Actualités et informations sur la Guinée.
De la certitude, à l’ambiguïté en une période d’à peine sept (7) mois. De la lumière d’un matin radieux du Mardi 23 Décembre 2008 à l’obscurité d’un tunnel sans
fin. De l’espoir suscité par la prise de pouvoir d’une merveilleuse équipe de jeunes militaires, à la déception de voir une dictature s’installée. Du patriotisme d’un homme de parole au népotisme
d’un militaire assoiffé de pouvoir.
Voilà le sentiment qui m’anime au lendemain de la conférence de presse du Capitane président. De cette sortie de plus de 4 heures, chrono en main, il en sort ce qui suit :
1 - De la confusion
Depuis quelques temps le guinéen moyen ne s’intéresse plus aux sorties du Président du CNDD parce que non seulement les espoirs sont déçus, mais aussi et surtout parce que personne ne comprend plus rien du sens de ses différents messages. A la sortie de cette conférence de presse de plus de 4 heures, bien malin celui qui pourra dire concrètement ce qu’il a retenu. Un Président, en parlant à ses compatriotes doit avoir une communication claire pour rassurer les uns et les autres, que le navire Guinée est en de bonnes mains. Le discours est vide de sens, on va du coq à l’âne, il ne répond pas aux questions. C’est à ce demander si le Président mesure réellement la portée de son rôle et de ses responsabilités en tant que guide de la nation. Il y a du travail à faire au niveau de la communication ;
2 - De la volonté d’opposer
De toute l’intervention, un des messages qui est bien passé reste celui d’opposer, comme d’habitude, une partie des guinéens contre une autre. En l’occurrence, les Forces vives et le comité Ad Hoc qui émane justement de ces Forces vives. En terme clair, les membres de ce comité sont des patriotes et que si les Forces vives ne sont pas satisfaites, elles n’ont qu’à s’en prendre à elles-mêmes puisque c’est elles qui ont mis en place ledit comité. Cette volonté d’opposer se manifeste également, comme avec Conté, entre les opérateurs économique et les populations en cette veille de Ramadan. Comme pour dire si la vie est chère, ce sont les commerçants et pas nous les militaires.
3 - De la préparation des journalistes
Entre le président du CNDD et les journalistes depuis un certain temps, c’est le grand amour avec des opérations de séduction à outrance. L’argent du contribuable guinéen est distribué à tour de bras en direction des organes de presse, d’un côté et de l’autre, on sent même des questions orientées pour permettre au président du CNDD de se défouler. Ce fût le cas lors qu’un journaliste lui demande de la faisabilité de son programme de lutte d’ici les élections.
4 - De la « civilisation » du pouvoir
Dans un vaillant esprit de tenter une certaine mutation de la couleur des cadres de l’administration territoriale et autres, le Président du CNDD tente des opérations de charme avec l’envoie petit à petit de civils dans des postes de Préfets pour simplement préparer les esprits des uns et des autres. C’est également le cas avec la nomination de l’ancien ministre de la Communication de Souaré, à la Présidence et à la Défense. Mais il se garde encore le droit de regard sur les régions en y conservant ses hommes et l’envoie de nouveaux comme l’ancien ministre de la Jeunesse ;
5 - Le spectre de la peur
En bon militaire au pouvoir, toutes les occasions sont bonnes pour rappeler que seul l’armée est capable d’assurer la sécurité du pays et y apporter le redressement souhaité par tous les guinéens. Pour cela le Chef de la Junte parle des risques de guerre, de regroupements partisans des citoyens selon leurs origines. Il parle de prise de pouvoir sans effusion de sang tout en oubliant que cela était déjà le cas en 1984. Il donne l’exemple de la Côte d’Ivoire tout en oubliant comment a fini le militaire qui était venu pour nettoyer la maison parce qu’il voulait justement se pérenniser ;
6 - De la mise en garde contre les manifestations
Conscient du fait que le peuple manifestera son mécontentement dès son annonce de participer aux prochaines élections, le président du CNDD menace les uns et les autres des risques encourus. Il dissuade les leaders et décourage les militants. Mais il est certain que le processus de changement amorcé en Janvier et Février 2007 n’est pas fini et sera poursuivi jusqu’à la victoire finale. La manifestation est un droit inaliénable et imprescriptible. C’est l’expression même du mécontentement populaire.
Dadis doit savoir qu’un président qui ne laisse pas son gouvernement travailler n’est pas un patriote. Il est encore moins patriote quand il crée un gouvernement parallèle et distribue l’argent public comme le sien. Ce président est loin d’être patriote s’il laisse son armée faire la pagaille dans le pays et voit la souffrance de son peuple sans rien faire n’est pas patriote.
Un Président qui a mis fin à une dictature pour en instaurer une autre et qui voit le risque d’isolement de son pays à cause de lui n’est pas un patriote. S’il accroît le risque de déstabilisation dans son pays qu’il ne peut pas gérer et refuse de partir n’est pas un patriote. Et comme le capitaine Dadis, s’il divise les enfants de son pays, il n’est pas patriote.
La plus grande erreur que le président du CNDD aura eu à commettre depuis son arrivée aux affaires, serait de se déclarer comme candidat aux prochaines élections présidentielles, niant ainsi les promesses faites devant les guinéens et l’ensemble de la communauté internationale.
La valeur d’un homme s’évalue à travers le respect de sa parole
La parole donnée est un acte sacré. Et cela, au plus bas des échelons de la société. En effet, pensez à une promesse faite à votre enfant en tant que père et mère de famille. Quand vous dite à votre enfant : « Si tu es premier de la République au baccalauréat cette année, je t’envoie étudier aux Etats-Unis ! ». Imaginez la déception de cet enfant qui réalise sa part de travail et qui voit que vous ne tenez pas votre promesse tout en ayant les moyens de le faire. Entre cette déception et le basculement dans la délinquance, il n’y a qu’un pas.
Cette vision de la promesse tenue reste la même au plus haut sommet de l’Etat.
Les guinéens de toutes origines, de toutes sensibilités, le monde entier et surtout l’histoire observent attentivement le président du CNDD dans ses agissements, en relation avec la parole donnée, au lendemain de sa prise de pouvoir.
Il y aura sortie. Toute la question est de savoir si le président Dadis aura droit à une bonne et grande sortie de l’histoire de son pays. Il y a deux choix possibles à faire :
1. faire Comme Jerry Rawllings au Ghana et Amadou Toumany Touré au Mali, qui ont tous les deux honorer leurs engagements respectifs, afin que l’histoire du votre pays, celle de l’Afrique et surtout celle de toute l’humanité se souviennent de vous ou bien ;
2. faire comme Robert Guéï en Côte d’Ivoire et Ansoumane Manet en Guinée Bissau qui sont venus balayer la maison avec la bénédiction de leurs compatriotes et qui ont finis par s’accrocher au pouvoir avec la fin que l’on connaît. Ce choix aussi peut être fait et les conséquences suivront aussi sûrement que Dieu est le plus grand.
Que le ciel vous guide vers le bon choix pour la Guinée et surtout pour vous !
Mamadou Barry
Analyste Financier