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  • Je suis allergique aux régimes militaires !

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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 18:35

 
Siriman Kouyaté qui a présidé la production du rapport de la commission d'enquêtes du CNDD n’est qu’un bipède. A la place d’un cerveau il doit avoir une machine en panne coupée de la réalité. Ce machin rouillé baigne dans un cynisme épais et imperméable au minimum de sympathie qui permet de s’identifier aux douleurs d’autrui.


Cette désolante et maladive condition lui aura permis de disculper avec une tranquille bonhomie les commanditaires du massacre du 28 Septembre 2009 et de rejeter sans états d’âme toute la responsabilité sur Toumba.

 

On a affaire ici à un être qui s’est défait volontairement de la capacité de penser et de s’émouvoir. Il ne veut pas s’encombrer des nuances du doute et veut vivre sous l’aiguillon des instincts de conservation et du tube digestif. Seul un tel dépouillement animal permet d’expliquer les recommandations que ce prétendu magistrat administre dans son interview à guineenews.org:

 

« Nous avons également demandé de faire en sorte que les chambres froides aient leur capacité élargie. Aussi bien à Donka qu’à Ignace Deen. Nous nous sommes rendus compte que lors de la présentation et de la remise des corps aux parents le 2 octobre 2009, ce n’était pas très gai. Il y a eu des échauffourées entre les parents et les forces de l’ordre en raison de l’état de conservation des corps. Tout cela parce que la capacité des chambres froides est très limitée. Nous demandons à l’État de faire des efforts pour répondre à ce besoin."

 

Cette froide (sic) recommandation fait trembler. Que la nation guérisse ou pas de ses traumas passés et actuels, Siriman Kouyaté aura acquis des palmes d’honneur peu enviables dans le bêtisier de la nation. Des épouvantails de sadisme ont parsemé notre horrible jeune histoire : des récents au plus vieux, on peut nommer les Daddis, les Siaka, les Sekou, les Ismael etc. Siriman Kouyaté nous laissera l’image troublante d’un croque-mort, à califourchon sur l’escabeau de la morbidité, happé dans une logique de criminelle, comme ces ingénieurs des camps nazis, méticuleux et préoccupés de logistique dans l’accomplissement de leurs forfaits. Avec une prémonition tranquille, il veut tout juste savoir s’il y a des capacités suffisantes pour recevoir les cadavres des prochains massacres ; nul ne pourra dire que nous n’avons pas été prévenus.

 

Pour cet ange de malheur, la priorité n’est pas d’équiper les hôpitaux pour traiter les cas actuels de viols. Tant pis si nos sœurs qui ont échoué dans les banlieues de Dakar et d’Abidjan ne peuvent curer les contusions de leurs parties intimes et les viols de leurs âmes auprès des leurs. Comment ces victimes se meurent en silence dans les mouroirs de Conakry, comment elles cherchent l’apaisement auprès des guérisseurs des villages, dans les bénédictions des mosquées, dans les silences des familles et de la nation, Siriman Kouyaté n’en a cure. La rééducation pour les éclopés qui veulent réapprendre à vivre après un voyage dans l’enfer des sbires du CNDD est, pour Siriman Kouyaté, une question de moindre importance par rapport à l’approvisionnement en chambres froides des hôpitaux du pays pour la gestion des stocks des cadavres de demain. D’où cet homme a-t-il tiré une telle morbide prédilection et une telle inversion des priorités ? Est-il malade d’une démence personnelle ou est-il le symptôme troublant d’un cynisme dans lequel la nation baigne ?

 

On a révélé sur l’interne que la maison de Jean-Marie Doré lui avait été octroyée par Sékou Touré pour des services rendus comme indicateur. Plus précisément, on apprend que la maison en question est la propriété de Baidy Gueye. Baidy Gueye était un homme d’affaire originaire de Dinguiraye. Il fit fortune en Côte d’Ivoire. L’histoire dit qu’il fut un des nombreux bienfaiteurs qui aidèrent Sékou Touré à ses débuts. A son retour en Guinée, il créa la boulangerie moderne SADICOM et plusieurs autres compagnies dont une société immobilière. En 1969, il disparaîtra, victime d’un des nombreux complots fictifs du PDG.

 

L’accusation que le premier ministre que la nation s’est donnée pour conduire la transition vers la démocratie habite le cénotaphe secret d’une victime d’un régime honni dont il fut un des agents patentés n’est ni fortuite ni une simple coïncidence que l’on pourrait évacuer d’un revers de la main. Même avec le prétexte qu’on a des choses plus importantes à régler. Surtout pas aussi avec l’excuse commode et usée de la division ethnique qui voudrait que l’auteur de ces lignes, de par la consonance de son nom, serait bien entendu d’une tribu faussement adverse. L’accusation devra être prise pour ce qu’elle est : une lave qui échappe des volcans jamais éteints du passé. Elle surgit dans la déréliction des rumeurs sur les postes ministériels pour lancer une interpellation anodine (qui ne sera pas perçue pour sûr) à un peu de décence dans le management de nos affaires publiques.

 

Pour Jean-Marie Doré, cette information pose plus que des questions d’intégrité, d’espionnage et de concussion. Elle pose des questions sur la santé mentale de l’homme. Il faut souffrir d’une insensibilité et d’un cynisme maladif (semblables à ceux de Siriman Kouyaté) pour pouvoir, des décennies durant, dormir dans un habitat qui symbolise l’assassinat doublé de la spoliation matérielle. Une marque déposée du PDG. Dans le tribunal où se jugeront les crimes imprescriptible du Parti-État, il serait doublement répréhensible : d’avoir fait tuer et d’avoir dépossédé ses victimes. Si jusqu'à présent, son cerveau inhibé par le refus de mettre son passé sous l’examen de sa conscience lui a permis d’habiter cette maison hantée, il n’échappera plus jamais aux questionnements de circonstance et de ceux de l’histoire.

 

Pour la famille de Baydi Gueye, ce fait devrait être une occasion de documenter et publier la vérité sur cette maison. Elle pourrait bien être le moyen pour réhabiliter leur père et l’élever des fosses de victimes anonymes à celui d’un individu qui, par l’insolence des non-repentis, continue à subir d’outre-tombe les injustices d’une classe politique qui refuse de se pencher sur les méfaits passés. L’effet pourrait être contagieux et pourrait secouer la léthargique maladive et l’amnésie sur laquelle s’est greffée avec succès une culture d’impunité et d’arrogance.

 

Il est présomptueux et futile de s’adresser à la nation. Il faut donc s’adresser aux intellectuels, aux agitateurs politiques, aux prétendants au pouvoir pour en appeler à leur sens de décence. L’absurde situation de Jean-Marie Doré pourrait bien être une opportunité de salut ou une preuve de malédiction. Si, dans un ultime sursaut de moral, les citoyens encouragés par les dirigeants peuvent soutenir la famille de Baydi Gueye et demander enfin l’instruction des faux procès du passé et la restitution en chaînes des biens volés, nous avons une chance de mettre fin à l’impunité. Si, par contre, on laisse encore le passé pourrir sous nos regards, bien que nous ayons des pièces à convictions indiscutables, avec le fumeux prétexte de réconciliation nationale ou d’urgences alimentaires, alors nous n’aurons pas de reproche à faire aux Siriman Kouyaté d’aujourd’hui et de demain. Nous aurons définitivement prouvé que nous adorons notre maladie et qu’il est inutile de chercher à nous en guérir.

 

Il est illusoire de croire au repentir des criminels non jugés. Leur mauvaise conscience leur dicte la compulsion de toujours vouloir ensevelir les questions sur leur passé ou de les diluer sous une culpabilité collective ou ethnique. Les questions qu’ils dissimulent resurgiront toujours sous des formes différentes, tantôt lancinantes, tantôt aigues, tantôt violentes. Car, quoique l’on veuille, elles sont la marque de notre véritable identité. Notre condition de guinéens est de savoir s’il faut les assumer dans la lucidité ou de feindre de vivre dans une société normale et de s’éteindre dans la lâcheté.

 

Ourouro Bah

 

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Published by Amdy's Blog - dans Analyse
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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 17:00


Pr. Ansoumane Doré

Les Guinéens voudraient le croire et j'espère que le plus grand nombre le souhaite pour aller vers un ordre constitutionnel que nous n'avons jamais connu. À la sortie de l'ère coloniale en 1958, les dirigeants guinéens ont choisi pour la Guinée, le statut de régime républicain, c'est-à-dire, le régime politique dans lequel le pouvoir est partagé et où la fonction de Chef de l'Etat n'est pas héréditaire.

Tout pouvoir procède de la volonté populaire. Or, en Guinée, le régime républicain proclamé et inscrit au fronton des édifices publics et en frontispice des textes fondamentaux, a été dans les faits, 51 années durant, soit un régime quasi monarchique, soit un régime de dictature militaire.

 

Le cynisme et la tromperie ont consisté de la part des Présidents à toujours user, selon les époques des termes de république populaire ou de république tout court.

 

Dans la réalité, la République de Guinée (la Res publica guineensa, la chose publique guinéenne) n'a été depuis 1958 que la chose privée de Sékou Touré puis de Lansana Conté et, ensuite, de Moussa Dadis Camara.

 

Tous les trois ont usé et abusé de la chose publique selon leur bon plaisir ,en puisant dans les ressources économiques et financières du pays, en mettant sous écrous n'importe quel citoyen ou en libérant de prison selon leurs caprices. Même des Chefs de monarchies constitutionnelles n'ont pas toujours cette étendue de pouvoirs.

 

C'est ce type de conception du pouvoir, reposant sur l'arbitraire, la force et la violence, soutenu par des Guinéens même dits « éclairés » qui est la cause première de l'enlisement de la Guinée dans le sous-développement total.

 

Ce sous-développement est total car il enserre toutes les structures guinéennes: étatiques, humaines (psychologiques et mentales), économiques et sociales etc. Loin d'être au service du peuple guinéen, le régime républicain de Guinée n'a jamais attiré l'adhésion massive et sincère de nos concitoyens.

 

Un grand nombre d'entre eux ont toujours senti sans pouvoir le dire ouvertement un régime fondé sur la violence d'État, l’imposture, la magouille et le vol de toute nature. Cet état de fait n'a jamais contribué à rassembler positivement un peuple pour construire un pays. Un pays ne se construit pas quand ses serviteurs vivent dans la peur.

 

Un exemple vient de nous être donné par le Président de la Commission d'enquête nationale sur les massacres du 28 septembre 2009. Le Président de cette Commission, le Procureur Siriman Kouyaté, n'a reconnu comme responsables de l'ignominie du 28 septembre dernier que le Lieutenant Toumba Diakité et une équipe de bérets rouges.

 

Dadis, président du CNDD et ordonnateur incontournable de tout ce qui pouvait se décider au camp Alpha Yaya jusqu'au 3 décembre 2009, n'est pas reconnu par le Procureur Kouyaté comme responsable du monstrueux crime contre l'humanité qui a été condamné par l'ensemble des Nations.

 

C'est Toumba, l'absent qui n'a fait qu'obéir aux ordres de son Chef qu'on exhibe comme le responsable suprême de ce qui a été décidé au sommet du CNDD.

 

On devine alors que s'il avait été pris le 3 septembre, on l'aurait immédiatement tué pour l'empêcher de parler, comme il l'a, d'ailleurs dit dans son interview.

 

Dans un tel contexte d'État de non droit, on peut, même si l'on ne partage pas, comprendre les curieuses conclusions du Rapport de Siriman Kouyaté qui connaît parfaitement bien la chanson que le pouvoir qui l'a désigné, attendait de lui.

 

C'est pour l'élimination de ce type d'Etat sauvage que naît chez les Guinéens l'espoir d'un aggiornamento dans leur pays à chaque tournant de son histoire.

 

Encore une fois, ce type de survol me semble nécessaire avant d’en venir à l'objet direct de cette note. C'est de dire que l'accord sur la crise guinéenne, signé le 15 janvier, à Ouagadougou, même s'il a comporté des critiques justes, peut et doit constituer une base de départ nouveau.

 

En somme une recherche de réhabilitation de l'Etat guinéen pour, petit à petit, balayer l'absence d'Etat républicain qui n'a fait que beaucoup de mal au pays.

 

Le fait marquant de cette aspiration au renouveau, chacun le sait, est la désignation d'un Premier Ministre de Transition, Jean-Marie Doré, d'un 2e Vice-Premier-Ministre, Rabiyatou Sérah Diallo, tous deux sortis des rangs des Forces vives et d'un 1er Vice-Premier-Ministre venu du CNDD.

 

Pour un gouvernement de travail intensif de six mois, cette surcharge de la Primature n'a pas été un bon signe d'efficacité et elle peut annoncer d'autres surcharges. Le partage de postes ministériels que cette structure annonce pour une aussi courte période de transition, n'annonce pas, de toute évidence, une efficience de l'action gouvernementale.

 

Quand on a parlé de Transition, j'avais imaginé que les membres de gouvernement mis en place, sans préoccupations futuristes d'aucune nature, seraient des techniciens, certes coiffés par un représentant des Forces vives mais en mesure d'annoncer, dans leurs possibilités d’action, des signes de ruptures avec les méthodes ambiantes de gestion publique. Méthodes caractérisées par la pléthore d'acteurs pour la moindre opération, les cérémonials lourds, emphatiques et surannés, tant avec des civils, des militaires que des religieux et qui finissent par compter en heures dans une journée de travail. Or, même si la durée de la Transition est limitée dans le temps et dans les objectifs, avec une structure légère, elle aurait pu annoncer des orientations de travail susceptibles de produire par la suite des effets positifs.

 

Mais la structure en 32 départements ministériels du gouvernement de Jean-Marie Doré qui vient d'être présentée par décret du Président par intérim le Général Sékouba Konaté est trop lourde et risque de s'enliser dans des habitudes et de conduire à un scénario à l'ivoirienne de report en report d'élections. Et pourtant l'occasion du renouveau aurait dû être saisie pour rompre avec un passé, paralysant, source de tous nos maux.

 

Si, en effet le nouveau tournant qui semblait s'amorcer venait à échouer encore, ce que personne de raisonnable sur l'avenir guinéen ne souhaite, la Guinée pourrait sans nul doute se situer dans le sillage du modèle connu par des pays comme la République d'Haïti.

 

Citer le modèle d'évolution d'Haïti, par les temps qui courent, n'est nullement fait, ici, en référence au malheur qui vient de frapper cette République de la Caraïbe, sous la forme d'un terrible séisme le 12 janvier dernier qu'on dit avoir (provisoirement) fait 200 000 morts et 300 000 blessés. Ce type de catastrophe naturelle peut arriver à n'importe quel pays.

 

Ainsi du 22 au 24 décembre 1984, un tremblement de terre, de magnitude 6,3 (selon les spécialistes) sur l'échelle de Richter (graduée de 1 à 9) a secoué à plusieurs reprises des zones de la Moyenne-Guinée, faisant de nombreuses victimes mais personne n'a jamais fait allusion à cette catastrophe dans le calamiteux bilan de la Première République de Guinée (1).

 

Personne ne peut donc en faire, sur ce point, aux Haïtiens à propos des malheurs séculaires qui les frappent. La référence à Haïti concerne le type de gouvernance pratiquée depuis plus de deux siècles.

 

Pour la Guinée, après 50 années d'errements il faut que les gouvernements prennent conscience des réels enjeux de la construction du pays. Cela ne consiste pas seulement à la course au pouvoir et des avantages qui en découlent pour quelques uns. C'est ce que n'ont pas semblé comprendre les dirigeants haïtiens depuis leur héroïque conquête d'indépendance par des esclaves qui sortaient de la nuit des temps au début du XIXe siècle.

 

Cette conquête était infiniment plus difficile que celle qu'ont connue les Africains au milieu du XXe siècle. Mais avec le temps, Haïti aurait pu connaître, à présent, une situation moins catastrophique que ce qu'elle connaît avant le séisme: Elle présente le niveau de développement le plus faible du continent américain (2).

 

Si les Guinéens ne se ressaisissent pas c'est cette trajectoire qu'ils prendront en Afrique et un certain nombrilisme hérité du Non du 28 septembre 1958 qui pèse encore sur certains Guinéens peut les y conduire. C'est pourquoi j'attire l'attention sur l'évolution d'Haïti.

 

De quoi s'agit-il exactement?

 

Sans entrer dans l'histoire tumultueuse de l'île, disons qu'après la révolte des esclaves africains menés par Toussaint Louverture en 1791, celui-ci est fait prisonnier et déporté en France sur ordre de Bonaparte. Mais en 1803, le corps expéditionnaire napoléonien, de 12 000 hommes, dépêché dans l'île pour rétablir l’esclavage, est vaincu près du Cap-Haïtien (auparavant Cap-Français) et l'indépendance est proclamée le 1er janvier 1804 à Gonaïves par le président Jean-Jacques Dessalines avec d'abord un statut politique incertain: « empire » avec Dessalines, « royaume » avec Henri Christophe, « république » avec Alexandre Pétion, et Jean-Pierre Boyer.

 

Les débuts de cette République sont difficiles: évasions des capitaux, les Haïtiens doivent payer une lourde somme pour indemniser les anciens colons français ce qui va handicaper longtemps la jeune République. La France ne reconnaîtra réellement l'indépendance qu'e 1838 sous Louis-Philippe.

 

D'autres reconnaissances suivront: le Saint-Siège, les Etats-Unis après l'abolition de l'esclavage par Lincoln (1863).Mais le mépris dans lequel est maintenue cette république noire est assez général. Ainsi, Alexandre Pétion (Président d'Haïti, 1807-1818), donne asile à Simon Bolivar pourchassé au Venezuela et lui donne des aides (à deux reprises) pour reprendre son combat de libération contre les Espagnols, en lui demandant seulement l'émancipation des esclaves des terres libérées mais quand Bolivar convoque le Congrès de Panama en 1826, sur l'Amérique latine, Haïti n'est pas invitée.

 

Pendant toute la première moitié du XIXe siècle, la crainte du retour des maîtres français entraîne un surarmement et des dépenses importantes pour la construction de nombreux forts de défense comme la gigantesque citadelle du roi Christophe près du Cap-Haïtien.

 

Cette obsession de défense conduit à occuper la partie Est de l'île qui deviendra après trois guerres meurtrières la République dominicaine en 1844. Sur le plan politique s'installent des dictatures militaires appuyées sur des bases régionales (le Sud contre le Nord).

 

Les Chefs militaires préoccupés de pouvoir politique plus que de construction du pays, lèvent dans les campagnes des armées de mécontents qui ravagent l'île. Pour financer leur soif de pouvoir, ils ont recours à des emprunts extérieurs avec des conditions léonines. Le non-remboursement des dettes entraîne des interventions des puissances extérieures dans la politique haïtienne.

 

Le principe de la remise de dettes n'existait pas encore. Au XXe siècle, les Etats-Unis, qui pratiquent déjà une politique impérialiste dans la région Caraïbe, veulent assainir et policer ce qu’ils considèrent comme une zone instable.

 

Ils envahissent militairement Haïti, prennent le contrôle des douanes pour assurer le paiement des dettes contractées et établissent un protectorat qui va se maintenir de 1915 à 1934 avec la collaboration d'hommes de paille. Mais la résistance populaire évite à l'île de devenir une quasi-colonie de grandes plantations comme Cuba ou la République dominicaine (3).

 

Certains nationalistes qui apparaîtront plus tard sur la scène politique, comme le Docteur François Duvalier (1957-1971) et son fils Jean-Claude Duvalier n'ont pas tardé à se muer en sinistres dictateurs qui ont enfoncé Haïti dans un sous-développement chronique et contribué à renforcer l'émigration des Haïtiens (notamment vers l'Amérique du Nord, la République dominicaine, les Antilles Françaises et la France) de plus de 3 millions d'Haïtiens dont de nombreux cadres et techniciens sur une population totale d'environ 9 millions d'habitants.

 

D'autres dirigeants comme le prêtre Jean-Bertrand Aristide, devenu homme politique au début des années 1990, avait suscité beaucoup d'espoir avec son slogan de campagne de réconciliation pacifique en créole « Pa pè Fè lapè » (« Ne craignez pas de faire la paix ») a été deux fois renversée contraint à l'exil, d'abord aux Etats-Unis en 1991, puis revenu au pouvoir en 1994 , exilé de nouveau en Afrique du Sud.

 

On voit donc que Haïti a subi des coups durs au cours de son existence bicentenaire mais tout n'a pas dépendu des Haïtiens eux-mêmes, comme il vient d'être rappelé. L'inconscience d'une minorité dirigeante égoïste, repliée sur elle-même et assoiffée de pouvoir source de son enrichissement a largement contribué aux malheurs du peuple haïtien: violence politique et misère permanente de la majorité de la population.

 

À biens des égards, c'est ce type de comportement qui transparaît en Guinée, malgré des comportements d'artifice et des gesticulations de façade. Comme en Haïti, ce ne sont pas toujours les éléments susceptibles de progrès pour l'ensemble de la nation qui ont tenu le haut du pavé mais les éléments médiocres.

 

Un grand nombre de cadres et techniciens haïtiens de haut niveau technique et professionnel vivent aux quatre coins du monde. Il en est de même pour la Guinée et dans les deux cas cette situation arrange bien du monde.

 

Le raisonnement s'y fait en termes de places et non de recherche de l'efficacité dans la construction du pays. C'est cette voie d'efficacité qu'on souhaiterait que le gouvernement de Jean-Marie Doré emprunte. Ce n'est pas facile et je devine toutes les inerties auxquelles il devra faire face. Mais le renouveau n'interviendra qu'au prix de ruptures avec des habitudes.

 

Cette indication ne concerne plus les gens de ma génération mais toutes les jeunes générations de cadres et techniciens guinéens bien formés et qui attendent de s'investir au service de leur pays. Je souhaite que Jean-Marie Doré donne ce signal et il y aura des chances que les gouvernements qui suivront prennent la même voie de renouveau. Nos compatriotes suivront car ils ont soif du renouveau.

 

Pour terminer, il faut se souvenir que la violence appelle la violence et le devoir de dirigeants politiques doit être, entre autres, d'éviter la violence. C'est un thème à développer dans la conscience collective.

 

Les dirigeants guinéens doivent méditer et éviter à la Guinée le type d'évolution qu'a enregistrée jusqu'ici la République d’Haïti, moins par les aléas historiques que le temps aurait pu atténuer que par l'incurie des dirigeants du pays. Ce n'est pas parce que nous, Guinéens, avons eu un semblant de stabilité politique de 50 années, assises d'ailleurs, sur des monceaux de cadavres de Guinéens que les prodromes du modèle haïtien d'évolution ne sont pas perceptibles.

 

Voici ce qu'a été la succession de la Présidence de la République d' Haïti depuis 1804 et qui prouve que le pouvoir politique y a été la préoccupation dominante de la classe politique avec toutes les conséquences négatives qu'on constate de nos jours.

 

Présidents, mandat et destin

 

1. Jean-Jacques Dessalines : 1804-1806, Militaire, assassiné;

 

2. Henri Christophe : 1807-1820, Militaire, Nord du pays, suicidé;

 

3. Alexandre Pétion : 1807-1818, Militaire, Sud du pays, décès de maladie;

 

4. Jean-Pierre Boyer : 1818-1843, Militaire, exilé en Jamaïque, puis en France où il mourut en 1850;

 

5. Charles Hérard : 1843-1844, Militaire, exilé;

 

6. Philippe Guerrier : 1844-1845, Militaire, décès;

 

7. Jean-Louis Pierrot : 1845-1846, Militaire;

 

8. Jean-Baptiste Riché : 1846-1847, Militaire, décès;

 

9. Faustin Soulouque : 1847-1859, Civil, exilé en Jamaïque;

 

10. Fabre Geffrard : 1859-1867, Militaire, exilé en Jamaïque;

 

11. Sylvain Saenave : 1867-1869, Militaire, exécuté;

 

12. Nissage Saget : 1870-1874, Civil, retraité;

 

13. Michel Domingue:1874-1876, Militaire, exilé en Jamaïque;

 

14. P. T. Boisrond Canal: 1876-1879, Militaire, exilé en Jamaïque;

 

15. E. Félicité Salomon: 1879-1888, Civil, exilé en France;

 

16. F. Florvil Hyppolite: 1889-1896, Militaire, décès;

 

17. Tiresias Simon Sam:1896-1902, Militaire, exilé;

 

18. Nord Alexis: 1902-1908, Militaire, exilé en Jamaïque;

 

19. Antoine Simon: 1908-1911, Militaire, exilé en Jamaïque;

 

20. M. Cincinnatus Leconte: 1911-1912, Civil, mort dans l'explosion du palais national;

 

21. Tancrède Auguste: 1912-1913, Civil, décès??...;

 

22. Michel Oreste: 1913-1914, Civil, exilé en Jamaïque;

 

23. Oreste Zamor: 1914, Militaire, assassiné en prison;

 

24. J. Dalvimar Théodore: 1914-1915, Civil, exilé;

 

25. J. Vilbrun Guillaume Sam: 1915, Civil, mis à mort par lynchage d'une foule alors qu'il s'était réfugié à l'Ambassade France à Port-au-Prince;

 

Occupation américaine 1915-1934

 

26. Sténio Vincent: 1930-1941, Civil, démissionnaire;

 

27. Elie Lescot: 1941-1946, Civil, exilé en Jamaïque puis aux Etats-Unis;

 

28. Frank Lavaud:1946, Militaire;

 

29. Estimé Dumarsais: 1946-1950, Civil, renversé;

 

30. Frank Lavaud:1950, Militaire;

 

31. Paul Magloire: 1950-1956, Militaire, renversé, exilé aux Etats-Unis, puis retour au pays à la chute du régime des Duvalier en 1986.

 

32. Joseph Nemours Pierre-Louis: 1956-1957: Civil, démissionnaire;

 

33. Frank Sylvain:1957, Civil, renversé;

 

34. Léon Cantave: 1957, Militaire;

 

35. Pierre Eustache Daniel Fignolé: 1957, Civil, renversé;

 

36. Antonio Thrasybule Kébreau: 1957, Militaire;

 

37. François Duvalier (père):1957-1971, Civil (Papa Doc), décès en 1971 et dont la tombe a été saccagée en 1986, à la chute du régime de son fils Jean-Claude;

 

38. Jean-Claude Duvalier (fils) : Civil (Baby Doc), renversé, exilé en France où il vit depuis;

 

39. Henri Namphy: 1986-1988, Militaire, renversé;

 

40. Leslie-François Manigat: 1988, Civil, reversé;

 

41. Henri Namphy: 1988, Militaire, renversé;

 

42. Prosper Avril: 1988-1990, Militaire, exilé aux Etats-Unis, retour au pays en 1993, arrêté en 2001 pour conspiration contre l'Etat (sous Jean-Bertrand Aristide), il a été libéré en 2004 et est devenu écrivain;

 

43. Hérard Abraham: 1990, Militaire;

 

44. Ertha Pascal-Trouillot:1990-1991, Présidente de la Cour suprême d'Haïti, a été prise en otage;

 

45. Jean-Bertrand Aristide: 1991, Civil, reversé, exilé aux Etats-Unis;

 

46. Raoul Cédras: 1991-1994, Militaire, exilé au Panama, suite à l'intervention américaine;

 

47. Jean-Bertrand Aristide : 1994-1996 et 2001-2004, Civil, renversé, exilé en République Centrafricaine puis en Afrique du Sud où il vit depuis;

 

48. Boniface Alexandre: 2004-2006, Civil;

 

49. René Garcia Préval: 1996-2001 et depuis 2006...

 

NB. Ne figurent pas sur cette liste ceux qui ont assuré de très courtes périodes (provisoires) de la Présidence de la République pour la période très récente de la décennie 1990, comme: Marc-Louis Bazin, Joseph C. Nérette, Emile Jonassaint. (4).

 

J'ai retracé cette liste pour donner à réfléchir aux Guinéens sur les tendances qu'ils ont à idolâtrer même des militaires du gabarit politique de Moussa Dadis Camara. Des dirigeants politiques de cette catégorie ne peuvent mener un pays qu'à la ruine. Je l'ai écrit souvent, non pas contre la personne d'un homme mais pour l'avenir d'un pays.

 

Le peuple haïtien est un peuple courageux qui aurait pu mieux réussir que ce qu'on constate aujourd'hui. Ce peuple a montré son courage dès l'accession à l'indépendance. Un peuple d'esclaves noirs africains qui se libéra, entre autres, en battant une armée française de 12 000 hommes que Napoléon Bonaparte avait dépêchée dans l'île pour rétablir l'esclavage.

 

Un peuple auquel la puissance coloniale sous le roi Charles X a imposé une indemnisation à payer, pour être reconnu indépendant, de la somme colossale de 150 millions de franc-or de l'époque, ramenée par la suite à 90 millions et dont les Haïtiens ne finiront le remboursement qu'en 1888.

 

Tout ce passé a pesé sur l'évolution de cette île qu'on présentait à la date de l'indépendance comme prospère dans la région (5). Mais si depuis 1888, la gouvernance de l'île n'avait pas été l'image paralysante de gestion publique qu'on devine facilement en lisant la liste, ci-dessus, Haïti n'aurait sûrement pas été, aujourd'hui, le pays le plus misérable du continent américain. La lutte politique qu'y a livrée une armée qui s'est constamment emparée du pouvoir politique sans toujours savoir quoi en faire sinon qu'à enrichir une petite oligarchie compradore (6) qui se dépêche à chaque passage au pouvoir de se préparer des exils dorés à l'étranger; voilà les sources du mal haïtien. Certains hommes politiques de paille qu'ils utilisent le plus souvent n'ont pas d'autres ambitions que les leurs.

 

Le peuple guinéen dispose lui aussi de grandes qualités. Il ne doit pas se focaliser sur son passé colonial de 60 années ni sur les pièges tendues du début d'indépendance pour expliquer tous ses malheurs, comme certains Guinéens se plaisent à le faire.

 

Des pays comme le Vietnam ont subi des épreuves plus dures et se sont mieux sortis d'affaires. Les malheurs du peuple guinéen ont été ses hommes politiques et principalement ses Présidents qui n'ont été que des imposteurs. Il faut que les Guinéens et parmi eux, les plus éclairés, se débarrassent des méthodes de gouvernement par imposture.

 

C'est pourquoi quand des Guinéens s'élèvent avec véhémence contre le pouvoir militaire, comme dans le Collectif guinéen contre le Pouvoir militaire (CGCPM), ils doivent être entendus et suivis. Devant ce type de collectif, d'autres soulignent cependant, l'incontournabilité de l'Armée dans le règlement de toute crise présente.

 

Au regard de ce constat, faut-il laisser le cours des choses se poursuivre comme pendant les 25 dernières années?

 

Sur ce point, je ne crois pas qu'il faille comprendre que la communauté internationale ou le CGCPM minimisent le poids de l'armée en Guinée. Si tel était le cas pour la communauté internationale, Sékouba Konaté n'aurait pas reçu tant de messages de félicitations et de soutien dans les orientations qu'il a annoncées. Quand au CGCPM, la position qu'il adopte est la plus féconde pour notre pays, face à la communauté internationale: (« aide-toi, le Ciel t'aidera », c'est connu...).

 

Dans les deux positions, le but recherché est d'amener la Guinée vers le type de gouvernance à base de droit non par la force des armes. Les rejets de références à la communauté internationale que certains guinéens préconisent, prouvent leur peu de connaissance des réalités du monde présent. Ne serait-ce qu'au niveau des besoins de financement extérieur, seuls ceux qui sont aux manettes du pouvoir à Conakry, savent ces réalités.

 

Aujourd'hui, sans parler de grandes infrastructures, pour financer le moindre projet dans notre pays : élections, réforme de l'armée, par exemple, nous avons besoin de financement extérieur. C'est en cela que la communauté internationale est une réalité et c'est en cela que le CGCPM doit se faire entendre. Ce collectif qui travaille pour l'avènement de la démocratie dans notre pays devrait pour une fois faire l'unanimité des jeunes générations des Guinéens. Et il est temps que chacune et chacun se penchent sur cet appel au lieu de se réfugier dans un scepticisme de personnes vieillies avant l'âge.

 

Dans un article d'Afrique Asie (N° février 2010) « L'équation militaire » Ahmadou Kélégué fait une bonne analyse de cette question Il montre comment, dans les mentalités et dans les faits, l'Armée est devenue incontournable. Ce type de diagnostic est utile et doit servir, sans intimider.

 

Quand je parle d'espoir et de rédemption de la République , cela veut signifier que nous devons faire confiance aux acteurs des Forces vives, à commencer par le Premier Ministre de la Transition pour tirer le meilleur des dispositions favorables du Général Sékouba Konaté à un retrait de l'Armée de la direction politique du pays.

 

Faire confiance aux Forces vives ne signifie nullement se transformer en chœur d'applaudissement à tout. La critique est donc nécessaire mais le contexte d'ensemble du pays est difficile, chacun le sait ou le devine. C'est pourquoi il faut aider les Forces vives, le gouvernement de Transition et le Général Sékouba Konaté dans la voie de rédemption de la République de Guinée. Et je le répète, il ne s'agit pas d'un appel à un suivisme aveugle mais un appel à la vigilance active mais pas au renoncement.

 

Des positions d'affrontement ne pourront que reculer les solutions à nos problèmes. Ce pragmatisme ne signifie nullement donc une renonciation à la formation des citoyens guinéens aux objectifs du Collectif guinéen contre le Pouvoir Militaire. Et les leaders politiques doivent s'employer de façon pédagogique à faire comprendre aux responsables militaires que dans une nation , la spécialisation des tâches est une nécessité, celle de l'Armée est la défense du territoire national. Quand chaque catégorie socioprofessionnelle aura compris l'absolue nécessité de la division du travail social selon les spécialisations, les choses marcheront mieux en Guinée.

 

Ansoumane Doré

Dijon, France

 

Notes :

(1) Il faut rappeler ici qu'un violent tremblement de terre a secoué à plusieurs reprises le Nord-Ouest de la Guinée, les 22-24 décembre 1983. Les localités de Gaoual et de Koumbia ont été particulièrement détruites. Des dégâts ont été aussi enregistrés à Mamou, Kindia et Labé. Les victimes ont été chiffrées à 275 morts et 1300 blessés.

 

Selon l'Institut Physique du Globe de Strasbourg (France) qui avait aussitôt confirmé les informations de Radio-Conakry, les secousses avaient atteint la magnitude sur l'échelle de Richter (graduée de 1 à 9), ce qui est destructeur. La dictature en place, alors, parlera peu des victimes mais les marabouts et les féticheurs de Guinée se saisirent de l’évènement, qui, il est vrai, est apparu comme surprenant pour tout le monde.

 

En effet aucun séisme important n'avait été enregistré, de mémoire d'homme, jusqu'à cette date en Afrique de l'Ouest, si ce n'est dans les lointaines îles volcaniques du Cap-Vert. Mais puisqu'il s'agissait d'un fait exceptionnel, marabouts, féticheurs et devins ont laissé entendre qu'il devait avoir un sens caché. Toujours est-il qu'à peine trois mois après ce séisme, Sékou Touré disparaissait le 26 mars 1984. Ce qui a conduit à des commentaires variés.

 

(2). Voir INSEE « Panorama économique de la Caraïbe », Préfecture de la Région Guadeloupe, 1999; Dossier par pays des 21 entités de la Caraïbe.

 

(3) Voir Christian Girault, « La République haïtienne », Editions Karthala/Adec, Paris; voir Jacques Barros, « Haïti de 1804 à nos jours », L'harmattan, 1984 Paris.

 

(4). Wikipédia: Liste des Présidents d'Haïti; Université Sherbrooke, Québec, Canada: Perspective Monde.

 

(5). La République dominicaine qui occupe la partie orientale de l'île d'Haïti est aujourd'hui beaucoup plus développée économiquement et socialement.

 

(6). La bourgeoisie compradore dans des pays en développement est formée d'une minorité d'autochtones enrichis par des trafics divers avec l'étranger et par conséquent plus liée à l'extérieur qu'au pays. L'exil qui peut advenir à des politiques leur permet de trouver à l'étranger une assise matérielle confortable.

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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 12:41



Les nouvelles en provenance de Guinée décrivent de façon, on ne peut plus claire, l’étrange spécificité guinéenne. En 1984 à la suite de la prise du pouvoir par l’armée, le premier ministre d’alors feu colonel Diarra Traoré avait tenté d’interpréter le bilan de notre indépendance en parlant de regret. Il n’avait pas eu la chance d’être écouté.


Toutefois, 25 ans après son cri d’alarme, il s’est avéré que ces propos n’étaient pas insensés car la gestion de notre pays par ses propres fils n’est pas meilleure à celle de ses occupants étrangers d’hier. Pire, nous n’arrivons pas à le réaliser. Nous devons nous poser la question de savoir si réellement nous avons pu acquérir les compétences nécessaires à la gestion d’une nation, fut-elle la notre et de comprendre et réaliser que certains principes moraux tels que droits et démocratie ont une portée universelle.

 

De 1958 à nos jours, nous sommes victimes de nos propres abus. En 1984, nous avions dit : « Plus jamais ça ». En 2007, nous avions répété le même slogan et il y a quelques semaines, nous nous étions sentis rassurés à la suite de la signature des accords inter-CNDD entre le général Sékouba Konaté et le capitaine Dadis à Ouagadougou.

 

En dépit des déclarations de soulagement qui proviennent de tous les coins du monde, le ciel continue d’être nuageux sur la Guinée tout en donnant raison à feu le colonel Diarra, malgré lui, je crois. Il n’aurait jamais aimé que la réalité guinéenne donne le sens qui est dû à ses propos. Mais hélas !

 

En dehors du Ghana et du Liberia, tous les pays africains qui, aujourd’hui, se mobilisent pour aider la Guinée à être dans la voie d’une évolution politique normale et à sortir de cette crise, ont acquis leur indepedance bien après elle. La colonisation que je n’ai pas connue, avait-elle fait tuer et violer au tant que les trois régimes qui ont dirigé successivement notre pays en 50 ans en ont fait les colons en 60 ans? Cette question est essentielle pour mieux analyser les propos de feu Diarra.

 

Aujourd’hui, l’avenir de notre pays se joue au Burkina sous l’égide de son président Blaise Compaore et du criminel numéro un du pays et qui, cependant, devait être en prison. Ce qui est étonnant, c’est le fait que l’on n'arrive pas à réaliser que le pouvoir de Dadis n’a rien de légal et de légitime. Le Tout Puissant nous a libérés de la violence du CNDD par un de ses membres en la personne du lieutenant Toumba qui a refusé de porter seul la responsabilité des crimes contre l’humanité commis contre nos concitoyens. Et n’allons pas saisir l’opportunité offerte par un autre membre de la machine meurtrière pour travailler dans la poursuite de notre rêve national.

 

Les intérêts divergents poursuivis par les uns et par les autres ont fini par créer un bi-cephalisme évident à tous les niveaux et nous amènent à interpréter les principes universels cités plus haut conformément aux objectifs à atteindre dans la sphère à laquelle nous appartenons. Cet état des faits compromet toutes nos démarches dans la recherche des solutions de sortie de crises. Les exemples ne manquent pas qui illustrent cette remarque. Le rejet de la logique a fini par faire de nous un peuple qui pense, agit et qui croit n’exister qu’au présent.

 

Aujourd’hui c’est toute la nation qui devait se mobiliser et faire peau neuve pour ne pas que ce tournant de l’histoire de notre pays ne s’ajoute à la longue liste des occasions manquées en Guinée depuis 1958. Pour réussir cette transition qui s’ouvre avec la bénédiction du règlement de comptes entre les acteurs de la violence en Guinée, nous devons travailler l’avènement de l’Etat de droit ce qui nous éviterait d’être condamnés par les générations futures. C’est pourquoi, il est plus qu’urgent que les guinéens acceptent un vrai débat et sans tabous sur tous les fléaux qui entachent la vie de notre société et de notre nation.

 

A mon entendement de toutes les maladies dont souffre aujourd’hui, notre pays et qui sont toutes causées par la mal gouvernance, l’ethnocentrisme est la plus mortelle pour la Guinée en tant que nation. Utilisé par tous les trois régimes, chacun en son temps, pour conserver le pouvoir au nom d’une appartenance identitaire qui en fait n’a servi que quelques individus ou des clans mais jamais toute l’ethnie au nom de laquelle, le pouvoir est revendiquée.

 

Pendant que la première république dénonçait « un racisme peulh » c’est toutes les fondations humaines, économiques et sociales qui étaient détruites en Guinée de la Basse à la Guinée Forestière en passant par la Moyenne et la Haute. Des citoyens appartenant à tous les groupes ethniques et qui contribuaient ou pourraient contribuer au développement de la nation furent sacrifiés. La loi-cadre et Cheytane 1975 ont laissé des cicatrices en Haute Guinée.

 

En 1985, le fameux « Wo Fatara » n’a pas mis ceux dont ce slogan était destiné à exprimer la frustration à l’abri des conséquences de l’arbitraire et de la corruption dans l’impunité. Des compatriotes de la Guinée Forestière ont subi comme tout le monde en Guinée, les massacres, les viols et en un mot la violence que notre pays connaît depuis plus d’un an maintenant.

 

Même si des postes de souveraineté ou bien stratégiques ont été distribués sur la base d’une certaine consanguinité, je continue de croire que Sékou Touré, Lansana Conté et Moussa D. Camara ont utilisé l’ethnocentrisme non pas pour servir leurs ethnies mais pour leurs intérêts personnels liés au maintien du pouvoir.

 

Cette gangrène qu’ils ont laissée dans le corps Guinée doit être soignée pour que nous retrouvions la voie du salut parce que tant qu’elle restera là, nous resterons incapables de respecter les principes de base pour gérer une nation normale. Cette maladie nous empêche de regarder dans la même direction et de trouver la solution, celle-là, qui s’appliquera et aura les mêmes effets en Haute, Moyenne, Basse et Guinée Forestière.

 

Aujourd’hui, nous devons ensemble demander des comptes à nos hommes politiques pour la réussite de cette transition qui est une étape cruciale dans le processus d’édification de l’état de droit ambitionné par le peuple de Guinée.

 

Le général Konaté doit nous éclairer davantage sur sa réelle position face à la situation confuse qui prévaut depuis son retour du Burkina. Il a été reçu à Conakry comme un véritable héro, mais il semble maintenir une loyauté à son ami le capitaine Dadis. Dadis étant le commandant en chef des Forces armées guinéennes est responsable de la tragédie du 28 septembre 2009.

 

La Commission d’enquête des Nations Unies dans son rapport l’a clairement reconnu coupable de crimes contre l’humanité. Le pouvoir du capitaine Dadis n’a jamais été légal ni légitime, donc il ne peut revendiquer en tous cas selon toute logique un quelconque privilège de chef d’Etat guinéen même s’il ne devait pas être traduit devant la CPI.

 

Le général Konaté, quant à lui, jouit de l’acceptation du peuple de Guinée ainsi que de celle de la Communauté Internationale. C’est pourquoi, il doit se sentir aujourd’hui le premier magistrat du pays et mettre maintenant fin à toute loyauté surtout à celui qui a commis des crimes contre l’humanité dans son propre pays.

 

Le général Konaté doit cesser de gouverner avec des gens qui sont accusés des mêmes crimes. Il devait dès son retour d’Ouagadougou, prendre des mesures allant dans le sens de la rectification et de la restauration des victimes dans leurs droits. Il devrait dissoudre la Commission Nationale d’Enquête et ne pas permettre au président de celle-ci d’avoir l’occasion d’insulter la mémoire des innocents massacrés et violés et la dignité de leurs familles.

 

La structure de son équipe est en totale contradiction avec l’appel au changement qu’il a lancé.

 

Quant aux Forces Vives, elles doivent à leur tour nous éclairer sur leurs objectifs qui ne doivent pas se résumer à la seule volonté d’accéder au pouvoir.

 

Depuis que le Tout Puissant a éloigné leur concurrent du CNDD, leurs leaders ont abandonné certaines de leurs revendications que la Communauté internationale a accepté de supporter. Ils ont renoncé à l’idée de la création d’un cadre de concertation que le général Konaté a pourtant offert et se sont précipités dans une aventure qui risque d’être périlleuse pour l’avènement de la démocratie dans ces très courts six mois. Une concertation sur la transition aurait permis d’en définir la feuille de route et présenter à nos partenaires étrangers une vision leur permettant de savoir où nous sommes et où nous voulons aller.

 

Une autre source d’inquiétude pour l’avènement de l’état de droit, c’est l’indifférence de la classe politique face l’impunité, on parle de détournements par des adversaires politiques, mais jamais des crimes contre l’humanité dont est victime le peuple de Guinée depuis l’indépendance.

 

Le premier ministre issu des Forces Vives dont des supporters ont été massacrés, violés, expropriés de leurs biens en 2006, en janvier et février 2007 et surtout encore en septembre 2009 prévoit dans son gouvernement un poste pour auditer des concurrents anciens premiers ministres mais pas les anciens présidents et à plus forte raison enquêter sur les violations des droits de l’Homme dont la Guinée est le théâtre depuis qu’elle est gérée par ses propres fils.

 

Ni le président, ni le premier ministre de la transition ne parlent de ceux dont les sacrifices les ont mis aux fonctions qu’ils occupent actuellement. L’arrivée de l’envoyée de la CPI nous édifiera davantage sur leur attachement à la justice et leur position face a l’impunité.

 

Si l’improvisation et l’inconsistance continuent à marquer les décisions et les actes des dirigeants de la transition, la Communauté internationale pourrait des sentir dans un manque d’interlocuteurs valables et éventuellement dans l’obligation d’abandonner les efforts louables qu’elle est en train de déployer en faveur du processus de retour à l’ordre constitutionnel en Guinée.

 

Je ne le souhaite pas, mais...!

 

Abdourahamane Barry

Abdourabarry7@gmail.com

 

 

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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 07:47



Les nouvelles en provenance de Guinée décrivent de façon, on ne peut plus claire, l’étrange spécificité guinéenne. En 1984 à la suite de la prise du pouvoir par l’armée, le premier ministre d’alors feu colonel Diarra Traoré avait tenté d’interpréter le bilan de notre indépendance en parlant de regret. Il n’avait pas eu la chance d’être écouté.


Toutefois, 25 ans après son cri d’alarme, il s’est avéré que ces propos n’étaient pas insensés car la gestion de notre pays par ses propres fils n’est pas meilleure à celle de ses occupants étrangers d’hier. Pire, nous n’arrivons pas à le réaliser. Nous devons nous poser la question de savoir si réellement nous avons pu acquérir les compétences nécessaires à la gestion d’une nation, fut-elle la notre et de comprendre et réaliser que certains principes moraux tels que droits et démocratie ont une portée universelle.

 

De 1958 à nos jours, nous sommes victimes de nos propres abus. En 1984, nous avions dit : « Plus jamais ça ». En 2007, nous avions répété le même slogan et il y a quelques semaines, nous nous étions sentis rassurés à la suite de la signature des accords inter-CNDD entre le général Sékouba Konaté et le capitaine Dadis à Ouagadougou.

 

En dépit des déclarations de soulagement qui proviennent de tous les coins du monde, le ciel continue d’être nuageux sur la Guinée tout en donnant raison à feu le colonel Diarra, malgré lui, je crois. Il n’aurait jamais aimé que la réalité guinéenne donne le sens qui est dû à ses propos. Mais hélas !

 

En dehors du Ghana et du Liberia, tous les pays africains qui, aujourd’hui, se mobilisent pour aider la Guinée à être dans la voie d’une évolution politique normale et à sortir de cette crise, ont acquis leur indepedance bien après elle. La colonisation que je n’ai pas connue, avait-elle fait tuer et violer au tant que les trois régimes qui ont dirigé successivement notre pays en 50 ans en ont fait les colons en 60 ans? Cette question est essentielle pour mieux analyser les propos de feu Diarra.

 

Aujourd’hui, l’avenir de notre pays se joue au Burkina sous l’égide de son président Blaise Compaore et du criminel numéro un du pays et qui, cependant, devait être en prison. Ce qui est étonnant, c’est le fait que l’on n'arrive pas à réaliser que le pouvoir de Dadis n’a rien de légal et de légitime. Le Tout Puissant nous a libérés de la violence du CNDD par un de ses membres en la personne du lieutenant Toumba qui a refusé de porter seul la responsabilité des crimes contre l’humanité commis contre nos concitoyens. Et n’allons pas saisir l’opportunité offerte par un autre membre de la machine meurtrière pour travailler dans la poursuite de notre rêve national.

 

Les intérêts divergents poursuivis par les uns et par les autres ont fini par créer un bi-cephalisme évident à tous les niveaux et nous amènent à interpréter les principes universels cités plus haut conformément aux objectifs à atteindre dans la sphère à laquelle nous appartenons. Cet état des faits compromet toutes nos démarches dans la recherche des solutions de sortie de crises. Les exemples ne manquent pas qui illustrent cette remarque. Le rejet de la logique a fini par faire de nous un peuple qui pense, agit et qui croit n’exister qu’au présent.

 

Aujourd’hui c’est toute la nation qui devait se mobiliser et faire peau neuve pour ne pas que ce tournant de l’histoire de notre pays ne s’ajoute à la longue liste des occasions manquées en Guinée depuis 1958. Pour réussir cette transition qui s’ouvre avec la bénédiction du règlement de comptes entre les acteurs de la violence en Guinée, nous devons travailler l’avènement de l’Etat de droit ce qui nous éviterait d’être condamnés par les générations futures. C’est pourquoi, il est plus qu’urgent que les guinéens acceptent un vrai débat et sans tabous sur tous les fléaux qui entachent la vie de notre société et de notre nation.

 

A mon entendement de toutes les maladies dont souffre aujourd’hui, notre pays et qui sont toutes causées par la mal gouvernance, l’ethnocentrisme est la plus mortelle pour la Guinée en tant que nation. Utilisé par tous les trois régimes, chacun en son temps, pour conserver le pouvoir au nom d’une appartenance identitaire qui en fait n’a servi que quelques individus ou des clans mais jamais toute l’ethnie au nom de laquelle, le pouvoir est revendiquée.

 

Pendant que la première république dénonçait « un racisme peulh » c’est toutes les fondations humaines, économiques et sociales qui étaient détruites en Guinée de la Basse à la Guinée Forestière en passant par la Moyenne et la Haute. Des citoyens appartenant à tous les groupes ethniques et qui contribuaient ou pourraient contribuer au développement de la nation furent sacrifiés. La loi-cadre et Cheytane 1975 ont laissé des cicatrices en Haute Guinée.

 

En 1985, le fameux « Wo Fatara » n’a pas mis ceux dont ce slogan était destiné à exprimer la frustration à l’abri des conséquences de l’arbitraire et de la corruption dans l’impunité. Des compatriotes de la Guinée Forestière ont subi comme tout le monde en Guinée, les massacres, les viols et en un mot la violence que notre pays connaît depuis plus d’un an maintenant.

 

Même si des postes de souveraineté ou bien stratégiques ont été distribués sur la base d’une certaine consanguinité, je continue de croire que Sékou Touré, Lansana Conté et Moussa D. Camara ont utilisé l’ethnocentrisme non pas pour servir leurs ethnies mais pour leurs intérêts personnels liés au maintien du pouvoir.

 

Cette gangrène qu’ils ont laissée dans le corps Guinée doit être soignée pour que nous retrouvions la voie du salut parce que tant qu’elle restera là, nous resterons incapables de respecter les principes de base pour gérer une nation normale. Cette maladie nous empêche de regarder dans la même direction et de trouver la solution, celle-là, qui s’appliquera et aura les mêmes effets en Haute, Moyenne, Basse et Guinée Forestière.

 

Aujourd’hui, nous devons ensemble demander des comptes à nos hommes politiques pour la réussite de cette transition qui est une étape cruciale dans le processus d’édification de l’état de droit ambitionné par le peuple de Guinée.

 

Le général Konaté doit nous éclairer davantage sur sa réelle position face à la situation confuse qui prévaut depuis son retour du Burkina. Il a été reçu à Conakry comme un véritable héro, mais il semble maintenir une loyauté à son ami le capitaine Dadis. Dadis étant le commandant en chef des Forces armées guinéennes est responsable de la tragédie du 28 septembre 2009.

 

La Commission d’enquête des Nations Unies dans son rapport l’a clairement reconnu coupable de crimes contre l’humanité. Le pouvoir du capitaine Dadis n’a jamais été légal ni légitime, donc il ne peut revendiquer en tous cas selon toute logique un quelconque privilège de chef d’Etat guinéen même s’il ne devait pas être traduit devant la CPI.

 

Le général Konaté, quant à lui, jouit de l’acceptation du peuple de Guinée ainsi que de celle de la Communauté Internationale. C’est pourquoi, il doit se sentir aujourd’hui le premier magistrat du pays et mettre maintenant fin à toute loyauté surtout à celui qui a commis des crimes contre l’humanité dans son propre pays.

 

Le général Konaté doit cesser de gouverner avec des gens qui sont accusés des mêmes crimes. Il devait dès son retour d’Ouagadougou, prendre des mesures allant dans le sens de la rectification et de la restauration des victimes dans leurs droits. Il devrait dissoudre la Commission Nationale d’Enquête et ne pas permettre au président de celle-ci d’avoir l’occasion d’insulter la mémoire des innocents massacrés et violés et la dignité de leurs familles.

 

La structure de son équipe est en totale contradiction avec l’appel au changement qu’il a lancé.

 

Quant aux Forces Vives, elles doivent à leur tour nous éclairer sur leurs objectifs qui ne doivent pas se résumer à la seule volonté d’accéder au pouvoir.

 

Depuis que le Tout Puissant a éloigné leur concurrent du CNDD, leurs leaders ont abandonné certaines de leurs revendications que la Communauté internationale a accepté de supporter. Ils ont renoncé à l’idée de la création d’un cadre de concertation que le général Konaté a pourtant offert et se sont précipités dans une aventure qui risque d’être périlleuse pour l’avènement de la démocratie dans ces très courts six mois. Une concertation sur la transition aurait permis d’en définir la feuille de route et présenter à nos partenaires étrangers une vision leur permettant de savoir où nous sommes et où nous voulons aller.

 

Une autre source d’inquiétude pour l’avènement de l’état de droit, c’est l’indifférence de la classe politique face l’impunité, on parle de détournements par des adversaires politiques, mais jamais des crimes contre l’humanité dont est victime le peuple de Guinée depuis l’indépendance.

 

Le premier ministre issu des Forces Vives dont des supporters ont été massacrés, violés, expropriés de leurs biens en 2006, en janvier et février 2007 et surtout encore en septembre 2009 prévoit dans son gouvernement un poste pour auditer des concurrents anciens premiers ministres mais pas les anciens présidents et à plus forte raison enquêter sur les violations des droits de l’Homme dont la Guinée est le théâtre depuis qu’elle est gérée par ses propres fils.

 

Ni le président, ni le premier ministre de la transition ne parlent de ceux dont les sacrifices les ont mis aux fonctions qu’ils occupent actuellement. L’arrivée de l’envoyée de la CPI nous édifiera davantage sur leur attachement à la justice et leur position face a l’impunité.

 

Si l’improvisation et l’inconsistance continuent à marquer les décisions et les actes des dirigeants de la transition, la Communauté internationale pourrait des sentir dans un manque d’interlocuteurs valables et éventuellement dans l’obligation d’abandonner les efforts louables qu’elle est en train de déployer en faveur du processus de retour à l’ordre constitutionnel en Guinée.

 

Je ne le souhaite pas, mais...!

 

Abdourahamane Barry

Abdourabarry7@gmail.com

 

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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 12:36

Signée le 15 janvier dernier entre M. Blaise Compaoré --ancien capitaine d’armée putschiste, président du Burkina Faso et ci-devant médiateur partial et non-neutre dans la crise guinéenne --, capitaine Moussa Dadis Camara et général Sékouba Konaté, la déclaration de Ouagadougou révèle graduellement sa vraie nature : celle d’un refus catégorique et cynique de débarrasser la Guinée du soi-disant Conseil national pour la démocratie et le développement (Cndd), et de la voyoucratie qu’il y a instaurée. Ainsi au lieu d’amputer le membre gangrené, on a choisi de faire un bandage sur la plaie infectée, purulente, puante et incurable.


Les “Forces vives” et l’Intersyndicale ont été marginalisées et écartées du conciliabule de Ouagadougou. Toutefois, au lieu de dénoncer le document des trois officiers, elles se sont empressées de l’adopter, même si des réserves timides ou impotentes ont été émises çà et là. A ce titre elles ont failli à leur rôle et portent, évidemment, une responsabilité directe sur le pourissement de la situation. Et voici pourquoi :

 

La désignation d’un président titulaire et d’un président intérimaire du Cndd crée un bicéphalisme superflu et dangereux. N’étant ni honnête, ni sincère, le dualisme au sommet a toujours mal fini en Guinée. Il en fut ainsi entre Sékou Touré et Saifoulaye Diallo (1958-1963) d’abord, et entre Lansana Conté et Diarra Traoré (1984-1985) ensuite…

 

Aussi longtemps que Dadis sera le président en titre (à défaut de l’être de droit), son carré de “fidèles” (Pivi, Tiégboro, Moussa Keita, Boubacar Barry, etc.) ne verra en Sékouba que le no. 3 du Cndd et le ministre de la défense. Pour ce groupe, Sékouba est chargé de veiller au grain en attendant le retour de celui qu’ils prennent pour le vrai chef. Selon cette clique donc la vraie capitale de Guinée n’est ni Conakry, ni même le Camp Alfa Yaya Diallo, mais la villa de de convalescence de Dadis à Ouagadougou.

 

Plus qu’un simple embarras, la désignation de Jean-Marie Doré au poste de Premier ministre est, au contraire, une compromission compromettante de l’opposition car elle constitue un affront à la mémoire des victimes de la dictature cinquantenaire de la Guinée postcoloniale : Sékou Touré, Lansana Conté et Moussa Dadis Camara.

 

En effet Jean-Marie fut un agent de renseignement officiel, patenté et actif du PDG (lire Un espion à la barre de la transition). Ses lettres de dénonciation et ses rapports secrets ont dû causer l’arrestation, la spoliation, la torture et la mort de plus d’un innocent citoyen au Camp Boiro, plongeant des dizaines de familles dans l’angoisse et la détresse. Il est donc absurde de croire qu’un tel individu peut conduire la Guinée vers des élections libres et transparentes. Le passé de Jean-Marie Doré et les aspirations démocratiques des Guinéens sont deux choses antithétiques et antinomiques.

 

Mais, comme on le sait, le malfaiteur revient généralement sur les lieux du crime. Et voilà Jean-Marie à la Primature, nominalement co-gestionnaire d’un Etat ruiné et en lambeaux. Il aura tout le loisir de constater l’ampleur des dégâts commis par ses maîtres et complices.

 

Car, en tant que policier de Sékou Touré, il contribua notoirement à l’anéantissement de l’administration du pays. D’autres obstacles --qu’il aida à dresser-- lui barrent le chemin :

 

Primo, il a les mains liées et la formation du gouvernement ne sera pas chose aisée. Car, la bande à Dadis ne lâchera pas facilement les portefeuilles ministériels clefs (défense, sécurité, finances, affaires extérieures, administration du territoire).

 

Secundo, il n’a pas un plan ou une “feuille de route”. On a mis la charrue avant le bœuf. Et c’est n’est qu’à présent que l’on pense à une définition de la mission de la primature.

 

Tertio, on a parlé d’élection en six mois et de réorganisation de l’armée. Mais où sont les ressources financières et la logistique indispensables pour déplacer ces montagnes ? Si les dirigeants de Conakry comptent sur un déboursement rapide de la part des partenaires (UE, USA) et des bailleurs (Banque mondiale, Banque africaine), ils font alors montre d’amnésie. A l’étranger, on n’est pas pressé de renouer avec un Etat paria, “qui a beaucoup à se faire pardonner”, selon le mot d’un diplomate européen.

 

Quatro, en inculpant Moussa Dadis Camara, Aboubacar Cherif Toumba Diakité, Moussa Tiégboro Camara, Jean-Claude Pivi Togba, Sékouba Konaté et leurs acolytes, la Cour pénale internationale sonnera bientôt le glas de la terreur d’Etat et de l’impunité en Guinée.

 

Tierno Siradiou Bah

 

Source : http://cerno.bindol.net/blogguinee

 

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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 18:17



« Demandez à un citoyen guinéen de vous indiquer le siège d’un ministère ou d’une administration quelconque. Il sera bien en peine de vous en montrer le chemin. Par contre, demandez-lui où se trouve tel camp militaire. Il vous y conduira sans problème. » Toute-puissante depuis un quart de siècle, mais indisciplinée et en proie à des dissensions laissant craindre des coups d'Etat, l'armée guinéenne est devenue le problème tout autant que la solution pour le pays.

 

Cette boutade d’un diplomate européen en poste à Conakry en dit long sur la Guinée. Depuis un quart de siècle, le pays vit au rythme des camps militaires. Lorsque le Guinéen dit « le camp » tout court, il s’agit, évidemment, de la plus grande garnison militaire du pays, le camp Alpha-Yaya- Diallo (rebaptisé en 1959 du nom d’un intrépide combattant anticolonialiste, à la place de « Général-Brosset »).

 

Une immense fourmilière

 

Le lieu, situé non loin de l’aéroport de Conakry-Gbessia, est mythique, nettement mieux connu et valorisé dans la mémoire collective que le palais présidentiel, déserté plus deux décennies durant par le président Lansana Conté, mort le 22 décembre 2008, et snobé par le capitaine Moussa Dadis Camara, proclamé chef de l’État par des militaires le 23 décembre 2008. Si Conté avait installé sa présidence au camp Samory- Touré, c’est néanmoins de « la mère des casernes », Alpha-Yaya-Diallo, qu’il avait fomenté le coup d’État qui lui permit de s’emparer du pouvoir en avril 1984, après le décès du premier président, Ahmed Sékou Touré.

 

La disparition de Lansana Conté n’a pas mis un terme à la présidentialisation des camps militaires guinéens. La junte militaire actuellement au pouvoir, constituée au camp Alpha-Yaya, a préféré s’y établir durablement et, par conséquent, d’y installer le siège de la présidence. Certes, la croyance populaire raconte que le « vrai » palais présidentiel de la presqu’île de Kaloum est infesté de mauvais sorts. Certes, le camp Alpha-Yaya, avec sa superficie et ses bataillons d’élite, est réputé constituer une forteresse inexpugnable. Mais le transfert de la présidence dans des camps militaires successifs a une signification moins anecdotique : c’est le symbole d’un pays où la réalité du pouvoir est exercée par l’armée depuis un quart de siècle.

 

L’armée est incontournable en Guinée. Ceux qui détiennent les fusils sont plus certains de devenir chefs d’État que les leaders de partis politiques structurés. Lansana Conté y avait accédé par un putsch militaire. Durant son long règne, hormis l’épisode des violentes contestations de rue de janvier-février 2007, son pouvoir ne fut véritablement menacé que lorsque des militaires comme lui s’étaient mutinés ou avaient tenté de s’emparer du trône. Le président de l’Assemblée nationale, un civil, aurait dû succéder à Conté après sa mort. Mais, certainement apeuré à l’idée de devoir affronter la troupe réputée fébrile, il tarda à sortir de sa cachette. Pendant ce temps-là, le capitaine Moussa Dadis Camara se faisait adouber par une partie de l’armée comme chef de la junte regroupée au sein d’un Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), devenant, de fait, chef de l’État.

 

Le pouvoir est avant tout militaire. Ce qui ne veut pas dire discipliné. L’armée est à l’image du camp Alpha- Yaya-Diallo : une immense fourmilière où le désordre et les règlements de compte se sont érigés en règles de fonctionnement et de vie depuis de nombreuses années. Fidèle au principe « diviser pour régner », Conté avait usé et abusé de ses pouvoirs de chef suprême des armées pour semer la zizanie entre les soldats et la hiérarchie militaire elle-même. « C’est une armée dans laquelle le chef n’est pas le chef », ironise un politicien guinéen pour décrire des situations ubuesques : des gradés obéissant à leurs subordonnés détenant la réalité du pouvoir du fait de leurs liens avec les centres de gravité du pouvoir, nombreux au sein de l’armée.

 

L’avènement du capitaine Camara n’a rien changé, bien au contraire. Hissé au pouvoir par une faction de l’armée, pas nécessairement la plus influente, le capitaine-président, conscient de la précarité de sa situation sécuritaire aggravée par une avalanche de vrais et de faux complots, avait entrepris une restructuration du commandement. Mais dans le même sens que Conté : en tribalisant les débats. Ce qui s’est traduit par la constitution d’une troupe parallèle dont les membres ont un dénominateur commun : l’appartenance à la région natale forestière du président. Cette troupe « bis » a évolué comme une armée dans l’armée, avec tout ce que cela suppose d’avantages matériels, de grades et de pouvoirs exorbitants.

 

La longévité du pouvoir militaire en Guinée est liée à un autre drame : les incohérences d’une opposition politique qui, dans son immense majorité, affiche sa foi en la démocratie tout en s’employant à tisser des réseaux avec telle ou telle faction militaire. « L’opposition ne parle pas d’une même voix face aux militaires , se désole Mamadou Tijari d’une association guinéenne de protection des droits humains. Vous y trouvez des gens qui ont applaudi à l’arrivée de Dadis Camara, le prenant pour un sauveur et, jusqu’au 3 décembre dernier [jour de la tentative d’assassinat du chef de la junte, ndlr ], des opposants qui vilipendaient Camara le jour tout en oeuvrant la nuit pour entrer dans ses bonnes grâces, alors que le mot d’ordre était : “Non à toute négociation avec Dadis.” »

 

Situation explosive

 

Il serait hasardeux d’imaginer une sortie de crise dans ce pays sans prendre en compte la question de cette armée indisciplinée et éparpillée entre plusieurs chefs, aux desseins contradictoires.

 

« L’erreur de la communauté internationale a été de minimiser le poids de l’armée en Guinée, au point d’imaginer que la seule mise à l’écart de Dadis Camara suffirait à sortir le pays de la crise », analyse Fatoumata Koné, une universitaire guinéenne. « En datant cette crise des massacres du 28 septembre, on fait fausse route », poursuit-elle. Faisant observer que l’absence de Camara, parti se faire soigner au Maroc après avoir été atteint d’une balle à la tête tirée par son aide de camp Aboubakar Diakité, n’a rien changé à la situation. « Avec ou sans lui, les problèmes de fond demeurent.

 

Leur résolution durable passe par l’implication de l’armée dans les stratégies de sortie de crise », avance-t-elle. Un argumentaire qui irrite les opposants radicaux et certains leaders syndicaux et associatifs pour qui l’armée doit rentrer rapidement dans les casernes et abandonner le pouvoir aux civils.

 

Une certitude demeure, tranche Souleimane Sory, fonctionnaire à la retraite : « Quel que soit le pouvoir qui succédera aux militaires, il ne pourra rien faire si l’armée reste dans la situation chaotique actuelle . » Il ne croit pas si bien dire : au sein même de la junte, un groupe s’est formé pour réclamer bruyamment le retour au pays de Camara, transporté au Burkina Faso pour y poursuivre sa convalescence, au moment même où le chef de l’État intérimaire, le général Sékouba Konaté, alias El Tigre, s’engageait, avec l’aile modérée du CNDD, dans des négociations sous supervision burkinabè pour trouver des solutions consensuelles à un retrait des militaires de la scène politique. Le dossier est d’autant plus explosif que c’est un fidèle de Dadis

 

Camara, le capitaine Pivi, alias Coplan, patron des fameux bérets rouges de la sécurité présidentielle, qui a orchestré cette démarche.

 

Les Guinéens sont convaincus que l’affrontement entre le général Sékouba et le capitaine Pivi aura bien lieu. La communauté internationale saura-t-elle prévenir une telle catastrophe ? Et, au delà, aménager, pour les militaires qui ont pris goût au pouvoir et ont longtemps vécu dans l’impunité, une voie de sortie honorable ? Quand, et par qui, sera enfin engagé le chantier de la reconstruction d’une armée au prestige largement entamé par des massacres de civils à répétition et l’intrusion des narcotrafiquants dans ses rangs ?

 

Ahmadou Kélégué

 

Source : afrique-asie.fr

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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 01:42

 
Armée guinéenne

S'il y a un aspect de la vie guinéenne où rien ne va, il s'agit bien des droits de l'homme. De l'indépendance à nos jours, le sort des droits de l'homme a plus qu'empiré. Une telle situation ne résulte que du fait de l'impunité qui fait que les crimes et violations récurrents sont logés à la rubrique pertes et profits. C'est en tout cas l'avis du Dr Thierno Madiou Sow, président de l'Organisation guinéenne de défense des droits de l'homme (OGDH). Ce dernier pense que le point culminant des violations a été atteint durant les évènements du 28 septembre dernier au stade qui porte le même nom. Pour lui, il est impératif de mettre fin à l'impunité pour mettre fin aux crimes.

« On ne peut pas dire que, dans le domaine des droits de l'homme, il y a eu des changements en Guinée. Depuis l'indépendance, les droits de l'homme sont, au contraire, systématiquement violés. Tout le monde se rappelle le tristement célèbre camp Boïro et d'autres lieux d'enfermement ou presque 50 000 personnes sont passées. Et le pire est qu'il n'y a eu aucune réaction pour soutenir ces personnes.

 

A la mort de Sékou Touré, en 1984, Lansana Conté n'a fait que balayer les décideurs pour que les exécutants prennent leur place. C'est dire donc que le niveau de respect des droits de l'homme est descendu d'un cran puisqu'il a commencé par liquider les hommes politiques, sans jugement, dès 1984. Quelques temps après que Conté ait pris le pouvoir, c'est ledit complot du colonel Diarra Traoré qui lui donne une occasion de purger l'armée en visant surtout les Mandingues », retrace d'une faible voix le droit de « l'hommiste. »

 

200 morts en 2007

 

Les violations de droits de l'homme ont continué en juin 2006 contre les élèves qui revendiquaient et protestaient. Des tirs qui ont fait plusieurs victimes, selon lui. En 2007, il y a eu, en janvier-février, un massacre sauvage, surtout à la date du 22 janvier, insiste encore le Dr Sow. Il indique que ce sont les mêmes bérets rouges de la garde présidentielle qui se sont illustrés le 28 septembre dernier, qui ont perpétré les crimes de 2007, au pont du 8 novembre, contre des élèves qui n'avaient que des « branches d'arbres comme arme ». « Le bilan était très lourd et s'établissait à environ 200 morts », avance M. Sow.

 

« Il faut dire que cette insurrection nationale populaire avait été fortement matée avec des armes de guerre, des balles réelles. Il y a eu donc un bilan lourd avec beaucoup de morts, des blessés et même des femmes violées, mais en privé dans différents quartiers de Conakry », ajoute-t-il.

 

« Je ne croyais pas à ces viols, mais je me suis rendu à l'évidence et me suis entretenu avec un médecin qui a traité trois dames violées, souvent de grandes dames et certaines n'avaient d'autre possibilité que de fuir la capitale. Nous avons transporté à l'époque deux jeunes filles, de 15 et 19 ans, à l'hôpital parce qu'elles avaient des balles logées dans leurs seins », révèle-t-il presqu'en sanglots. Le récit du vieux universitaire est ponctué de silences. C'est comme si les images des tragédies défilaient encore sous ses yeux.

 

Reprenant son souffle et comme s'il accusait certaines personnes, il lance : « ce que je retiens de toute cette barbarie est qu'il n'y a pas eu, à l'époque, une solidarité et une prise de conscience comme en 2009 aussi bien de la communauté internationale que des Guinéens de l'étranger ».

 

Et l'infatigable défenseur des droits de l'homme de convoquer d'autres tragédies pour essayer de comprendre ce qui s'est passé chez lui. « En effet, il est très difficile d'imaginer qu'un être humain puisse faire ce qui s'est passé le 28 septembre dernier. J'ai visité les camps de concentration nazis en Allemagne et en Pologne ; je croyais que c'était là le sommet du manque d'humanisme.

 

J'ai trouvé que ce qui s'est passé dans l'Allemagne nazie était industriel, mais j'ai vu un génocide artisanal et proche, au Rwanda et au Burundi. Je dis proche puisqu'on connaissait dans ces deux pays africains ceux qu'on tuait. Il est difficile d'imaginer que ce qui s'est passé au stade du 28 septembre est le fait de Guinéens contre des Guinéens.

 

Les auteurs des crimes ont fait entrer les gens au stade avant de le fermer, d'électrifier le pourtour et de tirer à l'horizontale, sur la foule, avec des balles réelles. Certains priaient même sur la pelouse pour la paix en Guinée. Ils ont été tous tués », souligne-t-il.

 

Pour lui, le plus grand problème de la Guinée reste « l'impunité puisque, si les bérets rouges qui avaient commis les crimes de 2007 avaient été sanctionnés, jamais ils n'auraient récidivé le 28 septembre ».

 

L'impunité dénoncée découle ici du fait que le chef se considère « comme un Dieu et les citoyens ne sont pas des sujets, mais plutôt des objets. Le chef a donc droit de vie et de mort sur eux ».

 

Ayant reçu de nombreuses victimes qui sont venues témoigner sur les tragiques événements du 28 septembre, le Dr Sow est néanmoins formel sur la restitution des faits : « On ne rapportera jamais avec exactitude ce qui s'est passé ».

 

Se faisant l'écho des faits, il raconte le film d'horreurs : « Une fille qui avait ses règles a été mutilée. On a enfoncé des baïonnettes dans le sexe des femmes, tiré dedans. Une femme est venue témoigner pour dire qu'elle a vu au stade une dame qui a été égorgée et les assassins ont bu le sang de la victime tout en s'en lavant le visage ».

 

« Il y avait certes des bérets rouges, mais aussi des civils qui avaient des cauris et des cornes comme armes blanches. Ces civils ont aussi perpétré d'après les témoignages que nous avons recueillis beaucoup de crimes », dénonce-t-il.

 

Le chiffre de 158 morts est beaucoup sous-estimé pour Thierno Madiou Sow qui fait allusion aux nombreux témoignages recueillis.

 

Tout en se défendant de vouloir jeter de l'huile sur le feu, dans un pays où certains feignent de masquer un problème ethnique, il fait une autre révélation de taille : « Un militaire m'a dit qu'on leur avait donné l'ordre de tuer quatre leaders politiques, et de tuer le plus de Peulhs possible puisqu'ils sont très nombreux et sont des musulmans qui n'ont donc pas peur de la mort ».

 

« Une autre personne m'a dit qu'elle est arrivée à sortir du stade et à se réfugier dans une famille qui l'a dénoncée. Lorsqu'elle a été prise, elle a vu au moins 28 camions avec des cadavres. Parmi les personnes dont nous avons reçu les témoignages, nous avons dénombré 112 femmes et filles violées et un millier de blessés. La particularité des viols du 28 septembre est qu'ils ont été opérés à ciel ouvert », raconte difficilement M. Sow, la gorge serrée.

 

Les exactions et violations de droits de l'homme ne se sont pas arrêtées le 28 septembre, soulignent toutes les personnes interrogées. Elles se sont poursuivies les jours suivants. Et de nombreuses filles et dames ont été menacées même dans des établissements hospitaliers où elles recevaient des soins, appuie le président de l'OGDH.

 

 Maintenir la pression internationale

 

Des militaires n'ont pas hésité à déloger des filles des hôpitaux pour les interner dans des villas pendant cinq jours comme esclaves sexuelles, dénonce-t-il. Et, d'après les victimes, elles étaient droguées. Certaines victimes traînent aujourd'hui encore des séquelles, d'autres ont perdu la raison, selon le Dr Sow.

 

« J'ai vu des filles tomber en syncope dans une clinique en voyant des bérets rouges tellement elles ont été traumatisées par les évènements du 28 septembre, par tout ce qu'elles ont subi, ce qu'elles ont vu.

 

Une dame m'a confié qu'elle ne lui restait qu'à mourir après ce qu'elle a subi. Pourtant, il s'agissait d'une femme respectable qui a mémorisé le coran et qui a des filles mariées. Il nous a fallu beaucoup de temps pour lui faire comprendre que ce qui lui était arrivé n'était pas de sa faute », se souvient encore M. Sow. Le drame du 28 septembre est qu'il a marqué à jamais de nombreuses victimes. Certaines filles ont fini par guérir, mais il y en a toujours d'autres qui refusent d'aller à l'université ou au travail. Certaines ont même mal accueilli la venue de la Commission d'enquête internationale qu'elles ont soupçonnée de vouloir leur faire revivre le cauchemar du 28 septembre. Trois victimes ont contracté le virus du sida et des grossesses de ces viols, selon le patron de l'organisation de défense des droits de l'homme. Il faut aussi ajouter que de nombreuses victimes ne sont pas venues témoigner.

 

Sur la fin des violations des droits de l'homme, le Dr Thierno Madiou Sow pense que seule une fin de l'impunité le permettra. « Je pense néanmoins qu'avec Human Right Watch, Amnesty International et la FIDH dont les conclusions correspondent aux décisions de la Commission d'enquête internationale soumises au secrétaire général des Nations Unies, que la Cour pénale internationale, la Cour africaine et la Cedeao seront saisies. Il me semble qu'il y a une sorte d'épée de Damoclès qui plane aujourd'hui sur ceux qui ont commis ces crimes. Nous aimerions que l'opinion internationale fasse pression pour que les criminels soient traduits devant les juridictions internationales ».

 

« On nous serine partout qu'il faut se pardonner, régler nos différends à l'intérieur du pays, mais le problème de la Guinée est qu'il y a une impunité totale. Il y a eu trop de tueries, de viols et de pillages restés impunis dans ce pays depuis l'indépendance.

 

Nombreux sont aujourd'hui ceux qui disent que la paix est au-dessus de tout, qu'il faudrait pardonner, mais faut-il qu'on sache qui a fait quoi avant de pardonner. Je pense qu'il est fondamental qu'on porte tous ces crimes devant les juridictions. Il est impératif d'arrêter l'impunité dans ce pays pour que les paisibles citoyens n'aient plus peur », lance constamment l'universitaire.

 

Et pour étayer le climat de peur qu'il décrit, le Dr Sow met en exergue les descentes musclées des forces armées dans les quartiers après le 28 septembre. Ces descentes se soldent par des arrestations, des tueries, des blessures, des tortures.

 

Les kidnappings n'épargnent pas non plus le personnel humanitaire expatrié ou même des diplomates et des défenseurs des droits de l'homme, selon le président Sow. Il est encore étonné que son organisation ne soit pas encore la cible d'attaques, d'autant plus que l'Observatoire national des droits de l'homme, une institution étatique reliée directement à la primature, l'a déjà été. Il dit s'attendre à tout.

 

Témoignages de victimes du 28 septembre

 

Les événements du 28 septembre resteront à jamais gravés dans la mémoire des Guinéens eu égard aux nombreux crimes. Pour certains, ces évènements ont été amplifiés et pour d'autres minimisés. Ecoutons le témoignage de ces rescapés qui reviennent de très loin et qui ont accepté de nous retracer le film de cette journée épouvantable, sous le couvert de l'anonymat.

 

Un jeune informaticien :

 

« Je quittais chez moi, dans le quartier de Tawoya, pour aller au meeting. C'était entre 9 et 10 heures. Dès que je suis arrivé à la hauteur d'une station service au quartier de la Minière, sur l'autoroute, je me heurte, en même temps que des centaines de jeunes, à la police qui avait barré la route pour nous empêcher de nous rendre au stade.

 

La police ouvre très vite le feu et blesse deux personnes. La foule fonce sur elle, l'obligeant à reculer. Elle laisse d'ailleurs son véhicule, un minibus, derrière elle. La foule très furieuse renverse la voiture. Certains ont voulu brûler la voiture, mais d'autres s'y sont opposés en faisant prévaloir que l'objectif est d'aller au stade pour le meeting.

 

Nous continuons notre route et arrivons au stade où nous trouvons les portes ouvertes. Je dois dire qu'en cours de route, j'ai vu le commissariat de Belle Vue saccagé par des gens que je soupçonne infiltrés.

 

Une fois au stade, nous trouvons une foule qui s'était déjà battue avec les forces de l'ordre, notamment les hommes du commandant Moussa Tiéboro, ministre chargé de Services spéciaux, de la lutte contre la drogue et du grand banditisme (NDLR : promu lieutenant-colonel à la date anniversaire de la prise du pouvoir par la junte militaire, le 23 décembre dernier). Nous rentrons dans le stade où il y avait déjà les leaders politiques.

 

Il était presque 11 heures et de nombreuses personnes étaient sur la pelouse et nous acclamions les leaders politiques. C'est en ce moment que des tirs de feu ont retenti de l'est. Nous pensions savoir que les militaires n'allaient pas rentrer dans le stade, mais à notre grande surprise, nous étions déjà encerclés.

 

Les tirs s'accentuaient et se rapprochaient davantage. Indiscutablement, il y avait également des armes lourdes. Des gaz lacrymogènes étaient balancés à l'endroit des leaders.

 

Nous cherchions à fuir, mais nous nous rendîmes compte que les portes du stade étaient fermées. Je commençais à voir les gens tomber autour de moi. Je me replie vers l'ouest ; chacun cherchait à se sauver. De nombreuses personnes tombaient sous les tirs. J'essayais, en même temps que d'autres personnes de me diriger vers l'université, séparée de l'autre côté du stade d'un mur de trois mètres, mais on me prévenait que les murs étaient électrifiés.

 

Je comprenais que nous ne pouvions pas échapper très vite. Nous étions coincés dans l'annexe du stade. L'embuscade aura durée au moins 45 minutes. Et les militaires, des deux côtés du mur séparant le stade de l'université, tiraient sur tous ceux qui tentaient d'escalader le mur. Certains tombaient sous les balles, d'autres étaient asphyxiés par les gaz lacrymogènes.

 

Je voyais pendant ce temps les filles et les femmes violées systématiquement et à ciel ouvert. Ils traînaient les femmes.

 

Le massacre durera de 11 à 14 heures au moins. J'ai fini par être attrapé en même temps que les gens avec qui j'étais et nous avons été embarqués dans des camions pick-up. Les militaires nous ont délesté de nos téléphones et je reçus trois coups de crosses sur le dos. Et je ne parvenais pas à dormir les trois jours qui ont suivi.


Source : Le Soleil (sn)

  

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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 20:54



Le problème de notre pays est une fabrication locale. Plus les guinéens se disent patriotes plus ils sont nocifs à leur pays. J’ai révisé le bréviaire du patriotisme et j’ai renoncé à la dignité nationale guinéenne car elle n’aura été qu’un épais justificatif d’incurie et les crimes.

1. Le médiateur

 

C’est l’occasion de remercier son Excellence Monsieur Blaise Compaoré et lui demander de se dessaisir du dossier de la Guinée. Ce dossier épineux demande une attention soutenue qui est incompatible avec les fonctions de président d’une république.

 

Les burkinabés l’ont « élu » pour qu’il fasse leur boulot et non celui des guinéens. Je ne cède pas à l’idée en vogue de critiquer son action. Ayant survécu à la propagande du PDG je me suis immunisé du virus d’accuser l’étranger des maux de la Guinée.

 

Le problème de notre pays est une fabrication locale. Plus les guinéens se disent patriotes plus ils sont nocifs à leur pays. J’ai révisé le bréviaire du patriotisme et j’ai renoncé à la dignité nationale guinéenne car elle n’aura été qu’un épais justificatif d’incurie et les crimes.

 

2. Une dynastie de grabataires

 

On est quand même obligé de reconnaitre du talent à Compaoré. Pour faire avaler la pilule, il avait laissé flotter l’idée d’un retour de Daddis. La psychose se répandit jusqu’au département d’état. Les Yankees furent obligés de demander une prolongation de « convalescence » pour Daddis.

 

Quand, dans le tard de la nuit, on le montra, nul ne prit le temps de voir qu’il n’était qu’un épouvantails qui fut utilisé comme moyen de chantage subtil pour faire accepter aux opposants civils la solution Konaté.

 

Le petit officier grabataire qui nous apparut au détour d’une photo est une légume, avec des membres raides. (Les cyniques remarquèrent qu’il aurait été atteint d’incontinence avec l’ombre suspect de la photo de son entre-jambe). Konaté avait raison qui avait dit que l’on ne peut rien tirer de Daddis.

 

Mais comme il est difficile de prendre au sérieux les marmonnements d’un officier presque inculte, la photo, plus parlante que les bégaiements, est venue rétablir la vérité pour la postérité ; Daddis suit la tradition inaugurée par Conté de présidents grabataires qui n’en finissent pas de mourir dans le mouroir qu’est devenue la patrie.

 

3. L’habit fera toujours le moine et l’officier

 

La pitié est une sale maladie abondante dans cette nation d’insécurité sociale et de vulnérabilité politique. A la vue de la photo de Daddis, certains esprits (dont je ne suis pas) eurent pitié.

 

Compaoré a-t-il fait exprès de ravaler Daddis à ce niveau ? Sinon comment expliquer la différence d’habillement ? C’est à croire qu’ils n’ont pas, dans tout Ouaga, un tailleur pour raccourcir un costume pour Daddis ou un soldat pour lui prêter un de ces treillis dont il raffolait tant. Même si on avait demandé à Tiegboro, Pivi ou Moussa Keita d’en apporter un à leur acolyte, ils se seraient fait un plaisir. Mais la cause était entendue. Il fallait (pour la postérité encore) ravaler Daddis à ce qu’il était. Compaoré portait un beau costume.

 

Konaté avait revêtu son apparat de guerre favori. Daddis apparut comme un domestique de service avec un bras raide et un blouson froissé. Sa mine était ce qu’il y avait de plus pathétique ; un air absent qui scrutait les horizons des crimes commis (sans les verres fumés) ou le flou des jours de coma à venir.

 

4. Le cynisme est toujours ce qu’il est :

 

La compassion est irrépressible en nous. Elle fonde le tragique de la communauté de destin des humains, condamnés par l’entropie du temps à nous ravaler à notre plus petite expression.

 

Avoir conscience de cela et comprendre que le reste n’est que mise en scène, est une marque qui distingue les hommes de principes des tricheurs. Ainsi donc va la vie ! Il y a des fois une justice ! Voici comment va finir un arrogant qui joua ave les feux de l’histoire.

 

Un criminel inconscient de son rôle et de la place qu’il a failli occuper dans l’histoire de la nation qui l’enfanta. Des soubresauts hasardeux avaient fait atterrir entre ses mains impréparées la destinée du pays.

 

Il en sort marqué du sceaux de l’infamie, devant Dieu, devant l’histoire et j’espère devant le TPI de crimes imprescriptibles contre son peuple orphelin qui l’avait accueilli (même si avec suspicion) comme un libérateur.

 

Cyniquement et en secret, je souhaitais la même chose à tous ceux qui, sur le piédestal de service au peuple, érigent le bucher de leur propre malédiction. Une forme de nostalgie particulière me fait souhaiter que Sékou et Conté aient connu le même sort que Daddis.

 

Rancune, fou rêve ou simple morbide nostalgie qui veut que les choses aient été différentes sur la trajectoire complexe de ce foutu pays?

 

5. Qui fut-il?

 

Avant d’être le criminel qu’il est, Daddis fut avant tout un enfant de la nation. Il grandit dans l’école au rabais du PDG où l’obscurantisme et le nivellement par le bas furent de règle.

 

Quels instincts de survie amenèrent un diplômé d’université à s’enrôler comme caporal dans l’armée ? Quelles combines, dans la mafia militaro-fasciste de Conté, présidèrent à son ascension ? A son influence et à ses copinages? A l’école de la roublardise politique où les applaudisseurs de service et les comités de soutien le convainquirent qu’il pouvait échapper aux sortilèges du pouvoir usurpé? Ce destin ne devrait-il pas nous amener à regarder en face des tares évidentes de notre société ?

 

Ce mépris ambiant de la culture et cette prédilection pour le larbinisme. Ce refus têtu d’investir dans l’éducation pour tendre la perche du savoir sauveteur à tous les enfants ; cette tendance suicidaire de faire de l’armée le dépotoir des moins incompétents.

 

Les rangs des militaires, des gendarmes, de la police, de tout le corps d’état, sont des cavernes d’inculture et d’insécurité économique qui attisent des instincts barbares qui troublent le monde entier quand ils s’étalent au grand jour. Daddis n’était qu’un de cette génération sacrifiée et de cette engeance d’exclus et de frustrés. Il est vain de chercher à se prémunir d’eux.

 

Comment les sauver d’eux-mêmes ? Les rééduquer ? les juger ? les purger ? Terrifiantes et inexorables questions.

 

6. Justice ou réconciliation avec nous-mêmes?

 

Une des clauses du préambule de la résolution de Ouaga prétend « favoriser la réconciliation des Guinéens avec eux-mêmes ». Qu’est-ce à dire ? Jusque là les politiciens et les activistes parlaient de réconciliation nationale. Les sceptiques soutenaient que le concept de réconciliation est un piège à cons dont on n’a pas besoin. On a besoin de justice et si la réconciliation s’en suit, ce n’est qu’un bonus.

 

Chacun lira les résolutions comme bon lui semble et retiendra celle qui l’arrange. Mais avant de se pourlécher de réconciliation avec nous-mêmes, c’est ici une autre occasion de nous pencher sérieusement sur le problème de la justice. Est-ce que les clauses suivantes constituent des fondements pour la justice ?

 

« 1. Le respect des libertés publiques, y compris de la liberté de presse et d’opinion ;

 

2. La garantie de la sécurité des personnes et des biens ;

 

3. La réorganisation et la réforme des Forces de Défense et de Sécurité ;

 

4. La création d’un Conseil National de Transition (CNT), organe politique délibérant, dirigé par une personnalité religieuse et composé de 101 membres représentant toutes les composantes de la société guinéenne ; »

 

Peut-être...

 

Le scepticisme est permis ici du fait que, au soir de chaque période de massacre, la Guinée a appris à se vautrer dans un climax d’expiation. Elle renouvelle sa litanie de fausse fraternité et promet de se donner une nouvelle chance. À chaque fois cela foire.

 

Il doit y avoir des raisons. Parmi elles, le désir d’oublier à tout prix. Les résolutions de Ouga participent à cet oubli malsain et chronique. Il ne faut cependant pas se leurrer :

 

• Si les tortionnaires du PDG meurent en silence, les enfants des victimes du « complot permanent » attendent.

 

• Si les auteurs des crimes du CMRN/PUP restent silencieux et noient leur poison dans la tourbe de l’ethno-stratégie, les enfants des victimes du « Wofatara », de Kaporo-Rail, des massacres de 2006 et de 2007 etc. attendent.

 

• Les familles des victimes du 28 septembre 2009 attendent ; même si les cadres frileux sont emportés dans les salons du suspense sur « La nomination d’un Premier Ministre, Président du Conseil des ministres, issu du Forum des Forces Vives de Guinée ; La formation d’un Gouvernement d’Union Nationale ; » et scrutent le processus de : « 7. La révision des listes électorales; 8. L’organisation, dans un délai de 6 mois, de l’élection présidentielle à laquelle ne participeront pas les membres du Conseil National de Transition, le Chef de l’État de Transition, les membres du CNDD, le Premier Ministre, les membres du Gouvernement d’Union Nationale et les membres des Forces de Défense et de Sécurité en activité ; 9. Le recours à des observateurs civils et militaires de la CEDEAO ; »

 

Elles attendent en silence, sceptiques, espérant que la nation ne les oubliera pas comme elle en a pris l’habitude. Si le refus dans cet accord de mentionner les victimes, les coupables et les châtiments qui les attendent est un oubli tactique, il convient de mentionner que l’accord est caduque d’avance ; un marché de dupes malencontreux. Non seulement parce que les mêmes Pivi, Tiegboro et Toumba accusés de crimes se baladent encore dans la ville, armes en mains ; non seulement parce que les reliques du PDG continuent à salir l’histoire avec leur hagiographie mensongère ; non seulement parce que les salopards du PUP vendent leurs services au CNDD pour éviter la justice indispensable ; mais parce que nous sommes entrain encore une fois de refuser d’ériger le socle de justice minimale et de confiance mutuelle qui pourrait supporter et guider la charpente de la réconciliation avec nous-mêmes, et le toit du pardon qui nous abriterait dans le futur. On devrait être suffisamment avertis, avec 51 ans de pratique, des lendemains sanglants qui suivent les nuits d’enthousiasme juvénile, de fuite en avant et des arrangements de politiciens travaillés au corps par des diplomates de carrière.

 

7. Oraison funèbres des Forces Vives

 

Pour concocter la nouvelle feuille de route du 15 Janvier 2010, Compaoré a cru que 3 officiers c’était suffisant. Lui, un ancien putschiste devenu presque président à vie, un ancien putschiste mentalement instable et devenu hémiplégique et enfin un mastodonte de para connu pour dont le peu qu’on connait n’inspire guère confiance et qui est passe de changer le cours de l’histoire ou d’en être une victime supplémentaire. Dans son infinie sagesse, Compaoré n’a pas daigné inviter les Forces Vives.

 

La politesse seulement n’explique pas que celles-ci ne soient pas offusquées de cet oubli si on sait qu’elles sont promptes à s’étriper entre elles.

 

Compaoré a juste compris que les Forces Vives depuis longtemps sont entrain de célébrer leurs funérailles. Il a préféré les laisser dans les conciliabules de formation d’un gouvernement mort-né, sans mission et sans assurance. Elles gardent encore un silence coupable. Elles auront été incapables du minimum d’audace qui distingue le politicien de quartier du leader :

 

a. d’avoir pu constater le vide du pouvoir et d’anticiper sur les événements en créant un gouvernement d’union national (même en exil)

 

b. de protester contre ces accords survenus en leur absence (même à titre symbolique)

 

c. de donner leur lecture et leur compréhension des accords;

 

Leur devoir était d’émettre des contre-propositions ou des suggestions qui garantiraient au moins la mise en œuvre. D’où vient tant d’aveuglement, de fascination et d’engluement pour le pouvoir ?

 

8. Théorie de psychanalyse politique

 

Seule une psychanalyse sociale pourrait le dire. La liste impressive des candidats montre que des personnes qui jurent de ne rien vouloir d’autre qu’une Guinée où il fait bon vivre, convoitent en sourdine les postes rêvés de premier ministre ou de ministres même si rien ne les y prépare.

 

La pléthore des candidats qui est un pendant de la pléthore de partis politiques est symptomatique d’une société où la médiocrité ayant été la règle, chacun finit par se convaincre d’être présidentiable. Qui ne peut à priori faire mieux que Sékou, Conté ou Daddis ?

 

L’avènement des chefs dans cette nation a été décidé de tout temps par les hasards les plus déroutants. Il n’y a aucun critère moral, professionnel ou de qualification qui ait jamais été appliqué pour l’accession aux responsabilités publiques.

 

Il n’y a jamais eu ce filtrage salutaire, ces tests de personnalité, des enquêtes de moralité pour demander qui est qui dans la « mamaya » de l’état qui fonctionne comme un bateau rempli de soulards dans une haute mer houleuse ; où chacun tire à hue et à dia dans une direction opposée pour créer un immobilisme où le seul changement n’est que l’effet de l’érosion naturelle des choses.

 

9. Colmater le vide avec des leçons mal apprises

 

Nous voici encore à un autre carrefour. Nous voulons tourner la page avec un premier ministre. Si nous voulons le faire en prétendant que c’est une solution novatrice comme si l’an 2007 c’était le siècle dernier, prenons au moins des précautions d’hygiène mentale collective.

 

D’abord admettons que nous nageons dans la confusion d’un pays sans état. Nous savons formuler nos peines mais on a du mal à mettre les priorités là où il faut.

 

Que cela nous rend vulnérables aux pièges tendus par les experts de la diplomatie et les spécialistes des résolutions de conflit. Que nous devrions cesser de prétendre vivre dans une société normale et admettre que la maladie grave dont nous souffrons nécessite des médications douces.

 

L’étiologie de nos maux multiples demande une approche pragmatique : nous parlons la même langue mais nous ne nous entendons pas. Écouter nous est difficile car rien ne nous inspire.

 

Nous n’avons pas de leaders qui nous aideraient à formuler un début de solution. Nous avons l’impatience d’affamé qui fait que l’effort nous est devenu insupportable. Ayant perdu la foi, la patience créatrice ressemble à la résignation meurtrière qui nous amené dans le gouffre.

 

L’avenir nous fait tant peur que nous préférons nous retourner vers le cocon fallacieusement rassurant de l’ethnie, de l’attroupement grégaire, des fausses certitudes d’une fausse fraternité nationale même si depuis l’aube de cette nation on ne fait que nous étriper.

 

Il faut accepter courageusement le vide ainsi créé par l’histoire et résister à l’empressement de le colmater à tout prix sous le prétexte que la nature en a horreur.

 

Ourouro Bah

 

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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 13:42

 
Commençons par le décor. Un bon scénario ne vaut que par la prestation des acteurs mais aussi par la beauté du décor. Tout le monde a vu la « beauté » de la cicatrice de M. Dadis Camara. On pourrait même imaginer la prestance avec laquelle il a marché jusqu’à M Konaté, pour le gratifier de cette accolade.. Il est presque beau pendant qu’il signe l’accord « à l’arraché » où il accepte de prendre « un temps de convalescence ».

 

« Dieu est grand mais le médecin marocain n’est pas petit ! »

 

Ou alors, M. Idrissa Chérif et M. Tiégboro ne sont pas tout à fait des menteurs. C’est nous qui sommes des cocus. Il paraît que c’es Karim Wade qui aurait dissuadé Papa Wade de prêter son avion pour cette « évacuation » de M. Camara. J’ai envie de dire que le jeune Wade a convaincu Papa de ne pas se laisser entraîner dans cette mascarade. Une simple éraflure et un avion médicalisé..Deux balles dont l’une à la nuque !

 

« Mensonges ! » avait rectifié Idrissa Chérif.

 

Donc tout le monde savait que Dadis se portait comme un charme. Tout le monde c'est-à-dire Kouchner, les Américains, l’essentiel des membres du CNDD y compris le Tigre. Je n’exclurai pas certains ténors des Partis politiques. Il fallait que Dadis fût mort vivant parce qu’on ne savait pas encore qu’en faire.

 

« Des élections rapides, un PM issu de l’Opposition, sinon guerre civile et tutti quanti ! »

 

« Cinéma, Dadis se porte comme un commando », dixit Tiegboro ou à peu près. Il avait raison.

 

L’accord ainsi restitué par la mise en scène devient lumineux, en dévoilant ses zones d’ombres. Je n’en retiendrai que deux.

 

« Le Président du CNDD, le capitaine Moussa Dadis CAMARA, en retour, leur a exprimé sa profonde gratitude pour les précieux soutiens en tous genres dont il a bénéficié de leur part. Il a par ailleurs, dit avec force qu’il prend librement un temps de convalescence, tout en restant disponible pour apporter sa contribution aux acteurs de la transition. »

 

Si donc "le Président prend librement" son temps de convalescence, formellement il peut revenir à tout moment, avant la fin des six mois, pendant cette transition de tous les dangers, de toutes les obscurités. Ce droit est d’autant plus inquiétant et exorbitant que le point ci-dessous laisse dans un nuage opaque le point clé, la revendication majeure des Forces vives.

 

« 8. L’organisation, dans un délai de 6 mois, de l’élection présidentielle à laquelle ne participeront pas les membres du Conseil National de Transition, le Chef de l’Etat de Transition, les membres du CNDD, le Premier Ministre, les membres du Gouvernement d’Union Nationale et les membres des Forces de Défense et de Sécurité en activité ... »

 

Donc dès lors qu’on n’est pas « en activité », ce qui pour les forces de sécurité, les membres du CNDD y compris les deux présidents, signifie qu’i il leur suffit d’ôter leur tenue militaire pour être éligibles. On ne leur demande même plus le délai contraignant de 4 mois suggéré par M. Kouchner ! Car si on ôtait 4 mois des six mois, et quand l’on sait que l’on doit faire acte de candidature 70 jours avant, cela disqualifierait pratiquement tout ce beau monde, qui devrait dans deux mois nous montrer qu’ils sont de mauvaise foi. Non, c’est la porte ouverte, béante à tous les retours, à toutes les candidatures, ou plutôt, le statu quo. Nous sommes loin de tous les Ouaga des Forces vives. Et presque plus prêts du « Dadis ou la mort ! »

 

Les 15 points d’un certain mémorandum sont pulvérisés et les Forces vives dispersés en rase- campagne.

 

Je passe sur ce PM désigné par le conglomérat Forces vives-Président intérimaire, déjà connu avant la mise en place de l’organe législatif (CNT). Donc responsable devant qui ? En tout cas pas devant un CNT qui ne l’a pas nommé et qui naîtra après lui ? il sera donc responsable devant le Président intérimaire, le Président en convalescence ? Un Président qui a tous ses moyens intellectuels pour signer un accord qui nous éviterait dit-on, une guerre civile, est bien capable et c’est son droit, d’exiger qu’il signe ou contresigne tout décret présidentiel de nomination ou de limogeage d’un haut cadre, serait-il un Premier ministre.

 

Cependant je n'ai pas oublié tous mes "classiques".

 

La théorie sans la pratique est vaine, stérile et mène à tous les opportunismes, alors que la pratique sans la théorie est aveugle. Que faire, puisque l'on me dit que le peuple guinénen est soulagé, voire enthousiaste après les coups de griffes du Tigre ? Dans écrivain, Sassine disait qu'il y avait cette détestable syllabe VAIN. Mais cela rend-il nécessairement vaines les remarques sur les obscurités de cet accord ?

 

J'apprends que les deux "nominés, Rabiatou Diallo et Jea-Marie Doré (1) sont attendus à Ouaga dans les heures à venir pour conférer avec avec MM Konaté et Compaoré. N'est-ce pas l'occasion de démentir mon titre qui déplore cet accord sans les Partis ? Est-ce difficile pour eux d'exiger :

 

1) Que la convalescence de M. Dadis ne soit pas inférieure à 6 mois.

 

2) Que les deux termes suspects "en activité" soient purement et simplement supprimés du pont 8

 

3) Qu'on se hâte lentement avant la désignation du PM et qu'on aille plus vite dans la mise en place du CNT issu des Forces vives élargies à d'autres composantes de la nation (Diaspora par ex), un cadre de concertaion ( suggestion de Cellou Dalein Diallo) à caractère législatif qui nommerait, ou plutôt entérinerait le PM chef du gouvernement déjà désigné ou presque, CNT devant lequel ce dernier serait responsable.

 

La planète nous regarde et cette marche forcée vers des élections de tous les dangers me semble relever d'un populisme, ou d'un opportunisme pour le moins suspects.

 

Oublions la suite à donner à la mission de la commission internationale. Mais on ne saurait oublier que ce carnage fut la conséquence de l'exigence légitime de la non candidature de M. Dadis et des membres du CNDD. C'est là une question de décence et d'éthique.

 

Que Le Tout Puissant sauve la Guinée de ses amis et de son « mal de leadership » !

 

Saïdou-Nour Bokoum

 

www.manifeste-guinee2010.org partenaire de www.ondes-guinee.info  

 

PS (1) Info de dernière minute : les Forces vives ont décliné l'invitantion de M. Le Facilitateur, mais cela ne change rien aux remarques ci-dessus.

 

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16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 20:00



Les mesures sur lesquelles se sont accordés, à Ouagadougou, les signataires du "protocole d’accord de sortie de crise en Guinée" en vue d’une transition pacifique en Guinée comporte "un piège" dangereux en sa clause numéro 8, selon certains. Lisez :


8. L’organisation, dans un délais de 6 mois, de l’élection présidentielle à laquelle ne participeront pas les membres du Conseil National de Transition, le Chef de l’Etat de Transition, les membres du CNDD, le Premier Ministre, les membres du Gouvernement d’Union Nationale et les membres des Forces de Défense et de Sécurité en activité ;

Beaucoup estiment qu’il fallait ajouter après “…en activité;“ ...à la retraite ou démissionnaires“ puisqu’on peut aussi bêtement lire cette clause de la façon suivante :

8. L’organisation, dans un délais de 6 mois, de l’élection présidentielle à laquelle ne participeront pas les membres du Conseil National de Transition, le Chef de l’Etat de Transition, les membres du CNDD, le Premier Ministre, les membres du Gouvernement d’Union Nationale et les membres des Forces de Défense et de Sécurité [qui ne sont pas] en activité ;

Les plus pessimistes peuvent aller jusqu’à faire une autre lecture plus bête que la première et à l’image de ce qui s’est passé en Mauritanie voisine :

8. L’organisation, dans un délais de 6 mois, de l’élection présidentielle à laquelle […] participeront […] les membres du Conseil National de Transition, le Chef de l’Etat de Transition, les membres du CNDD, le Premier Ministre, les membres du Gouvernement d’Union Nationale et les membres des Forces de Défense et de Sécurité [qui ne sont pas] en activité ; 

Si cet accord est accepté à la lettre par tous les acteurs en Guinée, cela permettrait aux militaires de se muer en civils et contester les élections. Dissimulant leurs kalachnikovs sous des boubous blancs et aidés par l’armée et ses complices civils, ils risquent de se faire facilement félicités par la Communauté internationale comme l’avait été une fois de plus, le Général en civil Lansana Conté lors des élections de 1998.

 De bonne foi sur les ondes de Rfi, M. Bernard Kouchner avait souhaité voir “une solution africaine à la crise guinéenne“ en citant comme exemple le cas de la Mauritanie. Mais les Guinéens, eux, souhaiteraient simplement avoir “une solution démocratique“ à la crise en gardant les militaires très loin de l’arène politique. 

Encore une fois, c’est une réflexion un peu bête. Mais comme la Guinée ne manque pas de cerveaux, pensons-y ! 

Amdy Salam Diaw

Contact : amdysalamdiaw@yahoo.fr

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