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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 12:37

D’écrit comme un continent à la dérive, l’Afrique noire a paradoxalement la particularité d’avoir des présidents inamovibles. En rempilant sans doute pour un nouveau mandat à l’issue d’une élection sans  suspense, Blaise Compaore confirme sa place dans le cercle plutôt étendu des présidents africains au pouvoir depuis plus de vingt ans. Il est le benjamin en termes d’expérience d’un cénacle sur lequel le temps ne semble pas avoir de prise.

Arrivés pour la plupart à la tête de l’État par les armes, une dizaine de vieux Chefs d’Etat  a survécu aux pièges tendus par leurs opposants, aux bruits de botte de leurs propres troupes et parfois à des guerres civiles aussi sanglantes qu’interminables.

L’Angolais Eduardo Dos Santos préside depuis plus d’un quart de siècle aux destinées d’un pays ravagé par un conflit qui s’est achevé voici quelques annees avec la mort de son rival Jonas Savimbi. Les routes, les ponts, les voies ferrées, les lignes électriques de cet eldorado pétrolier sont en partie détruits tandis que les campagnes sont truffées de 13 millions de mines antipersonnels. Dos Santos avait annoncé des élections pluralistes pour 2005, auxquelles il a  participer et remporte.

Son voisin Denis Sassou Nguesso s’est emparé des clés du palais présidentiel de Brazaville en 1979. A l’époque adepte comme Dos Santos d’un marxisme léninisme tropicalisé, Sassou Nguesso a viré sa cuti lors de l’effondrement du monde communiste. Battu à l’occasion des premières élections pluralistes de 1992 par Pascal Lissouba, il est sorti vainqueur en 1997 d’une guerre civile entre l’armée et ses miliciens en juin 1997. 70% des Congolais vivent aujourd’hui au-dessus du seuil de pauvreté, malgré la rente pétrolière.

Un peu plus au nord, le président Omar Bongo avait le mérite d’avoir assuré au Gabon une stabilité certaine. Son trait commun avec Eduardo Dos Santos et son parent Denis Sassou Nguesso est d’avoir bénéficié des largesses d’Elf-Aquitaine. En 1999, sa sixième réélection avait été marquée par un nombre d’électeurs plus élevé que le nombre d’inscrits. Reste au pouvoir pendant plus de 34 ans, Omar Bongo s’est ouvert un boulevard institutionnel en supprimant la limitation du nombre de mandats pour le chef de l’exécutif. Et avait ete réélu l’annee suivante pour sept ans.

A plus de 68 ans, le «chef du village gabonais» conforta son image de «vieux sage» de l’Afrique. Il jouait ainsi les médiateurs dans les innombrables conflits qui déchirent la région. Mais il etait en rivalité sur cet inépuisable créneau avec le togolais Gnassingbé Eyadéma, doyen en âge à quatre jours près et surtout aux affaires pendant plus de 37 ans.

Le plus ancien chef d’État de la planète en ce moment après l’indéboulonnable Fidel Castro a commencé sa carrière par un coup d’État qui a coûté la vie à son prédécesseur Sylvanus Olympio. Gilchrist, le fils de l’ex-président, lui voue une haine tenace mais n’est jamais parvenu à le supplanter.

«Eyadéma s’est vanté d’avoir lui-même tué mon père», affirme-t-il périodiquement pour rappeler le péché originel du président.

Ancien sergent de la coloniale, «papa Eyadéma» avait brouillé les pistes en 2001 en assurant lors d’une visite de Jacques Chirac qu’il était bon pour la retraite. «Bien sûr que je partirai», avait-il affirmé sans convaincre. Puis il avait changé d’avis au dernier moment et fait modifier les règles constitutionnelles pour être triomphalement réélu en juin 2003. Mais son pays ne parvient pas à sortir de la crise économique dans laquelle il s’est enfoncé depuis 1993. Et l’absence d’alternative politique après des dizaines d’années d’une domination sans partage son règne attise les frustrations. Personnage aussi rustique que haut en couleur, Gnassingbé Eyadéma entretiendra sa propre légende. Il se plaît à raconter sa perpétuelle baraka. Le crash de son avion mais aussi un attentat qu’il mime toujours avec entrain, jouant tour à tour les rôles de l’agresseur et celui du président. Vilipendé en Europe, Eyadéma n’a cure de sa mauvaise réputation d’autocrate. Elle ne l’empêche pas d’être respecté par ses pairs africains. L’écrivain ivoirien Ahamdou Kourouma s’est inspiré du parcours du chef de l’État togolais dans En attendant le vote des bêtes sauvages, une satire féroce des chefs des juntes militaires africaines. Un titre né d’une remarque que lui fit un Togolais alors qu’il résidait à Lomé : «Si les hommes refusaient de voter pour Eyadema, les bêtes sortiraient de la brousse pour voter pour lui.»

Issu lui aussi du moule militaire, après 26 ans de pouvoir sans partage du President Sekou Toure, le Guinéen Lansana Conté  etait d’une remarquable discrétion. Il n’accordait pas d’interview, ne livrait pas de discours mais laissait parler la propagande. Conakry, la capitale de la République de Guinée, etait plongé en permanence pendant plus de 20 ans dans la célébration forcée de son énigmatique homme fort. Est-ce le nouvel homme fort le Pr. Alpha Condé lui échappera-t-il  de ce grand cercle?

Récemment enrichi par de formidables découvertes pétrolières, l’autre président guinéen, Teodoro Obiang Nguema, président depuis plus de 25 ans de la Guinée équatoriale, se remet à peine du débarquement avorté de mercenaires. Et d’un rapport du Sénat américain accuse la banque Riggs d’avoir abrité d’importants détournements de fonds au profit du président et de sa famille.

Issus en majorité de l’ancien pré carré français, les membres du club des présidents à perpétuité ont dans leurs rangs un spécimen rare venu des anciennes colonies britanniques, le Zimbabwéen Robert Mugabe. Dictateur depuis plus  24 ans, il n’a pas l’intention de prendre sa retraite. Mugabe a lancé une violente campagne pour redistribuer les terres des fermiers blancs au profit d’une population noire qui ne dispose pas de moyens pour cultiver les parcelles. Autrefois autosuffisant, le Zimbabwe est aujourd’hui au bord de la ruine sur un continent où la participation aux échanges commerciaux mondiaux est passée de 3,6% à 1,4% en vingt ans.

 Le continent africain est très riche en exemples, de l’Est a l’Ouest en passant par le Nord et au Sud : Le Tchad d’Idriss,  le Sénégal de Wade, la Libye de Khadafi, la Cote d’Ivoire de Gbagbo après Papa Phelix, la Gambie de Y. Djame, etc… On a l’impression que les hommes au pouvoir chez nous sont presque tous habités par la peur du lendemain.

En Afrique, la fonction politique la plus prestigieuse, à savoir celle de Chef de l'Etat, est perçue non pas comme un « mandat à durée déterminée » mais plutôt comme un « mandat à vie ». L'alternance au pouvoir - une des facettes du jeu démocratique - a du mal à passer dans les mœurs africaines et ensemble  luttons pour l’instauration définitive d’une alternance démocratique seul gage de stabilité, de paix durable et de bonne gouvernance.

Bonne et Heureuse Année 2011, Que Dieu sauve notre AFRIQUE: AMEN!

Amadou S Diallo

Washington D.C

Ahmedsdiallo@gmail.com

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Published by BanabanaNews - dans Libre opinion
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