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Interdit de séjour, Ben Ali ne peut plus jouir de ses propriétés en France. Beaucoup d'autres tyrans, par contre, continuent d'y
faire la fête.
Heureusement que les squatteurs ne sont pas au courant… Place Vendôme, cet hôtel particulier de 5 000 mètres carrés n’est quasiment jamais habité. Il est vrai que le propriétaire des lieux, Haji Hassanal Bolkiah Mu’izzadin Waddaulah, vit à plus de 11 000 kilomètres de là. Peu lui importe : monarque absolu d’un micro-Etat pétrolier enclavé dans l’île de Bornéo, le sultan de Brunei adore collectionner les trophées immobiliers, au point de s’être offert, en plus de son modeste pied-à-terre parisien, le Plaza Athénée et l’hôtel Meurice.
Notre nabab asiatique n’est pas le seul à faire le bonheur des vieilles familles françaises en quête de liquidités ou à enchérir lorsque notre Etat surendetté met en vente les joyaux de son patrimoine. Depuis qu’en 1937 Bao Dai, dernier empereur de l’Annam, s’est offert un château dominant la baie de Cannes, les tyranneaux du monde entier, ou leurs rejetons, ont pris l’habitude de rafler nos plus belles demeures.
Dernière en date à dégainer, Nesrine Ben Ali, fille de l’ex-président tunisien, a acheté l’an dernier un hôtel particulier proche de l’avenue Foch. Elle n’en aura pas profité longtemps : réfugiée à Dubaï avec son époux, l’homme d’affaires Sakhr el-Materi, la jeune femme de 24 ans est désormais interdite de séjour en France. Mais sa bâtisse ne devrait pas avoir de mal à trouver un acquéreur : entre les princes du Moyen-Orient, les dictateurs africains et les présidents inamovibles d’Asie centrale, les amateurs ne manquent pas.
Mais pourquoi donc ces roitelets raffolent-ils de nos plus belles pierres ? D’abord, pour le prestige. «Les émirs du Golfe, dont les grands-parents vivaient sous la tente dans le désert, sont très fiers de s’offrir des perles de l’architecture des siècles passés», confie un agent immobilier spécialisé dans le très grand luxe. En mai 2008, la famille royale de Bahreïn a ainsi craqué pour l’hôtel de Bourbon-Condé, dans le VII arrondissement de Paris. Montant de la transaction : 66 millions d’euros.
L’émir du Qatar a quant à lui jeté son dévolu sur l’hôtel de Coislin, idéalement placé à l’angle de la place de la Concorde et de la rue Royale. Son neveu, le cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, qui n’a pas encore 30 ans, a acheté à David et Edouard de Rothschild l’hôtel Lambert, une splendeur du XVII siècle qui forme la proue de l’île Saint-Louis.
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