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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 03:18

lev-e.jpgDeux textes particulièrement troublants sont parus tout dernièrement sur le web guinéen. Il s’agit, d’abord, de la pétition lancée par Mansour Kaba à propos de ‘’l’abolition de l’esclavage au Fouta-Djallon’’ et, ensuite, de la stratégie électorale du parti au pouvoir en ce qui concerne la même région du Fouta-Djallon. Dans le premier texte, l’auteur aligne une série de questions avant d’inviter ses lecteurs à aller eux-mêmes trouver les réponses aux questions qu’il pose dans les « rundés » et « foulaso ». Il invite ensuite les mêmes lecteurs à s’associer à lui pour mettre un terme définitif à l’esclavagisme au Fouta-Djallon. La démarche est pour le moins curieuse puisque l’auteur, qui n’apporte pas de preuves à ses allégations, demande à ses lecteurs d’aller recueillir celles-ci eux-mêmes. Où sont donc passées les bonnes manières ? La logique et l’éthique auraient voulu que lorsqu’on cherche à mobiliser pour une cause on commence par expliciter celle-ci dans l’objectif de persuader les uns et les autres de sa justesse.

 

Mansour Kaba n’a pas été persuasif. Les questions qu’il pose sont triviales et ne sauraient convaincre aucun esprit sérieux.  Prenons l’exemple du bouc qui serait imposé par les « esclavagistes peulhs » aux « esclaves mandingues » lors des cérémonies de baptême et prenons comme un postulat absolu que Mansour Kaba dit vrai (même si ce n’est pas vrai). La question qui se pose alors est celle de savoir en vertu de quelle loi un guinéen peut dicter à un autre la nature des sacrifices qu’il compte faire et surtout quel serait le moyen de coercition dont disposerait le « maître » à l’égard de « l’esclave » en cas de violation de ladite loi. La réponse est simple : il n’y a aucune loi qui donne le pouvoir ou le droit à un guinéen d’imposer à un autre guinéen telle ou telle espèce animale à donner en offrandes. Mansour Kaba n’est donc pas convaincant lorsqu’il déclare implicitement que certains guinéens détermineraient les rites pratiqués par d’autres guinéens. Plus généralement, Mansour Kaba avance des généralités sans aucun fondement factuel. Dans ces conditions, ne peuvent le suivre dans sa « campagne d’abolition » que les esprits faibles.

 

Au regard donc de la légèreté de l’argumentation employée par Mansour Kaba, il est légitime de se demander s’il ne fallait pas plutôt l’ignorer. Réflexion faite, il fallait au contraire le prendre au mot et surtout ouvrir le débat. Malheureusement, depuis la publication de son texte ainsi que les réactions qu’il a suscité auprès de quelques intellectuels guinéens, Mansour Kaba n’est pas revenu à la charge. Or, dans la mesure où il est l’initiateur du débat, il devrait, si sa conviction est acquise, apporter la contradiction à ceux qui nient la réalité de la situation qu’il souhaite corriger au Fouta-Djallon. A moins que la cause ne soit pas trop importante pour justifier un vrai effort intellectuel de la part de Mansour Kaba et dans ce cas il serait légitime de se demander pourquoi il a ouvert un débat qu’il ne compte pas alimenter.

 

L’autre texte concernant le Fouta-Djallon – devenu pour l’occasion Manden-Djallon – est un document interne du parti au pouvoir qui a fuité et qui manifestement vise à opposer prétendus-peulhs et prétendus-mandingues à des fins électoralistes. Le texte semble résulter d’un travail en profondeur destiné à identifier tous les « rundés » des régions de Mamou et de Labé et à les transformer en réservoirs de voix favorables au parti au pouvoir.

 

La démarche est dangereuse. On imagine aisément le type d’arguments que l’on développe dans ces « rundés » pour faire de leurs habitants des indéfectibles du pouvoir en place. En opposant ceux-ci aux autres habitants du Fouta-Djallon, on crée un risque de confrontation qui peut se réaliser au moindre incident. Le fait divers de Koulé qui a aboutit à une sanglante confrontation entre Kpélés et Koniankés est là pour nous rappeler que les masses s’enflamment facilement. Répandre une idéologie foulaphobe dans les « rundés » c’est poser une bombe à retardement qui pourrait exploser à tout moment au moindre incident. Ceux qui cherchent à conquérir des voix au Fouta de cette manière seraient bien avisés de se ressaisir au risque de porter la responsabilité historique de l’éclatement d’un conflit fratricide dans cette région.

 

Mais il revient surtout aux intellectuels du Fouta-Djallon et aux leaders à tous les niveaux, qu’ils soient prétendus-peulhs ou prétendus-mandingues, de porter le message de la fraternité dans tous les foyers de la région. Personne ne naît esclave ou esclavagiste. Ce n’est pas parce que les ancêtres des uns ont été esclavagistes et que les ancêtres des autres ont été esclaves que dans la Guinée du XXIème siècle les uns seraient les maîtres des autres. Mieux, ceux qui se considèrent peulhs et ceux que certains considèrent tels sont eux-mêmes issus du brassage des peulhs originaux et des populations majoritairement mandingues. De fait, être peulh aujourd’hui n’est pas un fait de la nature mais un fait culturel : est peulh celui qui est de culture peuhle. C’est ce message qu’il faut porter pour le bien de la Guinée.

 

S. O. Camara

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Published by BanabanaNews - dans Libre opinion
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