routes ou autres lieux de rencontre, ou tout simplement disparu sans laisser de trace.

Les précédents dirigeants de la Guinée ont aussi mal géré, détourné, gaspillé les abondantes ressources naturelles du pays, privant ainsi une grande partie de la population de l'accès aux soins de santé les plus élémentaires et de l'éducation. Le pouvoir judiciaire, qui aurait pu atténuer certains de ces excès, a été négligé, sous équipé ou manipulé par l'élite politique et économique, permettant la mise en place d'une culture d'impunité dangereuse.

A la fin très peu de perpétrateurs ont été tenus responsables devant une cour de justice. Telle est l'ampleur de l'impunité qui existe et qui fait que les Guinéens ont en grande partie cessé d'espérer encore moins demander qu'elle cesse cette impunité. Il n'y a eu aucun procès, il n'y a pas de monuments ou cérémonies pour marquer les périodes de violence extrême ou de perte de vie humaine. Les victimes depuis le régime de Sékou Touré, aux violences de 2006, de l'assassinat par les forces de sécurité de plus de 130 manifestants non armés en 2007, et pour beaucoup plus dans les stades, ont été largement oubliés.

L'échec historique par les régimes successifs de s'assurer qu'il y a une imputabilité de ces crimes a en grande partie enhardi toute une génération d'auteurs responsables des subséquents actes de violence. Démanteler cette architecture de l'impunité qui a caractérisé l'histoire de la Guinée depuis l'indépendance et construire une société fondée sur la primauté du droit doit être au sommet des priorités non seulement pour la nouvelle administration et les partenaires internationaux de la Guinée, mais aussi pour les Guinéens ordinaires eux-mêmes.

Guinéenews© : N'est ce pas décourageant pour votre organisation qui continue à dénoncer l'impunité en Guinée depuis des années ?

Corrine Dufka : 
Non, je ne suis pas découragée. Au Contraire! L'impunité qui a pris racine en Guinée a pris des décennies pour s'implanter. Elle ne sera pas démantelée rapidement. Au cours des années, j'ai rencontré beaucoup de Guinéens progressifs qui comprennent le prix que le peuple de Guinée a payé et continue de payer à cause de l'absence de l'état de droit et de la corruption endémique. Beaucoup de ces Guinéens sont dans la société civile, mais ils sont aussi dans l'armée, la police et de gendarmerie; dans la fonction publique et dans le système judiciaire. Ce sont des chauffeurs de taxi, vendeurs au marché, tailleurs, boulangers et ils comprennent et sont prêts à travailler pour assurer que la Guinée est un pays fondé sur le respect de la Loi.

Les élections ne sont qu'un début. Les nouveaux dirigeants doivent s'assurer que les politiques adéquates pour assurer la bonne gouvernance soient mises en place. Ils doivent se lancer dans un programme global de réforme du secteur de la sécurité et de soutien de la justice. De leur coté, les Guinéens doivent exiger de leurs dirigeants plus que ce qu'ils ont demandé dans le passé. 

Les Guinéens souffrent d'une culture d'attentes trop faibles et cela doit changer. Ils doivent demander à voir les budgets de leurs écoles et des cliniques pour s'assurer que les fonds ne sont pas détournés. Quand ils sont maltraités ou agressés par un homme ou une femme en uniforme, ils doivent porter cette affaire devant les tribunaux  et s'assurer que l'auteur soit jugé et qu'ils soient rétribués équitablement. Ils doivent insister pour que les parlementaires fassent  des réunions publiques pour solliciter les points de vues de ceux qui les ont élus et qu'ils sont censés représenter. Et bien sûr les partis d'opposition ont un rôle énorme à jouer pour assurer que la Guinée demeure dans la bonne direction. Donc Non! Je ne suis pas pessimiste. C'est une chance pour la Guinée pour montrer à l'Afrique et au monde qu'elle peut être chef de file en matière de droits de l'homme et de développement. 

Guinéenews© : Comment votre organisation travaille? Qui vous finance? Suivez vous un agenda des pays développés notamment les États-Unis et la France qui certains estiment ont des intérêts sur les richesses de la Guinée ? 

Corrine Dufka: 
  HRW est une organisation indépendante et non-gouvernementale. Cela signifie que nous ne recevons aucun financement des gouvernements ou des organisations inter-gouvernementales telles que l'Organisation des Nations Unies ou l'Union européenne. Nous sommes entièrement financés par des dons individuels, ainsi que des Fondations. Notre mission est d'être du coté des victimes de violations des droits de l'homme, et notre principale mission consiste à mener des enquêtes en profondeur et de dénoncer les violations et traduire les perpétrateurs en justice. Notre travail est toujours mis en exergue par l'objectivité des enquêtes approfondies et de neutralité, qui est la racine de notre crédibilité au fil des ans. Nous travaillons dans environ 80 pays.

Guinéenews© : Pourquoi vous Corine Dufka, vous intéressez-vous personnellement aux Droits de l'homme en Guinée et en Afrique au lieu de vivre une vie confortable en Californie? D'ou vous vient  cette passion? Que comptez-vous achever? 

Corrine Dufka : 
  Depuis que j'ai commencer à travailler en Afrique de l'Ouest en 1999 initialement en Sierra Leone , j'ai maintes et maintes fois été personnellement et professionnellement émue par les souffrances endurées par les Guinéens qui méritent de vivre à l'abris des abus de pouvoir et de la peur. Ils méritent également un niveau de vie plus élevé, quelque chose qui doit être réalisable compte tenu de l'abondance des ressources naturelles dans leurs pays.

Guinéenews© : Concernant les massacres du 28 septembre 2009, la CPI est venu en Guinée pour décider si oui ou non elle va procéder à l’inculpation des présumés coupables indexés par tous. Mme Bensouad a déclaré qu'il y a eu crimes contre l'humanité. Depuis rien. En tant qu'ancien procureur en Sierra Léone et spécialiste de la Guinée, quel est votre pronostic? Est ce que la CPI va inculper, puisque il n'y a pas d'empressement du gouvernement de transition à punir les accusés dont certains sont devenus ministre? Si oui quand ?

Corrine Dufka : 
Comme vous le savez la CPI est un Tribunal de dernière instance, ce qui signifie qu'ils vont enquêter et juger les personnes impliquées dans le 2009 Septembre crimes si - et seulement si - le gouvernement guinéen refuse ou est incapable de le faire. Le gouvernement a promis de s'occuper de cette affaire, et a nommé des juges d'instruction pour instruire l'affaire. Nous comprenons que les juges ont effectivement travaillé, et nous nous attendons à des actes d'accusation dans les prochains mois. Il ya beaucoup, beaucoup de talentueux responsables et compétents  juges et avocats en Guinée.

Toutefois, pour garantir la justice pour une telle affaire très médiatisée, il faut surmonter de nombreux défis: d'abord, le système judiciaire guinéen a pendant des années été gravement négligé, sous-financée et sous-équipé en personnel. Le pouvoir judiciaire n'a même pas le matériel de travail le plus élémentaire, et les salaires sont ridiculement bas, mettant les juges et d'autres auxiliaires de justice vulnérables à l'intimidation, la corruption et la manipulation. Deuxièmement, il ya des problèmes de sécurité en raison des années d'impunité dont jouissent les forces de sécurité et l'élite politique. Les enjeux sont élevés; des militaires qui avaient pris l'habitude de tuer et assassiner sans risque d'être punis, peuvent peut-être mis derrière les barreaux pour le restant de leur vie. La sécurité des témoins, des juges, des policiers de l'enquête et les autres doit être assurée. Finalement il existe un défi juridique découlant du fait que la Guinée n'a pas de loi pour les crimes contre l'humanité, et  n'a pas encore aboli la peine de mort.

Beaucoup croient que juger les auteurs présumés pour meurtre et viol pour les évènements de septembre 2009 ne réalisent simplement pas la gravité de ce qui s'est passé à cette époque. Toutefois, s'ils sont reconnu coupables, la peine pour les crimes pour lesquels ils seront jugés est passible de la peine de mort, que nous et d'autres organisations se battent pour abolir partout dans le monde.

Néanmoins, ceux qui sont responsable de ces actes doivent simplement être traduits en justice. Il faut qu'il y ait une ligne rouge. L'incapacité des régimes qui se sont succédé en Guinée de s'assurer de l'imputabilité pour les crimes a pour une large part encouragé voir enhardi toute une génération de perpétrateurs d'actes violents. Cela doit cesser!

Guinéenews© : Des accusations spécifiques de l'ancien putchiste Moussa Dadis Camara accusent des politiciens de «semer la zizanie» entre les ethnies pour des fins politiciennes. Une interview de Toumba diffusée sur Internet estime que Dadis est bel et bien le commanditaire du 29 septembre 2009. Vous aussi êtes arrivés à la même conclusion. Pourtant Dadis récupère calmement à Ouaga, alors que ses victimes continuent à souffrir en silence...

Corrine Dufka : 
  HRW, la commission d'enquête internationale et des groupes locaux ont identifié plusieurs personnes qui selon nous, sont directement responsables pénalement pour les crimes de Septembre 2009 incluant Moussa Dadis Camara, Aboubakar «Toumba» Diakité, Moussa Tiegboro Camara, Marcel Koïvogui. Comme indiqué plus haut, les juges continuent leur travail et nous, nous attendons  les actes d'accusation à un moment donné. Nous déplorons qu'aucun de ces responsables de ces meurtres n'ait été traduit en justice, nous déplorons le peu d'informations concernant les progrès sur l'enquête, et l'absence de d'efforts pour retrouver plus de 100 cadavres qui auraient été enterrés en cachette par les forces de sécurité. On ne peut pas imaginer à quel point c'est difficile pour les mères, pères, maris, épouses et les enfants d'un être cher qui a été assassiné ce jour-là, ou pour les plus de 100 femmes qui ont été soumis à des formes de violence sexuelle qu'on ne peut décrire.

Les futurs dirigeants de la Guinée et les autorités judiciaires doivent simplement veiller à ce que tous ceux qui sont impliqués dans les violences de Septembre 2009 , indépendamment de leur grade, fassent l'objet d'une enquête approfondie et jugé  d'une façon équitable, impartiale, indépendante et efficace. Si les gouvernements africains veulent soutenir la justice et la primauté du droit en Guinée, ils doivent rendre à la justice guinéenne tout individu inculpé pour implication dans les crimes internationaux graves commis en Septembre 2009, notamment Moussa Dadis Camara, vivant actuellement au Burkina Faso, et son alors aide de camp, le lieutenant Toumba Diakité, dont on ignore où il se trouve présentement.

Guinéenews© : Les Guinéens sont quelque fois ombrageux et nationalistes. Comment faites vous pour tenir compte du fait que vous êtes étrangères, occidentale, et que vos critiques parfois sont mal vues dans certains cercles qui vous accuseront d'avoir un agenda caché nommément une tentative de se mêler des affaires guinéennes pour des raisons inavouées ?

Corrine Dufka : 
  C'est la nature humaine pour ceux qui ont bénéficié de l'impunité de critiquer ceux qui appellent à la fin du statu quo. Mais ce que HRW et moi-même demandons - l'état de droit pour tous les Guinéens, le droit de ne plus vivre dans la peur,  la possibilité de penser et d'écrire ce qu'ils veulent, la possibilité pour leurs enfants et les jeunes  d'aller à l'école, d'avoir accès à des soins médicaux décents, et d'avoir des possibilités d'emploi, bref pour tous les Guinéens, indépendamment de leur origine ethnique et de leur appartenance politique pour pouvoir jouir de leurs droits civils, politiques et économiques en tant qu'êtres humains - ne sont pas des valeurs occidentales ou à l'étranger. Ces valeurs sont aussi solidement ancrées dans les systèmes de valeurs africaines en général et guinéennes en particulier. Ces valeurs  qui n'ont pas été imposées, sont inscrites dans de nombreuses conventions internationales, dont le gouvernement guinéen est signataire.

Les Guinéens ordinaires de toutes les régions et les ethnies ont été trahis par leurs dirigeants à plusieurs reprises. Pendant des décennies, les institutions destinées à protéger la police et les forces de sécurité , représenter le Parlement , et d'assurer le respect des droits civils, politiques, économiques et les gouvernements successifs ont échoués, dans de nombreux cas agissant comme des prédateurs plutôt que des protecteurs.

Les pertes sont comptabilisées sous forme de fils et de filles qui sont morts de maladies inutiles ou ont été assassinées dans la rue simplement parce qu’ils exigeaient le droit d'élire leurs dirigeants, ou sous forme d'enfants qui ne parviennent pas à rêver d'une vie meilleure pour eux-mêmes et  pour leurs familles. Les problèmes de la Guinée sont profondément et clairement avant tout des problèmes de droits de l'homme. Le nouveau gouvernement doit s'attaquer à ces problèmes de front. Il ya beaucoup de travail à faire et HRW se tient prête à travailler avec le nouveau gouvernement et le peuple guinéen dans la réalisation de ces objectifs.

Guinéenews© : Qu’attendez-vous de la communauté internationale et des Guinéens notamment de la classe politique et la société civile à quelques jours des élections?

Corrine Dufka : 
  La situation continuera à être tendue. La crainte de la fraude et de la privation des droits civiques est très élevée. Le  manque de confiance latente entre les groupes ethniques est sorti au grand jour. Cette situation est aggravée par la perception de la politique guinéenne que le gagnant prend tout - et, pire encore, que les perdants seront ensuite soumis à une répression féroce. A quoi je m'attends? Je m'attends à ce que les Guinéens, des militants des partis politiques à leurs dirigeants ne perdent pas de vue l'essentiel - faire tout leur possible pour permettre aux gens d'avoir enfin la chance de choisir librement et équitablement leurs dirigeants dans une atmosphère de paix, de s'abstenir d'inciter  la peur et la méfiance. Si les résultats sont contestés, les parties devraient utiliser les moyens constitutionnels et judiciaires pour répondre à leurs griefs. S'il ya violence, les forces de sécurité - FOSSEPEL - doivent rester neutre, recourir à la force minimale pour répondre aux manifestants même lorsqu'ils sont provoqués par des jets de pierres ou autres projectiles. De s'abstenir d'utiliser des troubles comme une excuse pour voler les téléphones cellulaires, l'argent et les biens de la population.

Les agents de la FOSSEPEL ont eu un comportement professionnel pendant et immédiatement après le premier tour des élections, mais ils ont récemment eu recours à certaines de leurs vieilles et mauvaises habitudes. Ils doivent mettre en pratique la formation qu'ils ont reçu ainsi que le protocole  nouvellement signé sur l'emploi de la force. Le commandement des forces de sécurité ne doit pas fuir ses responsabilités  et se réfugier derrière le refrain habituel que les services de sécurité impliqués dans les récents actes de violence sont le fait quelques «éléments incontrôlés». Le Général Baldé (commandant de la FOSSEPEL) doit s'assurer que chaque gendarme FOSSEPEL et chaque agent de police comprenne les règles de l'utilisation de la force et sache que s'il ou elle désobéit ou se livre à un comportement criminel dans l'exercice de sa fonctions, il ou elle sera tenue responsable.

Guinéenews© : Vous venez de condamner la violence contre Mamadou Aliou Barry des Droits de l'Homme, pourtant il ya des exactions quotidiennes en Guinée tant entre militants surexcités que de la part des Forces de l'Ordre. Pourquoi le cas d'Aliou Barry vous semble plus important que celui des autres victimes de tout bord?

Corrine Dufka : 
  Comme vous le savez le très actif bureau du Haut-commissaire aux Droits de l'Homme a publié un excellent rapport et  fait des déclarations en détail concernant les exactions commises par les forces de sécurité  le 18 Octobre 2010 et nos partenaires à Amnesty International  ont suivi avec une forte déclaration. Notre communiqué a voulu éviter de dupliquer les contributions importantes apportées par nos partenaires des droits de l'homme et nous concentrer sur la plus récente manifestation du problème  de l'utilisation excessive de la force par les forces de sécurité. Docteur Barry a été battu avec quelque 75 autres personnes qui ont subi des abus semblables, choses que nous avons dénoncé dans notre communiqué.

Guinéenews© : L'Alliance Arc en ciel qui soutien Alpha Condé accuse les supporters de Cellou Dalein de les avoir "empoisonné" suite à quoi des Guinéens sont chassés de la terre de leur ancètres par des badauds. Apparemment rien n'est fait par les autorités - sauf les déclarations habituelles - pour identifier et punir les coupables afin de dissuader d'autres. Que dit votre organisation face à cette situation du moins explosive?

Corrine Dufka : 
   Les crimes allégés d'avoir été commis entre les militants des deux parties - destruction de biens, assassinats, agressions, empoisonnements  - sont très graves et méritent toute l'attention des autorités guinéennes. Nous demandons à la police guinéenne et au pouvoir  judiciaire de s'acquitter de leurs obligations envers les victimes et leurs familles, ce qui signifie à la fois d'enquêter, et dans l'attente de leurs conclusions, demander des comptes à ceux reconnus responsables.

Guinéenews© : Dans le pire des cas ou il y aurait des troubles suivant le deuxième tour de l'élection, à cause des forces de sécurité, allez vous recommander l'envoi de troupes de protection de la population?

Corrine Dufka : 
  Nous préconisons l'utilisation de la force militaire par la communauté internationale dans une situation non-consensuelle - c'est à dire quand les forces de sécurité guinéennes ne sont pas d'accord - seulement dans des circonstances très spécifiques, notamment lorsque, après un examen très attentif, on arrive à la conclusion que la seule mesure raisonnable qui peut empêcher ou arrêter les tueries massives et lorsque les autres mesures de nature politique, diplomatique, économique ou autre ont été essayées sans succès, ou  que  ces mesures ne peuvent pas raisonnablement mettre un terme aux atteintes aux droits humains.

Propos recueillis par Bah Boubacar Caba

pour Guinéenews©

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Published by Amdy's Blog - dans Interview
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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 22:13

Dr Mamadou Aliou BarryMamadou Aliou Barry est un ancien officier de l’Armée française, docteur en droit international, auteur de plusieurs livres sur la sécurité en Afrique. Son dernier ouvrage, « l’Armée guinéenne, comment et pourquoi faire » a été publié en 2009.

Président de l’Observatoire National des Droits de l’Homme, il est aussi un témoin du paysage politique guinéen.  Mamadou Aliou Barry a été violenté il y a une dizaines de jours à Conakry par des éléments de la garde présidentielle. Grièvement blessé, c’est de son lit d’hôpital parisien qu’il a bien voulu répondre aux  questions de Guineenews.

Guinéenews© : Parlez-nous de l’Observatoire National des Droits de l’Homme.

Mamadou Aliou Barry 
: L’Observatoire guinéen des Droits de l’homme a été mis en place en juin 2008. En 1993, les Nations Unies avaient préconisé la mise en place dans chacun des  Etats membres d’une institution indépendante chargée de promouvoir et de protéger les droits de l’homme. C’est donc avec l’appui des Nations Unies qu’est né L’Observatoire guinéen des Droits de l’homme, pour conseiller le gouvernement en matière de droits de l’homme et mener des enquêtes et des investigations en cas de violation des droits de l’homme. C’est une institution publique indépendante.

 Pouvez-vous nous relater les circonstances de la brutalité dont vous avez fait l’objet ?

L’agression est arrivée dans le cadre de mes activités au sein de l’Observatoire. Depuis la fin du premier tour de l’élection présidentielle, on a senti monter des tensions entre les militants des différents partis politiques, mais surtout, on a constaté la présence des forces de l’ordre dans un cadre répressif.  Depuis deux semaines surtout, on s’était aperçu que les forces de l’ordre réprimaient dans les différents quartiers, alors que la campagne électorale était ouverte. Et on ne comprenait pas que dans le cadre d’une campagne électorale, le gouvernement décide de faire un maintien d’ordre. Il y avait beaucoup d’exactions dans les quartiers, et c’est dans ce cadre que j’ai reçu un appel d’un membre de l’Observatoire me disant que la FOSPEL (Force de sécurisation du processus électoral) était en train de réprimer au niveau de Hamdallaye. Ils allaient dans les quartiers, s’attaquaient aux Peulhs.

J’ai pris mon véhicule, je suis arrivé au niveau de Concasseur, et là j’ai vu cinq à six pick-up qui entouraient  le carrefour. Des éléments de la FOSPEL étaient en train de tabasser des jeunes, dont l’un avait la tête ensanglantée, il mourra d’ailleurs après. J’ai garé mon véhicule, et vu la gravité de la situation, l’acharnement sur ce jeune, j’ai pris mon téléphone pour appeler le général Baldé qui dirige la FOSPEL, et en même temps, je m’approchais du groupe en leur disant : « Ce n’est pas ça le maintien d’ordre, vous n’avez pas le droit de brutaliser les gens comme ça. » Tout de suite, ils se sont retournés et il y en a un qui a dit : « Voilà un autre Peulh, et en plus droits de l’homme. On va lui faire sa fête. »Je n’ai même pas eu le temps de réagir, ils ont commencé à me frapper avec leurs armes. J’ai réussi à m’échapper, et comme c’était au bord de la route, je suis entré dans une boutique où il y avait des personnes pour m’y réfugier. Ils ont commencé à tirer, j’ai reçu une balle sur la jambe gauche. Ils ont crié : « Si vous ne sortez pas, on vous  exécute tous ». Ils sont rentrés dans la boutique, ils nous ont brutalisés, ils ont rapproché le pick-up où ils nous ont entassés. Avec les personnes qui y étaient déjà, nous nous sommes retrouvés à plus de dix. Ils traitaient les gens de « batards», en disant : « De toutes façons, un Peulh ne gouvernera jamais ce pays, vous vous agitez pour rien. De toutes façons, vous n’irez pas voter le 24, on va vous casser les pieds, on va vous fracasser, jamais un Peulh ne gouvernera ce pays… » Moi, j’ai rétorqué en disant qu’ils sortaient de leur mission. Ils se sont mis à nous frapper de partout, sur la tête.  Moi,  j’avais déjà le bras cassé. Ils nous ont emmenés à l’escadron mobile de gendarmerie numéro 4, et juste à côté, ils nous ont fait descendre, il y avait plusieurs pick-up garés. Ils ont ouvert le portail, on est rentré, il y avait là plusieurs dizaines de jeunes militants de l’UFDG, qu’ils avaient déshabillés, frappés. (...) Il y avait les gendarmes, mais comme les exactions étaient commises par les éléments de la garde présidentielle, ils n’avaient pas un mot à dire.

Je me suis adressé à un colonel de la gendarmerie, je lui ai dit : « Ecoutez, je suis quand même conseiller à la primature, je suis président de l’Observatoire, vous ne pouvez pas faire ça. »  Quand il a voulu me sauver, un sergent de la garde présidentielle l’a traité de tous les noms, lui disant que « s’il ne dégageait pas, il allait le buter lui-même. » Le commandant de la gendarmerie qui est le colonel Cissé est descendu, mais il était plus ou moins compatissant des agissements de la garde présidentielle, puisque c’est l’électorat peulh qui était visé. Ils disaient qu’ils allaient nous embarquer dans des camions pour nous emmener dans un lieu inconnu. « On va vous couper les tendons, d’ailleurs on l’a fait la semaine dernière, personne ne votera le 24 octobre, si vous pensez gouverner ce pays, vous vous trompez. » J’avais la chance d’être à côté du portail, et c’est au moment où ils prenaient les gens individuellement pour les emmener derrière la cour pour les bastonner qu’un gendarme m’a pris par la main, qu’il a ouvert le portail et qu’il a dit à un autre gendarme : « Mets-le tout de suite dans un taxi, aide-le à récupérer sa voiture, sinon ils vont le tuer. »

Avez-vous été témoin d’autres faits de violence ?

Les violences ont été particulièrement poussées durant la semaine pendant laquelle j’ai été agressé. Nous sommes allés dans les hôpitaux. J’avais organisé une conférence de presse le vendredi, j’ai invité le médecin de Donka qui a fait le point devant la presse internationale.  Il y avait à Donka 53 victimes, dont 10 à balles réelles. Il était même venu avec les balles qui avaient été extraites.

J’ai fait témoigner un professeur d’université à la retraite, au domicile duquel on était entré, et dont on était à la recherche. Il était absent, ils ont violé sa femme, bastonné sa fille, ils ont saccagé toute la maison, ils ont tiré sur son ordinateur, son téléviseur, ils ont cassé le véhicule. Le jeudi, j’étais à la clinique Mère et Enfant où j’avais été appelé, il y avait là un gamin qui avait reçu une balle en pleine tête, et qui allait décéder peu après. On s’est rendu compte petit à petit avec les Nations Unies, qui l’ont d’ailleurs dénoncé dans leur rapport, qu’il y avait une stratégie pour éliminer l’électorat peulh, en prévision du deuxième tour, c'est-à-dire qu’il fallait les terroriser pour qu’ils n’aillent pas voter. Ce qui nous choquait, c’est que le Premier ministre disait qu’il fallait maintenir l’ordre par tous les moyens, et en fait les militaires en profitaient  pour entrer dans les maisons. Il ne se passait pas un jour sans que les gens soient violentés dans leurs maisons. Ca a été une semaine très pénible ; et on me dit que cela continue d’ailleurs à l’heure actuelle.

Donc toutes ces exactions sont le fait de l’armée ?

C’est l’armée, la FOSPEL, la garde présidentielle. Ils estiment qu’il y a plein de militants de l’UFDG à Hamdallaye qui manifestent, et donc qu’il faut les réprimer. On ne voit pas pourquoi ces gens manifesteraient au deuxième tour alors qu’ils ne l’ont pas fait au premier tour. C’est une répression menée de façon délibérée. Et de toute façon, on s’aperçoit de plus en plus que c’est Alpha Condé qui manipule et Konaté, et Jean-Marie Doré.  La veille du problème qui m’est arrivé, j’ai vu l’arrivée d’Alpha Condé au palais du Peuple. On a vu des gamins tomber, mais ils sont tombés d’épuisement, de déshydratation. Personne n’a parlé d’empoisonnement au palais du Peuple.

Dans la soirée, Doré est sorti à la télévision pour dire qu’il y a eu empoisonnement. Nous on s’est rendu à l’hôpital Ignace Deen avec l’Union Européenne, les Nations Unies, puisqu’on travaille en synergie. Les autorités faisaient tout un cinéma, elles avaient barré l’entrée de la morgue en disant qu’il y avait eu plus de 200 morts. Comme nous ne pouvions pas entrer, nous sommes partis chercher l’imam, qui a pu entrer et qui a constaté qu’il n y avait pas de morts, que c’était un montage. Pour se rattraper, ils nous ont dit que les malades étaient répartis dans les différents services de l’hôpital. On est allé voir la directrice, qui nous a accompagnés au chevet des militants, et qui nous a dit : « Vous voyez, ce n’est pas de l’empoisonnement, ces gens sont déshydratés, il y en a qui n’ont pas mangé depuis le matin » Elle a parlé devant des médias internationaux pour rétablir la vérité. Une heure plus tard, on entend à la télé Jean-Marie Doré qui déclare qu’il suspend cette directrice pour violation du secret médical. Parce qu’ils auraient voulu qu’elle confirme les déclarations d’empoisonnement d’Alpha Condé et qu’elle ne l’a pas fait. La rumeur a été véhiculée en Forêt et en Haute Guinée que les Peulhs ont empoisonné les Malinkés. Tout cela n’est qu’une manipulation qui vient d’Alpha Condé. Les gens s’en rendent compte maintenant.

Les gens s’en rendent compte ?

Bien sûr ! Les gens s’en rendent compte. Il a commencé à s’en prendre aux commerçants peulhs en disant que c’est de la mafia, maintenant, il s’attaque à Bah Oury en disant que c’est lui qui incite les gens à manifester, là maintenant il termine par cette histoire d’empoisonnement. C’est un subterfuge. Comme il se rend compte qu’il ne peut pas gagner les élections par la voie légale, il cherche absolument à créer le chaos. D’ailleurs, il a dit dans une déclaration qu’il préfère le régime militaire plutôt que de voir Cellou au pouvoir. A mon avis, Alpha Condé est le danger numéro un de ce processus. Mais contrairement à ce qu’on croit, Konaté et Doré, ils roulent pour eux-mêmes.

Les militaires se sont habitués au pouvoir, ils ne sont pas prêts à le quitter. Jean-Marie Doré quant à lui, n’a jamais été favorable au calendrier électoral. Il avait refusé que le ministère de l’Administration du territoire apporte le soutien logistique à la CENI. Il ne l’a fait que quand Louncény Camara a occupé le fauteuil de président de la CENI.  Il fait tout sauf la mission qui lui avait été assignée, celle d’organiser des élections. Il signe des contrats miniers, des contrats de recherche pétrolière, il pose des premières pierres, la dernière fois, il est allé en Forêt pour promettre le bitumage de routes, alors qu’à Conakry, le problème de bitumage des routes reste entier. Dans tous les cas, il ne joue pas le rôle qui est celui de Premier ministre de la transition.

Le rôle de l’armée dans l’insécurité dans le pays parait très poussé…

L’armée est devenue en Guinée un facteur d’insécurité. C’est une armée à réorganiser. On avait fait un rapport avec  Je l’ai toujours dit, c’est une armée à réorganiser absolument. Ce sont des gens qui sont là depuis 1984 et qui ont tous les privilèges. Ils ne vont pas lâcher le pouvoir comme ça. Un officier supérieur a une tonne de riz par mois de ravitaillement, il a une voiture 4X4, et là Konaté a fait trois promotions, trois décrets successifs, où tout le monde est passé trois fois de suite au grade supérieur. Eux sont payés régulièrement. Un sergent gagne 1.500 000 frs, alors que le cadre de catégorie A de la fonction publique qui est à un an de la retraite gagne à peine 800 000 Frs. Donc c’est des gens qui ne vont pas lâcher comme ça le pouvoir. En fait, cette insécurité ambiante les arrange pour dire qu’ils sont les seuls remparts pour gouverner le pays. C’est ce que Dadis disait d’ailleurs, que seuls les militaires sont capables de gouverner le pays dans cette situation.  Konaté est dans la même configuration, pour dire que l’armée est intenable, et que seuls eux peuvent la tenir. Et c’est eux justement qui poussent les militaires dans les rues.

L’armée guinéenne est non seulement désorganisée, mais on ne peut pas la commander. D’ailleurs, on ne doit pas parler d’armée guinéenne, mais des armées guinéennes. On a beaucoup de structures : la gendarmerie, la garde présidentielle, la police… Chacun fait ce qu’il veut, c’est une armée de répression, et ça c’est la population qui en est victime. Ils passent  leur temps à racketter les gens. Quand ils entrent chez les gens, non seulement ils les violentent, mais ils s’emparent de tous leurs biens. Ils font à la fois de la violence et du racket.

Donc, en tant que président de l’Observatoire, vous constatez que la situation des droits de l’homme en Guinée est catastrophique ?

Chaque année, il y a des drames terribles en Guinée. Il y a eu entre autres le 28 septembre, il y a eu janvier et février 2007, et là maintenant, c’est les violences organisées dans les quartiers. Les viols sur les femmes qu’on a connu en septembre 2009, c’est la tactique la plus utilisée par les militaires guinéens. Quand ils entrent dans une concession, ils violent les femmes, ils martyrisent les hommes, ils rackettent. C’est dans leur culture, il y a un comportement violent qui est ancré. Et il n y a ni sanction, ni réparation.

C’est pourquoi je dis toujours aux gens des Nations Unies qu’en Guinée, dans le cadre de la restructuration, il faut mettre un système pour avoir une garantie de non-répétition de ces violences. Il faut changer le comportement violent du militaire, il ne suffit pas de réorganiser l’armée, il faut changer les mentalités, démobiliser les gens, car ce sont des recrutements qui se font sur une base ethnique et à des niveaux scolaires très faibles. Ce sont des délinquants qui sont recrutés dans l’armée, des voyous des quartiers et qui ne reçoivent pratiquement pas de formation, puisque un mois après une formation sommaire, on leur donne des armes et des munitions.  La première priorité du prochain gouvernement, ce n’est pas l’eau et l’électricité, c’est la réorganisation totale de l’armée. Sinon aucun pouvoir ne pourra durer en Guinée.

Quelles sont les solutions que vous préconisez pour le respect des droits de l’homme en Guinée ?

Je le répète : la première priorité pour la stabilité est la réorganisation de l’armée, en supprimant  tout ce qui est force de l’ordre, réorganiser l’armée autour d’un grand service de gendarmerie, dont la mission est la sécurisation des biens et des personnes. La deuxième étape, une fois l’armée réorganisée, c’est d’introduire l’éducation des droits de l’homme dans le système éducatif guinéen et dans la formation des militaires. La troisième étape, c’est de miser sur l’éducation, parce que l’un des graves problèmes qui se pose à la Guinée, c’est l’absence d’éducation civique. Il faut une éducation citoyenne, il faut miser sur l’homme.

Il va sans dire que l’autre grand chantier, c’est la réforme du système judiciaire, parce qu’à l’heure actuelle, les gens n’ont pas confiance à la justice. Les gens ne vont plus porter plainte. Nous avons remarqué quand nous faisons nos rapports sur la violation des droits de l’homme, que nous avons du mal à convaincre les victimes de porter plainte, leur réponse est invariable : « Ca ne sert à rien, il n y aura pas de sanctions !» Aujourd’hui, vous voyez les auteurs de graves violations des droits de l’homme comme ceux du 28 septembre, qui circulent en 4X4 et qui narguent leurs victimes.

Donc pour qu’il y ait une paix durable, il faut réorganiser l’armée, mais aussi réorganiser le système judiciaire, qui est complètement pourri.  L’impunité existe à tous les niveaux. Que ce soit les crimes politiques ou les crimes économiques, c’est l’impunité totale dans le pays. Le pays ne peut pas fonctionner comme ça. On avait lancé un chantier avec le système des Nations Unies,  on est arrivé à la conclusion que la seule voie possible, c’est de passer par le biais de la justice transitionnelle, c'est-à-dire par la mise en place d’une vraie commission Justice –Vérité, et on avait préconisé de commencer cette commission par les évènements récents, c’est-à-dire notamment le 28 septembre, et remonter jusqu’aux crimes de Sékou Touré, parce que là, la commission permettrait de se pencher sur les charges pénales, les réparations, et après seulement le pardon.  Ce sont là des chantiers qui avaient déjà été lancés, malheureusement il y a eu l’instabilité de ces derniers temps. C’est quelque chose qu’on envisageait de mettre en place avec le nouveau gouvernement.

Quand ces chantiers ont-ils été lancés ?

On avait pris des contacts, on a eu des échos très favorables à la mise en place d’une commission Justice Vérité Réconciliation. On avait organisé des séminaires à Conakry pour expliquer tout ça, on avait le projet en décembre d’un séminaire sous-régional des droits de l’homme, avec le cas guinéen en particulier. Il s’agissait de faire des expériences croisées avec l’expérience Vérité Réconciliation de la Sierra Leone, du Libéria, du Togo, du Maroc. Pour qu’ils viennent nous expliquer leur expérience. L’expérience du Togo est très proche de celle de la Guinée, parce que c’est de la violence politique. Le président de la commission du Togo était invité à Conakry pour venir présenter le travail qu’il fait dans son pays.

Parlant d’Alpha Condé, vous avez dit tout à l’heure qu’il manipulait Jean-Marie Doré et Sékouba Konaté, et qu’ils seraient de connivence.

Alpha Condé s’est toujours nourri de la manipulation politique pendant toute sa carrière. Mais je pense qu’il instrumentalise les autres, même s’ils n’en sont peut-être pas conscients. Doré roule pour lui, Sékouba joue pour les intérêts militaires, Alpha Condé surfe là-dessus. Par exemple, pour le maintien des militaires, il a joué sur le maintien d’ordre.  Il a voulu empêcher les gens de circuler en ville, donc Il a fait monter Doré au créneau qui a dit qu’il faut maintenir l’ordre coûte que coûte.  Nous avons été le voir,  nous lui avons dit : « Vous ne pouvez pas ouvrir la campagne électorale, et dire que les militants ne peuvent pas accompagner leurs leaders. C’est normal, à Conakry les rues sont petites, au premier tour c’était pire, quand Cellou ou Alpha rentrait, il était impossible de circuler, pourquoi maintenant d’un coup vous dites que vous allez maintenir l’ordre coûte que coûte et surtout par tous les moyens ? » Et récemment, malgré le fait qu’on ait apporté la preuve que les militaires, la FOSPEL et la garde présidentielle tiraient à balles réelles, il est sorti à la télé pour dire qu’aucun militaire n’était équipé de balles réelles, alors qu’on donnait la preuve tous les jours dans les hôpitaux que les militaires tiraient à balles réelles.

A votre avis, cette situation risque-t-elle de conduire à la guerre civile en Guinée ?

Jusqu’à présent, tout le monde pense que la guerre civile ne peut être possible en Guinée, vu le mélange plus ou moins ethnique, mais je pense que c’est l’élection qui va être le détonateur. S’il y a une élection truquée, que les résultats sont contestés, ce sera le détonateur. Je ne vois pas comment l’alliance Arc-en-ciel peut gagner les élections en face de l’Alliance Cellou Dalein, en dehors de tout calcul mathématique d’ailleurs, car c’est une alliance qui plait à la majorité des Guinéens, et les votes du premier tour à mon avis ne changeront pas ; tous ceux qui observent la scène politique guinéenne sont conscients que la victoire de l’Alliance Cellou Dalein est inévitable. Mais tout est fait pour permettre à Alpha Condé d’arriver au pouvoir. Ce serait un trucage. Et ça, ce sera le détonateur qui va embraser le pays. Je pense que si les élections sont organisées de façon à favoriser coûte que coûte Alpha Condé, le pays va basculer dans l’instabilité. Je pense que l’électorat de l’Alliance Cellou Dalein Président ne laissera pas faire.

Quand vous prenez même sur le plan mathématique,  tous ceux qui ont voté pour Cellou ne changeront pas de vote, donc il aura toujours ses 43 pour cent, sans compter qu’on lui a subtilisé des PV, c'est-à-dire qu’il va faire au moins 45 pour cent avec son électorat du premier tour. Sidya, même s’il y a des électeurs qui vont se détourner de lui, il fera un apport d’au moins 10 pour cent. Si avec son électorat il a la Basse Guinée, c’est fini.  Et ça, Alpha Condé qui est un bon politicien tacticien et manipulateur, il l’a compris. Il fait une vraie campagne en Basse Guinée pour salir l’image des Peulhs aux yeux des Soussous. Cependant, même les observateurs internationaux savent que la victoire de l’autre camp est inévitable.

Mais quelle est la réaction des organismes internationaux par rapport à la guerre déclarée aux Peulhs par les autorités, aux violations des droits de l’homme ?

Le Haut commissariat des Droits de l’homme a mis en place un bureau. Ils viennent de sortir d’ailleurs un rapport sur le sujet, ils sont  au courant des exactions commises dans les quartiers. Ils ont déjà é le Haut commissariat aux Droits de l’homme de Genève par rapport à cette dérive ethnocentriste. Les observateurs de l’Union Européenne qui étaient sur place pour observer les élections, comme le deuxième tour a été longtemps repoussé, ils font aussi des enquêtes sur les violations, et ils sont arrivés à la même conclusion qu’il y a une dérive ethnique et qu’ils sont en train de déstabiliser l’électorat peulh pour permettre à Alpha Condé de monter. Seuls le Premier ministre et Sékouba Konaté ferment les yeux sur ce problème.

Il a été établi qu’un officier militaire a ordonné à la population de Siguiri de s’attaquer aux ressortissants du Fouta vivant à Siguiri …

Oui, il y a une stratégie. Nous avons constaté que ces derniers mois, la Guinée a reçu beaucoup d’armement et de matériel militaire de la Lybie, cet armement a été acheminé en Haute-Guinée, en Forêt, et l’acteur principal en est le gouverneur de Nzérékoré, le général Bourama Condé, qui veut absolument que les Guerzés se révoltent contre les Peulhs et fait tout pour que l’on martyrise les Peulhs de la région de Nzérékoré, qui couvre des villes comme Nzérékoré, Kissidougou, Faranah, Guéckédou.

Est-ce que la population  de cette région se laisse influencer par cette tactique ?

Il semblerait qu’au niveau de Nzérékoré, les gens ont refusé de suivre ce discours va-t-en guerre du général Condé. Par contre à Kouroussa, l’influence a donné des résultats déplorables.

Est-ce que la fraction ethnocentriste de l'armée est importante ?

Beaucoup trop. Le recrutement est fait sur des bases ethniques, c'est normal qu'il y ait des exactions. Dans le rapport portant restructuration de l'armée, on préconisait d'ailleurs que la future armée guinéenne reflète la composition ethnique.

Ces derniers jours, le grand Imam de Labé El Hadj Abdourahmane Bah, parlant des exactions subies par les ressortissants de la Moyenne Guinée dans certaines régions du pays, a assuré qu’il n y aura pas de vengeance au Fouta, et il a au nom des chefs religieux du Fouta, demandé aux responsables religieux de la Haute Guinée et de la Guinée forestière de calmer les populations. Pensez-vous qu'il sera entendu ?

Mamadou Aliou Barry 
: Non, je ne crois pas. Ce n'est pas la première fois que des appels sont lancés. Il y a deux semaines, toutes les coordinations régionales se sont retrouvées à Conakry  pour appeler à l'apaisement, et une semaine avant, la coordination mandingue était reçue chez le Premier ministre pour demander que Condé Alpha soit favorisé. Il n'y a pas de sincérité dans les actes. De toute façon la manipulation est politique, je ne pense pas que les autorités religieuses mandingues vont se désolidariser de la stratégie d'Alpha Condé.

Guinéenews© : Quelles sont les chances de finir les élections et d'avoir un président démocratiquement élu accepté de tous ?

Lors du point de presse que j’ai organisé la veille de mon agression, j'avais présenté les victimes et le professeur-témoin. Mais l'objet principal du point de presse était une lettre que nous avions adressée au nouveau président de la CENI pour dire la responsabilité historique qu'il porte sur ses épaules. Cela fait deux ans qu'il est expert en Guinée auprès de la CENI, il connaît les dysfonctionnements donc nous avons attiré son attention sur cette responsabilité qu'il a de conduire le deuxième tour dans la transparence, parce que sinon il y laisse son honneur, sa dignité, la dignité du Mali et de la Francophonie. Sur cela nous avons été très clairs, on a salué sa nomination à la tête de la CENI car c'est quelqu'un de compétent. Mais connaissant la Guinée et les tentatives de manipulation dont il va faire l’objet, nous avons voulu attirer son attention sur le fait que s'il se laisse détourner dans le trucage électoral, il portera la responsabilité de ce qui se passera dans le pays.

C’est donc un homme de confiance, selon vous ?

Tout à fait. C’est quelqu’un de très intègre, et il expliquait déjà les dysfonctionnements. Dès qu'il est arrivé à la tête de la CENI, il a pointé du doigt le fichier parallèle  qui avait été mis en place sur ordre d’Alpha Condé. J'ai eu à discuter avec lui depuis deux ans, je pense qu'il ne sera pas manipulable.

Quelle conclusion aimeriez-vous donner à cet entretien ?

La Guinée a trop souffert, depuis 52 ans. Il est temps que tous les acteurs politiques et les acteurs de la transition prennent conscience de la souffrance de ce pays, pour qu'on mette fin, une fois pour toutes, aux ambitions personnelles et ethniques, et permettre vraiment que le suffrage exprimé par les citoyens ressorte du vote, et qu'enfin on ait un président démocratiquement élu. 

Je pense que, quelque soit celui qui sera élu, sa période de grâce va être très courte, car les attentes sont fortes, l'instabilité est très grande, le pays ne pourra pas se développer sans la paix et la stabilité. 

A mon avis, l'élection n'est pas la clé, le prochain gouvernement aura beaucoup de travail. Les Guinéens ont tout intérêt à se retrousser les manches pour accompagner le prochain pouvoir qui sera démocratiquement élu.

Propos receullis par Aissatou Bah

 Paris, France

 

Source : www.guineenews.org

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 13:01

C’est in extremis que nous avons eu l’honneur d’être reçu par le second candidat au second tour de la présidentielle en Guinée, Alpha Condé. Présent à Ouagadougou dans le cadre de la signature du code de bonne conduite entre les deux finalistes de la présidentielle guinéenne, c’est à moins de deux heures de son départ pour son pays que la possibilité de la réalisation de cet entretien s’est clairement dessinée.

 


              Alpha Condé

Vous venez d’apposer votre signature à côté de celles de Cellou Dalein Diallo et du médiateur sur un protocole relatif au deuxième tour de la présidentielle. De quoi est-il question exactement dans ce document ?

 

• Je crois qu’après le premier tour et les dysfonctionnements qu’on a pu observer, il était nécessaire qu’au second, on évite que cela se reproduise. Le premier tour, c’est comme la coupe du Monde : il y a des matches de qualification, et la finale, qui doit désigner le vainqueur.

 

La finale, c’est particulier. Revoyez celle de 1954 entre L’Allemagne et la Hongrie. Au match de qualification, les Hongrois ont battu l’Allemagne par 8 à 2, mais en finale, c’est les Allemands qui ont gagné. Si la CENI avait fait correctement son travail au premier tour, il n’y aurait pas eu de problèmes. Mais lorsque l’arbitre de la demi-finale monte en finale avec des erreurs, il faut bien rectifier le tir.

 

Sur demande du président Sékouba Konaté, le médiateur nous a appelés pour qu’on s’entende sur un certain nombre de points. Mais cela suppose que les dysfonctionnements du 1er tour soient réglés. Lorsque le président du Faso lui-même est venu en Guinée, il nous a dit de faire un chronogramme. C’est connu, ce sont les mauvaises organisations de scrutins qui sont toujours la cause des guerres civiles en Afrique.

 

Donc pour éviter que la Guinée replonge, il fallait bien qu’on se mette d’accord sur la nécessité de résoudre les problèmes qui sont posés, c’est à ce moment que nous avons demandé que les listes électorales soient affichées et que chacun puisse y avoir accès, que les nouveaux bureaux de vote soient effectivement installés avec les urnes, que les enveloppes soient sécurisées. Que le gouvernement apporte tout son soutien technique à la CENI. La CENI a reconnu devant le Groupe de contact international (GCI) qu’elle n’a les moyens ni matériels ni techniques d’organiser les élections.

 

Une de vos réclamations matricielles était d’adjoindre le ministère de l’Administration territoriale et des Affaires politiques (MATAP) à la CENI. Cette exigence ne semble pas avoir été prise en compte dans le protocole…

 

• Lorsqu’on lit le document, il est dit que le gouvernement doit apporter une assistance technique à l’organisation de ce second tour, c’est de cela qu’il s’agit. L’article 2 de la Constitution dit que la CENI doit organiser les élections avec l’assistance technique de l’Administration du territoire.

 

C’est sur cette notion d’assistance technique qu’on a discuté. Que ce soit par décret ou par autre chose, l’essentiel est qu’on reconnaisse que la CENI seule ne peut pas organiser les élections. Le MATAP et d’autres ministères doivent donc assister la CENI.

 

Respecterez-vous le modus vivendi électoral que vous avez signé devant le médiateur, Blaise Compaoré ?

 

• Vous savez, moi, je veux la paix en Guinée. Et cela veut dire que je n’accepterai pas que la fraude gigantesque qu’il y a eu au premier tour se répète au second. Après le premier tour, j’ai eu à appeler mes militants au calme, mais si la finale ne se passe pas normalement, les Guinéens ne l’accepteront pas.

 

Nous avons demandé par exemple l’audit du fichier informatique, à défaut, qu’on fasse le comptage manuel. Si ces conditions sont remplies, il n’y a pas de raison que je ne respecte pas le protocole signé à Ouaga.

 

Chacun des challengers crie à la fraude. Finalement à qui a-t-elle profité si fraude il y a eu ?

 

• Oh non ! C’est le voleur qui crie au voleur. Nous savons tout ce qui s’est passé au premier tour. Tous les gens qu’on a arrêtés avec les fausses cartes étaient des gens de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), le Parti de Cellou Dalein Diallo. Tous les gens qu’on a arrêtés avec des récépissés sont aussi de ce parti.

 

Ensuite, celui qui a subtilisé les procès-verbaux et ne les a pas transmis à la Cour suprême est le représentant de Cellou Dalein Diallo à la CENI, Boukary Diallo. Ce qui a conduit à l’annulation des élections dans trois (03) préfectures. Le président de la CENI était un dirigeant du parti de Sidya Touré.

 

Vos adversaires vous accusent d’avoir fait un deal avec le premier ministre Jean-Marie Doré…

 

• Moi je n’ai aucun accord avec Jean-Marie Doré. La semaine dernière, le gotha économique et tous les commerçants qui sont derrière Cellou, ont demandé à le rencontrer. Ce qui a été fait. Ces commerçants lui ont dit qu’ils souhaitaient qu’il travaille avec Cellou, et en retour le poste de président de l’Assemblée nationale lui reviendrait.

 

Jean-Marie Doré a dit non. Vous pouvez vérifier tout cela avec le Premier ministre. Mais demandez-lui si j’ai eu, moi, à lui proposer quoi que ce soit.

 

Peut-être que vous attendez d’être élu pour lui proposer quelque chose ?

 

• Moi, je suis pour la rupture avec les gestions passées, et je ferai un gouvernement crédible. J’ai été clair sur ce point. A toutes les réunions, je l’ai répété, je lutte pour le changement, cela fait 40 ans que je me bats dans ce sens. Le peuple guinéen est descendu dans la rue en janvier-février 2007, il y a eu plus de 400 morts, tout cela pour le changement. Ma position est claire.

 

44% pour Dalein et 18% pour vous. Avec cet écart du premier tour, qu’est-ce qui vous fait croire que vous avez vos chances au second ?

 

• Ces chiffres n’ont aucune signification. Le corps électoral guinéen est de 4 270 000 électeurs. Le suffrage exprimé au 1er tour est de 1 700 000 voix sur les 4 millions. Mon adversaire a obtenu 700 000 voix, c’est infime par rapport à 4 millions.

 

Ensuite, Sidya Touré, qui est arrivé en 3e position, a dit à tous les leaders politique que 30% de son bureau politique veulent qu’il aille avec Dalein, mais toute sa base veut qu’il soutienne Alpha. Demandez à la délégation burkinabè qui est partie avec le président du Faso à Conakry : il y avait des banderoles contre Sidya. Lui-même a dit au président Blaise Compaoré, devant nous tous, qu’il faut qu’on aille vite aux élections, car il y a la tension en ville, on l’insulte, etc. Pourquoi les autres leaders, on ne les insulte pas ?

 

C’est la même chose pour Abbé Sylla : ce dernier est aux Etats-Unis d’Amérique. Celui qui a tout fait pour lui politiquement, c’est le grand Imam de Kindia, de la grande mosquée de Tafori. Mais quand j’ai été à Kindia, l’imam en question a publiquement dit et devant la télé : « Alpha, ce qu’on ne savait pas hier, on le sait maintenant aujourd’hui, que Dieu vous donne le pouvoir, car vous voulez travailler pour le peuple ». Il a répété cela trois fois.

 

Aujourd’hui, j’ai trois (03) régions derrière moi, la Basse- Guinée, la Haute-Guinée et la Guinée forestière. Un grand nombre de partis me soutiennent, et j’ai avec moi dix-huit (18) candidats, des premiers y compris des candidats peulhs. Tenez : celui qui dirige le parti de feu Siradiou Diallo (que Dieu ait son âme), Ba Ousmane qu’il s’appelle, m’a rejoint ; Alpha Ba Sylla est avec moi.

 

Aucun candidat peulh n’a rejoint Cellou Dalein : ou ils m’ont rejoint, ou ils sont restés neutres. Boubacar Barry m’a dit qu’il voulait me rejoindre, mais qu’il craignait pour la vie de sa famille.

 

Que répondez-vous à ceux qui disent que vous n’avez pas une expérience d’Etat ?

 

• Aucun d’eux n’a une expérience du pouvoir d’Etat. Un Premier ministre n’est pas un président. Moi, j’ai dix fois plus d’expérience qu’eux : j’ai dirigé le mouvement étudiant, je milite depuis près de 40 ans, j’ai côtoyé des chefs d’Etat et j’ai vu comment ils gouvernent.

 

Un président, c’est quelqu’un qui a une vision, alors qu’un premier ministre est un exécutant. Est-ce que l’un de mes contempteurs a jamais été président ? En outre, un président, c’est celui qui sait gérer les hommes. Or cela fait vingt ans (20) que je dirige le plus grand parti de Guinée.

 

Siradiou Diallo a géré un parti, Ba Mamadou a géré un parti. Mais Cellou Dalein Diallo, les commerçants lui ont acheté un parti. Il a été onze (11) ans au gouvernement y compris en tant que Premier ministre, mais il n’a jamais été président. Le rôle d’un président, ce n’est pas d’être un technocrate, mais de gérer les hommes.

 

Un chef d’orchestre…

 

• Oui. Qui d’entre eux a été un chef d’orchestre ? Les peulhs disent que pour convoyer cent (100) bœufs, il faut un seul bâton, mais pour diriger dix (10) hommes, il faut dix (10) bâtons. Et puis à l’heure place, je ne me vanterais pas, car quand on voit où est la Guinée de nos jours... (rires).

 

S’ils étaient de bons gestionnaires, on n’en serait pas là. Le pays n’a pas d’électricité ni d’eau, nous sommes le grenier de l’Afrique de l’Ouest et pourtant, aujourd’hui il y a la famine. J’avais eu à dire, lors de la commémoration par le CDP des vingt (20) ans de renaissance démocratique, que je suis à la fois heureux et triste quand je viens à Ouaga. Heureux quand je compare le Ouaga d’aujourd’hui à celui de la Haute-Volta.

 

Mais quand je vois qu’un pays sahélien comme le Burkina fait mieux que la Guinée, je suis triste. Alors ceux qui ont eu une gestion catastrophique des biens de la Guinée et qui s’en vantent se foutent du monde.

 

Quels seront vos priorités une fois élu ?

 

• J’ai été clair : c’est l’autosuffisance alimentaire, la santé et l’école pour tous, les infrastructures, la réconciliation et l’unité nationales. Sous la première République, il y a eu le camp Boiro, sous la IIe République, il y a eu beaucoup d’exactions. Moi, j’ai été condamné à mort par contumace par la Ire République.

 

Mais à la mort de Lansana Conté, j’ai rassemblé cent cinquante (150) imams et nous avons été à Wawa (NDLR : village de Conté) pour une lecture du Coran et des sacrifices pour le repos de son âme. A Wawa, j’étais avec les enfants de Conté, à Conakry j’ai fait la même chose avec deux cent cinquante (250) imams pour Sékou Touré, dont les enfants étaient à côté de moi.

 

Et j’ai envisagé après le transfert des cendres de Lansana Beavoguy (1) à Kindia de faire la même chose pour lui et Saifoulaye Diallo (2). En faisant cela, je montre aux Guinéens que j’ai tourné la page. J’envisage d’organiser une conférence Vérité et Réconciliation afin que ceux qui ont fait du mal aux autres reconnaissent leurs torts et que ceux qui ont subi des préjudices acceptent de pardonner.

 

J’ai toujours dit que je serais à la fois le Mandela et le Obama de la Guinée : le Mandela parce que je veux réconcilier les Guinéens, et le Obama parce que je veux montrer que les Guinéens peuvent s’en sortir, "we can", disait Obama, nous pouvons transformer la Guinée.

 

Pas de chasse aux sorcières, notamment contre les Soussous, l’ethnie du président Conté ?

 

• Certains ont dit que je voulais me venger des Soussous. Mais comment expliquez-vous alors que les gens les plus mobilisés derrière moi aujourd’hui soient les Soussous ?

 

Les femmes Soussous disent même qu’elles vont me porter au dos jusqu’au palais de Sékoutoureya. Leurs slogans : « Woyin Toffè » (levons-nous), « Ayerè Koffè Ayè willi » (c’est notre affaire, levons-nous !). On dit aussi que nous sommes contre le Peulh. Mais qui a ethnisé les débats ? Si vous vous rappelez les événements du 28 septembre 2009, Cellou a dit qu’on a tiré sur lui parce qu’il était Peulh. Est-ce qu’au moment où on tirait sur les gens, on savait qui était Peulh ou Malinké ?

 

Ensuite, c’est le seul pays où on parle de tour au sujet de la présidence : « telle ethnie a gouverné, telle autre aussi, c’est à notre tour ». Lorsqu’on présente un programme ethnique, ne soyez pas étonné que les autres y réagissent. Si je devais me venger, ce serait contre la famille de Conté d’abord, or cette famille me considère comme l’un de ses membres. La preuve, la sœur de Conté était chez moi à Paris le 1er septembre dernier, les enfants de Conté viennent me voir.

 

Le président Dadis m’appelle grand frère, et c’est moi qui suis allé accueillir la dépouille de son fils au bas de l’échelle de l’avion. Tout le monde a vu cela à la télévision. Pour moi, ce qui compte, c’est que la Guinée a besoin de se développer, car si la Guinée se développe, c’est toute l’Afrique de l’Ouest qui le sera. Nous pouvons être, en trois ans, autosuffisant et vendre du riz au Mali au Burkina et au Sénégal.

 

Nous pouvons, également par nos richesses minières, nous développer. Mais autant je suis contre le bradage des richesses, autant je le dis publiquement, ces richesses ne sont pas seulement pour les Guinéens. Les autres pays africains peuvent en profiter.

 

J’étais président de la FEANF qui avait comme mot d’ordre : unité nationale, unité africaine et indépendance africaine. Mes objectifs d’étudiant n’ont pas changé : l’unité, l’indépendance africaines sont indispensables aux Africains. Je préfère être préfet ou sous-préfet dans une Afrique unie que d’être président d’un micro-Etat.

 

Si vous êtes élu, formerez-vous un gouvernement d’union nationale ?

 

• Non seulement je l’ai dit mais je l’ai écrit dans le livre que je viens de publier. J’ai dit que si la France a pu se relever après les deux guerres mondiales, c’est parce que De Gaule a fait un gouvernement qui allait du MRP aux communistes et les ouvriers, communistes en majorité, ont augmenté la cadence dans les mines.

 

Dès qu’il y a eu la guerre froide et que les communistes ont été chassés du gouvernement, les grèves ont commencé. La Guinée, aujourd’hui, est comme un pays qui sort de guerre. Tout y est à faire ou à refaire. J’ai eu un débat sur le gouvernement d’union nationale avec Laurent Gbagbo, quand il était dans l’opposition.

 

Il m’a dit qu’un tel gouvernement était antidémocratique. Pour lui, il faut l’opposition et la majorité. Je lui ai dit non : toi, tu as le courant, l’électricité, le café, le cacao, deux avions Gruman chez toi, mais en Guinée tout est à faire. Nous n’avons pas le temps. Une fois élu, on doit avoir un programme minimum et travailler à sortir ce pays de sa situation actuelle.

 

Interview réalisée par L'Observateur paalaga

 

* [Ndlr : Lire ''leur place'']

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 11:16

Au lendemain de son meeting politique tenu le dimanche 5 septembre 2010, notre reporter local a rencontré le lundi 6 septembre dernier le président de l’UFDG pour un entretien à bâton rompu. A cette occasion, il a notamment été question du sort du Capitaine Moussa Dadis Camara après la présidentielle guinéenne du 19 septembre prochain. A propos, Cellou Dalein Diallo a dit qu’il ne traduira pas le chef de la junte à la justice internationale s’il devenait le prochain président de la République.

 


Cellou Dalein Diallo

Guinéenews© : Pourquoi avoir choisi la Guinée Forestière en générale et N’Zérékoré en particulier pour lancer votre compagne électorale en vue du scrutin présidentiel prévu le 19 Septembre 2010 ?

 

Cellou Dalein Diallo : La Guinée forestière fait partie des zones dans lesquelles je dois nécessairement avoir un suffrage correct pendant le 2ème tour pour remporter haut les mains l’élection présidentielle. Il y a aussi des questions de commodité. En effet, lorsque j’ai des tâches à faire, je commence par les plus difficiles voire les plus éloignées. N’Zérékoré étant la préfecture la plus éloignée, alors j’ai choisi de commencer par la région de la Guinée forestière et terminer par la Basse Guinée.

 

Quel est votre message à l’endroit des populations des circonscriptions de la Forêt que vous comptez visiter ?

 

Ecoutez ! Nous avons un projet de société, nous avons une ambition pour la Guinée. Par ce que nous souhaitons qu’elle soit unie. C’est pourquoi notre slogan est « Une Guinée Unie et Prospère ». Et d’ailleurs c’est plus qu’un slogan, c’est un objectif.

 

Naturellement la Forêt a des problèmes spécifiques auxquels nous allons faire face. Il y a l’enclavement et il y a des potentialités qui sont inexploitées. En désenclavant la Forêt, nous allons réaliser des infrastructures routières. La Région de la Guinée Forestière est un grenier considérable pour toute la Guinée, notre patrimoine commun. Son huile de palme par exemple est consommée dans tout le pays et même au-delà de nos frontières à savoir, entre autres, le Mali et le Sénégal.

 

Et lorsque vous voulez développer l’économie de la Guinée, vous cherchez d’abord là où il y a des avantages comparatifs, des potentialités, alors investissez donc dans ces lieux. Aussi, je pense que la Forêt a grandement besoin d’investissements notamment dans les infrastructures de transport et dans la modernisation de l’agriculture.

 

Le Gouvernement que j’aurai l’honneur de diriger va, naturellement, s’atteler à désenclaver les zones de production dans l’intérêt de la Guinée et des populations du pays.

 

Dans le discours que vous avez tenu hier (NDLR : Dimanche 05 Septembre 2010) vous avez dit de passage que les gouvernements précédents de la Guinée ont manqué de vision. Quelle est la vision que vous avez pour la Guinée ?

 

Bien entendu, il faut maîtriser un certain nombre de paramètres pour être efficace dans la gestion. Je n’accuse pas les gouvernements précédents de mauvaise foi, mais il y a eu manque de vision, c’est-à-dire de maîtrise du contexte international pour pouvoir tirer profit de l’aide publique au développement, des assistances techniques et aussi financières enfin des pays riches. Mais, il faut d’abord à l’interne définir de bonnes politiques.

 

Aujourd’hui de quoi s’agit-il ? Nos compatriotes travaillent car les Guinéens ne sont pas paresseux mais ils ne sont pas aidés. Le rendement est trop faible pour leur permettre de vivre décemment. Prenez par exemple un agriculteur de la région ici qui n’est pas aidé, vous le voyez couper du bois, cultiver son petit périmètre, planter de la patate et du manioc mais il ne peut pas, avec les revenus qu’il tire, subvenir à l’ensemble des besoins de sa famille.

 

Dans les autres pays comme la Côte d’Ivoire, ceux qui travaillent dans l’agriculture trouvent l’essentiel. Avec leurs revenus, ils assurent l’éducation de leurs enfants à l’extérieur, s’habillent décemment, se nourrissent correctement et éduquent leurs enfants. Nous allons mettre des mécanismes de micro- crédit, mettre aussi un système de gestion efficace pour indiquer ce qu’il faut faire, à quel moment il faut cultiver en donnant des engrais appropriés et des semences qu’il faut utiliser pour accroître le rendement et la productivité des populations.

 

Aujourd’hui l’aide publique de la communauté internationale au développement dépend de la bonne gouvernance de chaque pays dont le notre. En effet, il faut être efficace dans la gestion des affaires publiques. Ainsi, l’on peut obtenir l’aide extérieure. Donc, notre combat est lié aux préoccupations des populations guinéennes en générale et celles de la Forêt en particulier.

 

Selon Moussa Solano, Président du PUP qui est l’un de vos alliés a dit cours de votre meeting qu’ « avec Cellou Dalein Diallo c’est le changement dans la continuité ». Un concept qui nous rappelle l’ère feu Général Lansana Conte. Quelle explication donnez-vous aujourd’hui ce même concept ?

 

Non, Il n’y a pas de continuité dans la mauvaise gestion déplorée dans le passé. Le Premier ministre Sidya Touré et moi avons travaillé ensemble. A chaque fois que nous avons voulu faire des reformes, il y a eu des gens qui s’y opposaient. Nombreux parmi eux sont actuellement derrière Alpha CONDE. Les gens issus de la mouvance du Président feu Conté sont tous derrière mon concurrent. Ce sont les mêmes personnes qui s’opposaient aux reformes permettant de sortir la Guinée de la misère.

 

Or, nous voulons le changement. Si nous avons parlé de changement dans la continuité c’est pour maintenir l’unité nationale. Par rapport à ça, nous avons des démarches volontaristes pour rassembler tout le monde.

 

Le problème, c’est le leadership. En effet, si vous avez à la tête de l’Etat un leader, les populations sont prêtes à se soumettre car elles sont patriotes. Mais elles ne sont plus naïves. Nos concitoyens regarderont le Chef et le gouvernement ; si ce qu’ils disent diffère de ce qu’ils vivent alors, comme par le passé, ils ne leur accorderont pas la confiance. Et nous espérons que nous allons mériter cette confiance car nous allons mettre tout en œuvre pour la satisfaction des besoins du peuple de Guinée sans exclusion aucune. Enfin, nous devons maintenir la cohésion et l’unité nationale.

 

Parlez-nous à présent de vos récentes relations avec le capitaine Moussa Dadis Camara...

 

En ce qui concerne mes relations avec le Président Dadis Camara, elles sont amicales.

 

Si vous êtes élu au lendemain du scrutin présidentiel du 19 septembre prochain, est- ce que vous comptez traduire Dadis à la Cour Pénale Internationale – CPI – ?

 

Si le Capitaine Moussa Dadis CAMARA veut rentrer en Guinée, il n’y a aucun problème. Il est libre de rentrer quand il veut. Il est un citoyen guinéen qui jouit de tous ses droits et libertés. Il est dit qu’il est en convalescence à Ouaga, et c’est ce que je considère.

 

Il est vrai que j’ai été l’une des grandes victimes des événements du 28 Septembre 2009 mais je ne peux pas en tant que président élu traduire un de mes compatriotes (dont Dadis ) à la CPI. Ce n’est ni dans mes intentions ni ma vocation. Lorsqu’on est Président de la République, on doit assumer les responsabilités. Donc, on ne peut pas faire appel à l’étranger de venir régler nos problèmes. Je ne le ferai pas, je ne traduirai pas un citoyen guinéen quelconque et quels que soient les fautes ou les crimes qu’il aurait commis à la Justice internationale.

 

Quel est votre appel aux populations de la Région ?

 

Je remercie toutes les populations. C’est naturel qu’elles soient accueillantes. La Région Forestière est réputée, certes pour ses richesses et aussi de son hospitalité. J’invite l’ensemble des électeurs à voter en faveur du candidat de l’UFDG (Union des Forces Démocratiques de Guinée) et des parties alliés le 19 septembre 2010. Surtout à veiller à la sécurisation des suffrages.

 

Propos recueillis par Emmanuel Toumany, correspondant permanent de Guinéenews© en Guinée Forestière

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 19:56

Le président Obama accueillera du 3 au 5 août 2010 à Washington des jeunes leaders africains venus participer à un forum organisé à leur intention. Pendant trois jours, les Américains et les Africains apprendront les uns des autres et œuvreront de concert pour trouver des solutions innovatrices aux défis régionaux et pour mettre au point des stratégies visant à saisir les possibilités qui se présentent aux niveaux de la gouvernance, de l’économie et de l’autonomisation de la jeunesse.

 


Nous avons parlé avec trois délégués du Cameroun, du Burkina Faso, et de la République démocratique du Congo, et nous leur avons demandé : qu’est ce qu’un leader responsable ?

 

D’après M. Sango, professeur de droit public au Burkina Faso, un bon leader est au service des autres.

 

« Un bon leader, pour moi, est celui, qui a pour souci de travailler (à résoudre) les problèmes de sa communauté au bénéfice de tout le monde. »

 

Mme Tamoifo, présidente de l'association Jeunesse Verte du Cameroun a également confirmé qu’un bon leader est un exemple pour la nation.

 

« Quand on parle de leadership, je pense que c’est cette capacité à pouvoir être non seulement un exemple, mais pouvoir conduire soit une équipe, à pouvoir diriger, donner une orientation, et peut-être certainement à défendre des idéaux qui nous permettent tout simplement de rester, non seulement des dirigeants justes, mais des leaders qui ont la capacité à proposer, à défendre, et surtout à soutenir une idée.

 

Enfin, M. Anzuluni, directeur des opérations d’Écobank en République démocratique du Congo estime qu’un leader est un meneur d’hommes.

 

« Un leader est une personne capable de guider, d’influencer, ou d’inspirer simplement les autres. Pour ma part, un bon leadership, un leader responsable implique que cet individu ou groupe d’individus soient assez patriotes, compétents, et visionnaires, afin d’utiliser cette capacité à guider des autres dans la quête des objectifs d’intérêts généraux, en d’autres termes des objectifs qui bénéficieront à la majorité des personnes concernées.

 

Suite à cette question, nous avons aussi demandé aux délégués de tirer un exemple de leur expérience personnelle. Voici leurs réponses :

 

(Sango) : « Un tel leadership a été assumé par un journaliste qui malheureusement a perdu la vie dans des conditions dramatiques. C’est le journaliste Norbert Zongo, qui prenait la plume et qui exposait les problèmes sérieux de la communauté et l’appuyait au plus fort de sa vie. À mon sens, c’est ça, il n’y a pas eu de leadership si on n’est pas capable de se sacrifier jusqu’à sa vie au profit de sa communauté. »

 

(Tamoifo) : « Je me considère peut-être, comme leader parce que je suis visionnaire. J’ai lancé, organisé mon association au Cameroun il ya dix ans. C’est une association qui travaille dans le domaine environnemental et qui défend la cause des jeunes et travaille sur des sujets et des thématiques très bien portantes sur la situation des jeunes, notamment les questions d’emplois, les questions d’entretiens aussi. Les travailleurs ont aussi des questions, non seulement de démocratie, mais de participation aux prises de décision. Je pense qu’un leader, c’est quelqu’un qui peut défendre une vision. »

 

(Anzuluni) : « Il y a plein d’exemples, mais celui qui me vient immédiatement à l’esprit, c’est celui de Floribert Chebeya. Je pense que vous en avez entendu parler. C’est un influent défenseur des droits de l’homme congolais, dont le corps a été récemment retrouvé sans vie, et à qui j’en profite ici pour rendre un vivant hommage pour son combat. La lutte pour instaurer des droits fondamentaux était en fait son unique objectif, et il a su mobiliser, non seulement au niveau national, mais également au niveau international. Voilà un exemple clair, concret de leadership responsable qui nous a malheureusement quittés un peu trop tôt. Que son âme repose en paix. »

 

Nous arrivons à la fin de notre podcast sur le Forum du président avec les jeunes leaders africains qui aura lieu à Washington du 3 au 5 août 2010. Nous remercions tous les participants pour leurs réponses et leurs perspectives, et nous leurs souhaitons une rencontre fructueuse à Washington.

 

Source : America.gov

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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 11:36

Les questions énergétiques, la stabilité sociale, continuation de la politique menée pour garder les militaires dans les casernes, les relations avec l'extérieur, le leader du Rassemblement du peuple guinéen, arrivé au second tour de l'élection présidentielle, trace son carnet de bord. Il revient aussi dans cet entretien accordé au groupe Futurs Médias, sur les conditions de déroulement du premier tour qu'il juge non transparentes et évoque de possibles alliances avec d'autres partis pour le second tour.



Alpha Condé

Vous êtes le président du Rassemblement du peuple guinéen (Rpg), vous êtes arrivé deuxième à l'élection présidentielle de votre pays, quels commentaires faîtes-vous du premier tour du scrutin ?

 

Deux choses se sont passées, avant le vote. Il y a eu une tentative de manipulation de la part de la Ceni pour empêcher la Haute Guinée de voter. Les bureaux de vote étaient situés entre vingt et trente kilomètres. Donc, en accord avec les bailleurs de fonds, il a été décidé avec la Ceni d’augmenter jusqu'à deux cent trente, le nombre de bureaux de vote. Cent trente urnes ont été embarquées dans un camion pour partir dans ces zones-là. Mais le président de la Ceni a tout bloqué durant deux jours... Si je n’avais pas pris la précaution de louer des camions, la Haute Guinée (Ndlr : son fief politique) n’aurait même pas eu vingt pour cent de vote. Vous voyez que c’est là qu’il y a eu le plus faible taux de participation.

 

La seconde remarque, j’ai eu tort de croire que les cartes étaient sécurisées. On m’a signalé qu’il y avait des fausses cartes d’électeurs et des photocopies de récépissés. Je ne me suis pas fait de soucis, parce que j’ai cru que le vote se faisait avec la biométrie. Mais, je me rends compte que non. Il y a des endroits comme Matoto, Matam, entre autres, où les gens ont voté plus de dix fois. Il y a eu des fraudes gigantesques, mais je suis un démocrate, je veux la paix en Guinée. Ainsi, j’ai dit à mes militants de rester calme, je ne veux pas trop faire de bruit, bien que j’aie fait recours. Beaucoup de gens ont pensé que l’élection n’y aurait pas lieu, il y aurait des affrontements et autres, mais le peuple guinéen a relevé le défi en votant dans le calme. Le plus important est d’être fier de ce civisme de la Guinée qui permet ainsi de montrer au monde entier que la Guinée était capable de garder sa parole et de faire ses élections dans la paix.

 

Au moment où vous contestez les résultats du scrutin, M. Sydia Touré, qui arrive en troisième position d’après les résultats encore provisoires du scrutin, manifeste avec ses militants dans les rues de Conakry. Comment se fait-il que tout le monde conteste ?

 

Tout le monde sait que le président de la Céni est du parti de M. Sydia Touré. Pour le reste, je n’ai pas de commentaire, je m’occupe de mon parti et de mes actions. Je ne commente pas les actions des autres.

 

M. Touré conteste en déclarant que 289 189 voix qui vous ont été versées sont en réalité les siennes. Selon lui, ce sont des fichiers qui devaient être purement et simplement annulés ?

 

Dans ce cas, il faut exclure la Haute Guinée, ce serait plus simple. Si on doit annuler les votes de la Haute Guinée, il faut dire que la Haute Guinée ne fait plus partie de la Guinée et c’est plus simple.

 

L’ambassadeur des Etats-Unis a dit que les quelques irrégularités notées ça et là ne remettent pas en cause la fiabilité des élections ?

 

Moi, je ne commente pas les commentaires des autres, je sais ce que j’ai constaté. Je respecte le point de vue de chacun. Je ne juge pas les autres. J’ai juste jugé ce qui s’est passé sur le terrain.

 

Quelles sont maintenant vos perspectives d’alliance pour le second tour de l'élection présidentielle ?

 

Pour le moment, je ne fais pas de commentaires sur ce point, nous travaillons, je ne veux pas faire de commentaire sur ces discussions.

 

Il semble que vous négociez avec d'autres partis ?

 

Bien sûr que je vais négocier, mais je ne veux pas en parler pour le moment. J’en parlerais le moment venu.

 

Mais on peut au moins connaître la stratégie sur laquelle vous travaillez pour le deuxième tour ?

 

Je pense que c’est trop tôt pour répondre à ces questions. Dans quelques jours, vous verrez concrètement ; la stratégie se manifestera concrètement sur le terrain.

 

Comment vous positionnez-vous par rapport au débat sur le vote ethnique ? On vous accuse aussi d'exploiter la fibre malinké comme Dalein Diallo le ferait pour les peulhs...

 

Je pense que les malinkés et les autres font plus de 40%. Vous voyez… Je vois la Guinée et les Guinéens ; je n’entre pas dans ce débat sur les questions ethniques. On a l’habitude de présenter toutes les élections en Afrique comme étant ethniques. J’ai un programme, je me base sur ce programme. J’ai toujours dit aux Guinéens qu’avant d’être Malinké, ils sont d’abord Guinéens. Quand vous êtes au Sénégal, on demande si vous êtes Sénégalais, on ne demande pas si vous êtes malinké ou peulh. Donc, mon ambition est que les Guinéens se considèrent progressivement comme Guinéens plutôt que comme soussous ou malinkés. Et je pense que s’il y a une rupture avec la gestion passée, qui est basée sur le népotisme et la corruption, si chaque Guinéen est à l’aise, quel que soit le type de gouvernement, l’ethnocentrisme n’existera plus. Parce que les gens font du népotisme, et si vous n’avez pas de ministre dans votre région vous n’êtes pas servi. Mais si vous avez un ministre qui est au service de toute la Guinée, les gens n’ont plus besoin de l’ethnocentrisme. C’est la pratique gouvernementale qui amènera à estomper l’ethnocentrisme.

 

Beaucoup redoutaient la recrudescence de la violence en Guinée. Etes-vous surpris par le calme qui a accompagné le scrutin ?

 

J’ai toujours dit aux gens qui m’ont interrogé que les élections se passeraient dans le calme et la tranquillité. Je ne suis pas du tout surpris, car les gens qui faisaient beaucoup de bruit faisaient de l’intoxication et menaçaient des gens. Je sais qu’il n’y allait rien avoir. La preuve, ça s’est passé dans le calme. Je n’ai jamais pensé qu’il y aurait des affrontements.

 

Quels seront vos premiers actes si vous êtes élu ?

 

Si je suis élu, je vais tout de suite rendre gratuit les soins pour les femmes enceintes et leurs enfants. J’ai six points : l’école pour tous, la santé pour tous, l’autosuffisance alimentaire en 3 ans, l’eau et l’électricité dans les villes et les campagnes, faire le chemin de fer et les routes, et enfin la réconciliation nationale. Parce qu’il y a eu trop de souffrances en Guinée, des gens ont été touchés dans leur chair et il faut qu’on se pardonne pour faire la réconciliation nationale et multinationale. Parce que quelqu’un d’autre ne viendra des États-Unis, de la Chine ou de la France pour développer la Guinée. Il n’y a que les Guinéens qui puissent le faire à condition de se donner la main. C’est pourquoi, je dis toujours que, malgré les épreuves que j’ai subies, j’ai pardonné et demandé aux Guinéens de se pardonner entre eux pour construire ce pays.

 

Dites nous maintenant comment vous comptez vous y prendre pour que les Guinéens profitent des richesses de leur pays ?

 

Tout le monde parle des mines. Moi, ce qui m’intéresse, c’est l’agriculture, l’élevage. On ne mange pas les mines. Ce qui m’intéresse, c’est l’agriculture, c’est l’école pour tous les enfants jusqu'à un certain cycle au moins. Gratuitement. Deuxièmement créer pour les plus démunis des soins gratuits et que l’on puisse, d’ici trois ans, atteindre une autosuffisance alimentaire, parce que la Guinée peut, en trois ans, produire suffisamment de riz pour la population. Il ne faut jamais oublier que la Guinée était le grenier de l’Afrique de l’Ouest pendant la période coloniale. Ensuite, régler de l’électricité, parce que sans électricité un pays ne peut se développer. Réhabiliter le chemin de fer et le prolonger jusqu’à Bamako d’un côté, faire des routes et réconcilier les Guinéens. Je pense que les mines viendront en plus, mais il faut d’abord résoudre le problème de la nourriture du quotidien des Guinéens. Puis, on parlera des mines, car le primordial est d’assurer l’alimentation et le quotidien des Guinéens.

 

On dit que vous tenez un discours qui fait peur aux gens de l’ancien régime, en les menaçant d'audit, de prison, etc. Ne pensez-vous pas que cela peut constituer un blocage pour vous ?

 

J’ai toujours dit que ce qui m’intéresse, c’est l’avenir de la Guinée. Ce sont ceux qui pensent qu’ils ont fait beaucoup de choses qui ont peur des audits, mais je n’ai jamais dit que je vais mettre les gens en prison. J’ai dit que j’ai pardonné et je demande aux Guinéens de se pardonner, que je n’ai pas besoin de faire la chasse aux sorcières et que la Guinée est suffisamment riche pour qu’on puisse développer ce pays avec les ressources que nous avons. Maintenant, on ne peut ne pas parler de la corruption et de l’impunité en Guinée, c’est la réalité. Si au bout de 20 ans, un pays aussi riche que la Guinée n’a ni eau ni électricité, il n’y a pas de ramassage d'ordures, etc., c’est qu’il y a eu de la mauvaise gestion et de la gabegie. C’est une évidence. Maintenant, de là à dire que nous allons poursuivre des gens, je dis simplement que nous allons faire une rupture avec le passé, remplacer la mauvaise gouvernance par la bonne gouvernance, l’immobilisme par le changement et le progrès. Maintenant, des gens sont libres d’avoir la conscience tranquille, ils sont libres de dire que nous allons les poursuivre, étant donné que tout le monde dit que j’ai les mains propres. C’est normal que ceux qui avaient géré le pays le pensent, mais je n’ai jamais dit que je ferai la chasse aux sorcières.

 

Selon vous, est-ce la Cpi qui doit gérer le dossier des personnes qui ont commis des exactions ou c’est à la justice guinéenne de le faire ?

 

Cela ne dépend pas de nous, on ne décide pas. Quand il y a des crimes contre l’humanité, si la Cpi décide de faire des enquêtes, même si vous administrez vos citoyens, ça n’empêche pas à la Cpi de poursuivre vos citoyens, même si vous les amnistiez. C’est un débat dans lequel je n’entre pas. Je pense que si la justice guinéenne est capable réellement de faire son travail, c'est bien. Mais dans le cas contraire, on ne peut pas empêcher à la Cpi d’intervenir.

 

Est-ce que vous allez continuer à réformer l’Armée guinéenne pour qu’elle reste dans les casernes ?

 

J’ai été très clair et j’ai dit que je vais poursuivre les réformes. J’ai même une brochure sur l’Armée que je vais vous donner. C’est clair que je vais continuer ce que le Président Sékouba a commencé, construire les casernes, améliorer les conditions de vie de l’Armée, mais aussi donner à l’Armée les moyens d’y vivre et de se mettre au travail. Nous ne sommes pas en guerre avec aucun pays, et l’Armée, en plus de ses deux rôles d’assurer la sécurité des frontières, la sécurité des citoyens et de leurs biens, nous allons la mettre au travail. Par exemple, j’estime que le Génie militaire qui a un équipement performant, mais à qui il manque des pièces détachées, nous devons lui donner les moyens de réhabiliter le chemin de fer Conakry – Niger et Conakry – Kankan pour faire des routes et des ponts, parce que l’Armée doit participer à la production agricole et industrielle. Ce qui fait que l’Armée aura des revenus propres. Nous voulons qu’elle devienne une Armée républicaine et que, demain, elle joue le rôle qu’elle jouait au début des Indépendances, c’est-à-dire qu’elle participe aux contingents internationaux, tant au sein de l’Union africaine que des Nations Unies.

 

Propos recueillis par Mamoudou Wane et Alassane Samba Diop

 

Source : L'Observateur (SN) N° 2036 du 6 juillet 2010

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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 11:55

À moins d’un mois de l’élection du chef de l’État, la présidente du Conseil national de transition (CNT) de Guinée revient sur le chemin parcouru, sur ses craintes et sur ses ambitions personnelles.

Jeune Afrique : Quelle est aujourd’hui votre mission, après la révision de la Constitution et du code électoral ?

 

Rabiatou Serah Diallo : La réconciliation nationale et la défense des droits humains sont nos nouvelles priorités. Notre objectif est de lancer très rapidement le Forum sur la réconciliation nationale, impliquant les associations des victimes des différents régimes. Si nous ne posons pas les bases de cette réconciliation, aucune autorité ne pourra travailler correctement.

 

Craignez-vous des troubles pendant la période électorale ?

 

Je crains des affrontements entre communautés, entre militants, et même au sein des familles. 70 % de la population est analphabète, et les gens n’ont pas de culture démocratique, donc pour une question d’intérêts, ils peuvent déraper. Et puis il y en a qui ne veulent pas des élections et qui profitent des troubles pour gagner leur vie.

 

Récemment, vous avez menacé de démissionner si la date du 27 juin n’était pas respectée. Malgré les risques que vous évoquez, vous tenez à l’élection…

 

Oui. J’y tiens beaucoup et à la date prévue. Cette élection est un passage obligé pour sortir de la crise. Les populations sont impatientes. On ne peut pas aller de report en report.

 

La classe politique a critiqué le nombre élevé de membres du CNT et le profil de certains d’entre eux…

 

Oui, au début. Mais les partis politiques n’ont pas claqué la porte et ils ont participé aux travaux. Aujourd’hui, tout le monde est content. La nouvelle Constitution que nous avons élaborée ramène le mandat présidentiel de sept à cinq ans, instaure la séparation des pouvoirs et rend obligatoire la déclaration de patrimoine pour le président élu. Nous avons aussi créé la Cour constitutionnelle et la Cour des comptes. Le prochain président ne pourra pas faire n’importe quoi;! Nous ne voulons pas que la jeunesse vive ce que nous avons vécu pendant plus de cinquante ans.

 

Il y a 24 candidats à la présidentielle, est-ce trop ?

 

On ne s’attendait pas à un nombre aussi élevé, mais ce n’est pas étonnant vu le nombre de partis politiques [plus de 120, NDLR]. Les leaders auraient pu avoir pitié du peuple et s’entendre pour nouer des alliances. Autant de candidats, ça pose problème. Comment couvrir la campagne de 24 candidats et prendre en charge leur sécurité ?

 

Que pensez-vous de la candidature de Saran Daraba Kaba, seule femme engagée dans la course ?

 

Ce qui me gêne, c’est justement qu’elle soit la seule, mais c’est déjà pas mal. Les femmes doivent participer aux prises de décision, car elles font moins de dégâts [que les hommes]. Confions les Finances ou la Défense à une femme et on verra. On dit que la nuit porte conseil, ce n’est pas vrai. C’est la femme qui porte conseil la nuit, sur l’oreiller !

 

Vous avez souvent déclaré n’avoir aucune ambition politique, est-ce que ça pourrait changer ?

 

Chacun marche avec son destin. Mais, pour le moment, ma seule ambition est de sortir le pays de la crise. Et mon seul souci est le bonheur de mon peuple. Je veux que mes petits-enfants aient ce que nous n’avons pas eu. Mais, si Dieu le décide, peut-être qu’un jour je me retrouverai sur la scène politique.

 

Source : JA

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 07:45

 

Monénembo était l’invité Des Vendredis de la librairie Clairafrique le 21 mai dernier. Le débat portait sur le thème : ‘‘Le NON de Sékou Touré. Et après’’. Une occasion saisie par l’écrivain guinéen pour déverser sa bile sur Sékou Touré, le premier président de la Guinée.

 

Wal Fadjri : Qu’évoque le nom de Sékou Touré pour vous ?

 

Tierno Monénembo : J’ai déversé ma haine sur Sékou Touré, car j’ai 40 ans de colère, 40 ans d’exil, 40 ans de misères et de solitude vis-à-vis d’un homme qui a bousillé mon pays. Sékou Touré que tout le monde a applaudi, que la Guinée a accompagné, a déclaré la guerre à mon peuple. J’ai droit à cette haine qui n’appartient pas seulement à Sékou Touré. Nous avons le droit de le haïr et personne ne peut nous l’empêcher. Les faits sont là, le camp Boiro est une chose réelle, incontestable. Tous ces faits font que je ne peux pas avoir une relation rationnelle avec la réalité de Sékou Touré. C’est un homme que j’ai aimé et haï à la fois. Sékou Touré, ma relation avec lui est une question de haine et d’amour.

 

Qu’avez-vous vécu pour ressentir une telle haine pour le premier président de la Guinée, Sékou Touré ?

 

Sékou Touré, je l’ai aimé jusqu’à l’âge de 17 ans. A partir de 17 ans, je l’ai haï et je le haïrais toute la vie. J’ai quitté mon pays en 1969 pour fuir les horreurs en Guinée, les gens étaient pendus assassinés, emprisonnés… J’avais à cette époque 22 ans. J’ai marché 3 à 4 jours, 150 kilomètres pour rejoindre le Sénégal, pour fuir justement une indépendance à laquelle nous avons tous rêvé. Le premier douanier que j’ai rencontré à la frontière sénégalaise avait tellement pitié de moi avec mes pieds enflés qu’il m’a offert du thiébou dieun (du riz au poisson) et un seven up. Je suis resté des jours sans manger. Je n’oublierai jamais cela. J’avais une tante au Sénégal qui m’a heureusement accueilli. Je me suis exilé en Côte d’Ivoire, en France, en Algérie, au Maroc comme des millions de Guinéens. C’était une tragédie. Cet homme a bousillé notre pays. Comment voulez-vous qu’on l’aime ? C’est impossible.

 

Le régime de Sékou Touré est-il responsable des problèmes que vit la Guinée actuellement ?

 

Sékou Touré est le père de Lassana Konté, qui est le père de Dadis Camara. Vous avez vu le massacre du 28 septembre 2009, vous avez vu ce que ces gens ont fait de notre pays, comment voulez-vous qu’on les admire ? La Guinée est maudite à cause de Sékou Touré, mais elle va se réveiller bientôt.

 

Les élections présidentielles vous font-elles espérer à un meilleur avenir ?

 

C’est le seul espoir que j’ai.

 

Partagez-vous l’avis de certaines personnes qui rendent responsable la France de la situation de la Guinée ?

 

La France est beaucoup responsable du sort de la Guinée par l’esclavage et la colonisation. Mais nous sommes plus responsables encore que la France. Nous sommes indépendants depuis 1958, c’est à nous de gérer la Guinée, pas la France. Si la France a des affaires importantes en Guinée, c’est parce que nous avons failli à notre responsabilité. Ce qui s’est passé dans mon pays est une tragédie, pas seulement de la Guinée, mais de toute l’Afrique. Il y a deux peuples en Afrique qui ont symbolisé la libération sur le continent, il s’agit de la Guinée et de l’Algérie. Les deux présidents de ces pays qui portaient l’espoir ont pillé le continent.

 

Quelle appréciation faites-vous sur la situation de l'Afrique après cinquante années d’indépendance ?

 

C’est la merde, la merde totale !

 

Qu’est-ce qui explique cet état de fait ?

 

Quel est le problème du continent africain ? les indépendances ne posent pas problème. C’est la gestion des indépendances qui pose problème. Nous sommes des bêtes sauvages, des cons, qui sommes-nous ? Avec toutes ces richesses et l’Afrique ne peut pas se développer ?

 

A qui la faute ?

 

Les intellectuels africains sont responsables de la catastrophe africaine. Ils sont tous des lâches et des démagogues. Ils ont tous soutenu les dictateurs dans tout le continent. C’est comme cela depuis Mobutu, Eyadema, Sékou Touré. On n’applaudit jamais le peuple, on applaudit que les dictateurs. Mêmes les chanteurs africains ne chantent que les dictateurs, ils ne parlent jamais des victimes. C’est triste !

 

Qu’est-ce qui vous a emmené à l’écriture ?

 

L’exil encore une fois. C’est la douleur, la souffrance qui m’ont poussée à écrire. Lorsque vous souffrez, vous vous posez des questions : Qui êtes-vous ? Quel est-ce monde dans lequel vous-vivez ? C’est cela qui fait la littérature.

 

Avez-vous vécu dans un environnement qui vous prédestinez écrivain ?

 

Mon père aimait beaucoup lire, il a même écrit des papiers dans un journal suisse. Il m’avait offert une petite bibliothèque quand j’étais petit. C’est lui qui m’a inculqué cet amour du livre.

 

 Des auteurs vous ont-ils influencé ?

 

Beaucoup d’auteurs africains et d’ailleurs m’ont influencé. Les écrivains sénégalais Cheikh Amadou Kane, Sembène Ousmane, Bernard Dadié. Birago Diop nous a tous influencés, c’est notre père. Le Malien Amadou Hampathé Bâ m’a aussi guidé. Il y a les auteurs français Gustave Flaubert, etc.

 

Pour qui écrivez-vous ?

 

Pour moi d’abord.

 

Pour vous seul ?

 

Pour vous aussi…

 

Vous êtes Prix Renaudot 2008 avec votre roman Le Roi de Kahel, qu’est-ce que cette distinction vous a apporté de plus dans votre carrière d’écrivain ?

 

Rien. Une autre misère.

 

Qu’avez-vous gagné avec cette récompense ?

 

On parle de moi davantage, mais cela ne change pas grand chose, je reste le même. On ne vit pas de sa plume, on en meurt.

 

Pourquoi vous faites-vous publier aux Editions du Seuil au lieu de la Maison d’édition Présence Africaine ?

 

J’ai un contrat au Seuil depuis 30 ans, j’y reste. Quand j’ai publié mon premier roman Les Crapauds-brousse (1979), la Maison d’édition Présence africaine m’a dit que si je l’avais proposé le manuscrit, elle ne l’aurait pas édité parce que cela dénonçait les dictatures africaines.

 

Quels sont vos Projets littéraires ?

 

J’écris sur la vie d’un Peul guinéen, héros de la résistance en France en 1943 et fusillé par les Allemands. Vous lirez la suite à la sortie du roman.

 

Pour quand est prévue la sortie ?

 

Prochainement.

 

Propos receuillis par Fatou K. Sene

 

 

Repères

Né le 21 juillet 1947 en Guinée, Tierno Monénembo de son vrai nom Thierno Saïdou Diallo s’est exilé en 1969 au Sénégal. Il part ensuite en Côte d’Ivoire avant de gagner la France en 1973 pour poursuivre ses études. Après avoir présenté sa thèse de doctorat de Biochimie à Lyon en France, il est docteur ès sciences. Il a enseigné au Maroc et en Algérie. Il est l’auteur de plusieurs romans parmi lesquels Les Ecailles du Ciel (1986), Cinéma (1997), Peuls (2004), une pièce de théâtre : La Tribu des gonzesses (2006) interprétée par des comédiennes sénégalaises. Tierno Monénembo a reçu le Prix Renaudot en 2008 pour son roman Le Roi de Kahel publié la même année. Depuis 2007, il est Visiting Professor à Middlebury College, au Vermont (Usa).  

 

Source : www.walf.sn

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 23:58

 

En 2003, Stephen Smith provoquait la polémique avec Négrologie. Pourquoi l’Afrique meurt, réflexion sur la responsabilité des Africains dans le mal-développement de leur continent. Délesté de son rôle de journaliste, le nouveau professeur de la prestigieuse université de Duke aux Etats-unis revient avec un récit de voyage à la parole décomplexée, Voyage en postcolonie, le Nouveau Monde franco-africain.

 

Syfia : Aujourd’hui, que reste-t-il de la France en Afrique ?

 

Stephen Smith : Il demeure surtout ce que la nouvelle génération a bien voulu faire de l’héritage laissé par l’ancien colon. Ce qui était français au départ est devenu africain ou, plus spécialement, sénégalais, malien ou camerounais. Le fait que la France s’accroche encore exaspère d’autant plus les jeunes Africains que cela les empêche d’assumer leur ‘francité’ en toute liberté. Or, le Français d’Afrique vit désormais sa vie en toute indépendance. De ce point de vue, la ‘Françafrique’ n’existe plus, et ceux qui voient la France plus grande qu’elle ne l’est tardent à l’admettre.

 

Mais il est impossible d’ignorer les ‘réseaux Sarkozy’ qui ont notamment poussé la France à valider des élections à la transparence douteuse, comme au Togo ou au Gabon.

 

Certes, alors qu’il avait promis la ‘rupture’ avec la ‘Françafrique’, le président Sarkozy confie sa politique africaine à des ‘réseaux’ gérés par le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, son ‘Foccart’ à temps partiel. Mais qu’est-ce qui importe ? La fraude dont se rend responsable un régime africain ou la reconnaissance d’une élection par Paris ? L’élection de Faure Eyadéma [Ndlr : président du Togo] et d’Ali Bongo [Ndlr : président du Gabon] a aussi été ‘validée’ par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), par l’Union africaine, les Etats-unis, l’Allemagne, la Chine, etc. Pourquoi la France serait-elle plus à blâmer que l’Afrique et la communauté internationale ? Pourquoi se battrait-elle pour la démocratie à la place des Togolais et des Gabonais ? Maintenant, on peut rêver à la conspiration étrangère jusqu’à la fin des temps. Mais ce qui était vrai avant la Guerre froide ne l’est plus du tout aujourd’hui. L’Etat franco-africain ayant été pour l’essentiel démonté, la ‘Françafrique’ n’a plus les moyens de sa politique.

 

D’après votre livre, les indépendances en Guinée, au Cameroun ou au Sénégal, n’ont pas été acquises de la manière souhaitée par les peuples et leurs dirigeants. Mais existait-il une ‘bonne’ façon de décoloniser ?

 

Non, de même qu’il n’y a pas de ‘bonne’ façon de coloniser. Les Britanniques appelaient ‘creative abdication’ leur décision de couper le cordon et de laisser le soin aux élites locales d’inventer une gouvernance moderne à un moment où le rouleau compresseur de la démographie rendait cette tâche pratiquement impossible - ce dont on était bien conscient à Londres. La France, elle, est restée dans sa trame faussement assimilationniste, parce qu’elle n’a jamais sérieusement envisagé de devenir, comme disait de Gaulle, ‘la colonie de ses colonies’ au nom d’une loi du nombre - la règle de la démocratie - qui allait à terme jouer contre elle. En 1960, elle a choisi de ‘partir pour mieux rester’. Mais c’était un choix franco-africain. En retenant le colonisateur, la plupart des leaders africains, l’Ivoirien Houphouët-Boigny en tête, pensaient pouvoir le faire ‘payer’.

 

La célébration du cinquantenaire des indépendances serait donc une fausse ‘bonne idée’ ?

 

Il y a une différence entre célébrer et commémorer. Dresser un bilan d’étape est utile : 1960 a marqué une césure parce que la souveraineté, même formelle, ce n’est pas rien. Mais cette drôle de décolonisation a donné naissance à une connivence d’élites institutionnalisées, dont faisaient partie nombre de dirigeants africains, souvent des anciens députés ou ministres en France. Chacun trouvait alors son compte dans la ‘coopération’ avec Paris. Ce qui n’est pas, a priori, déshonorant. A l’indépendance, ‘l’assiette était vide’ comme le constatait Houphouët-Boigny. Il faudrait être sourd au sort de l’Africain de base pour trouver le choix facile entre la dignité et la pauvreté… Valait-il mieux grandir dans la Guinée de Sékou Touré, ou au Nigeria, plutôt qu’en Côte d’Ivoire ? Oui et non : on voit bien que ce n’est pas évident.

 

Propos recueillis par Sandra Titi-Fontaine

 

Source : Syfia

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 14:01

Le ministre des Mines et de la Géologie, Mahmoud Thiam a organisé une conférence de presse, le jeudi 22 avril dans la salle de conférence de son département.

 


Mahmoud Thiam

Il a mis l'occasion à profit pour dresser son bilan depuis sa nomination à la tête de ce département, en janvier 2009, mais aussi il a eu à aborder avec sérénité tous les grands dossiers du secteur minier qui font de l'actualité.

 

Le contentieux Etat guinéen-RusAl, au sujet de l'usine de Fria, le recrutement du cabinet d'audit americain Allex Swarr concernant le même dossier, la signature d'un avenant entre la Guinée et Hyperdynamics concernant l'exploration de l'offshor guinéen, l'exploitation du fer de Simandou par Rio Tinto et BSGR, la signaure du paquet global avec les chinois du CIF, etc.. sont principalement les sujets de cette conférence de presse de 2 heures.

 

Dans l'ensemble le ministre a été brillant et convainquant.

 

Alpha Bah

pour www.lejourguinee.info partenaire de www.ondes-guinee.info

 

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