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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 10:12



Je n’ai pas l’honneur de figurer parmi ses proches, ni humainement, ni géographiquement. Nous ne sommes pas de la même génération. Sékou Touré était encore notre idole en 1960 quand Julien Condé lui claquait la porte au nez. Le monstre s’était déjà dévoilé au scientifique quand il voulut imposer à ce dernier sa verbosité à la place de la vérité scientifique.


Le statisticien avait cherché et trouvé que nous étions 3,5 millions de Guinéens, l’Homme Peuple et sa Révolution voulaient qu’on fût plus de 4,5 millions ! Le camp Boiro n’était pas encore une réalité physique, mais il était déjà logé dans la tête de l’illuminé « intellectivore ». C’était suffisant pour que la cause soit entendue par notre jeune statisticien et déjà patriote, pour prendre le chemin de l’exil.

 

C’était cela ou la prison. Les biographes de Julien Condé ont déjà commencé à brosser le long et silencieux combat de ce militant des premières heures qui n’était pas à ma connaissance, un ténor des grandes assemblées des organisations estudiantines qui depuis les années 50 parlaient déjà d’indépendance avant de fustiger les « Soleils des Indépendances » dont un des rayons funestes venait de frapper notre jeune patriote.

 

Pour ma part, je n’ai connu Julien Condé que sur le tard, au seuil des années 2000. Je venais avec d’autres, d’écrire le « Manifeste Guinée 2010, Odyssée de l’Impasse ». Monenembo m’ayant signalé un projet similaire, je me rendis à la réunion que ses initiateurs devaient tenir quelque part au nord de Paris. Julien était le seul « ancien » de la petite assemblée que je ne connaissais pas. Il avait un court texte à proposer, deux ou trois feuillets. J’en avais une quinzaine. Il les parcourut rapidement et trancha.

 

« Ton texte est très littéraire Bokoum, mais j’adhère à son contenu ».

 

Il proposa que Monenembo, Sadio Bah, initiateur de l’autre démarche et moi, fassions la synthèse pour sortir un unique texte. Cela ne s’est pas fait. Mais depuis, des manifestes ont prospéré. J’avais gardé avec Julien Condé, qui était associé à un petit « club » dénommé « Doyens », un contact très distendu à coups de téléphone. Je suis très bavard au téléphone aussi, et lui était très patient. Il me trouvait quelque peu sanguin, moi je trouvais qu’il était direct, entier et fidèle à ses convictions. Surtout, plus que tout, il n’était pas dispersé dans ses engagements.

 

Je luis dois, tous ceux qui adhéraient au projet, ce serpent de mer, de fédérer les Guinéens de l’Extérieur lui doivent la crédibilité naissante de cette structuration en marche, grâce à sa présence ce 17 Janvier 2008 à la Bourse du Travail de Saint-Denis où nous avions organisé notre première réunion. Il y avait ce jour-là des délégués venus d’un peu partout d’Europe. De l’Espagne à la Hollande, en passant par la France, la Belgique et la Suisse. Il y avait des femmes fortement impliquées dans le mouvement associatif, des jeunes venus de Paris et des Provinces de France. Cet après-midi là nous avons étalé tous nos démons de diaspos latins et parigos. Julien déjà très fatigué, présidait avec Mme Adjidjatou Baud venue de Suisse. Au bureau, il y avait aussi Mme MBallou Kébé, venue de Belgique. Julien avait « commis » un petit texte qui parut long aux thuriféraires de la langue de bois, qui trouvaient d’ailleurs qu’il n’était pas dans « la ligne du Parti... » Pourtant le libelle de Julien était prémonitoire de ce qui fait l’actualité désespérante que nous connaissons aujourd’hui.

 

D’ailleurs certains ne se sont toujours pas consolés de cette « occasion manquée », pour reprendre une formule du Commandant Biro Condé présentant ses excuses le soir même. Les mises en garde de Julien sonnaient alors comme des coups de pétard mouillé. Aujourd’hui je les entends comme des coups de tonnerre de fusil de chasseur dioula. (²)

 

Pour ne pas fabuler sur cette personnalité que je n’ai pas vraiment connue, je m’arrêterai au dernier rendez-vous manqué que nous avions, Julien Condé et moi. Quitte à jeter un petit pavé dans la mare de Baro, dont les Condé furent d’ailleurs maîtres, O coïncidence ! Je sais, ce n’est pas tout à fait convenable en ces temps de deuil. Je rappelle juste que nos cousins Bété de Côte d’Ivoire fêtent la mort à coup de gin ou de bandji. Et puis « on entre dans un mort comme dans un moulin », disait Jean-Paul Sartre. Je me ferai donc Don Quichotte, Triste chevalier du Net, en rappelant que « les morts ne sont jamais morts... » (Birago Diop). Julien Condé nous écoute et nous lit droit dans les yeux.

 

Donc, m’étant inquiété auprès de lui de n’avoir pas été associé à une certaine réunion des « sages », il y a deux ou trois mois, il me dit toute sa surprise et son indignation, avant de me promettre de redresser les choses. Julien n’est pas griot. Moi non plus. Alors je lui dis puisqu’il est en Terre de Vérité, « Julien, Kô yan Tè (³) à propos de cette réunion », il y a un secret entre toi et moi, comme aurait dit Soumangourou Kanté à l’ancêtre des Kouyaté, dépositaires du Sosso Bala. La réunion a eu lieu, sans lui. Pour cause de dialyses. Moi non plus je n’y suis pas allé, Julien Condé n’avait pas eu le temps de mettre les choses au clair. Je préfère voiler cette vérité que de faire exploser un « dianfa ». L’invisible fusil de dioula que Julien portait en bandoulière était signe de discrétion et non de discrédit...

 

Ceci est à l’image de la vie de ce lutteur de classe, qui comme Moïse ne verra pas la Terre promise.

 

Mais qu’est la terre promise d’ici bas à côté de Celle du Tout Miséricordieux où il devrait avoir une place de choix, in chââ Allah !

 

Wa Salam Julien !

 

Saïdou Nour Bokoum

 

www.manifeste-guinee2010.org partenaire de www.ondes-guinee.info

 

Note :

 

(1) : Titre du premier roman du congolais Emmanuel Dongala

 

(2) : "dioula" ne veut pas dire seulement « commerçant », il a un sens ésotérique qui veut dire chercheur de vérités sacrées. Voir La Confrérie des chasseurs bambaras, de Youssouf Tata Cissé, Karthala

 

(3) K, Y, T, radicales de Kouyaté.

 

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Published by Amdy's Blog - dans Portrait
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