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L’association pourfendeur des pratiques françafricaines charge Paris qu’elle accuse d’entretenir une diplomatie parallèle favorable au capitaine Dadis
Camara, disqualifie le médiateur Blaise Compaoré et avertit contre les multinationales susceptibles d’exacerber les violences en soutenant les secteurs politiques et financiers guinéens capables
de protéger leurs rentes.
Les pogroms survenus le 28 septembre à Conakry, avec plus de 150 morts et 1.200 blessés, sont la continuité d’une succession de massacres combinée à une impunité permanente, accuse l’association Survie dans un communiqué publié hier. Ce «terrifiant bilan de la répression sanglante, opérée au grand jour par l’Armée guinéenne» rejoint le cortège de victimes «des mouvements sociaux réprimés en 2006 et en janvier 2007 avec la même sauvagerie par des soudards sans foi ni loi confortés par des décennies d’exercice d’un pouvoir militaire aux crimes restés impunis», note Survie dont le siège est en France.
Ainsi, et «attentive quant au rôle joué par la France dans cette crise politique», Survie «dénonce la grande tolérance» dont la diplomatie française fait preuve «à l’égard des exactions des régimes guinéens depuis plusieurs décennies» et considère la position dure exprimée par Bernard Kouchner comme de « ’vraies fausses’ pressions exercées par la France à l’égard de la junte guinéenne ». Survie met en parallèle la mission à Conakry du secrétaire d’Etat Alain Joyandet «pour tenter de convaincre Dadis Camara de ne pas se présenter à la Présidentielle», d’une part, et les félicitations du même Joyandet adressées au général Abdel Aziz «qui venait de mettre en œuvre en Mauritanie le même scénario que Dadis Camara», d’autre part.
Sans parler d’hypocrisie, Survie «dénonce le rôle joué par des émissaires d’une diplomatie parallèle sans mandat officiel». A ce niveau, sont visées les manœuvres de Patrick Balkany, député des Hauts-de-Seine et très proche ami de Nicolas Sarkozy, «partisan déclaré de la candidature de Dadis Camara» à l’élection présidentielle de janvier 2010.
Cette sorte de double jeu de la diplomatie française en Guinée ne date pas d’aujourd’hui, ajoute le communiqué. Car «après la rupture historique du lendemain du référendum de 1958, un rapprochement franco-guinéen opéré dans les années 1980 a conduit la France à soutenir militairement et diplomatiquement le régime de Lansana Conté». A la suite, «la visite symbolique de Jacques Chirac en 1999 à Conakry, peu après la mascarade électorale qui avait vu l’opposant Alpha Condé privé de sa victoire à la Présidentielle, a ainsi constitué un des temps forts d’un certain ‘renouveau’ de la relation franco-guinéenne». Aujourd’hui, poursuit le communiqué, «la politique de la ‘Françafrique décomplexée’» sous Nicolas Sarkozy «qui repose sur une défense inconditionnelle des positions économiques acquises (Gabon, Congo, Tchad…) où à conquérir (Libye, RD Congo, Angola Afrique du Sud…) a placé la Guinée parmi les territoires de prospection pour les entreprises françaises».
Face à la situation actuelle, Survie «réclame la fin (et non la simple suspension) de la coopération militaire française ainsi que l’arrêt de toute vente d’armes françaises au régime» et «demande aux parlementaires français de réclamer que la lumière soit faite sur la stratégie menée par la diplomatie française à l’égard du régime guinéen et sur les soutiens apportés à celui-ci (…) depuis les exactions de 2006». Le montant de cette aide militaire est d’environ 1,3 milliard de francs Cfa, soit «2 millions d’euros», avec «neuf coopérants» chargés d’encadrer l’Armée guinéenne «depuis 2007».
En tant que «relais des revendications des mouvements de la société civile guinéenne», Survie exige que la répression soit stoppée à l’égard des opposants, que les prisonniers ante et post 28 septembre soient libérés, une procédure judiciaire internationale «pour déterminer les responsabilités dans les massacres», ainsi que «le rejet du mandat de médiateur confié au Président burkinabè Blaise Compaoré, lui-même impliqué dans un certain nombre de conflits sanglants ayant endeuillé la sous-région» au profit, par exemple, d’une alternative «plus crédible comme Alpha Omar Konaré».
Momar Dieng
Source : lequotidien.sn