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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 11:04

reconciliationLa réconciliation est et sera la mère du changement capable de redresser la gestion de notre pays parce qu’elle doit  et devra déboucher sur l’émergence de leaders neufs ayant montré leur capacité à respecter les droits et les règles de conduite de la nouvelle société guinéenne que nous aurons adoptée.

 

Le cinquantième anniversaire de l’indépendance de la Guinée s’est limité à un défilé de soldats ne sachant même pas marcher aux pas, selon les spectateurs ayant assisté à la cérémonie. Celle-ci a été présidée par la première des dames de Lansana Conté, en violation de tous les usages diplomatiques prévoyant que le chef de l’Etat, empêché, délègue le premier ministre pour le représenter. A cette occasion, la première dame de la première république, veuve du responsable suprême de la révolution du PDG, figurait au rang des dames de compagnie de  Madame Lansana Conté.  

 

Les chefs d’Etat voisins, venus « fêter » avec nous cinquante ans de notre souveraineté nationale, sont restés sur leur faim. N’ayant pas vu leur homologue, ils ont observé les méfaits profonds de la gestion du pays depuis cinquante ans : suppressions des conquêtes politiques, sociales et culturelles par la première république et braderie et détournements impunis des richesses nationales, agricoles, financières et minières par la gestion des militaires. L’addition de ces deux modes de gouvernance débouche sur le paysage délabré et chaotique  de Conakry, reflétant l’état de tout le pays. Durant la semaine du cinquantenaire, le peuple et ses hôtes de marque n’ont eu droit ni à l’apparition publique, ni à un message de Lansana Conté. Aucune instance républicaine n’a fourni aucune explication de cette absence à cette célébration pourtant historique. L’histoire retiendra que le premier cinquantenaire de notre indépendance a été boycotté par le chef de l’Etat parce qu’il était agonisant et qu’aucune personnalité institutionnelle n’a eu le courage d’en informer le peuple souverain.

 

2 - Quelles réactions devant une telle faillite ?

 

A - L’indifférence du peuple guinéen

 

Les Guinéens ont boudé cet anniversaire qui a révélé au grand jour la médiocrité des gouvernants. Ils se sont repliés sur eux-mêmes, ruminant en silence leurs difficultés matérielles et morales à trouver le pain quotidien pour nourrir leurs familles. Certains citoyens et de nombreux journaux ont dénoncé cette faillite des ministres qui ont pêché par leur incapacité à organiser une manifestation capable de réunir les populations autour de cet important événement pour regarder le chemin parcouru par le pays pendant cinquante ans sous la direction de ses fils. De nombreuses associations ont pourtant fait des propositions pour saisir cette opportunité pour convoquer un dialogue national pour réconcilier les Guinéens et la société avec elle-même.

 

Les ministres, plus préoccupés de leurs intérêts personnels que des problèmes quotidiens des citoyens et de la place de notre pays dans le contexte locorégional et dans le monde, ont rivalisé de zèle pour se constituer en délégations pour parcourir les capitales africaines à la recherche de financements du cinquantenaire. Quelle place la Guinée, qu’ils gouvernent, occupe-t-elle dans leur cœur ?

B-. La faillite des partis politiques

 

Nous n’avons observé aucune manifestation d’aucun parti politique concernant la célébration de ce cinquantenaire. Pourtant il y avait du grain  à moudre pour redonner vie et vitalité aux partis politiques qui ont manqué tous les rendez-vous avec le suffrage universel depuis leurs créations. Ils auraient pu analyser, soit séparément, soit en organisant des colloques, des conclaves, les raisons et les causes de leurs échecs, autres que le trucage des urnes dont tout le monde savait que ce système électoral était la règle. Ils auraient pu examiner ce qui les divisait pour tenter de trouver une formule capable de mobiliser les populations comme les syndicats l’ont fait en 2006 et 2007. Ils ont manqué de probité intellectuelle en occultant leurs propres déboires dans leur combat pour la conquête du pouvoir. Ayant été totalement muets lorsqu’ils ont été élus députés, sur leur condamnation à mort par l’assemblée nationale de 1971, dans le cadre des mascarades judiciaires des agents de la cinquième colonne, ils ont renoncé de facto à la reconquête de leur honneur et leur dignité. La violation des droits constitutionnels des députés UNR et du candidat du RPG à l’élection présidentielle de 1998, par leur emprisonnement, sans levée de leur immunité parlementaire, aurait pu faire l’objet de débats très larges pour meubler notre démocratie. 

 

C-. Les efforts des Associations

 

Les associations que nous animons ont noué de très nombreux contacts, tous azimuts, en France et en direction des compatriotes vivant au pays et à l’étranger. Nous avons remis des dossiers aux gouvernants, aux leaders politiques et aux associations de la société civile du pays pour convoquer un dialogue de réconciliation. Nous leur avons proposé dès janvier 2007, en prévision du cinquantenaire, de préparer ensemble la convocation d’un dialogue national de réconciliation à l’occasion de cette célébration. Notre démarche suggérait que chaque partenaire à cette approche s’organise selon son propre contexte pour rédiger les dossiers de la réconciliation et du changement que nous voulons pour les cinquante prochaines années. Nos propositions étaient simples, accessibles à chaque citoyen, faciles à mettre en œuvre et dont le financement est à la portée de chacun, même s’il ne travaille pas.

 

N’ayant pas réussi à mobiliser une adhésion significative de structures et de personnes physiques sur le concept de la réconciliation pour le changement, nous avons noué des relations avec les syndicats et l’association des victimes du camp Boiro. Seule une association, le Comité d’Initiatives Citoyennes, CIC, a organisé un dialogue mensuel de janvier à octobre2008 sur des thèmes faisant un état des lieux de notre pays de 1958 à nos jours. Ayant examiné les responsabilités respectives des acteurs de la vie politique nationale depuis 1958, nous avons abouti à un consensus autour de la nécessité d’un dialogue inter guinéen dépolitisé pour redresser  le pays.

 

D - La complicité des cadres

 

Pour accéder aux postes ministériels et de la haute fonction publique, les cadres ont abdiqué leur rôle de servir le peuple pour se mettre au service des gouvernants. Ils ont renoncé à  conduire une politique de développement économique globale qui était l’objectif de notre vote du 28/09/1958. Ils se sont transformés en larbins des hommes d’influence et des épouses de Conté auxquels ils ont loué leurs compétences. D’autres sont devenus des mercenaires salariés des partis politiques. Toutes ces situations méritent d’être rappelées pour ne pas perdre de vue que les causes de notre déclin sont intactes et que par conséquent elles produiront les mêmes effets si nous ne mettons pas un terme à leur répétition.

 

3 - Que faire face à l’actualité ?

 

La prise de pouvoir par les capitaines illustre de façon éclatante la répétition de l’histoire. On entend les mêmes discours énonçant les maux dont souffrent les habitants et les mêmes mots pour les éradiquer… On observe les mêmes précipitations des responsables d’associations accourant, dans le même ordre dispersé, vers les nouveaux dirigeants, reproduisant la course de vitesse de 1984. Ces comportements ne préparent-ils pas une nouvelle confiscation du pouvoir en dépit des précautions oratoires des militaires promettant des élections en décembre au plus tard. L’égoïsme et la lâcheté des cadres font le lit d’une nouvelle impasse politique qui sera source de situation difficile.

 

Devant cette perspective négative, il est souhaitable d’orienter les efforts de notre lutte vers deux thèmes : réconciliation et changement. Nous pouvons les réaliser à deux conditions : rassembler et unir les Guinéens de la diaspora autour d’un seul objectif, l’intérêt général et la création de relations avec la société civile existant au pays.

 

4 - Leçons du passé

 

De très nombreuses tentatives ont été faites depuis plus de quinze ans pour réaliser cette tâche de rassemblement de notre communauté. De très nombreuses actions ont été engagées et gagnées par les nombreuses associations guinéennes de France. Des raisons irrationnelles ont empêché de capitaliser ces victoires d’étapes que nous avons menées en soutien aux grèves en 2006 et 2007. La raison nous enseigne que pour avancer, nous devons remettre en cause nos méthodes de travail pour obtenir des résultats positifs de nos efforts.

La réussite de toute démarche de rassemblement de notre communauté, après tous les obstacles que nous avons rencontrés, est fonction de la capacité des leaders que nous élirons à montrer leur volonté et leur aptitude de passer du statut de commentateurs des actes du pouvoir en place, quel qu’il soit, à celui de créateurs d’événements obligeant ce pouvoir à passer dans une position défensive.

 

5 – Conclusion

 

Des contacts existent  avec des groupes de travail que nous avons mis en veilleuse faute de volonté des Guinéens de France de poursuivre cette relation. Ils peuvent être rétablis à la condition que nous soyons prêts à des actions victorieuses des zizanies que nous avons semées entre nous pour rien depuis plus de dix ans. Notre capacité à subordonner nos intérêts personnels à la solution des problèmes des citoyens permettra de convoquer un dialogue de réconciliation pour le changement. Notre échec à construire un outil de lutte efficace ouvrira la route à la troisième dictature qui pointe son nez sur la route infinie de l’histoire reliant Conakry aux camps Alpha Yaya et Samory Touré.

 

 Pour sortir de ce bourbier, pouvons-nous construire ensemble un mouvement d’opinion décidé à empêcher toute nouvelle confiscation du pouvoir pour les 50 prochaines années ? Pouvons-nous faire le sacrifice d’unir nos moyens, nos qualifications professionnelles et notre attachement à notre pays au service de la solidarité  avec nos familles ? C’est notre vœu le plus cher et nous ne voulons pas qu’il reste un vœu pieux. Merci de votre écoute.

 

Docteur Thierno Bah


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Published by BanabanaNews - dans Libre opinion
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