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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 17:28

incendie_bureau.jpgEmoi à l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Le vendredi 29 avril dernier, un incendie s’est déclaré dans le bureau du doyen de la faculté de médecine. Un groupe de quatre étudiants suspectés par la police qui vient d’ouvrir une enquête.

 

Tout a commencé aux environs de 12h30mn alors que le professeur Mamadou Bobo Diallo, Doyen de la Faculté de médecine et chef du service Urologie du CHU Ignace Deen, sortait de son bureau pour aller à la prière du vendredi. Il trouve quatre étudiants assis au fond du couloir de son bureau. Le doyen Bobo, ainsi qu’on l’appelle, les aperçoit et leur demande ce qu’ils désiraient. Ils répondent : « Nous voulons vous rencontrer ». Le doyen demande à nouveau : « Pouvez-vous attendre demain puisque je vais à la prière ? Vous, vous êtes jeunes, mais moi qui suis du troisième âge, ma vie tendant vers la fin, je ne peux pas me permettre de rater mes prières surtout un vendredi. »

 

Les étudiants haussent la tête, puis rétorque : « Ok, mais nous avons une commission pour vous. » Le Pr. Bobo leur dit : « D’accord, alors et descendons. Pendant ce temps, vous pourrez me dire la commission pour ne pas que je sois en retard à la prière.» Ils acceptent de descendre en sa compagnie. Avant de terminer les escaliers, un d’entre eux dit au doyen, que ses amis et lui préfèrent revenir samedi matin pour lui faire la commission. Ils se séparent, le doyen continue son chemin pour la prière.

 

A sa grande surprise, pendant qu’il revenait de la prière, le doyen Bobo voit un camion de sapeurs pompiers se diriger vers l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Et quelques minutes après, on lui fait comprendre que son bureau a pris feux. Il n’en croyait pas. C’est seulement lorsqu’il arriva sur les lieux, il s’est rendu à l’évidence des faits.

 

Les dégâts matériels sont importants. Le salon de son bureau, son ordinateur, l’imprimante qui sert à fabriquer les diplômes des étudiants à la fin de leurs études, les documents qui servaient d’archives et tant d’autres.

 

La police arrive sur les lieux. Ils mettent la main sur un sac abandonné là où les étudiants étaient assis lorsque le doyen fermait son bureau pour sortir. Dans le sac, ils trouvent une carte d’étudiant, un bon de commande de carnet médical et d’autres effets. Ils ont appelé ça « pièces à conviction » devant leur permettre de poursuivre les enquêtes.

 

Lorsque nous nous sommes rendu au lieu de l’incendie, ce lundi 2 mai 2011, nous avons les choses telles quelles. Nous avons donc pu rencontrer le professeur Mamadou Bobo Diallo qui nous a confié sa version des faits.

 

A la question de savoir ce que l’inspire cet acte posé apparemment par ses étudiants, le professeur a déclaré : « C’est toujours des problèmes de passage en classe supérieure. Mais le vrai problème se situe au niveau de la pléthore d’effectif. Lorsque j’ai pris fonction en décembre 2009 comme doyen de cette Faculté, j’ai trouvé plus de 400 à 500 dossiers qui nécessitaient une régularisation. Et en Guinée, il suffit d’avoir un parent responsable ou payer de l’argent pour être inscrit dans une université sans obtenir une attestation de baccalauréat. A ce niveau nous sommes donc tous responsables : parents et professeurs d’université. Aussi, il y avait des étudiants de médecine qui étaient en 6ème année, mais qui n’avaient jamais suivi un stage dans un hôpital. Or, ce fait est anormal. Les stages font partie de la formation de l’étudiant. Alors, j’ai fait des propositions notamment, les stages à partir de la 3ème année qu’on appelle Synthèse clinique. La seconde proposition était que tous ceux qui ont la moyenne passent en classe supérieure. »

 

Selon le doyen Bobo, ses propositions ont été rejetées. Des étudiants se retrouvent avec des dettes, c’est-à-dire, il y a des étudiants qui n’ont la moyenne que sur 8 matières et les autres deviennent des dettes académiques. Là également, deux options ont été envisagées pour les étudiants.

 

« La première option, explique Pr Diallo, est que l’étudiant qui n’a pas eu la moyenne dans toutes les matières redouble la classe et reprend à zéro les matières pour l’année suivante. La deuxième option est que l’étudiant passe en classe supérieure, mais il est obligé de se rattraper en composant après dans les matières où il n’a pas eu la moyenne, d’où ce que j’ai appelé la capitalisation des notes ».

 

Pour lutter contre les moyennes sexuellement transmissibles (MST) ou financièrement transmissibles (MFT), Pr Bobo avait mis en place un système disciplinaire à l’effet de changer les pratiques qu’il considère comme abjects.

 

« Dès ma prise de fonction, confirme-t-il dans un air de regret, j’ai voulu que les gens soient disciplinés. J’ai demandé aux professeurs qu’on nous dépose les copies d’évaluation avant la correction. On met les copies sous anonymat et on donne aux différents professeurs pour la correction. Et après correction, ils nous ramènent les copies, nous remettons les noms et nous les enregistrons dans notre banque de données pour d’éventuelles revendications des étudiants, pour des vérifications ou des comparaisons. Ce système a permis de mettre fin avec succès aux MST ou aux MFT. Mais, j’ai constaté que mes dispositions ne sont pas approuvées par beaucoup de gens. Du coup, j’ai commencé à avoir des ennuis. »

 

A la Fac de médecine, on dénombre une population de 4.000 étudiants de la 3è jusqu’en 6è année. Les étudiant de la 1ère et ceux de la 2ème année sont orientés dans les universités de Kankan et de N’Zérékoré. Ce n’est qu’après ces deux années qu’ils viennent à Conakry pour continuer leur formation.

 

Cette année, le Professeur Bobo se réjouit d’avoir enregistré un succès avec la 4ème année où il a noté « 1.000 admis sur un effectif de 1.400 étudiants ».

 

Conscient du danger qui se dresse devant ses reformes, dans un endroit où il ne se sent plus en en sécurité, le Professeur Diallo jure que sans l’application des principes de rigueur, sans l’observation de la discipline par les étudiants et les professeurs, il sera difficile de rehausser le niveau de la formation des futurs médecins guinéens.

 

Marc Sarah

 

LJ partenaire de BBN

 


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Published by BanabanaNews - dans Faits divers
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