Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

  • : BanabanaNews
  • : Actualités et informations sur la Guinée.
  • Contact

Profil

  • BanabanaNews
  • Je suis allergique aux régimes militaires !

Recherche

Archives

Pages

Catégories

14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 22:59

 
L’entrée en matière des pourparlers interguinéens est donc terminée. Le facilitateur, Blaise Compaoré, s’il ne les avait pas déjà, a maintenant en sa possession les revendications et des propositions des deux camps, qu’une mare de sang sépare davantage depuis la boucherie à huis clos du désormais tristement célèbre lundi 28 septembre 2009.

D’un côté, les forces vives guinéennes, un conglomérat de partis politiques d’opposition et d’organisations de la société civile qui ne veulent plus voir le capitaine Moussa Dadis Camara, même en peinture et comptent bien organiser, sans lui, la transition, à l’issue de laquelle il ne pourra pas se présenter à l’élection présidentielle.

 

Pas plus d’ailleurs qu’aucun autre membre du CNDD de la junte qui s'est emparée du pouvoir le 23 décembre 2008, alors que le cadavre de Lansana Conté était encore chaud ; de l’autre, le camp présidentiel, pour qui la transition ne saurait se faire sans l’éruptif capitaine, lequel d’ailleurs, depuis quelques mois, ne fait plus mystère de son intention de légitimer, par les urnes, ce qu’il a conquis par les armes.

 

Entre les deux, le docteur ès « Facilitations », qui trône au palais de Kosyam et qu’on n’était pas loin de plaindre. Investi par ses pairs de la Cédéao, comment le chef de l’Etat burkinabè, le pauvre, se demandaient en effet de nombreux observateurs de la scène politique guinéenne, va-t-il parvenir à concilier des positions aussi tranchées pour ne pas dire irrédentistes. Il a beau avoir la réputation d’être passé maître dans l’art du grand écart politique, pour contenter tout le monde et son pair, l’exercice guinéen s’annonçait bien périlleux.

 

Depuis mercredi dernier, on a pourtant une petite idée de la manière dont le président du Faso compte manager son panier à crabes guinéen. La réponse a pris la forme d’une petite phrase lâchée à la fin des discussions avec la pro Dadis : « La construction de la paix dans l’exclusion des Guinéens… » Une petite phrase qui en dit pourtant long sur la façon dont le facilitateur compte manœuvrer. Dans le fond, Blaise Compaoré n’a pas tort ; et c’est sans doute d’expérience qu’il parle, lui qui est embarqué, depuis de longues années, dans les crises ivoirienne et togolaise, à l’origine desquelles figure en bonne place la mise à l’écart d’Alassane Dramane Ouattara et de Gilchrist Olympio.

 

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, sans doute n’est-il pas bon, pense le médiateur, que certains des protagonistes soient victimes d’ostracisme. Mais du même coup, il semble avoir choisi son camp, car il aurait voulu dire aux forces vives guinéennes qu’elles n’ont pas d’autre choix que de discuter avec « le boucher de Conakry » que le médiateur ne s’y serait pas pris autrement. Il est vrai que vouloir mettre hors jeu celui qui tient actuellement le pouvoir peut paraître irréaliste et équivaudrait dans une certaine mesure à le déposer de fait.

 

L’option que semble avoir prise Blaise Compaoré n’est par conséquent pas surprenante en soi. Que Dadis donc soit partie prenante à la transition, soit ! Reste une grande question : « l’exclusion » dont parle le spécialiste en médiation vaut-elle également pour les candidatures à la future présidentielle ? Autrement dit, par le prétexte que « la paix ne peut se faire dans l’exclusion des Guinéens », doit-on comprendre que le chef de la junte sera-t-il autorisé à concourir ? Si la réponse est oui, Blaise vient ainsi d’entamer ce que beaucoup de gens redoutaient, à savoir la légitimation par voie électorale d’un coup d’Etat militaire.

 

Car dans nos pays où les présidents s’arrangent toujours pour ne pas perdre, on voit mal le folklorique Dadis se mettre sur la ligne de départ si ce n’est que pour gagner la course. Les forces vives n’auraient alors que leurs yeux pour pleurer. Et pour la Guinée, ce serait toujours un éternel recommencement !

 

Hamidou Ouédraogo

 

Source : L'Observateur (Bf)

 

 

 

Repost 0
Published by Amdy's Blog - dans Analyse
commenter cet article
11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 12:47
Apparemment la délégation du Cndd est arrivée dans la capitale Burkinabé le 9 novembre 2009 dans le cadre des rencontres initiées par M. Blaise Compaoré, le médiateur mandaté par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cédéao) dans la crise guinéenne.

A voir la composition de cette délégation, on se doute des intentions de la junte et de son chef. Ce sont « les durs des durs » ; les nostalgiques du PDG et les plus ethnocentriques,  ceux-là mêmes qui détiennent Dadis en otage qui ont fait le déplacement pour Ouaga.  Cela est moins important au regard des déclarations du conseiller du chef de la junte et de Sékouba Konaté, le président bis de la troupe.

 

En effet, on croirait que M. Chérif Idrissa le conseiller de Dadis vit dans un autre monde. A le lire on ne s’étonne guère du comportement de Moussa Camara. Ne dit- on pas qu’il vaut mieux être emporté par la maladie qu’avoir un mauvais médecin qui, au lieu de traiter le mal, prolonge l’agonie dans la souffrance ?

 

Si un conseiller s’exprime à la manière de celui qui nous a été donné de lire dans l’interview qu’il a accordée à un certain nombre de sites Internet, on se demande bien ce qu’il mettrait dans la bouche de celui pour lequel il est la tête pensante. Décidément vaudrait mieux à Moussa Dadis et Sékouba Konaté de se passer des services de ce monsieur avant qu’il ne les embourbe plus qu’ils le sont actuellement.

 

Ecoutons plutôt les propos de M. Chérif Idrissa : « Depuis que cette crise a commencé les forces vives sont toujours accrochées aux mêmes revendications. Ils (les leaders) sont constamment focalisés sur ces mêmes points. A savoir le départ des militaires au pouvoir. Je me demande très bien en vertu de quel droit ils exigeront à l’armée de quitter le pouvoir. Ils se fondent sur quoi pour demander à l’armée de partir alors que c’est cette même armée qui les accompagnera le jour où ils seront appelés à diriger ce pays. »

 

On n’hallucine pas ! Ces propos sont tenus par quelqu’un  qui donne idées et analyse des propositions en vue de motiver la décision. Mieux,  il initie des orientations politiques, tout au moins, donne son avis sur telle ou telle initiative présidentielle tant et si bien que Dadis s’est auto- proclamé chef d’un Etat.

 

M Chérif, prétend qu’il ne comprend pas les raisons qui poussent les Guinéens à exiger le départ de la junte et feint d’ignorer que le pouvoir dont il parle est issu d’un putsch. Il omet de dire que ce pouvoir est illégitime par nature. Si on ajoutait à cela les crimes dont est coupable la junte, on se demande bien quel sang coule dans les veines de M. Chérif. Il n’est guère étonnant que Dadis qui bénéficie des conseils d’une telle personne se révèle de jour en jour plus monstrueux.

 

Il est vrai que, contrairement au Guinéens, monsieur le conseiller n’a rien à perdre d’autant plus qu’il prendra la tangente si l’occasion lui était donnée dès lors que ses employeurs seront appréhendés par le Tribunal Pénal international. Cet ivoirien qui a fait partie de la rébellion nordiste et qui garde encore ses attaches n’hésitera pas de laisser Dadis et son cousin Konaté dans leur, passez- moi l’expression, « merde. »

 

Rappelant que ce dernier est le vrai sponsor de Chérif Idrissa et qu’il aurait toujours son frère, un certain Sidiki Konaté dans les troupes de l’ancien chef rebelle ivoirien Guillaume Soro. Les trois colistiers prépareraient pour la Guinée le même scénario qu’ils ont servi au pays d’Houphouët Boigny et de Laurent Gbagbo. Dadis n’a qu’à se tenir tranquille. Il ne commettra pas de nouveaux crimes en ce sens qu’il est depuis bien longtemps la proie de ses prétendus défenseurs.

 

La guéguerre entre la junte, si elle avait lieu, importe très peu aux Guinéens. L’essentiel est qu’elle s’en aille. Pour le moment, c’est l’inconscience de son Conseiller Spécial de Dadis qui est préoccupante. Il tire sur tout ce qui bouge : la France, les Etats-unis, l’Union africaine, la Cédéao, l’ONU, les Forces Vives et en coulisse, sur Blaise Compaoré en personne.

 

Des sources bien informées indiquent que Moussa Dadis a tellement été bassiné par son entourage qu’il a perdu le peu de sommeil qui lui restait. Il serait même prêt à se débarrasser d’un pouvoir qu’il considère désormais comme un fardeau insupportable. Mais, l’entourage constitué par ses cousins et les durs du Cndd l’en défend.

 

Ils savent que le départ de leur fou, c’est ainsi qu’ils l’appelleraient, ruinerait leur plan machiavélique. Leur but serait d’user tout ce qui reste à Dadis comme marge de sortie de crise avant  de le déposséder eux- mêmes du pouvoir. C’est ce qu’on appelle trivialement « garde ta fesse sur le fauteuil jusqu’à ce que les miennes soient prêtes. »

 

Le discours du Conseiller de Dadis est à la fois très vicieux, insolent et méprisant. Voilà un étranger qui manœuvre dans les plus hautes sphères de l’Etat, qui cautionne un pouvoir militaire, sanguinaire et dictatorial et qui revendique son maintien.

 

En fait, à bien observer et sans vouloir trouver des excuses à Dadis, il n’en a aucune et n’en mérite pas, on comprend qu’il est très tôt tombé dans les mailles de son entourage. Le cercle qui gravite autour de lui l’a coupé de toute réalité pour l’installer dans une espèce de tour d’ivoire faite de récits sublimant. Cela l’a poussé à se prendre pour un Dieu. Inutile de dire qu’il y a cru !

 

C’est le même entourage doublé de gens aussi insignifiants les uns que les autres que l’on envoie au Burkina Faso pour négocier le sort de notre pays. Laissez- moi vous dire que la junte a perdu. Se faisant leur porte-parole, Chérif Idrissa pousse son inconscience à un tel point qu’il oser affirme : « Il faut être réaliste et voir les choses en face. Ils (les opposants) n'ont aucun moyen technique pour faire partir l'armée du pouvoir. C'est l'armée qui a mis le capitaine Dadis au pouvoir, quels pouvoirs [les opposants] ont-ils pour l'enlever? »

 

M. Chérif qui serait réaliste pourrait- il dire si Dadis représente toute l’armée guinéenne ou une fraction de celle-ci, en l’occurrence la garde présidentielle ?  Il est un fait avéré pour tout le monde que ce n’est pas l’armée entant qu’institution qui est au pouvoir. Elle l’est uniquement dans les faits. Mais, dans les principes, c’est une bande de coquins, oh de copains, qui ont dépouillé le cadavre de Conté pour s’installer au pouvoir.

 

Hélas, d’armée en Guinée, ne m’en parlez pas ! Il n’y en a que des guerriers de quartiers qui n’osent affronter que des gens endormis ou désarmés. Pauvre hommes en culotte courte ! C’est l’absence, sinon la faiblesse de cette armée qui nous a imposé Dadis et la junte. Hélas, elle ne risque pas de relever le défi.

 

Ces lacunes nous ont imposé les situations les plus invraisemblables. En effet que représente un membre de Comité de Soutien de Dadis qui n’a aucune légalité face aux forces Vives composées de partis politiques et d’organisations syndicales  et de la Société Civile, porte-parole du peuple de Guinée ? Que pèse un pseudo parti politique dont le nombre d’adhérents ne dépasse guère le nombre des membres de sa famille ? Au nom de quoi de tels partis ambulants peuvent- ils se targuer de représentativité nationale ? Depuis quand les souteneurs du Cndd qui se sont coalisés dans  un soi- disant « Bloc des Forces- Vives » pour saboter les actions du Forum des Forces Vives de la Nation  peuvent- ils représenter la Guinée à quelque instance ou négociation que ce soit ?

 

Cette délégation hétéroclite du Cndd et l’absence des deux vices- présidences ne serait pas le signe avant- courir d’une crise et de confiance et de leadership ?

 

L’animal qui remue queue et tête est proche de l’agonie, dit-on. Plus clairement, le Cndd sait- il encore à quel saint se vouer ? Enfermé dans son bunker du Camp Alpha Yaya, il rêve encore d’être repêché par les Guinéens et continue à jouer à l’insolence et au mépris.

 

Comment expliquer que le Conseiller de Dadis parle de gouvernement d’ouverture ou d’unité nationale dans une négation qui ne doit concerner que les modalités de départ de la junte ? Croirait- il qu’il n’ y a plus de survivants et que le peuple n’est là que pour être tromper ou massacrer. Qu’il comprenne que es Guinéens ont tiré les leçons des accords entre les syndicats, la société civile et Lansana Conté et qu’ils n’admettront plus une répétition de l’histoire.  Ils demandent la mise en place d’un organe de transition en lieu et place du Cndd et en remplacement de Dadis.

 

Il faudrait que les mercenaires du Cndd sachent que notre pays n’est pas un no man’s land ou une jungle qui échappe au contrôle de ses fils. Ce n’est pas, non plus, un territoire  abandonné et qui appartiendrait au premier venu. La junte s’est dévoyée et le peuple l’a compris. La détermination des populations guinéennes à accéder à la démocratie par la voie pacifique est sans faille et son combat sera sans répit.

 

Le rôle le plus important revient aux Forces Vives. Elles ne doivent même plus parler de négociations car Ouaga n’est pas fait pour cela. Elles doivent faire comprendre au Cndd et à  Dadis que la capitale burkinabé est tout simplement un lieu où se discutent les modalités de leur départ. Elles ne doivent cautionner aucun gouvernement de quelque nature que ce soit ni ou aucune transition dirigée par Dadis.

 

Les Forces Vives ont le devoir de rassurer le peuple sur leur détermination à chasser les militaires en tant qu’unique représentant légitime du peuple. Pour ce faire, elles ne doivent pas lésiner sur les moyens et laisser un répit à la junte. Elles doivent user de tous les moyens pacifiques et, le plus vite sera le mieux, pour que notre pays retrouve quiétude et unité.

 

Dès à présent, les Forces Vives devraient appeler à un sitting illimité devant le Camp Alpha Yaya jusqu’au départ de Dadis par démission. Pour ce faire, tout guinéen devrait arborer dans ses déplacements le drapeau national pour marquer son attachement à la patrie et de différencier des assassins.

 

Par leur continuité, les sitting se révéleront efficaces et ébranleront, en un temps record, la dictature militaire. On me dira que les risques sont élevés. Soit ! Mais, après les massacres du 28 septembre 2009, il n’y aura plus un seul militaire qui oserait tirer une balle sur un Guinéen. Les mercenaires le tenteront sûrement. Et c’est ce qui précipitera la fin de la junte !

 

Lamarana Petty Diallo

lamaranapetty@yahoo.fr

 

Repost 0
Published by Amdy's Blog - dans Analyse
commenter cet article
23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 18:01

Je savais que des images sur les atrocités du 28 septembre 2009 circulaient sur le NET. Mais jusqu' aujourd'hui je m'étais abstenu de les regarder. Je viens de les voir. Les inévitables questions auxquelles renvoie ce carnage  sont les suivantes:


D’où viennent ces barbares? Qui sont ces sauvages pourvoyeurs de cimetières?


On est porté à croire qu'ils ne sont d'aucune époque, qu'ils ne sont de nulle part, tant leurs actes sont indicibles. Dans les faits, ils sont le produit de la tragique histoire de la Guinée. Ils sont le fruit de cette histoire tragique ponctuée de deux régimes destructeurs, de deux dictatures, de deux "mal gouvernance" qui ont désarticulé la nation, inversé les valeurs, perverti les consciences et le sens de l'humain.


S'agissant de l'armée guinéenne en particulier, des soldats et officiers qui la composent, ils sont le reflet de la conjugaison de trois facteurs:


- Premier facteur: le dévoiement de l'armée. L'Armée guinéenne n'a jamais été une armée républicaine. Elle a toujours été l'armée d'un régime si ce n'est d'un homme. Elle à toujours été au service des dictatures en place. Elle a toujours été fortement instrumentalisée, manipulée et en rupture  avec les valeurs républicaines ou, tout simplement, avec les valeurs qui fondent la paix, la cohésion et la concorde sociales. Les atrocités, les violences, les actes de pillage, de vols, de viols, etc que les soldats guinéens ont commis contre leur propre peuple durent depuis des décennies. En ce début du 21ème siècle, c'est l'armée la plus inutile et la plus dangereuse pour son peuple.


- Deuxième facteur: la déliquescence généralisée des valeurs de dignité, de responsabilité, d'honneur et d'engagement;

- Troisième facteur: l'éloge et la promotion de la médiocrité.

Ce sont ces trois facteurs qui ont consacré l'ensauvagement des hommes de troupes et l'émergence d'officiers-mollusques, d'officiers-félons, d'officiers-assassins...


Ainsi, on a vu l'ignorance s'allier à la force aveugle pour engendrer la terreur. On a vu l'inconscience, en fusion avec l'autorité, enfanter l'irresponsabilité. On a vu aussi la médiocrité  investie de pouvoir  conduire à l'enlisement. Ce sont donc des hordes aux consciences calcinées, repues de férocité, dans la plénitude de leur animosité et en appétit de terreur et de sang, qui ont été lancées contre des jeunes filles et des jeunes garçons armés de leur innocence, des femmes et des hommes qui croient à la liberté et aspirent au changement.


Dans cette tragédie, des femmes ont été meurtries, anéanties dans leurs corps et leurs âmes. Tuées.  Au delà de la nécessaire traduction des responsables et des auteurs de ces abominables sévices devant la CPI, un véritable travail de fond doit être fait pour la prise en charge médicale et psycho-sociale des femmes victimes de viols et autres violences qui leur ont été faites.


Pour le moment nous retenons que des hommes censés défendre et protéger leurs compatriotes ont semé la désolation.


Avec la puanteur de leur arrogance sauvage,

Avec la cécité de leur instinct en rage,

La terreur dans la voix et la mort au bout du canon,

La férocité dans les  bras et la violence du démon,

Ils ont démoli l'innocence, bouclier de l'enfance;

Ils ont éteint les regards qui adoucissent  l'existence;

Ils ont  souillé les seins qui ont nourri leurs premiers pas;

Ils ont amputé les bras maternels qu'on ne remplace pas;

Ils ont étouffé les voix qui ont bercé leur  sommeil;

Ils ont brisé le dos  qui les a portés, endormis ou en éveil.


Puisse le Tout-Puissant, dans son infinie miséricorde, accorder à l'âme de ceux qui ont perdu leur vie un paisible repos. Puisse-t-Il accorder aux victimes vivantes la force, la Foi et la dignité de vivre leur indicible douleur et préserver notre pays de telles horreurs.


Aamiin!


A. Diallo

Repost 0
Published by Amdy's Blog - dans Analyse
commenter cet article
23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 13:41

La Guinée n’a vraiment pas de chance ! La gestion de sa crise actuelle est confiée à une organisation à palabres (la CEDEAO) qui a choisi un facilitateur complaisant envers Dadis (Compaoré) au moment où l’Union Africaine est sous l’influence d’un dictateur (Kadhafi) qui s’intéresse à la Guinée mais jamais aux Guinéens. Ce dernier n’aide pas Dadis pour ses beaux yeux (qui sont plutôt rouges et effrayants) mais pour mieux nous asservir. Aurait-il eu la même position si le viol et les tueries avaient concerné des Arabes ?


Comme toute organisation à l’africaine, la CEDEAO fait beaucoup de bruit pour peu d’actes et s’apparente davantage à un syndicat de chefs d’Etats qu’à autre chose. L’embargo sur les armes n’a aucun intérêt dans la mesure où Dadis en aurait encore suffisamment pour traumatiser les Guinéens.


A l’ultimatum « fraternel » de la CEDEAO lui demandant un engagement écrit, Dadis a déclaré s’en remettre à Compaoré. Pourquoi ne pas prendre acte de ce comportement d’un individu très bavard mais qui ne sait peut-être pas écrire à ceux qu’il estime être ses pairs? Il faut considérer que le principe du retrait de Dadis est acquis (reste à lui trouver une cabane avant sa traduction en justice) et passer à une autre étape à savoir la mise en place d’un organe pour rectifier une transition mal engagée.


Dadis est tellement bête qu’il ne sait même pas qu’en mettant fin à sa carrière sanglante, la médiation de la CEDEAO lui sauverait la vie. Car il risque de finir en baignant dans son propre sang. En effet, tous les militaires ne sont pas pour Dadis (non par patriotisme mais parce qu’ils n’ont pas pu profiter de son système) qui n’est pas que cruel et bête mais une bête cruelle aux pulsions sexuelles incontrôlables. Dans sa folie des grandeurs, il a dressé une milice  guerzée visant spécifiquement la communauté peuhle accusée d’être un frein pour son maintien au pouvoir. Cette « épée de Dadis » menace l’unité nationale déjà fragilisée. Observez très bien la composition des bandes armées mono ethniques de Dadis ; rien n’y reflète la diversité de la Guinée! Dadis n’est pas fou ; il est méchant et ethnocentriste et ses liens avec son ministre Boubacar Barry ne tromperont personne ! Au sein même des cadres de la Guinée Forestière, qu’on m’indique les hauts responsables Konos, Manos, Tomas et Kissis. Au fait, qu’a-t-il fait de Sâa Alphonse ? Il se méfierait même de Claude Pivi dont il trouve la « kpeletude » insuffisante.


L’hypocrisie que nous entretenons nous tuera tous si nous continuons lâchement à nous taire. Dadis envisage, d’après de bonnes sources, un rééquilibrage ethnique de Conakry où les Peuhls seraient trop nombreux à son goût ! C’est extrêmement grave et personne n’a le courage de dénoncer publiquement cette politique discriminatoire. Sortons de la démagogie ! Certes, on ne peut parler de grand amour entre les ethnies guinéennes mais il n’y a pas non plus d’animosité entre elles, du moins pour l’instant. Soussous, Peuhls, Malinkés, Kissis, Tomas, Guerzés, Manos, Konos, etc. vivotent et souffrent ensemble sans problème particulier.

Pour la petite histoire, je rappelle qu’aux XVIIIème et XIXème siècles Soussous, Peuhls, Diakhas et Malinkés ont toujours combattu ensemble pour propager l’Islam, le clivage à l’époque n’étant pas ethnique mais se situant entre musulmans et non musulmans ! Les Mandingues se sont installés pacifiquement dans ce qui est devenu la Guinée Forestière sans rencontrer une hostilité de la part des autochtones !


Sékou Touré (qu’il ne faut jamais confondre aux Malinkés) avait déclaré la guerre aux Peuhls mais aucune ethnie ne l’avait suivi dans son ignoble aventure. Il avait échoué ! Lansana Conté (qu’il ne faut également jamais confondre aux Soussous) avait pris prétexte du « coup Diarra » pour éliminer des dizaines d’officiers Malinkés dont certains avaient pour seul tort le fait d’appartenir à la même ethnie que son rival direct. Aujourd’hui, Dadis (qu’il ne faut pas confondre aux Guerzés) architecte d’une « kpelecratie » primaire dresse son ethnie contre les Peuhls. Ne le laissons pas faire car ce qui pourrait arriver aujourd’hui aux uns risque de nuire demain aux autres ! L’attaque contre une personne pour délit d’appartenance à une communauté doit être considérée comme une attaque contre tous. Aucun n’a eu le libre choix de son ethnie. Alors, attention ! On sait où ça commence mais pas comment ça finit.


Dadis va, quoi qu’il en soit, quitter (ou fuir !) sans qu’on ne sache exactement quand et comment. Pour prendre une image, je dirais qu’il a déjà déguerpi du salon mais stationne encore à la porte. C’est une pratique courante de certains visiteurs en Afrique qui ne savent jamais le moment le mieux indiquer pour partir : vous parlez assis, puis vous parlez debout en les raccompagnant et, à votre séparation, il reste toujours un sujet qui n’est pas évoqué….


Je persiste à croire que Dadis n’est pas fou. Il n’est cependant pas en bonne santé. Faut-il le soigner ? Peut-être, en commençant même par une castration chimique ! Autrement, d’autres pourraient le saigner. Des soins spéciaux par du sang !


Si la CEDEAO patine, nous ne devons pas en faire autant. Il faut préparer l’après-Dadis immédiatement avec l’accord de principe de la CEDEAO et de l’UA et l’appui technique de l’UE et de l’ONU, notamment de la France, de la RFA, des USA, de la Russie et du Japon. Pour le moment, il faut se méfier de la Chine, s’éloigner de la Libye et ignorer la Ligue Arabe (en réalité ligue uniquement des Arabes).


Ce qu’il faut à la Guinée, c’est un gouvernement d’unité nationale (je dis bien « unité » et non « union ») pour désamorcer la bombe ethnique placée par un Dadis à la psychologie sommaire. J’avais proposé il n’y a pas si longtemps un tirage au sort pour désigner un chef pour l’Etat (en guise de chef d’Etat provisoire), aucun de nos principaux leaders ne voulant céder sa place à l’autre. Je sais que la Guinée ne devrait pas être une loterie mais comment faire autrement dans des circonstances historiques exceptionnelles ? Ce n’est pas une solution idéale et je le sais bien. Ou alors, autre idée, confier le pouvoir à Mg Sara pour mettre en place des institutions républicaines à l’issue de l’incontournable conférence nationale souveraine que beaucoup appellent de leurs vœux.


Aujourd’hui, la priorité des priorités c’est d’assurer la sécurité des populations civiles prises en otage par des terroristes armés et drogués. Nous aurions plus besoin de policiers que de soldats. Ce qu’on appelle l’ « armée guinéenne » est le plus gros distributeur de violence du pays. Le rôle d’une armée est la défense de l’intégrité territoriale. Celle-ci n’est menacée par personne. Pour que les responsables civils prennent des décisions en toute tranquillité,  ils doivent être loin de tout fusil, chargé ou non. Qu’on cantonne donc les militaires hors des villes et notamment aux frontières qu’aucun voisin ne cherche d’ailleurs à violer. Faute de pouvoir supprimer l’armée, il faut l’encadrer et la réorganiser avec l’aide d’experts onusiens.


Au début du « Dadis show », le chef de la junte actuelle apparaissait en Afrique de l’ouest comme l’amuseur militaire régional numéro un. Depuis le 28 septembre 2009, le « Dadis Circus » est devenu sanglant, ce qui n’amuse que lui-même. Nous pouvons mettre fin à ce cirque car Dadis, le « boucher de Koulé » (très bouché, sans doute) ne flotte pas que dans sa tenue militaire taillée sans mesure (voyez ses images clownesques qui ont fait le tour du monde) mais dans une marre de sang. Dadis a réussi par sa mondialisation l’exploit de faire la honte de l’homme noir ! Comment voulez-vous qu’on nous respecte ?


Je mesure la portée de cet article qui pourrait me coûter en matière de relations personnelles. Je me félicite à l’avance du tri salutaire qu’il va probablement opérer. Je reste ouvert au dialogue pour consolider l’unité nationale. A cet effet, j’ai créé spécialement, par souci d’indépendance www.kylediallo.over-blog.com que je vous invite patriotiquement et dans un respect réciproque à visiter même si vous ne partagez pas, ce qui est normal, toutes mes opinions.


Ibrahima Kylé Diallo


P.S. : Je note qu’à ce jour aucun militaire n’a encore démissionné. Aucune femme, non plus. Pourtant, ce sont des femmes qui ont été violées et non des hommes !

 


Repost 0
Published by Amdy's Blog - dans Analyse
commenter cet article
22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 17:21
Les récentes résolutions de la CEDEAO sur la Guinée viennent s’inscrire dans la panoplie des traditions de sanctions difficiles à mettre en œuvre. Leur lecture laisse tout guinéen quelque peu dubitatif avec un sentiment d’insatisfaction ; les réactions de gouvernements criminels comme la Libye qui voient d’un mauvais œil l’immixtion de l’étranger rendront presque impossible l’application des sanctions. Sans minimiser le fait tout aussi vrai que tout guinéen restera à jamais redevable à l’opinion internationale des outrages exprimés et du soutien moral, il ne faut pas surestimer l’impact des actions à partir de l’étranger.

L’insatisfaction que procure les déclarations de sanctions et des commissions d’enquêtes, vient plus des prémisses sur lesquelles elles sont fondées que de leur caractère nécessairement limité.   Ces prémisses sont, en l’occurrence, une erreur d’appréciation fondamentale de la spécificité de la société guinéenne et de son histoire.

 

En premier,  la diplomatie assume qu’en Guinée il y a un état.  En réalité il n’y en a pas. Du PDG avec son  concept creux et fascisant de Parti-État, en passant par le CMRN avec sa kleptomanie et son affairisme invétéré jusqu’aux délires du petit capitaine, il n’y a pas eu d’Etat dans ce pays. Dans le sens où l’on entend par Etat la structure administrative qui fonctionne pour policer la nation, il n’y en pas eu.

 

Partant, tous les titres pompeux qu’on donne aux fonctionnaires guinéens sont une imposture masquant l’incurie sous le voile de la mauvaise conscience. Ce qui s’est fait de bon dans le pays en 51 ans l’a été grâce à l’abnégation des citoyens : les enfants réparent les routes carrossables pour se faire un peu de sous, les paysans  se regroupent  en coopératives modernes où traditionnelles pour survivre, les jeunes s’exilent pour entretenir leur familles.

 

Les parents payent les bancs pour que leurs enfants s’asseyent à l’école, la diaspora envoie l’argent pour soigner les malades et nourrir les familles dans les villages. Cette situation de débrouillardise et de précarité, cultivée et entretenu par l’Etat, a fait de chaque fonctionnaire un rentier sur les biens qui sont censés être publics : prébendes, concussions et pots-de-vin, tout est toléré dans ce laisser-aller fait pour compromettre les élites, souiller les âmes et leur ôter le courage  de se révolter.

 

Cela explique les tournures gênées des dirigeants de l’opposition guinéenne, presque tous anciens ministres  de Conté, à dénoncer les dérives de Daddis. 

 

Dans cette anarchie institutionnalisée,  seul est crime la réclame du partage du pouvoir, ou d’un peu de démocratie. Il est inutile de se refugier dans le passé, car autant que l’on peut se souvenir, cela a été toujours le cas. De la « cinquième colonne », au complot peulh, à Kaporo-rail, à Alpha Condé, à Mamadou Ba, aux  victimes des tueries récentes, le seul crime punissable a été de demander des comptes aux gouvernants.

 

Les prédateurs qui rodent encore dans le pays ne sont que la preuve, à contrario,  de cet état de fait. Les fonctionnaires pendus pour avoir refusé de chanter les fausses gloires des chefs la confirmation.

 

La seconde erreur d’appréciation à laquelle se heurtent les diplomates c’est de croire qu’il y a une armée en Guinée.  Cette assomption a permis  à un moment de rêver de divisions en son sein et d’encourager un sursaut de conscience de certaines factions. Cela a été un leurre qui fut  entretenu par Conté comme tactique de survie. Il opposa des factions de sbires pour mieux les neutraliser.

 

Les hommes en uniforme de la Guinée ne sont qu’un ramassis de ratés, condition originelle qui fait d’eux les  voleurs et les criminels que nous connaissons. Historiquement et pour le pire se rend-t-on compte, l’armée a été le dépotoir de la société. Exception pour un intermède des années soixante où il eut un corps d’état de l’armée composé de quelques cadres et  dans les années 90 où  des éléments de l’université furent enrôlés.

 

Au temps colonial, l’armée  fut principalement peuplée d’hommes de castes. Avec l’indépendance, elle fut le lot des échoués de la société ; les enfants impossibles et les mauvais élèves s’y retrouvèrent en masse. La sociologie de tout groupe n’est possible qu’avec des  généralisations.

 

Les exceptions  d’officiers éduqués et raffinés que l’on serait tentées de citer ne font que confirmer le fait aberrant qui fait que  notre pays a confié l’exercice de la violence légale à la lie de la société. Ce ramassis  sort de la réserve et  offre au monde des images surréalistes: son chef en caleçon, un sbire déclarant devant une camera de journalistes étrangers qu’il utilise l’arme pour assouvir ses désirs, des interviews de Pivi traitant un général de « machin », les ignobles actes  de viols en plein jour. La conclusion  qui s’impose est que ceci n’est pas une armée.

 

Les hésitations des diplomates à voter une résolution d’envoi d’une force d’interposition pour mettre hors d’état de nuire cette chienlit n’en sont que surprenantes  pour le guinéen moyen. Les femmes violées l’on demandé ; les citoyen ordinaires le demandent ; les Forces Vives le demandent. Même ceux qui doutent - étant donné des expériences du passé dans les pays voisins -  de l’efficacité des interventions des troupes africaines savent qu’elles sont un moindre mal. 

 

Un bataillon de professionnels ne fera qu’une bouchée de cette vermine. La possibilité d’un précédent d’ingérence humanitaire nous est offerte  en Guinée aujourd’hui. On peut discuter des modalités de l’intervention militaire, de son financement, de  sa composition,  de sa durée, mais il est moralement insoutenable de disputer son opportunité et sa nécessité. 

 

Hélas ! le Liberia nous rappelle amèrement que la réalité diplomatique est un monde où de savants dosages travaillent contre le bon sens.  C’est après 9 ans de boucherie inhumaine que Colin Powell suppliant  le président américain, put organiser une intervention des marines. Quand le bateau fit son apparition au large de Monrovia, la guerre prit fin. 

 

Il est navrant de constater qu’il fallut tant de dégâts pour que les américains interviennent dans l’état qui leur est le plus proche en Afrique.  Il est effrayant de voir jusqu’où les manœuvres diplomatiques fondées sur des mauvaises prémisses peuvent empêcher des actions salutaires et de moindre coût pour des millions d’innocents.  

 

Le leurre de la souveraineté nationale  qui agit comme un paravent pour dissimuler l’imbécilité en treillis ou en boubou blanc et  érigé en emblème nationale, vient s’ajouter à ce tableau déjà peu reluisant.

 

La souveraineté nationale chatouilleuse a été la rengaine de toujours des guinéens.  Il y eut d’abord l’oxymoron de liberté dans la pauvreté,  l’illusion ridicule de nation d’avant-garde de l’Afrique que s’est soldée dans la capitale la sombre de l’Afrique, ensuite le sacro-saint et fallacieux mythe de richesses naturelles convoitées par « l’impérialisme international ». C

 

et exhibitionnisme chatouilleux de jeune fille prude en mal d’admiration masque mal le vide sur lequel la nation navigue. Il agit comme un phénomène de compensation collective. Dans le dénuement honteux dans lequel les cadres guinéens se retrouvent face à des nations moins dotées par  la nature, l’exaltation des richesses potentielles et d’une dignité cachée sont les seules médications de secours. Ils sont les symptômes d’une société qui refuse de faire face à ses choix erronés.

 

Par inadvertance ou par tricherie, on préfère faire semblant de vivre dans une société normale, voire une république dont la  face longuement cachée dans la fange du m’as-tu-vu, vient de se montrer. C’est sur cette fuite en avant que s’alimentent les phantasmes de solutions rapides de la crise qui gangrène le pays. On entend souvent dire : « Il suffit qu’il y ait des élections libres. Il suffit qu’un homme instruit vienne au pouvoir. Il suffit qu’on exploite le fer du Nimba etc.»

 

Il suffit d’un honnête officier de l’armé disait-on l’année dernière. C’est la corde que tira Daddis pour  caracoler au pouvoir pendant 9 mois avant le funeste jour où il montra sa nature sanguinaire. « Il suffit de...», ou « il n’y a qu’à … »  sont des slogans typiquement guinéens, des signes troublants de tares d’une nation  dirigée par une élite écervelée  à la mémoire courte et incapable de l’admettre. 

 

Une nation qui  veut  à tout prix oublier ses morts innocents, les crimes commis, les tombes anonymes, les procès outranciers, les injures des ethnies, les famines organisées  pour s’adonner à  la  danse sur le son funèbre d’une fraternité illusoire qui se résout dans les crimes au grand jour.

 

On a entendu encore des gens dire après le 28 Septembre 2009 que Lansana Conté n’a pas été si sauvage. En 2007 les mêmes personnes avançaient que même Sékou Touré n’a pas osé faire çà, oubliant la filiation directe des maux entre les démons du passé et de ceux du jour ; dans cette  spirale de la décadence sans fin et devant  un avenir trouble,  les jours passés sont toujours les meilleurs.

 

Pour ne pas alourdir la liste, une autre erreur d’appréciation est de croire qu’il y a une opposition en Guinée. Il n’y en a pas. La pléthore de partis politique, les caciques de l’ancien régime qui vendent la pacotille de changement ne font que se bousculer vers le portillon du pouvoir et le garde-manger du trésor public.

 

Un parti politique existe au regard d’un électorat. Quand il n’y a jamais eu d’éclations propres, entretenir l’idée de partis est une fiction  et une illusion de normalité. Ce qui eut été approprié dans les circonstances actuelles serait une guérilla pour traquer les assassins. Cette option salutaire ayant été soigneusement écartée du discours, les bonnes volontés se fourvoient dans des chapelles et des sectes ethniques basées sur des affinités douteuses, sans socle idéologique ni un programme minimal de changement. Admettre ce vide serait un premier pas vers une solution politique qui consisterait à :

 

1)      Engager un débat dans  une conférence nationale où l’on pratiquerait une catharsis collective afin de faire le point sur les crimes tabous et les criminels en liberté. Les méfaits reconnus seront pardonnés ou punis avec la loi et qu’on en finisse avec l’impunité malsaine.

2)      Voter par référendum une constitution adaptée aux réalités nationales.

3)      Organiser des élections locales pour réduire la pléthore de partis avant de parler d’élections législatives et présidentielles. Un processus d’au moins 5 ans. A défaut on ne fera que reconduire les pratiques du passé.

4)     

Les  conclusions qui s’imposent sont : les populations guinéennes (simples citoyens, politiciens, journalistes etc.) sont les otages d’une mafia et de sa milice. Elles n’ont  jamais eu les dirigeants qu’elles méritent.

 

Étant donné l’état de décomposition des forces de sécurité, seule une intervention extérieure pourra enrayer la dégénérescence dangereuse. Elle seule pourra réarmer le courage des quelques militaires professionnels mis à la retraite ou à l’écart.  

 

Une telle opération, indispensable du reste si l’on veut arrêter la plongée dans l’abime, peut-être menée à moindre coût. Au risque de paraitre naïf, on peut avancer que, comme au Liberia, sans tirer un coup de fusil, les voyous du camp Alpha Yaya vont fuir ou se fondre dans la population rien qu’a l’annonce du débarquement. Avec une préparation intelligente, de l’information précise et l’usage de la technologie, l’intervention peut-être raccourcie, les assassins éliminés et les forces extérieures accueillies en libérateurs. 

 

Il restera toujours l’équation du nouveau leadership et des chances  que les guinéens veulent se donner. Nulle armée ne fera ce travail à leur place. Ils ont besoin de jeter un regard sans complaisance sur leur histoire.

 

Le 28 Septembre 2009 est  la culmination d’un égarement entamé en un autre  28 Septembre 1958. Dans un enthousiasme juvénile et une atmosphère de carnaval, un peuple ramassa dans les urnes la libération sans payer le prix qui convient.

 

Elle la monnaya contre des slogans creux et de la « mamaya » incessante.  C’est l’ancienne puissance colonisatrice qui aujourd’hui s’égosille contre la barbarie que nous exhibons un demi-siècle après qu’on ait dansé et chanté que nous sommes l’avant-garde de l’Afrique.

 

En ces jours de douleurs  il faut  que chacun batte sa coulpe pour avoir  tant soi peu contribué à entretenir l’illusion macabre du développement sans effort et du progrès dans l’encouragement de l’ignorance. Si il y a quelque chose de bon qui doit sortir de cette épreuve c’est l’humilité de se regarder en face et d’admettre que nous avons tous failli.

 

Nous n’avons pas été à la hauteur des promesses implicites ou explicites que nous avons faites de bâtir une nation. Où que l’on ira à partir de ce jour, il convient que l’on se tourne vers la communauté internationale et qu’on admette que l’on a démérité.

 

Nous somme une nation en faillite ; un pays où il n’y a pas seulement une déliquescence économique mais aussi une banqueroute morale. Il n’y a rien de honteux à admettre cela. Le contraire serait cynique et diabolique. Même si on nous a fait croire que nous sommes dans la banlieue du monde, nous en faisons toujours partie.  Nous venons humblement demander de l’aide.

 

Si nous ne voulons pas être un autre Haïti, l’humilité s’impose. Le salut passera par taire nos prétentions futiles. Nous nous devons de faire pénitence pour quémander  qu’on nous tire de l’ornière dans laquelle nous tournoyons. Nous ne savons pas comment nous protéger contre les hordes que nous avons enfantées.

 

L’admission que l’indépendance nous fut octroyée permettra de dissiper les mythes de faux héros et de pays d’avant-garde. Nous nous sommes fourvoyés dans l’improvisation et la complaisance. Cinquante et un an après, quand les anciens premiers ministres ont des contusions et des blessures, il n’y a pas d’hôpital pour les soigner.

 

Les cadres supérieurs ont fait d’une mode d’envoyer leurs femmes accoucher dans les cliniques étrangères ; de clamer dans les salons que leurs enfants sont américains ou français par droit du sol. Aujourd’hui, réalisent-ils le vide qu’ils ont contribué à créer ? Rien n’est moins sûr.

 

Nous  vendons, encore et toujours  de la bauxite brute pour acheter des armes et du riz.  Nos enfants fuient pour rejoindre ceux que nous avons prétendu avoir chassés.

 

Une fois les tares admises, nous devons faire vœu solennel de tirer les leçons qui s’imposent. Nous allons fouiller dans nos fosses communes pour sortir les vérités que nous avons enfouies avec des innocents. Nous arrêterons la duplicité d’accuser l’occident d’être le diable  et de lui tendre la main sous la table pour des subsides. Nous arrêterons d’utiliser la colonisation comme justification de l’incurie, l’africanité comme refuge pour l’inculte, la famille comme alibi contre la responsabilité individuelle.

 

Une fois admis que notre pire ennemi c’est nous-mêmes, nous veillerons  à filtrer les passages vers le pouvoir  pour ne laisser passer que ceux qui sont sauront restaurer les valeurs bafouées du travail et de la créativité. Nous serons alors immunisés contre  les solutions de facilité et la tricherie ambiante.

 

Nous n’accepterons plus jamais qu’un enfant non éduqué devienne  une plaie qui empestera la vie de la communauté. Nous ne tolérerons plus que les innocents oubliés dans les fosses communes ou dans les cachots soient des fantômes qui troublent le sommeil et la paix dans la cité. 

 

Seulement alors  les prières du vendredi  seront exaucées. Pour le moment elles ne sont que des incantations blasphématoires.  Elles pourront alors nous réconcilier avec  le vrai ; elles nous permettrons de laver  nos consciences salies par des négligences coupables et la quête trompeuses de saluts personnels aux dépends de  la nation. Si nous apprenons ces leçons les morts ne seront pas en vain.

 

Ourouro Bah

 

 


Repost 0
Published by Amdy's Blog - dans Analyse
commenter cet article
22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 17:06

« Qui viole une femme souille toute l’humanité ! » : le capitaine Moussa Dadis Camara est entrain de mesurer à ses dépends la gravité de cette axiome et du carnage du 28 septembre dernier qui trace une ligne rouge dans l’absolu de notre conscience et de celle de toute la communauté internationale. Il portera les convulsions, les morts, les blessés et les violences sexuelles sur sa conscience comme le fruit porte son noyau.

Les injonctions à Dadis et ses affidés de la CEDEAO, de l’Union africaine (UA) et du reste de la communauté internationale sont  restées sans effet à nos jours ; ils veulent jouer les prolongations, la montre en refusant de se conformer notamment au délai de forclusion, impératif du 17 octobre dernier fixé par le Conseil de paix et de sécurité de l’UA qui lui demandait de renoncer par écrit à se présenter à l’élection présidentielle de janvier 2010.

 

Pour une réponse claire à  une question précise, il préfère s’en remettre directement au médiateur Blaise Compaoré pour gagner du temps, pour que « le facilitateur de la CEDEAO ait à examiner la question dans son ensemble au lieu que l’on privilégie un seul aspect de la transition à savoir sa candidature ou sa non candidature » selon les explications du ministre des Affaires étrangères, Alexandre Cécé Loua au micro de RFI.

 

« THE GAME IS OVER ! », le jeu est fini, la partie est terminée pour Dadis dont les jours semblent comptés à la tête de l’Etat guinéen.

 

Le retour à l’ordre constitutionnel sans les militaires ne se fera pas aisément cependant pour diverses raisons.

 

D’une part, les décisions prises au sommet extraordinaire des chefs d’Etat sur la Guinée  à Abuja me semblent timorées, disproportionnées par rapport à l’ampleur des exactions commises et en-deçà de l’attente de la majorité des Guinéens. Ce sont des sanctions diplomatiques à minima.

 

Par ailleurs, la saisine des juridictions internationales, à l’instar de la Cour pénale internationale (CPI), et leurs enquêtes relèvent d’une procédure longue et à l’issue incertaine ; ceci risque de jouer en faveur du maintien de Dadis au pouvoir sur une durée indéterminée. Il y a urgence !

 

A mon humble avis, seule une intervention militaire sous l’égide de la communauté internationale pourra faire plier et partir Dadis et ses nervis. C’est la seule issue possible dans le cadre du concept de l’assistance à personne/peuple en danger et son corollaire qu’est le concept du droit d’ingérence.

 

Ces concepts sont à la croisée de plusieurs notions dont le creuset, le fondement, le substratum est le droit à la sécurité. La question intégrante est, en effet, celle-ci : sans sécurité comment peut-on identifier, arrêter, juger et punir les assassins et les violeurs, tout comme ceux qui ont commandité ces actes ? Qui osera témoigner à visage découvert sans crainte de représailles ?

 

D’autres interrogations taraudent mon esprit : Comment passer d’une transition militaire dévoyée à une transition civile apaisée ? Quels sont les contours de cette transition ? Quelle est ou quelles sont les personnes consensuelles qui peuvent animer cette transition ?

 

Des sanctions diplomatiques à minima

 

Ces derniers jours, la Guinée est à la Une de l’agenda de la communauté internationale pour des résultats mitigés. Le Groupe de contact international sur la Guinée, la CEDEAO, l’UA, l’Union européenne (UE), les USA et l’ONU se sont déployés.

 

Paradoxalement, jusqu’à présent, il n’y a pas de condamnation publique, individuelle, ni officielle d’aucun chef d’Etat africain membre du syndicat international du crime et de la longévité présidentielle. Comme la majeur partie d’entre-eux a accédé au pouvoir par voie anti-constitutionnelle et n’a pas les mains propres, cela se comprend.

 

Le porte-parole du Département d’Etat n’a pas usé, lui, de précautions oratoires en évoquant la situation politique en Guinée : « La junte actuelle conduite par le capitaine Dadis Camara doit quitter le pouvoir et ouvrir la porte à des élections libres »  a déclaré Philip Crowley, en réclamant « qu’une enquête internationale permette de faire la lumière sur les massacres du 28 septembre ». Un haut responsable de la diplomatie américaine s’est même rendu récemment à Conakry pour expliquer à Dadis la position ferme des Etats-Unis qui ont également entendu l’inquiétude de l’une de leurs plus solides alliées dans la région, la présidente du Libéria Ellen Johnson Sirleaf, qui craint l’effet de contagion que pourrait avoir une aggravation de la crise en Guinée.

 

L’union européenne vient de suspendre, par l’entremise du commissaire à la pêche Joe Borg,  son accord de pèche avec la Guinée et prépare à son tour des sanctions ciblées.

 

Mais les sanctions militaires et civils (cf. embargo sur les armes, sanctions ciblées, gel d’avoirs, refus  de visa pour les voyages à l’étranger, etc..) ont rarement abouti à déloger, à défaire  un régime dictatorial récalcitrant ; de surcroit un régime militaire.

 

Les différents sommets diplomatiques sous l’égide de la CEDEAO et l’UA n’ont abouti qu’à des mises en garde à l’encontre du pouvoir militaire de Conakry ; ce dernier, d’une part, cherche un trésor de guerre en signant notamment un contrat avec la Chine afin, d’autre part, de se procurer des armes avec L’Ukraine qu’il dirigera contre son peuple.

 

Dadis a violé ainsi le Protocole additionnel de New York du 31 mai 2001 contre la fabrication et le trafic illicites des armes à feu, de leurs pièces, éléments et munitions, complétant la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale Res.54/126 du 26 janvier 2000.

 

Amnesty International a, de son côté, demandé à tous les Etats de suspendre les livraisons internationales d'armement, de munitions et d'autres équipements à usage militaire ou de police qui pourraient être utilisés par les forces de sécurité guinéennes pour commettre des violations des droits humains. 

 

La procédure longue et incertaine de la CPI

 

Le secrétaire général adjoint de l'ONU aux affaires politiques, l'éthiopien Haïlé Menkerios,  est arrivé à Conakry pour demander la coopération de la junte aux travaux de la commission d'enquête internationale.  
Saisis par des familles de victimes à Conakry et disposant de preuves accablantes, Maitres Jacques Vergès et Jean Louis Keita ont convié à Paris le lundi 19 octobre la presse internationale, avec pour objectif la prise en charge des plaintes contre la junte. 

 

Faute de Tribunal pénal international (TPI) pour la Guinée, la CPI est sur la brèche, a diligenté une enquête préliminaire et envoyé à Conakry la procureure aux poursuites la gambienne Fatou Bensouda, adjointe du célèbre procureur argentin Luis Moreno-Ocampo.

 

La Guinée a signé, ratifié la convention de New-York du 10  octobre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements inhumains ou dégradants et le traité de Rome du 17 juillet 1998 portant  création de la CPI qui est entrée en vigueur le 1er juillet 2002 et siège à La Haye (Hollande).

 

La CPI est une juridiction pénale permanente qui a pour mandat  de juger les individus, et non les Etats qui sont du ressort de la Cour internationale de justice (CIJ).

 

Sa compétence n'est pas rétroactive : les crimes doivent avoir été commis après l'entrée en vigueur de son statut ; ce sont des crimes de guerre, crimes contre l'humanité, crimes de génocide et crimes d'agression (art. 5 du statut).

 

« Les crimes contre l'humanité sont des actes graves commis contre une population civile dans le cadre d'une attaque généralisée ou systématique pour des motifs d'ordre politique, racial, national, ethnique ou religieux » (art. 7).

 

Les violences sexuelles et collectives en pleine journée au stade du 28 septembre ont choqué, indigné tout le monde. Bien que le viol soit considéré comme un crime depuis des siècles, il ne sera formellement codifié que dans la quatrième Convention de Genève du 12 août 1949 relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre.

 

Quant au traité de Rome de 1998, dans la définition des crimes contre l'humanité que le CPI a pour mission de juger, on retrouve : le viol, la mise en esclavage sexuel, la prostitution forcée,  la grossesse forcée, la stérilisation forcée, la violence sexuelle et la persécution basée sur le sexe.

 

Mais il faudra attendre 2001 pour qu'il soit qualifié de crime contre l'humanité par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) à propos des camps instaurés par les forces serbes durant la guerre de Bosnie.

 

En annonçant l'ouverture de l'enquête en République centrafricaine en mai 2007, le Procureur a précisé qu'elle se concentrerait avant tout sur les crimes à  caractère sexuel. C'est dans le cadre de cette enquête qu'un mandat d'arrêt fut délivré à l'encontre de Jean-Pierre Bemba Gombo, arrêté en Belgique puis transféré à La Haye le 3 juin 2008.

 

La CPI n'est compétente que si l'une des trois conditions suivantes est remplie :

  • l'accusé est ressortissant d'un Etat partie au statut ou qui accepte la juridiction de la CPI en l'espèce ;
  • le crime a été commis sur le territoire d'un Etat partie ou qui accepte la juridiction de la CPI en l'espèce ;
  • la saisine par un Etat partie au statut de Rome, le Procureur ou le Conseil de sécurité des Nations Unies en vertu du chapitre VII. 

 

Ces conditions sont totalement remplies pour le cas d’espèce guinéen.

 

En vertu du principe de subsidiarité, les Etats conserveront à titre principal la responsabilité de poursuivre et juger les crimes les plus graves : la CPI ne sera compétente qu'en cas de défaillance ou de mauvaise volonté des Etats. Ce qui fut le cas de la Guinée après les mouvements sociaux en juin 2006 et janvier-février 2007 ; les familles des victimes attendent toujours un hypothétique jugement et la réparation adéquate des préjudices subis. Compte-tenu de l’inertie, de la défaillance de la justice guinéenne, vu qu’aucune dotation financière n’avait été allouée à la commission d’enquête prévue pour élucider les massacres de manifestants pacifiques tombés sous les balles de forces de sécurité qui ont fait usage d'une force excessive, disproportionnée. Les fiches d’enquête ont d’ailleurs disparu.

 

Afin d'éviter les procès qui traînent en longueur ou les saisies fantaisistes, une Chambre préliminaire a été créée à la CPI qui peut prononcer une peine d'emprisonnement maximal de 30 ans ou une peine d'emprisonnement à perpétuité ; la peine de mort ou peine capitale n'a pas été retenue. 

 

Les peines d'emprisonnement sont accomplies dans un Etat désigné par la Cour sur une liste de pays candidats. Certains Etats, et non des moindres, ont refusé de ratifier ou signer le Statut de Rome comme la Russie, les USA, Israël et la Chine.

 

Par ailleurs, quatre Tribunaux pénaux internationaux (TPI) ont vu le jour : pour la Sierra Leone (TSSL) créé le 16 janvier 2002 par la résolution 1315 ; pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) institué le 25 mai 1993 par les résolutions 808 et 827 ;  pour le Rwanda (TPIR) mis en place le 8 novembre 1994 par les résolutions 955, 978 et 1165 ; pour le Liban créé après l’assassinat de Rafiq Hariri le 14 février 2005.

 

Les compétences des TPI sont limitées et parfaitement définies dans l'espace ( ratione loci), dans le temps ( ratione temporis ) et quant à leur objet (ratione materiae) ; ce sont des tribunaux ad hoc , créés pour connaître certains faits précis. Ils sont donc amenés à disparaître.

 

La CPI est, quant à elle, permanente et son champ d'action s'étend sur tous les Etats ayant ratifié le Statut de Rome ; elle est indépendante du Conseil de sécurité, ce qui renforce sa crédibilité. Depuis le 1er aout 2009, 110 États en sont membres dont la Guinée et son budget pour l'année 2009 est de 101 millions d’euro.

 

Elle est composée de quatre organes : la Présidence, trois Chambres, le Bureau du Procureur dont le rôle est d'enquêter et de rassembler des preuves à présenter lors d'un procès et le Greffe. Plus de 800 personnes y travaillent.

 

Concernant l’Afrique, depuis septembre 2004, 13 mandats d'arrêt pour crimes de guerre et crime contre l'humanité  ont été délivrés dans le cadre des situations en Ouganda contre les dirigeants de l'Armée de résistance du Seigneur, en République démocratique du Congo (RDC) contre Messieurs Lubanga, Katanga, Ngudjolo et Bosco Ntaganda, en Centrafrique contre Jean-Pierre Bemba ancien vice-président de la RDC ainsi qu'au Soudan contre le Président Omar Al Bashir pour le Darfour.

 

Pour ce dernier, le mars 2009, la CPI a émis son premier mandat d'arrêt contre un chef d'Etat ; ceci fut critiqué par plusieurs pays africains et notamment Jean Ping Commissaire de l'UA qui regrette « que la justice internationale ne semble appliquer les règles de la lutte contre l'impunité qu'en Afrique comme si rien ne se passait ailleurs, en Irak, à Gaza, en Colombie ou dans le Caucase ».   

 

Dadis, les membres du CNDD, du gouvernement et tous leurs soutiens pourraient être poursuivis pour entrave à l’enquête, dissimulation de preuve et complicité de crimes contre l’humanité dans les assassinats, viols et violences corporelles. Ils ont intérêt à aider à la manifestation de la vérité. Car il y a un faisceau d’indices, des preuves suffisantes donnant des motifs substantiels de croire que DADIS est pénalement responsable, pour avoir effectivement agi « en qualité de chef militaire », des crimes de meurtre, de viol constituant un  crime contre l'humanité, de torture et d'atteintes à la dignité de la personne.

 

Des présomptions sérieuses pèsent sur Dadis qui se dit « désolé et ne contrôle pas l’armée » où des sans-grades, des sous-officiers n’obéissent pas à leurs supérieurs hiérarchiques, pire les agressent comme le ministre de la sécurité et n° 2 de la junte le Général Aboubacar Toto Camara. Ces crimes ne sont pas négociables, sont intemporels ; il faut que justice soit rendue. 

 

Pour un droit d’ingérence militaire au secours d’un peuple en danger 

 

Nous avons une  population  meurtrie, en proie à la désespérance sociale, sans défense, misérable après 51 ans d’indépendance face à une oligarchie militaro-affairiste, ultra-répressive et qui a une emprise totale, généralisée sur l’Etat.

 

Voilà ce qui résume les 10 mois du règne de Dadis et du CNDD : pilotage à vue, détournement de deniers publics, affairisme, incompétence, népotisme (cf. nominations dans les ambassades et dans l’administration), massacres, viols collectifs, etc… 

 

Les escadrons de la mort continuent de sévir à Conakry et à l’intérieur du pays contre toute personne soupçonnée de rejet de la candidature de Dadis, contre les opposants politiques et les journalistes également.

 

Averti  par des amis de l’imminence d’une descente musclée des fameux bérets rouges de la garde prétorienne de Dadis, le jeune et populaire Reggæman Elie Kamano s’est évadé de son domicile de Conakry pour se réfugier à Dakar (Sénégal).

 

Des hommes encagoulés ont tué, chez lui devant son épouse, l'ancien inspecteur régional de la jeunesse de la ville de Conaky Amadou Sadio Diallo surnommé Sader.

 

Le fils du leader syndicaliste Rabiatou Sérah Diallo, le dénommé Ibrahima Henry Faque,  a été arrêté nuitamment, agressé puis libéré par des bérets rouges.

 

En réponse sur un site Internet à une question relative à la situation actuelle en Guinée, M. Sidya Touré, leader de l’Union des forces républicaines (UFR), répondit que « Tout est paralysé, l’activité économique est complètement ralentie. Ceux qui le peuvent sont allés caser leur famille à Dakar, à Abidjan ou à Paris (…) Il y a seulement une milice qui gère l’armée républicaine, pratiquement désarmée. C’est normal qu’il y ait des inquiétudes ».

 

Après la diffusion d’images surréalistes montrant Dadis dans tous ses états, reprises par les vidéos de sites d’information, des journalistes de France 24 et de France 2 ont été refoulés à l’aéroport de Conakry le samedi 17 octobre. Chut ! Silence ! On veut torturer, violer, tuer en silence.

 

Le temps n’est plus à  la tergiversation face à un peuple meurtri, aux abois, sans défense. Il y a un temps pour dialoguer, raisonner un récalcitrant mais il y a un temps également pour sévir. Après le dialogue, c’est l’heure de l’usage de la force. Seule une force d’intervention militaire internationale pourra mettre fin au calvaire du peuple guinéen.

 

Il y a un temps pour tout. Un match de Foot-Ball en est une belle illustration : après 90 minutes de jeu, il y a le temps additionnel ; ensuite les prolongations et si besoin est la série de tirs au but. Mais au stade du 28 septembre et ses alentours, les tirs nourris provenaient des forces de l’ordre contre des manifestants pacifiques qui avaient le seul tort de réclamer à Dadis et au CNDD de respecter leurs engagements à rendre le pouvoir aux civils au terme d’élections auxquels ils ne participeraient pas.

 

Il est temps de mettre fin à cette tragi-comédie : après avoir joué le rôle de « roi-bouffon » dans les médias notamment dans ses Dadis-show, le tenancier de gargote, de « maquis » s’est mué en bourreau et violeur.

 

La non-assistance à personne en danger est l'engagement de la responsabilité pénale  d'une personne qui n'interviendrait pas face à une personne courant un danger.

 

L'engagement a lieu si la personne a connaissance du danger ; elle est en mesure d'agir ; l'action ne présente pas de danger pour la personne ni pour un tiers. Ces conditions sont totalement remplies pour le cas d’espèce guinéen au stade du 28 septembre.

 

L'article 223-6 du code pénal français (art. 63 de l'ancien code pénal) condamne l'abstention volontaire de porter assistance à une personne en péril de de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende.

 

Il existe différentes notions connexes en matière d’intervention militaire internationale, de droit d’ingérence : la mission d’observation, la force d’observation, la force d’interposition et la force d’intervention. C est la dernière qui me semble appropriée pour la Guinée et mettre hors d’état de nuire les nervis du CNDD qui s’agglutinent, s’accrochent désespérément au principe de souveraineté de l’Etat. Le droit d'ingérence est « la reconnaissance du droit qu'ont une ou plusieurs nations de violer la souveraineté nationale d'un autre État, dans le cadre d'un mandat accordé par une autorité supranationale ».

 

Les ingérences les plus notoires ont eu lieu au Kosovo, en Afghanistan, en Irak, au Darfour, à  Haïti, par l’ECOMOD en Afrique avec des militaires guinéens, dans l’ile d’Anjouan.

 

L’expression de « droit » ou de « devoir d’ingérence », assimilé au qualificatif d’ «  humanitaire », a été créée par le philosophe français Jean-François Revel (1924-2006) en 1979 ; elle fut ensuite vulgarisée à la fin des années 80 sous la plume de Mario Bettati, ancien professeur de droit international public à l’Université Paris II, et de Bernard Kouchner, homme politique français qui fut l’un des fondateurs de Médecins sans frontières. Ils voulaient s’opposer à la théorie archaïque de la souveraineté des Etats, sacralisée en protection des massacres.

 

La nécessité de secourir les populations en détresse imposerait en effet à chacun un «  devoir d’assistance à peuple en danger», qui transcenderait les règles juridiques traditionnelles. En conséquence, un Etat n’est lié par une règle de droit (et en particulier par une règle qui protège les droits de l’homme), que s’il l’a acceptée en ratifiant un traité ou en adhérant à une règle coutumière existante.  

 

La doctrine du «droit d’ingérence» prends le contre-pied et remet en cause le concept de souveraineté : le pouvoir de l’Etat doit en effet plier, au nom d’une « morale de l’extrême urgence », devant les nécessités d’une protection minimale des droits de la personne. Ainsi, l’assistance humanitaire doit donc pouvoir être mise en œuvre au-delà des frontières.

 

Comme le dit Bernard Kouchner « serait-il licite, quoiqu’inélégant, de massacrer sa propre population ? ». La totalité des Etats ont formellement reconnu qu’ils devaient respecter des droits fondamentaux comme le droit à la vie, le respect de l’intégrité physique ou l’interdiction du génocide, à l’égard de leurs propres ressortissants et donc sur leur propre territoire. C’est souverainement qu’ils ont décidé de s’engager, et c’est dès lors souverainement qu’ils doivent respecter leurs obligations. 

 

Le temps est venu pour les rétorsions, les représailles sur les plans militaire, politique, diplomatique, économique ou financier à l’encontre de la junte, tous leurs soutiens et Dadis.

 

Ce dernier, en application des dispositions de l’Ordonnance N°053/PRG/SGG du 7 octobre 2009 portant création de la Commission Nationale d'Enquête Indépendante (CNEI), fait de la diversion en nommant par décret, le samedi, 17 octobre 2009, ses 16 premiers membres (sur  31) en vue, parait-il, de faire toute la lumière sur les événements tragiques du lundi 28 septembre 2009. C’est le comble du cynisme ; le bourreau se mue en justicier !

 

Il cherchera dans un second temps à épuiser les recours judiciaires internes avec sa CNEI pour gagner du temps.

 

Pendant ce temps, le mouvement des Militaires Patriotiques de Guinée (MMPG) « porte à la connaissance du Peuple de Guinée et de la Communauté Internationale de l’existence à Kaliya et à Mafèrènya dans la préfecture de Forécariah de camps militaires hébergeant des milices secrètes recrutées, entrainées et financées secrètement par le Chef de la Junte ».

 

Par ailleurs, avec l’autorisation, le rétablissement des activités des partis politiques et l’application de la loi anti-casseur adoptée par Lansana Conté (1934-2008), Dadis reprend d’une main ce qu’il donne de l’autre. Cette loi scélérate introduit « la responsabilité pénale collective pour fait d’autrui » rejetée contre la France par la Cour européenne des droits de l’homme qui ne retiens que la responsabilité individuelle de l’auteur d’un acte. En substance tout leader politique peut être arrêté si une manifestation organisée par ses partisans déborde ; alors que l’on sait que le pouvoir est expert en matière de provocations qu’il cherchera à mettre au crédit des adversaires politiques.

 

Les contours d’une transition apaisée ?

 

Il n’existe pas de solutions toutes faites, encore moins parfaites face aux nombreuses interrogations qui nous assaillent pour sortir la Guinée de l’ornière. Il faut cependant apporter urgemment une ou des réponses politiques à des questions juridiques.

 

Comment passer d’une transition militaire dévoyée à une transition civile apaisée à l’issue de laquelle il y aura une élection, un scrutin libre, concurrentielle, ouverte à tous pour éviter les frustrations ?

 

En Côte d’Ivoire, grâce à l’accord de Pretoria du 6 avril 2005 et au médiateur sud-africain Thabo Mbeki, l'ancien Premier Ministre Alassane Dramane Ouattara (ADO) représentant le Rassemblement Des Républicains (RDR), fut admis bien qu’éliminé en 2000 par la Constitution sur la base de « l’Ivoirité ».

 

Quelle est la personne consensuelle ou un groupe réduit de personnes pour assurer la transition après le départ de Dadis ? Comment doter le pays d’institutions légitimes, viables, acceptées par la majorité des Guinéens ? Seul un gouvernement élu peut-il mettre en œuvre les réformes, pour relever les défis majeurs économiques et sociaux ? Comment réformer l’armée et restructurer l’administration qui sont les principales tares congénitales de l’Etat guinéen ?

Peut-on faire l’économie d’une introspection collective, d’un devoir de mémoire pour la cohésion nationale, pour exorciser les violences politiques qui datent pour certains depuis l’application la loi Gaston-Defferre  de 1956 ? Comment élucider la question de l’établissement des responsabilités (des ordonnateurs aux exécutants) du massacre du 28 septembre 2009 ? Où sont les personnes arrêtées ou disparues, les charniers ? Comment débloquer immédiatement des fonds pour : l’aide aux victimes et leurs familles, le soutien aux enquêtes judiciaires, le financement d’une force d’intervention militaire rapide pour assurer la protection de la  population guinéenne ?

 

L’ iconoclaste magistrat espagnol Balthasar Garzon a rappelé que « les crimes contre l’humanité ne peuvent être prescrites, échapper à toute limite temporelle » .

 

Il faut bien saluer la fin de l’impunité pour les chefs d’Etat africains avec la mise en application du sacro-saint principe de « compétence universelle » qui permet de poursuivre les auteurs de crimes contre l’humanité quelle que soit leur nationalité ou celle de leurs victimes.

 

Hissein Habré, qui vit en exil au Sénégal, y est poursuivi.

 

Fin de partie pour Dadis : la CPI a la balle de match contre le père autoproclamé de la nation, père menteur et auteur de viol, d’infanticide contre ses prétendus enfants. Elle doit lui retirer l’autorité parentale, l’arrêter, le déférer et le juger comme Charles Taylor incarcéré à La Haye en juin 2006.

 

Pour éviter que « la Guinée ne soit le cimetière des valeurs ». 

 

Que Dieu préserve la Guinée ! 

 

Nabbie Ibrahim « Baby » Soumah

Juriste et anthropologue guinéen

nabbie_soumah@yahoo.fr

 

Juriste et anthropologue guinéen

nabbie_soumah@yahoo.fr

Repost 0
Published by Amdy's Blog - dans Analyse
commenter cet article
21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 18:01
Tandis que les autres membres des forces vives, jouent les ci-devant devant les cameras, Lansana Kouyaté a été bien occupé depuis Abuja. Il arrive aujourdhui à Conakry après un périple en Libye et au Burkina.

Kibarou pose la question de savoir : « Est-il porteur d’un message des ses collègues de l’Opposition pour le chef de la junte ou vient-il pour prendre la primature, refusée par plusieurs autres leaders de l’opposition ? »

 

Il est étonnant que de retour à Conakry, Kouyaté ait choisi de rencontrer Dadis au lieu des Forces Vives dont il dit faire partie.

 

Les bruits de coulisses sont que Kouyaté serait porteur d’un « plan de sortie de crise ». Il semblerait qu’il est question d’un gouvernement de transition qu’il dirigerait. L’autre hypothèse serait de confier la direction du gouvernement à Sidya. Le gouvernement de 28 membres serait nommé à moitié par le CNDD et l’autre moitie par les Forces Vives. Parmi les membres des Forces Vives on parle même des 4 femmes qui avaient été refoulées à Abuja.

 

Grace aux manœuvres de l’ancien Premier ministre de Conté, va-t-on assister à une répétition du scenario de 2007? Sidya serait-il prêt à jouer ce rôle? Cela serait bien dommage. Ce serait une pure prolongation de la crise et une bouée de sauvetage à Dadis qui en profitera pour conforter sa machine meurtrière.

 

Pour éviter ce sinistre scénario et les négociations d’arrière scène il faut que les Forces Vives déclarent clairement leur position. Ensuite il faut maintenir la pression des grèves générales et des villes mortes avec comme unique message le départ du CNDD, le gouvernement de transition et l’arrestation des assassins. Enfin les chefs de partis devraient se retrouver à Conakry pour :

 

1) Demander des explications à Kouyaté et lui interdire de négocier avec Dadis à moins qu’il n’ait été désigné. A défaut ils devraient l’exclure du Forum des Forces Vives.

 

2) Former le gouvernement de transition qui devrait inclure. Hypothèse de travail: 7 membres des partis, 7 membres des syndicats, 7 membres de la société civile et 7 membres de la diaspora. Ceci n’est qu’une proposition qui peut être négociée.

 

3) Demander une force d’interposition pour protéger les guinéens contre les escouades de la mort et la mise en arrêt des assassins du 28 Septembre 2009.

 

Toute revendication qui ne met pas en avant ces points serait pure manigance qui va encore une fois ignorer les souffrances et les crimes.

 

Ourouro Bah


Repost 0
Published by Amdy's Blog - dans Analyse
commenter cet article
20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 13:22

Tout le monde se dit choqué actuellement, parce que les faits se sont déroulés en plein air et que les images de la barbarie du 28 septembre font le tour du monde, mais il n’y a rien de nouveau pour le Guinéen qui son histoire. Il m’arrive parfois de lire ou d’entendre des ignominies intolérables telles que ‘’ La Guinée n’est pas le Libéria ni la Sierra Léone, elle ne conniver jamais ce que ces pays ont vécu.’’

En supposant que ces derniers étaient prédisposés à vivre les atrocités qu’ils ont vécues, dans quel registre inscrire la barbarie que nous connaissons chez nous sachant que les rebelles qui étaient en activité dans ces pays sont plus que jamais proches du pouvoir? Pour un pays en paix, la Guinée vit affreusement les conséquences d’une guerre. 

 

La Guinée n’a jamais vécu ceci auparavant

 

Que faisons-nous des témoignages des victimes des camps Boiro, Koundara, PM3 et Kassa? Que dire des « rafles » de Conakry, organisées par des militaires plus portés sur le viol et le vol que l’arrestation de malfaiteurs?

 

Pendant les vacances de 1994, je fus raflé par un de ces commandos ignobles : dans le camion qui nous transportait vers le camp, majoritairement rempli de filles «ramassées» ici et là dans Conakry mais aucun bandit parmi nous. L’une des filles était une ancienne camarade d’école. Après avoir fait un vaste tour de la commune de Ratoma, l’officier qui commandait l’unité ordonna que je sois libéré après une bonne correction. Je ne sais toujours pas pour quel crime autre que j’avais une pièce d’identité – c’est pourquoi je n’avais pas fui en les voyant approcher — et n’avais pas cinq mille francs à donner au militaire qui m’avait arrêté, je revenais de club. Avec un de ses frères, je vins le lendemain chercher ma camarade au camp, point de filles du camion qui m’avait embarqué la veille; en réaction à mon insistance, un vieil officier me tint ce langage : « ces jeunes-là, quand ils arrêtent les filles ils ne les ramènent pas nécessairement ici; il faut conseiller vos amies; elles doivent rester tranquilles la nuit ».

 

Le pays n’était pas en guerre, il n’y avait pas de couvre-feu non plus, mais c’était notre faute, jeunes fêtards que nous sommes. C’était normal pour l’armée.  Plus tard, elle m’expliquera sa mésaventure en ces quelques mots : « ils nous ont amenées chez eux et non au camp; à toi de comprendre le reste ». À moi de répliquer naïvement : « mais tes parents qu’est-ce qu’ils en disent »? « Je ne peux rien leur dire non plus parce que c’est moi qu’ils vont châtier, pour être sortie la nuit » me répondit-elle. C’était donc normal pour la société aussi. Des témoignages de ce type sont légion en Guinée, mais le sujet est tabou. Pourtant, tout le monde sait ce que subissent les filles raflées lorsqu’ elles ne sont pas accompagnées.

 

Ce qui me choque

 

L’officier de commandement était un quinquagénaire qui ne fit aucun geste pendant que les jeunes militaires « taquinaient » les filles dans le camion. Que dire de celui du camp qui doit avoir pris sa retraite depuis longtemps? Dans le milieu militaire, l’explication est souvent la suivante : « ces filles-là se prennent pour des intouchables… elles nous ridiculisent quand on les drague parce qu’elles parlent français mieux que nous, donc si elles sortent la nuit nous allons leur montrer que nous sommes les patrons». J’ai souvent vu des agents de sécurité s’en prendre à des civils parce que ces derniers « se prennent pour des toubabs » en leur parlant français. Que de haine!

                                                                                   

Les femmes sont les premières à trouver que les autres méritent leur malheureux sort. Certaines ne se gênent pas à faire des commentaires du genre : « c’est bien fait pour elles; pourquoi se mêlent-elles des hommes et de la politique? Moi je ne peux pas me faire violer parce que je ne sors pas et je fais attention à mes fréquentations. As-tu vu comment elles s’habillent? »


Je n’invente rien, ce qui précède n’est qu’une retranscription, mot pour mot, d’expressions que j’ai entendues. Plus choquante est l’attitude des parents, des victimes de ces exactions, qui trouvent que leurs enfants doivent se priver de leurs droits et libertés pour faire plaisir à de véritables sanguinaires du pouvoir.

 

C’est la faute des leaders politiques

 

De nos jours, je me demande quels schémas psychologiques expliqueraient le raisonnement de ces compatriotes qui prétendent que les tueries sont entièrement ou partiellement imputables aux politiciens et à la population qui est sortie manifester sa désapprobation d’un pouvoir on ne peut plus sanguinaire. Mais devrais-je vraiment me poser la question sachant ce qui précède? Supposons, un instant, que les citoyens ont eu tort de « se laisser manipuler par ces politiciens »; quel est le péché de celui qui se fait attaquer et tuer par des agents de sécurité à son domicile, à l’image d’Amadou Sadio, Sader (paix à son âme) dont la presse nous parle aujourd’hui? Qu’est ce qui «justifierait» cet autre crime?

 

Dans leurs sermons, souvent motivés par leur proximité avec le pouvoir en place, si ce n’est la trouille et l’ignorance (je ne crois pas qu’ils soient simplement naïfs), « les sages » conseillent aux citoyens de faire profil bas face au pouvoir; « vous êtes corrompus ou manipulés – tels des ignares – par un politicien si vous osez revendiquer vos droits ». Dans leur conception de la citoyenneté et du droit, le Guinéen est un gros bébé immature qui ne doit pas se permettre certaines libertés.  Même s’ils veulent s’en démarquer, leurs positions ne sont pas très loin de l’homme de Koulé, Moussa Dadis, qui déclare que « ce sont les politiciens assoiffés de pouvoir qui ont envoyé les citoyens à la boucherie des éléments incontrôlés de SON armée ». L’assassinat de « la bête » est à imputer au berger et à son troupeau de moutons.

 

Malheureusement, je constate que,  pour eux, le tournant pris par la Guinée et notamment sa jeunesse depuis les évènements de 2007 n’est qu’un simple slogan : « la Guinée a soif de changement et la jeunesse veut se sacrifier pour ce changement, avec ou sans leaders politiques ».

 

Très peu de compatriotes réalisent que nous ne sommes plus à l’époque où une poignée de personnes savait tout; et la majorité : rien. Désormais, tout le monde sait un peu de tout, voilà ce qui a changé et il va falloir s’y adapter. Ces politiciens ont un choix à faire: écouter leurs militants, depuis la base, ou s’effacer politiquement. Ils sont obligés de suivre le rythme du changement.

 

Il m’arrive même de lire que ces derniers ont toujours convoqué des manifestations auxquelles ils se sont dérobés; n’étant pas adepte de la répétition collective pour avaliser l’ivraie, je souhaite que l’on me donne aussi des dates ou exemples, parce que quelques évènements ont dû m’échapper.

 

Je ne perdrai pas mon temps à expliquer ce qu’est le droit du citoyen, ils n’y comprendront rien de toutes les façons;  non plus à faire comprendre que lorsqu’il y’a des crimes de cette envergure c’est le chef qui répond le premier et qu’aucune « forfaiture » ne peut justifier le crime appelé « ultime » (un dictionnaire aidera à comprendre ce terme); il me faudra remonter à 1958 pour réécrire des livres qui ne seront pas lus, encore moins compris.  Mon objectif était de dire que l’armée guinéenne a toujours tué, violé et volé impunément avec la passive complicité des civils, à l’image de ces parents, qui préfèrent imputer la responsabilité des crimes aux victimes — fussent-ils leurs enfants — plutôt que d’affronter les coupables. L’impunité et la soumission à la dictature sont de culture guinéenne, apparemment.

 

« Hélas! On voit que de tout temps, les petits ont pâti des sottises des grands. » (Jean de La fontaine)

 

Je reviendrai sur la nécessité d’une force de sécurité internationale, une autre chinoiserie sur fond de nationalisme à laquelle je ne comprends rien. Si seulement quelqu’un pouvait m’expliquer, clairement : pourquoi pas?

 

Boubacar Barros Diallo

barrosdiallo@hotmail.com

Repost 0
Published by Amdy's Blog - dans Analyse
commenter cet article
19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 08:53

L’artiste chanteur et compositeur ivoirien, Tiken Jah Fakoly, a organisé une conférence de presse en début de semaine, en République sœur du Mali. Dans son exil malien, « le donneur de leçon » avait organisé ladite rencontre pour s’exprimer exclusivement sur la politique intérieure de la Guinée, une première !

Au-delà du fait que Tiken Jah Fakoly s’intéresse à la Guinée, sa conférence de presse a un goût d’inachevé. Trop de sous-entendus, manque de respect vis-à-vis des victimes du 28 septembre et incompétence notoire du chanteur à définir la réelle situation guinéenne avec une dose de mauvaise foi et la falsification de l’histoire africaine.

 

Tiken Jah Fakoly, le chanteur Ivoirien dit « avoir rencontré à deux reprises Moussa Dadis Camara », apparemment ses conseils, s’il en avait réellement donné, n’ont pas été suivis par Moussa Dadis, le président autoproclamé de Guinée. Tiken Jah Fakoly, lors de sa conférence, au lieu de se focaliser sur le non-respect des engagements librement pris par Moussa Dadis « de rendre le pouvoir aux civils à la fin de la transition », a trouvé qu’il était plus juste de s’appesantir sur des soi-disant acharnements dont seraient victime Moussa Dadis Camara de la part de la communauté internationale. Il indexe la France d’être à l’avant-garde de cette contestation internationale. Il parle de « lynchage politique et médiatique. »

 

A la lecture des comptes rendus de nos confrères maliens, Tiken Jah Fakoly ne mentionne nulle part qu’il avait conseillé à Moussa Dadis Camara de tenir compte de ses engagements initialement pris face à l’opinion nationale guinéenne et internationale. On se demande bien pourquoi le sieur Fakoly peine à comprendre qu’il y a urgence en Guinée, comme il en a chez lui en Côte d’Ivoire et ailleurs en Afrique ? Dire qu’il ne « comprend pas la précipitation avec laquelle la CEDEAO a levé les boucliers contre la Guinée », cela n’est pas politiquement correcte de la part d’un monsieur dont la voix porte en Afrique. Ceci prouve également à suffisance qu’il ne suffit pas de seulement aligner des phrases pour en faire une chanson, cela suscite aussi une ouverture d’esprit, une certaine anticipation des problèmes politiques en Afrique. La situation ivoirienne aurait pu inspirer notre griot international à mieux conseillé Dadis dont il est aujourd’hui l’un des avocats de « référence ».

 

Au cours de cette rencontre organisée à son domicile à Bamako, dans la capitale malienne, Tiken Jah Fakoly a dit vouloir aider la Guinée, on ne demande pas mieux. Mais, ce n’est pas en dénigrant la communauté internationale qui est aux côtés du peuple de Guinée. Pour ne pas échouer dans cette transition, Tiken Jah Fakoly est à même de conseiller Moussa Dadis à rendre le pouvoir après le bain de sang du 28 septembre 2009. En plus du fait que Tiken Jah Fakoly souhaite aider la jeunesse guinéenne, il ne reste pas sans savoir que c’est elle qui a payé le lourd tribut de cette fourberie militaire.

 

Tiken Jah Fakoly, doit savoir, à moins qu’il ne veuille consciemment falsifier l’histoire, que la situation actuelle de la Guinée s’apparentait aisément à celle du coup d’Etat contre Moussa Traoré où ATT avait renversé le dictateur pour ensuite rendre le pouvoir aux civils après une année de transition réussie. Deux postulats qui ont fait mouche dans la sous région ouest africaine se posaient à Moussa Dadis : soit suivre les pas d’Amadou Toumany Touré ou emprunter le chemin tortueux qui mène à la confiscation du pouvoir, genre feu Robert Guéi. Le deuxième postulat semble être celui finalement choisit par Dadis qui ne s’imagine pas attendre dix ans pour se présenter à une quelconque élection présidentielle qu’il n’est pas sûr de remporter en Guinée. Malgré cette deuxième voie choisie par Moussa Dadis, le pourfendeur des régimes militaires en Afrique trouve « que la campagne médiatique occidentale des dernières semaines a été effrayante. »

 

Dans un égarement total, Tiken Jah Fakoly confond la Guinée au Togo, à la Mauritanie, au Niger et à tant d’autres pays avec des régimes qui sont ce qu’ils sont. Oubliant que la comparaison ne découle pas forcement de la raison. Chaque pays à son histoire. Chaque pays, de par sa population, emprunte la voie qu’il souhaite et c’est dans cet esprit que les autres vous viennent en aide. Le 28 septembre 2009, les Guinéens de la capitale ou dit non, pas à Moussa Dadis mais à tout régime militaire parce que « le peuple en a marre ». Ce qui s’est passé dans les autres pays intéresse moins les Guinéens qui ont d’autres chats à fouetter. Aux travers des argumentaires de Tiken Jah Fakoly, on retrouve Moussa Dadis, les moins avertis diraient qu’ils se seraient concertés pour harmoniser de tels discours sur le devenir de la Guinée.

 

M. Fakoly, au-delà de ses inspirations artistiques, doit également savoir qu’il y a une première fois en toute chose. Pour paraphraser une maxime restée légendaire, si l’impérialisme en Afrique a trouvé son tombeau jadis en Guinée, une fois de plus, les régimes militaires et tous ceux qui bafouent leur Constitution trouveront leurs tombeaux en Guinée. Ceci à partir du Non à la candidature de Moussa Dadis Camara, le 28 septembre 2009 au stade du même nom. Date à jamais gravée dans l’histoire collective de Guinée.

 

Tiken Jah Fakoly a fustigé tout le long de cette conférence de presse, les pays occidentaux en nous sortant la rengaine habituelle : Samory, Sankara et Patrice Lumumba auraient été trahis par les occidentaux. Les seules références de l’artiste dans toute l’histoire de l’humanité. Ecoutez sa musique et vous vous en apercevrez. Les temps ont changé, ce disque est rouillé mon cher Fakolydaba.

 

Les occidentaux n’ont rien à voir dans la tragédie guinéenne, encore moins dans le mépris sans cesse renouvelé de Dadis face à son peuple. La Guinée n’est pas également le Soudan de Oumar El Béchir. Les Guinéens ne veulent pas sceller leur sort à, on ne sait quel pays qui ne respecterait pas les droits de l’homme.

 

C’est pourquoi, Moussa Dadis et son CNDD doivent servir de cobayes pour que plus jamais en Afrique, le viol collectif et de jour, ne se répète. Pour que plus jamais, les militaires ne croient au dessus des lois nationales et internationales auxquelles la Guinée est signataire.

 

M. Fakoly, à vrai dire, souhaite que les exactions passées sous silence au Darfour, soient autant pour les massacres du 28 septembre 2009. Tiken Jah Fakoly ne se gène pas à dénigrer les pays occidentaux : « Comme ils n'ont pas voulu faire ce que voulaient les Français ou les occidentaux, ils ont été dénigrés et tués. C'est la même chose qu'ils veulent faire au président Dadis, qui a mené une lutte contre la drogue, les narcotrafiquants, les conventions futiles dans le domaine des mines et autres ressources minières. »

 

M. Fakoly, en plus du fait d’ignorer les contours de la situation actuelle en Guinée, revient sur un certain chauvinisme étriqué hérité de la démagogie de certains africains qui ne veulent pas voir plus loin que le bout de leur pif.

 

Dans les problèmes que rencontre Dadis, les occidentaux n’y sont pour rien. Ce sont les Guinéens qui ont demandé leur intervention face à la horde de barbares dont sont les victimes quotidiennes, les populations guinéennes. M. Tiken, dire « qu'aujourd'hui, il y a injustice contre la Guinée parce qu'aucune enquête n'a été faite et des gens sont déjà accusés. Si l'on laisse faire ça aujourd'hui, la Guinée va se retrouver divisée entre les ethnies, entre les régions. A ce moment, on fera la médiation entre ces peuples, ces frères et comment ? ». Ce point de vue est d’autant plus grotesque qu’irréfléchi. M. Fakoly, qui est-ce qui vous parle de pays divisé ?

 

Les Guinéens ont en face d’eux, un président autoproclamé qu’ils veulent dans les casernes, sur la touche. En aucun moment vous ne faites allusion à la bonne gouvernance, à la démocratie, aux droits de l’homme et du citoyen, aux femmes violées et encore séquestrées dans les geôles de Moussa Dadis. La facilité avec laquelle vous défendez Dadis, frise le mépris vis-à-vis des Guinéens.

 

Quant à parler des richesses guinéennes que convoiteraient les occidentaux, source de leur « acharnement » contre Dadis, M. Fakoly, vous vous êtes doublement planté. Il ne suffit pas de séjourner en Guinée durant deux ou trois jours à la suite d’un concert pour s’arroger le droit de falsifier la réalité sur nos potentiels économiques. Il serait mieux pour vous de gloser sur la boucherie humaine dont nous sommes victimes, parce que plus visibles et faciles à commenter.

 

Plus grave, M. Tiken Jah Fakoly manque de mémoire en comparant Moussa Dadis à deux illustres hommes d’Etat africains qui sont Patrice Lumumba et Sankara. Tiken doit savoir une fois pour toute que Moussa Dadis n’a mis en veilleuse aucun contrat minier d’envergure qui pourrait faire de lui la « cible » de l’occident. Les Guinéens n’ont qu’une seule envie, c’est de voir leur pays retrouver la voie de la vraie démocratie. Quant au sort de Dadis à comparaître, on ne sait, devant quelle juridiction internationale, l’enfer c’est les autres.

 

Pour en savoir plus sur les véritables motivations du soutien de Tiken Jah Fakoly à Moussa Dadis, des sources indépendantes proches du Parti National pour le Renouveau en Guinée (PNR), accusent Tiken d’avoir des accointances avec certains de ses membres fondateurs. Les deux rencontres qui ont eu lieu entre Tiken Jah et Moussa Dadis auraient été arrangés par ces mêmes membres du PNR qui reçoivent habituellement le chanteur quand il est en séjour à Conakry. L'un des membres fondateurs de ce parti, dont nous préférons taire le nom, est par ailleurs l'organisateur de tous les concerts de l'artiste en Guinée. Ce Parti National pour le Renouveau (PNR) a été créé uniquement avec pour seule ambition de « présenter Moussa Dadis aux élections présidentielles en Guinée. »

 

Une autre source en France accuse le parti Communiste d’«instrumentaliser » Tiken Jah Fakoly par ses sorties médiatiques sur la Guinée. Le parti communiste Français est accusé d’avoir infiltré certains sites web s’exprimant sur la Guinée, en faisant passer ses messages qui seraient contre la politique actuelle de la droite. De discrédits sont sans cesse distillés à l’encontre du parti présidentiel Français qui, à l’instar de toutes les autres puissances du monde, souhaite enfin voir s’instaurer en Guinée une démocratie véritable avec des civils au pouvoir.

 

Abdoulaye Youlaké Camara à Paris, France

Collectif Guinéen Contre Le Pouvoir Militaire

action@cgcpm.org  

www.cgcpm.org  

 

La Nation d'abord!

Repost 0
Published by Amdy's Blog - dans Analyse
commenter cet article
18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 11:55

L’heure est grave, l’Etat est paumé, Dadis et la junte militaire sont déboussolés, la population guinéenne n’échappe pas encore à la répression meurtrière qui était de rigueur au temps du "Général-roi Conté" et du "Camarade Sékou Touré".

Des arrestations arbitraires, des tirs à balles réelles sur la population. Inutile de revenir sur les circonstances et le nombre de personnes tuées. D'autres nous l'ont bien détaillé depuis le début de ces récents évènements.

 

Il est tout de même important de retenir que la Guinée d'aujourd'hui inquiète encore d'avantage. Cette junte inquiète plus que les deux régimes précédents à moins d'un an de pouvoir.

 

Dadis et ses acolytes ont décidé de garder le pouvoir par le biais de la répression. Ils ne se gênent nullement de faire couler le sang des guinéens. Il est à rappeler que la brutalité des forces de sécurité a toujours fait partie du quotidien des guinéens.

 

Depuis son accession à l’indépendance, c’est toujours la volonté de maintenir un ordre rarement menacé qui lance l’armée contre les manifestations souvent pacifiques et légitimes.

 

Sachant qu’aucune démocratie moderne ne saurait tolérer des répressions telles que la Guinée l’a connaît continuellement. Il m'importe autant de rappeler que les dirigeants guinéens ont toujours tiré un rideau pudique sur les exactions des forces de l’ordre. Il est alors temps de dévoiler ce que le voile nous voile.

 

Bien que revenir sur toutes ces années noires, rappeler des exactions les plus insolites des forces de l’ordre guinéen n’est pas chose aisée. En tant que guinéen je me dois, au même titre que d'autres, qui en font d'ailleurs mieux que moi, de peindre et dénoncer l’attitude inadmissible des dirigeants guinéens.

 

Pour être donc le plus objectif possible, il m’importe néanmoins d’illustrer mon raisonnement en prenant compte de certains évènements que j'ai moi-même vécus. Par la même occasion je citerais les rapports des organismes de défenses des droits humains dont la crédibilité n’est plus à remettre en cause.

 

Avant d’évoquer les tueries du 28 Septembre 2009 au cours desquelles les guinéens ont été sauvagement abattus faisant plus de 150 victimes et un millier de personnes blessées, je reviendrai volontiers sur quelques répressions meurtrières.

 

Rappelons-nous des différentes grèves des étudiants de l’Université Gamal Abdel Nasser au cours desquelles plusieurs étudiants sont morts, tués par la police et les militaires guinéens. N'oublions pas l’enfer du campus de l’Université Julius Nyéréré de Kankan en 2002.

 

Revenons sur le 28 septembre passé, ce jour là, le stade est bondé de manifestants, 50 milles personnes, venus dénoncer le retournement de situation de la junte, qui souhaiterait désormais se présenter aux prochaines élections contrairement à ces premiers engagements.

 

Plusieurs bataillons de militaires interviennent, les armes au point, renforcés par une bonne troupe de policiers. On se croirait dans un montage hollywoodien digne de Martin Scorcèse.

 

L’assaut lancé, en une fraction de seconde, le stade se transforme en un véritable bain de sang, les manifestants seront pris dans des bastonnades sanglantes et indescriptibles, des tirs de plusieurs victimes.

 

Et jusqu'au moment où je mets sous presse cet article, des interpellations dégradantes continues, des personnes pourchassées et souvent interceptées jusque dans les sombres quartiers de Conakry et à l'intérieur du pays.

 

Les quartiers sont mal bouclés et Conakry non sécurisé, les étrangers quittent le pays depuis quelques heures, les français en premier.

 

Aujourd'hui en Guinée c’est l’horreur au degré absolu. Tout ce mal pour avoir défendu les droits les plus élémentaires et les plus légitimes en rapport avec leurs conditions d’existence. Les guinéens sont tués pour avoir démocratiquement fait connaître leur position.

 

L'inquiétant Dadis, soucieux de conserver son fauteuil, préfère hisser les manifestants du 28 Septembre au rang des ennemis de l’Etat.

 

A chaque fois, les manifestations en Guinée sont assimilées à des crimes contre l’Etat. Toutes les autorités s'en mêlent à des degrés divers, les arrestations se multiplient partout. Les petits préfets veulent garder leur poste, les juristes et les journalistes jouent le jeu, tous s'y mettent.

 

Longtemps en Guinée jusqu'aujourd'hui manifestement, les revendications citoyennes et les manifestations d’oppositions politiques sont considérées comme des actes insurrectionnels, la police et les militaires ont pour mission d’y mettre fin.

 

Ainsi il est de coutume en Guinée que “la raison d’Etat“ légitime les brutalités policières.

 

La situation actuelle interpelle donc tous les guinéens à une prise de conscience patriotique. Car en Guinée, “le maintien de l’ordre prévaut sur le respect du premier des droits garantis par la constitution guinéenne et à toutes les normes du Droit International, au respect du droit à la vie à l’intégrité physique des êtres humains“.

 

L’aspect récurent de ce recours excessif à la force et l’impunité dont jouissent les auteurs de ces exécutions extrajudiciaires montrent bien que les hautes autorités de “l’Etat couvrent des actes, voire même les encouragent, afin de bâillonner toute forme d’opposions lorsqu’elle celle-ci prend le chemin de la rue pour exposer son mécontentement“, indique un rapport d’Amnesty International en 2002.

 

La véracité de ce document illustre parfaitement le massacre prémédité d’une dizaine de personnes en mars 1998 à Kaporo-rails, suite aux affrontements violents qui opposaient la population de la localité aux forces de sécurité.

 

D’ailleurs il n’est pas abusé d’affirmer que c’est sous les ordres de Dadis que les militaires ont exécuté dernièrement leur sale besogne. A Kaporo-rails, une dizaine de populations furent tuées pour avoir protester contre la démolition de leur quartier comme je le rappelle ci-haut.

 

Les forces de sécurité guinéenne sont perpétuellement confortées dans le sentiment que le pouvoir a besoin de matraques pour asseoir une politique énergique et enrayer toute tentative de contestation.

 

L’incontournable Cheikh Yérim Seck le rappelle d’ailleurs éloquemment dans Jeune Afrique n° 2402 lorsqu’il affirme que “dans ce pays où, depuis l’indépendance, les forces de l’ordre se sont souvent illustrées par leur brutalité dans la répression des libertés publiques…“

 

Human Rights Watch a déclaré le 6 juillet 2006 qu’“en réponse à une grève nationale dénonçant l’augmentation des prix du riz et de l’essence, les forces de sécurité ont commis des meurtres et des viols. Elles ont frappé et détroussé manifestants et passants“ pendant les marches du 12 juin 2006.

 

Les manifestations du 28 Septembre 2009 n’ont pas échappé à la règle, on dénombre selon de nombreuses sources sures, plusieurs dizaines de femmes violées publiquement et de façon atroce.

 

Jamais au cours d’une manifestation dans notre pays, il n’a manqué aux autorités des motifs pour faire intervenir les militaires de façon brutale pour enrayer toute tentative de revendication.

 

Il est de même “en 1998, à la seconde élection présidentielle, des innocents arrêtés dans les rues ou dans leur concession furent conduit au camp militaire Alpha Yaya Diallo où ils furent atrocement torturés“.

 

“Il y eut des blessés, des handicaps à vie, des morts…“ rendait compte l’Union Internationale des droits de l’Homme.

 

Remarquons également les comportements nettement plus violents des anti-gangs et de la brigade anti-criminalité. Je me permets de citer l'exemple à Maneyah dans la commune de Coyah au cours d’une interpellation qui a mal tourné faisant 3 morts dans la population civile.

 

Quoi qu’il arrive l’Etat guinéen a toujours couvert les comportements belliqueux de son armée. Tel est actuellement le cas aujourd'hui, Dadis se défends d'être légitime dans ses actes.

 

C'est à juste cause que la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) a appelé la communauté internationale à réagir ferment contre ces agissements en Guinée. Et pourtant la Guinée a ratifié plusieurs conventions notamment la charte africaine des droits de l’Homme, la convention contre la torture et autres peines ou traitement cruels, inhumains ou dégradants, mais également le pacte international des droits civils et politiques. Pour ne citer que ceux-ci.

 

Parallèlement il faut savoir que la résolution 1235 du 6 juin 1967 autorise le Conseil Economique et Social des nations unies à examiner les renseignements concernant les violations flagrantes des droits de l’Homme et des libertés fondamentales dans tous les pays.

 

En vertu de cette résolution, la commission et la sous-commission de ce conseil peuvent prendre des mesures au sujet des plaintes relatives aux droits humains en Guinée.

 

Ceci étant pourquoi les dirigeants guinéens n’ont jamais été inquiétés des incessantes violations des droits humains? Les structures onusiennes sont-elles vraiment efficaces ?

 

Alseny Soumah

Repost 0
Published by Amdy's Blog - dans Analyse
commenter cet article