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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 03:42

division 001Vu la profonde déchirure du tissu social, il serait présomptueux pour moi de traiter ce sujet en quelques lignes. En effet plusieurs pistes peuvent être utilisées pour arriver à la question essentielle de la réconciliation nationale qui préoccupe tant de guinéens aujourd’hui. Nul doute qu’on peut développer une thèse complète et bien fournie par des arguments d’ordre historique, sociologique, politique et économique. Je ne serais point étonné que d’autres l’aient déjà fait. Mais depuis quelques années, il y a eu tellement de contre-vérités, de mensonges autour de cette question et une telle manipulation que les conséquences se font sentir à tous les niveaux. C’est pourquoi je voudrais mettre le doigt sur quelques réalités inhérentes à ce débat et soumettre à travers cet article ma propre appréciation de la situation.

 

Les  abus et crimes d’Etat

 

Chaque fois que la question de la réconciliation nationale est soulevée en Guinée, on fait croire à l’opinion publique que le pays est en proie à des conflits intercommunautaires si graves qu’il faut absolument réconcilier les ethnies pour éviter une guerre civile. Or à y regarder de près, tel n’est pas le cas. La société guinéenne dans son ensemble n’est pas communautaire. Il y a eu un tel brassage de  populations que les liens entre les ethnies sont très forts. Il est donc faux de dire que les ethnies se regardent en « chiens de faïence ». Tout au long de l’histoire de ce pays, il n’y a jamais eu de conflits ouverts entre les différentes ethnies. Je mets au défi quiconque de prouver qu’il y a eu une guerre entre malinkés et peulhs, soussous et peulhs, soussous et forestiers ou malinkés et forestiers. Il y a eu certes des escarmouches et quelques violences ici et là, mais ce n’était jamais à caractère ethnique.

 

 Tous les crimes qui ont été commis en Guinée l’ont été au nom de l’Etat par des responsables politiques, affamés de pouvoir, qui par la suite, se sont réfugiés derrière leur ethnie pour échapper à d’éventuelles poursuites judiciaires. Il en a été ainsi depuis la première république au cours de laquelle plus de 50 000 victimes ont péri sous la dictature sanglante de Mr. Sékou Touré qui prenait toujours le soin de justifier ses crimes en disant à qui voulait l’entendre que les condamnations avaient été prononcées par le « Peuple ». Même si en même temps personne ne pouvait dire à quel Peuple il faisait référence puisqu’aucun segment de la société guinéenne n’a été épargné dans sa brutale et impitoyable répression policière pour garder le pouvoir. Une fois mort, ses admirateurs ont instrumentalisé et manipulé les réflexes identitaires pour effacer ses crimes et redorer son blason. Sékou Touré a su tellement tiré son épingle du jeu en échappant à la justice des hommes, que tous ses successeurs ont éprouvé le besoin de l’imiter. D’où le constant recours à la carte ethnique pour justifier des crimes politiques et des abus de toutes sortes.

 

Les nouvelles autorités du pays sont entrées dans cette logique en s’évertuant coute que coute à transformer et ramener la crise politique en cours à une fracture entre une communauté et les autres communautés de la Guinée. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter les barons du régime qui lancent des déclarations du genre : «

Les manifestations de l’opposition ne se produisent que sur un espace très réduit, entre Cosa et Hamdallaye ». Entendez que les manifestations ne se produisent que dans les quartiers majoritairement habités par les Peulhs. Ou cette autre déclaration : « Le seul opposant qui compte en Guinée c’est Cellou Dalein Diallo, tous les autres y compris Sidya Touré et Lansana Kouyaté ne représentent absolument rien ». Une déclaration à peine voilée qui veut dire que seuls les Peulhs sont opposés au régime en place. Ce qui est sans nul doute une absurdité vu que Mr. Sidya Touré est arrivé 3e au premier tour de l’élection présidentielle avec 15%, Mr. Kouyaté avec 7% des voix et Abe Sylla frôlant les 5%. Que les thuriféraires du régime tiennent ce type de discours pour les esprits simples faciles à manipuler est une chose, mais qu’ils aillent marteler une telle stupidité sur les antennes d’une radio étrangère à grande audience internationale en est une autre et les décrédibilisent totalement. Pourquoi ? Tout simplement parce que tous ceux qui ont un minimum de bon sens ne se laisseront jamais convaincre d’une telle idée.

 

Tenez, il y a juste quelque temps deux amis à moi discutaient de la situation politique en Guinée. Tous les deux, des cadres de haut niveau mais l’un est soussou et l’autre malinké. Ce dernier ayant certainement été piqué par le venin de l’ethnocentrisme et se sentant en confiance dit à mon ami soussou : « Tu sais, le problème en Guinée ce sont les peulhs ! Ce sont eux qui bloquent le pays ». Et l’ami Soussou de lui répondre : « Ah ! Pardon, arrêtes ça ! Ce sont les peulhs qui prennent les décrets en Guinée ? »

 

Tout ceci pour dire qu’en vérité, c’est l’Etat guinéen qui est responsable de tous les abus et crimes qui ont été commis au fil des années contre ses propres citoyens. La perte de confiance c’est entre l’Etat et les citoyens et non entre les ethnies qui ne se haïssent pas à ce point. Donc s’il faut entamer une quelconque réconciliation en Guinée, il faudra le faire entre les gouvernants et les gouvernés, entre l’Etat et les citoyens.

 

Et pour commencer, il faut d’abord réhabiliter toutes les victimes des assassinats politiques survenus en Guinée. Il faut ouvrir les charniers et rendre les restes des dépouilles mortelles aux familles qui pourront enfin faire leur deuil comme cela se doit. Et il faudra dédommager ceux qui estiment qu’ils sont encore en droit de l’être. Une commission vérité, justice et réconciliation nous aiderait dans ce sens. Il ne faut pas s’y méprendre : Tant que les Barry Diawandou, Barry Ibrahima dit Barry III, Magassouba Moriba, Keita Kara de Soufiana, Fodéba Kéita, Kaman Diaby, Baldé Ousmane, Loffo Camara, Telly Diallo, tous des compagnons de l’indépendance, et tant d’autres qui périrent dans le goulag guinéen n’ont pas été réhabilités, il est inutile de parler de réconciliation nationale. Tout gouvernement qui viendrait en Guinée et qui ne s’occuperait pas de cette question aura fait fausse route et ne pourrait regagner une quelconque crédibilité au niveau des citoyens. Et on ne pourra rien bâtir de solide avec un tel manquement. Une chose doit être sure : Nous n’allons jamais oublier les victimes et nous n’allons jamais relâcher nos efforts pour que leur réhabilitation soit effective et définitive. Quelque soit le temps que cela va prendre !

 

La Guinée est une famille

 

Que peut-on dire de plus que l’auteur de cette formule, Nènè Moussa Camara-Maleya, sur les liens étroits et millénaires qui unissent les guinéens de tous bords confondus. Le livre qu’il a écrit doit être au chevet de chaque guinéen ; tant il est édifiant ! Je ne vais pas reprendre ici les thèses de Nènè Moussa Camara, mais je veux juste donner quelques exemples tirés de mon expérience personnelle pour appuyer les arguments de l’auteur et démontrer l’absurdité de la politique de division menée par les ethnocentristes qui gravitent autour du pouvoir. Durant les six dernières années j’ai vécu en Guinée ou j’ai eu la chance de côtoyer les citoyens au quotidien. Mais combien de fois me suis-je trompé en faisant des achats au Marché Madina, au marché de Taouyah ou celui de la ville quand j’essayais d’établir un rapport avec une commerçante avant de finaliser la transaction ! Il m’est arrivé plusieurs fois de m’adresser en Soussou à une dame que je prenais pour une soussou pur-sang avant de me voir répondre en Poular. Surpris, ma réaction était toujours la même : Ah bon, vous êtes peulh ? Oui, me répondait-on souvent « Nous sommes de Labé, ou de Télimélé ou de Lélouma etc.. . » Et moi qui pensais que j’étais physionomiste et que je pouvais faire la différence entre un peulh et un soussou, je prenais ma marchandise et repartais l’air un peu embarrassé.

 

Mais combien de fois aussi je me suis retrouvé devant une vendeuse de fruits à Kaloum, qui voyant mes traits peulh très prononcés, essayait de négocier avec moi dans un mauvais français, avant que je lui réponde dans un soussou clair et limpide. Sa réaction était toujours faite d’étonnement que je puisse si bien parler sa langue avant qu’elle ne me demande si j’étais né à Conakry. Bien sur, répondai-je souvent, en lui indiquant la 3e Avenue Bis, entre Manképas et Sandervalia. Sur ce, on me répondait toujours : « Vous êtes les propriétaires de Conakry ». La négociation étant facilitée, j’achetais toujours au prix réel et repartais l’air satisfait d’avoir édifié mon interlocutrice sur les préjugés et la nature des rapports humains.

 

C’est pourquoi quand j’ai entendu Malick Sankhon, le directeur de la caisse nationale de sécurité sociale se vanter d’être un Conakryka dans une invective lancée contre Mr. Lansana Kouyaté qui l’aurait muté a l’intérieur, je ne puis m’empêcher de sourire. Malick Sankhon refusa de rejoindre son poste parce que selon lui, les gens ne vont pas venir de l’intérieur pour balancer un vrai Conakryka comme lui en brousse. Mais bon dieu comment quelqu’un peut catégoriser les gens de cette façon là en prétextant qu’on a plus de privilèges qu’un autre citoyen du fait simplement de ton lieu de naissance. Alors moi aussi je peux lui dire que bien qu’étant peulh, je suis sur d’être plus Conakryka que lui. Pour la bonne raison que mon père est l’un des premiers habitants de Conakry et il fait partie de ceux qui ont construit cette ville, en faisant les routes, les ponts et a sortir les bâtiments de terre. Je le mets au défi alors de prouver que ses parents sont arrivés avant les miens à Conakry.

 

Cette parenthèse fermée, continuons sur notre lancée avec des exemples à l’appui. J’ai eu un chauffeur à Conakry qui apparaissait totalement peulh, avec un comportement et des subtilités du Pulagu et qui parlait parfaitement le Poular. Quand je lui ai demandé son nom, il m’a dit qu’il s’appelle Ismaël Touré. Surpris, je lui ai demandé : « Tu es peulh ou malinké ? » et il m’a répondu : « Directeur, je suis malinké. Je suis de Faranah. » Effectivement, j’ai par la suite rencontré le père et une bonne partie de la famille de Ismaël et me suis rendu compte qu’ils étaient bien des malinkés de Faranah. Après, Ismaël m’a expliqué que sa parfaite maitrise du Poular et de la culture peulh vient du fait qu’il a passé une bonne partie de sa jeunesse au Fouta.

 

Une fois, je me suis rendu dans un centre hospitalier à Conakry  et l’infirmière qui m’assistait a engagé une conversation avec moi. Elle avait une beauté toute foutanienne. Comme elle paraissait si gentille et prévenante, je lui ai demandé son nom : Elle m’a répondu qu’elle s’appelle Mabinty Soumah. Je lui ai dit : « Mais tu es soussou ! On te confondrait à une peulh ». Elle m’a répondu : « Mon père est de Boffa, c’est ma mère qui est de Dinguiraye ! » Ah bon, lui répondis-je, je comprends.

 

Une autre fois je me rendis à Kaloum et je tournais en rond pour trouver un espace pour stationner mon véhicule. Non loin de Mouna Internet, un jeune me fit signe et m’aida à me garer. Il m’expliqua que le parking était maintenant payant et il me donna un ticket que je pouvais régler à mon retour. Comme il était si respectueux et aimable, chaque fois que cherchais un parking je me faisais assister par lui. Et nous conversions toujours en Français car je voyais en lui qu’il était forestier et il m’avait dit qu’il était Millimono. Un jour, à ma grande surprise, il s’est adressé à moi en Poular en me disant : « Koto, arè dho ! » « Grand-Frère, venez ici » en pointant du doigt un espace libre. Après avoir fini ma manœuvre, je descendis de ma voiture et nous discutâmes en Poular. Il le parlait parfaitement. Quand je lui ai demandé d’où il tenait son Poular, il m’a répondu qu’il a été élevé par une famille peulh à Mamou. Comme quoi, on ne sait jamais qui est qui !

 

Ces quelques exemples illustrent parfaitement l’absurdité de la politique prônée par les extrémistes du pouvoir qui cherchent à diviser les guinéens. Comment peut-on être sur de l’appartenance ou de l’allégeance de tel ou tel à une ethnie ? Comment peut-on justifier ces discriminations et ces exclusions simplement sur la base de l’ethnie ou du patronyme?  Même eux s’y sont trompés à plusieurs reprises car ils ont compris qu’un Camara peut être malinké, soussou, forestier voire même peulh. Au Fouta, il y a des Condé qui se considèrent 100 POUR 100 peulhs même si le pouvoir s’évertue à les faire croire qu’ils sont mandingues. Alors quand on leur dit que le pouvoir clame qu’ils sont des mandingues, ils en rient avec une pointe de mépris car même eux savent qu’on ne peut décréter l’appartenance linguistique ou culturelle d’un individu. Tout comme les Diallo qui vivent dans le Wassoulon, principalement dans la région de Mandiana. Comment peut-on dire à ces Diallo qui ne comprennent aucun mot du Poular, qui ne connaissent rien du Pulagu, qu’ils sont peulhs ? Ces gens là se considèrent comme des mandingues et agissent en tant que tel. Un point, un tirait !

 

Alors pour parer à toute éventualité, le bruit court dans tout Conakry que les extrémistes du pouvoir auraient mis en place une commission chargée de vérifier l’identité réelle et l’appartenance ethnique des cadres qui sont nommés à des postes stratégiques. Des critères auraient été mis en place et on exigerait désormais qu’il faut être de père et de mère malinké pour occuper certains postes.

 

Même avec toutes ces précautions, comment peuvent-ils être sur qu’un malinké pur-sang, n’a pas plus d’affinités avec un Peulh, un Soussou, un Forestier qu’avec un autre malinké. Les êtres humains sont définis et marqués par les expériences qu’ils partagent avec les autres dans la vie et qui affectent profondément leur comportement. Il y a des Malinkés qui a un moment donné de leur vie ont été sortis d’un mauvais pas grâce à un peulh, un soussou ou un forestier. Et qui ne l’ont jamais oublié ! Combien de fois n’ai-je pas entendu à Conakry un malinké ou un compatriote d’une ethnie différente me dire : « Ah c’est ton père qui m’a aidé à acheter ma première voiture » ou alors « Ah c’est ton frère qui m’a aidé à avoir mon premier poste au ministère des affaires étrangères », etc.… Donc comment peut-on être sur que ces malinkés pur-sang, vont s’engager résolument dans une politique de discrimination et d’exclusion s’ils ont été au cours de la vie marqués par des évènements importants ou les autres ont joué un rôle déterminant. Doit-on alors fouiller le parcours de chaque individu pour s’assurer qu’il n’a pas été teinté, affecté par la « mauvaise énergie » des autres ? Quelle absurdité !

 

Alors comment peut-on parler de réconciliation nationale lorsque toutes ces pratiques sont en cours et sont sanctionnées par le pouvoir ? Comment peut-on parler de réconciliation nationale lorsqu’on persiste à cantonner les guinéens dans des ghettos ethniques et à discriminer et exclure certains groupes simplement sur la base de préjugés et de clichés purement subjectifs ? Mais ou allons-nous ?

 

La Guinée est comme une voiture à quatre roues

 

C’est l’un des refrains favoris du pouvoir chaque fois qu’il est en difficulté et tente de calmer la situation. On est tenté de croire qu’au fond les gens du pouvoir savent bien que la Guinée ne se résume pas à une seule région ou à une seule ethnie. Mais le pensent-ils vraiment ?

 

En tout cas ce discours ne colle pas à la réalité sinon le pouvoir n’aurait pas accepté et validé la nomination du fameux Général Facinet Touré au poste de médiateur de la république après qu’il eut déclaré que les peulhs n’ont pas droit au pouvoir politique puisqu’ils ont déjà main mise sur l’économie du pays. Un discours totalement irresponsable et diviseur qui aurait du conduire son auteur devant les tribunaux pour incitation à la violence et à la haine raciale et ethnique. Mais qu’a fait plutôt le pouvoir sinon que de l’investir à son poste avec toute la fanfare officielle.

 

Idem pour le sieur Samba Heeri qui après avoir insulté toute l’ethnie peule dans sa campagne de dénigrement au Fouta s’est revu récompensé et confirmé au poste de préfet à Lélouma. Comme dirait l’autre, il suffit aujourd’hui d’insulter les peulhs pour avoir une ascension rapide et fulgurante dans les instances dirigeantes du pays.

Comment peut-on alors prendre les dirigeants guinéens au sérieux lorsqu’ils comparent la Guinée à une voiture qui ne pourrait avancer s’il manquait l’une des roues. On ne peut en conclure qu’il s’agit bel et bien d’une manipulation destinée à la consommation extérieure. Sur le terrain, on constate une autre réalité faite de discours et de comportements tribalistes distillés à des populations largement analphabètes et vulnérables à ce genre de manipulation.

 

A ce sujet, un ami Malinké me racontait récemment une histoire assez édifiante. Selon lui, au plus fort de la campagne entre les deux tours de l’élection présidentielle en 2010, il s’est rendu dans un café de fortune qu’il fréquentait régulièrement. A peine installé, le propriétaire qui est malinké comme lui, vint pour prendre sa commande et lui dit avec un air sarcastique: « Koro, tu as vu, les peulhs ont fermé leurs boutiques. C’est tant pis pour eux ! Lorsqu’ils auront faim, ils vont ouvrir. » Et mon ami de lui répondre : « Ah bon ! OK ! » Sans ajouter un autre commentaire. Le lendemain, mon ami revint au même endroit, a la même place pour prendre sa tasse de café. Et voilà que le propriétaire accourt vers lui en disant : « Ah ! Koro, il n’y a pas de sucre ! ». Surpris, mon ami rétorque : « Quoi ! C’est parce que les peulhs ont fermé leurs boutiques ? » et le propriétaire, l’air dépité, de répondre : « Certainement ». Mon ami le toise du regard et lui dit : « Alors, donne moi un café sans sucre ». Quelques jours après, alors que les boutiques étaient fermées suite à une autre manifestation, mon ami se rendit au même endroit, à la même place pour prendre son café. Il s’installa à la même table et attendit. Le propriétaire s’avança timidement vers lui : « Koro, il n’y a pas de charbon, et y’a pas de courant aussi ». Et mon ami de répondre : « Ah toi aussi ! Ce sont les peulhs qui vendent le charbon aussi ? » ; « Donc pas de café aujourd’hui ? » et le propriétaire hocha la tête. Et mon ami de conclure : « Il vaut mieux que tu fermes aussi, hein ! ».

 

Et mon ami de m’expliquer : « Tu as vu, le pauvre ! Il n’avait pas compris qu’il y a une interdépendance entre son business et celui des peulhs qu’il condamnait sans appel. Il n’avait pas compris que le commerçant peulh, le commerçant malinké, la commerçante soussou, la commerçante forestière font partie de la même corporation et qu’ils sont liés par les mêmes intérêts. Certes le charbon est généralement vendu à Conakry par des femmes soussous, mais il faut bien qu’il soit acheminé du lieu de production, à l’extérieur de Conakry, jusqu’en ville. Or la plupart des véhicules de transport appartiennent à des peulhs. Que veux-tu ? Au lieu donc de chercher à comprendre et voir ou se trouve ses intérêts, il se laisse manipuler par des extrémistes dont le seul agenda est de diviser pour régner et s’enrichir aux dépens de la pauvre population ».

 

Voilà comment les régimes faibles et démagogiques s’accrochent au pouvoir et s’installent dans la durée. Ils font croire à un électorat mal formé et peu informé que c’est la faute aux autres, c’est nous contre eux, et une fois qu’on les aura vaincus, on aura accès à toutes sortes de richesses.

 

C’est le discours qui a prévalu en Guinée depuis plus de cinquante ans et le nouveau régime l’a repris à son compte. Sinon comment expliquer que des peulhs et des soussous soient virés de l’administration manu-militari pour le simple fait de leur appartenance ethnique, et que les forestiers soient relégués à des rôles de second plan, principalement dans l’armée. J’ai vu des peulhs perdre leurs emplois tout simplement parce qu’ils sont Diallo, Bah, Barry ou Sow, même quand ils n’ont absolument rien à voir avec la politique. Des gens qui ne cherchent qu’à gagner leur pain et nourrir leurs familles. J’ai vu des Soussous être renvoyés de soi-disant postes juteux tout simplement parce qu’on ne leur fait pas confiance et que Feu Lansana Conté les aurait placés là pour s’enrichir. Et j’ai vu des forestiers subir le même traitement parce qu’il faut laisser la place à ceux-là qui sont de la bonne ethnie et qui doivent aussi prendre leur place à la mangeoire.

 

Alors comment peut-on nous parler de réconciliation nationale dans un tel contexte ? Mais bon sang, qui peut accepter cela ? Mais ils sont fous ! Jamais de la vie, on n’acceptera un tel système dans notre pays.

 

La Guinée appartient à tous les Guinéens

 

Les défenseurs du régime répondent à ces critiques en disant : « On a gagné les élections et dans tous les pays démocratiques c’est comme ça que ça se passe ! Ce sont les gagnants qui s’installent au pouvoir et occupent les postes. Les perdants attendent leur tour jusqu’à la prochaine élection ! ».

 

Naturellement un tel raisonnement fait preuve de myopie politique. La Guinée n’est pas la France, la Grande Bretagne ou les Etats-Unis d’Amérique. Dans les pays à grande majorité d’analphabètes et ou le repli identitaire et communautaire est si prononcé, vouloir appliquer une telle politique est suicidaire et conduit à une déstabilisation des institutions. Dans un pays comme la Guinée ou l’état moderne peine à se constituer, il est dangereux de mettre en pratique des leçons si mal apprises. Même dans les pays à démocratie avancée, seuls les postes politiques ou électifs sont affectés. L’administration n’est nullement perturbée par les changements qui interviennent à la suite d’élections libres et transparentes. Dans quel pays du monde a-t-on vu les gagnants d’une élection remplacer entièrement toute une administration sans que cela ne provoque de graves remous sociaux. Et encore, comment peut-on justifier le renvoi de fonctionnaires qui évoluent totalement en dehors du champ politique ?

 

Dans un pays comme la Guinée ou l’Etat peine à asseoir son autorité, et ou la nation est en formation, il aurait été mieux de faire preuve d’originalité et d’adapter les institutions à nos réalités socioculturelles. La Guinée est l’un des rares pays au monde ou le découpage régional et ethnique effectué par la puissance colonisatrice n’a pas conduit à un désordre social ou territorial. Les quatre régions naturelles de la Guinée sont à la fois distinctes et complémentaires, avec des ethnies certes distinctes mais qui pendant des siècles ont partagé une communauté de destin sur le plan de la religion ou des impératifs économiques. Pour parler simplement, c’est Dieu même qui a partagé la Guinée en quatre régions naturelles, chacune avec sa spécificité culturelle, géographique et historique. Un tel pays est naturellement facile à gérer ! Pour qu’il y ait la concorde nationale, la stabilité et le progrès, il faut simplement rendre à chacun, à chaque région naturelle ce qui lui revient de droit. Si Dieu lui-même a partagé ce pays en 4 régions naturelles, un gouvernement sérieux et responsable a tout simplement besoin d’appliquer la règle de l’équité : Que ce soit dans les nominations aux postes administratifs, militaires ou au niveau des investissements publics, il suffit juste d’octroyer 25% des parts à chacune des régions. Et personne ne se sentira lésé, discriminé ou exclu. Ce n’est pas un partage du gâteau mais juste une bonne formule pour amener la quiétude sociale, rétablir la confiance entre gouvernants et gouvernés et faire participer toutes les forces vives de la nation aux efforts de développement. Mais si l’on persiste à privilégier une région et une ethnie sur les autres, on invite inexorablement une situation politique et sociale des plus explosives. Situation que la Guinée est entrain de vivre actuellement.

 

Au vu de tout ce qui précède, il faut replacer la question sensible de la réconciliation nationale dans son véritable contexte : Quand l’Etat refuse de réhabiliter les victimes innocentes d’une dictature sanglante et destructrice, et de rendre les restes des dépouilles aux familles éplorées, et que ce  même Etat continue à violer les droits fondamentaux des citoyens, il est difficile de parler de réconciliation nationale. Quand ce même Etat poursuit une politique de discrimination et d’exclusion à l’égard de certains groupes de la nation, on n’est plus à l’heure de la réconciliation nationale mais celle de la résistance active.

 

Et c’est dans cette voie que la jeunesse guinéenne s’est engagée au grand dam d’un pouvoir anachronique et qui est totalement dépassé par une situation qu’il ne comprend pas du tout.

 

T. Sadou Diallo

 

« Le secret de la réconciliation avec soi-même réside bien dans le souvenir » par Ulrich Wickert

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