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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 12:20

affontement-a-conakry.jpgIl faut une volonté politique pour rompre avec les exactions et l’impunité héritées du passé. Le Président Alpha Condé, arrivé au pouvoir en décembre 2010, devrait s'attaquer aux graves problèmes de droits humains et de gouvernance qui ont marqué des décennies d'exactions en Guinée, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui. 


Ce rapport identifie les principaux facteurs qui ont contribué à des années d'impunité et recommande des mesures que la Guinée devrait prendre afin de promouvoir une bonne gouvernance et mettre un terme à un passé jalonné de violences.


Le rapport de 78 pages, intitulé « Nous avons vécu dans l'obscurité : Un agenda des droits humains pour le nouveau gouvernement guinéen », appelle les autorités à traduire en justice les responsables des massacres perpétrés en 2007 et 2009. Il explique que le gouvernement devrait renforcer l'appareil judiciaire et lui fournir des ressources suffisantes, discipliner et réformer le secteur de la sécurité, et veiller à ce que la population guinéenne puisse tirer parti des abondantes ressources naturelles du pays. Human Rights Watch recommande également au gouvernement d'instaurer une commission vérité chargée de mettre en lumière les causes du passé violent de la Guinée, ainsi qu'une commission de lutte contre la corruption ayant pour mandat de mettre fin à l'exploitation abusive des richesses du pays.



« L'avenir de la Guinée est en jeu », a souligné Corinne Dufka, chercheuse senior sur l'Afrique de l'Ouest à Human Rights Watch. « Les actions du Président Condé - ou son inertie - soit traceront un nouveau chemin favorable aux droits humains, soit figeront la Guinée dans les excès et les violences du passé. »



Le rapport est basé sur plus de 200 entretiens avec des avocats, des magistrats et des membres du personnel du Ministère de la Justice guinéens ; des victimes et des témoins de violations des droits humains ; des prévenus et des condamnés ; des membres de l'armée, de la gendarmerie et des forces de police ; des membres du personnel du Ministère des Finances et des hommes d'affaires ; ainsi que des membres de la société civile et d'autres personnes. Un homme interviewé pour le rapport a résumé en ces termes l'urgence d'une amélioration de la situation des droits humains :



Pendant 52 longues années, le peuple de Guinée a réellement souffert des effets de l'impunité et de la corruption. Nous avons vécu dans l'obscurité-sans électricité, sans eau, sans perspectives pour nos enfants. Les gens au pouvoir ont ruiné nos vies, génération après génération. Les familles qui ont perdu leurs fils et leurs filles à l'époque de Sékou Touré, puis en 2007, et de nouveau en 2009, n'ont pas encore fini de pleurer. Ceux qui nous ont fait ça, qui ont fait ça à notre pays, doivent savoir qu'ils ne peuvent pas continuer comme avant.



Un passé marqué par des exactions cautionnées par l'État


Depuis l'indépendance obtenue de la France en 1958, les dirigeants de Guinée - Ahmed Sékou Touré (1958-1984), Lansana Conté (1984-2008) et le Capitaine Moussa Dadis Camara (2008-2009) - ont utilisé les milices du parti au pouvoir et les forces de sécurité pour intimider et réprimer dans la violence les voix indépendantes. Des milliers de Guinéens qui avaient osé s'opposer au gouvernement ont été torturés, privés de nourriture, battus à mort par les forces de sécurité de l'État, ou exécutés lors de leur garde à vue dans des postes de police ou des casernes de l'armée. Aucun de ces trois dirigeants n'a ordonné l'ouverture d'enquêtes et la traduction en justice des membres des forces de sécurité impliqués dans des crimes graves.



« L'impunité pour les crimes très graves qui ont jalonné l'histoire du pays a enhardi les générations successives d'auteurs de violations des droits humains », a expliqué Corinne Dufka. « Démonter ce mécanisme et cette culture de l'impunité et bâtir une société fondée sur l'État de droit constituent le plus grand et le plus important défi auquel est confrontée la nouvelle administration du Président Condé. »



Renforcer le pouvoir judiciaire


Le nouveau gouvernement du Président Condé devrait prendre des mesures immédiates visant à réformer l'appareil judiciaire guinéen terriblement sous-financé et à lui apporter le soutien dont il a besoin, a expliqué Human Rights Watch. La marginalisation, le délaissement et la manipulation du système judiciaire ont débouché sur des déficiences flagrantes dans ce secteur.



Des magistrats, des avocats, des greffiers et du personnel pénitentiaire interrogés en vue du rapport de Human Rights Watch ont signalé que les fonds dont ils disposaient pour mener des enquêtes judiciaires, ou même pour pourvoir leurs bureaux en personnel et en équipement et pour les faire fonctionner étaient largement inadaptés. Certains ont confié que les fonds reçus n'étaient pas suffisants pour nourrir et prodiguer les soins élémentaires aux prisonniers, ou pour les transférer au tribunal. Selon les estimations, entre 80 et 90 pour cent des prisonniers placés en détention dans la plus grande prison de Guinée n'ont pas comparu devant un juge ou n'ont pas été reconnus coupables. Nombreux sont ceux qui sont détenus depuis plus de cinq ans sans jamais avoir été jugés.



Créer un mécanisme chargé d'établir la vérité


Human Rights Watch recommande vivement au gouvernement de mettre en place un mécanisme chargé d'établir la vérité, pour exposer au grand jour les atrocités insuffisamment mises en lumière, notamment celles commises sous le règne de Sékou Touré, explorer la dynamique qui a donné lieu aux régimes répressifs qui se sont succédé et ont pu se maintenir au pouvoir, et formuler des recommandations visant à prévenir leur retour.



Réformer le système de sécurité


Condé a hérité d'un secteur de la sécurité immergé dans une culture du non-professionnalisme et de l'indiscipline. Les soldats et les policiers impliqués dans des délits tels que l'extorsion, le banditisme, le vol, l'enlèvement, le racket, ou l'usage excessif de la force meurtrière, ont joui d'une impunité presque totale. La croissance rapide de l'armée, conjuguée à un manque de volonté politique pour assurer la discipline et réclamer des comptes pour les actes commis, a contribué aux exactions perpétrées par les forces de sécurité pendant de longues années.



« Se comportant davantage en prédateurs qu'en protecteurs, des hommes en uniforme ont pu commettre impunément des violences allant d'actes criminels isolés à des crimes contre l'humanité », a déploré Corinne Dufka. Human Rights Watch appelle le gouvernement à adopter une politique de tolérance zéro à l'égard de tels excès ; à enquêter, poursuivre et punir les auteurs de ces actes ; et à mettre en œuvre une feuille de route crédible élaborée par l'ONU et la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) en vue d'une réforme du secteur de la sécurité.



Éradiquer la corruption


Human Rights Watch appelle également le nouveau gouvernement à combattre la corruption endémique qui, depuis des décennies, prive les Guinéens de leur droit à des soins de santé élémentaires, à une éducation et à d'autres droits socioéconomiques. Bien qu'abritant l'une des plus grandes réserves de bauxite au monde, ainsi que d'autres minerais précieux, la Guinée demeure l'un des pays les plus pauvres du monde, figurant à la 156e position sur les 169 pays repris dans l'Indice de développement humain des Nations Unies. Par ailleurs, les Guinéens vivent dans un pays qui présente quelques-uns des pires indicateurs de qualité de vie au monde, notamment dans les domaines de l'alphabétisation adulte et de la mortalité infantile.



Afin de remédier à ces déficiences, Human Rights Watch invite le gouvernement à, d'une part, garantir un contrôle strict et transparent des opérations budgétaires de l'État et des contrats portant sur les ressources naturelles, et d'autre part, à instaurer une commission indépendante de lutte contre la corruption, habilitée à ouvrir des enquêtes, à citer à comparaître et à inculper les individus qui détournent les ressources publiques. Ces mesures devront bénéficier du solide soutien des agences bailleuses de fonds. 


Préserver la légitimité du régime


Enfin, pour assurer un réel contrôle sur le pouvoir exécutif et garantir la représentation politique du peuple guinéen, Human Rights Watch a vivement recommandé à Condé d'élaborer un calendrier concret en vue d'élections législatives et de veiller à ce que ces élections soient organisées librement, démocratiquement et dans la transparence. Le président doit par ailleurs prendre des mesures concrètes visant à remédier au manque de neutralité politique et de professionnalisme dont les forces de sécurité ont fait preuve lors du scrutin qui l'a amené au pouvoir.



« Les graves problèmes de droits humains qui rongent la Guinée - la corruption endémique, la culture de l'impunité, la faiblesse de l'État de droit et la misère écrasante - ont brisé la vie et détruit les moyens d'existence d'innombrables Guinéens », a conclu Corinne Dufka. « Afin de rompre avec ce cycle de violence et de préserver la dynamique générée par les élections, le gouvernement doit immédiatement prendre des mesures pratiques visant à relever ces défis. »



Human Rights Watch


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Published by BanabanaNews - dans Droits humains
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