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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 15:31

Il y en a qui se tourmentent et qui risquent de se tourmenter pendant longtemps encore... J’ai découvert un titre quelque part dans Le Monde du 13 juillet 2009 “L’Afrique de Barack Obama face à celle de Nicolas Sarkozy “ par Philippe Bernard.

D’abord, je ne savais pas que chacun de ces deux hommes avait son “Afrique“. Et pourquoi ils en auraient une, chacun ? Parce qu’ils sont chefs de deux grandes puissances ? Bon, ce n’est pas le plus grave. Ce n’est même pas là l’expression de ce regard paternaliste sur l’Afrique qui pourrait irriter certains Africains. C’est très simple : nos chefs d’Etat n’ont qu’à posséder eux aussi, chacun sa France, ses Etats-Unis, sa Russie...pour permettre à nos journalistes d’écrire des analyses“ du même genre, avec des titres semblables.


Il y a à peine trois mois, plus précisément le 21 mai dernier, François Fillon, en visite au Cameroun, encore mal à l’aise face aux Africains, à cause des réactions qu’a provoquées le discours de Sarkozy à Dakar en juillet 2007, déclarait que ce discours avait été mal lu. Entendez : non seulement par des intellectuels africains qui l’avaient critiqué, mais aussi par des politiciens et intellectuels français (dont Bernard Kouchner ) qui le trouvaient maladroit. Il fallait, pour ces gens qui ne sont pas encore guéris du mal que les Africains leur ont causé en critiquant leur président, guetter la visite et le discours de Barack Obama en Afrique, pour faire la preuve que les présidents des deux grandes puissances sont parfaitement sur la même longueur d’ondes.

Maintenant, ça y est ! Et de pleurnicher : “ Il est tentant de voir dans le contraste entre les sifflets suscités à Dakar et les applaudissements d’Accra l’effet pervers d’une forme de politiquement correct, voire un certain racisme, qui permettrait à M. Obama de se faire mieux entendre grâce à l’invocation de son “sang africain“ et de son père kenyan“. Raccourci ? Non. Propos graves pour un journaliste ? Encore moins. Il s’agit simplement d’une blague ! Et elle est bonne, celle-là !


Comme quoi, on peut être payé par un journal comme Le Monde pour produire des blagues de ce genre, sous prétexte d’analyse. Alors, blague pour blague : la prochaine fois que Sarkozy se rendra en Afrique, il lui suffira de changer de peau et de sang pour se faire mieux entendre des Africains.


C’est certainement plus facile que de changer de discours, ce que bon nombre d’hommes, les Sarkozy, les Guaino, les Fillon... et certains journalistes, qui leur ressemblent par les idées qu’ils se font des Africains, n’arrivent toujours pas à faire. Décidément ! Alors, comment ne souffriront-ils plus d’un discours prononcé un jour de juillet 2007 à Dakar ?


Le problème est que le mal dont ils souffrent est plus profond qu’ils ne veulent se l’avouer. Il n’a pas commencé le 26 juillet 2007 à Dakar. Et il les démange de temps en temps, au point où ils avaient voulu voter une loi sur les aspects positifs de la colonisation.


La vraie différence entre Obama et Sarkozy ? C’est que Barack Obama ne souffre pas du même mal. Il n’a pas besoin de faire voter une loi pour se persuader que la colonisation avait des aspects positifs (il ne me viendrait pas par exemple à l’idée que nos enseignants français d’avant l’indépendance étaient tous des salauds du seul fait qu’ils étaient engagés par l’administration coloniale). Obama n’a pas besoin de se déclarer, comme par une sorte de conjuration, “décomplexé“ par rapport au passé colonial pour l’être réellement. Il ne voit pas le doigt des Africains pointé sur son pays comme la source de leurs malheurs...


Alors, puisqu’il ne peut souffrir de ces maux, lui, Obama, il faut lui trouver quelques bobos pour le tourmenter un peu : lui rappeler par exemple que les Etats-Unis ont longtemps trempé dans l’organisation de coups d’Etat en Afrique, soutenu des dictateurs africains, des régimes corrompus qui les arrangeaient en Afrique au cours de la période de la guerre froide... que les Américains, comme les autres Occidentaux, lorgnent les matières premières et le pétrole africains (tout comme les Chinois d’ailleurs)... Il faut même insinuer que les Africains qui applaudissent Barack Obama, après avoir martyrisé leur cher Sakozy sont des racistes. A moins de prétendre que c’est Obama lui-même qui est raciste en invoquant son sang africain, son père kenyan, en rappelant que son grand-père avait été cuisinier chez des Britanniques et que ceux-ci l’appelaient boy.


Et l’on gourmande au passage Ségolène Royal, cette mauvaise Française qui n’avait pas seulement commis un crime de lèse-majesté, mais est aussi allée à Dakar s’associer à ceux qui tourmentaient l’image de marque du président des Français, de tous les Français. On oublie simplement que Royal avait, à un moment donné, représenté plus de 46% des Français et que ses propos tenus à Dakar avaient été soutenus par les dirigeants du Parti Socialiste Français. Et l’on se détourne du vrai sens du discours d’Obama pour donner en plein dans la blague.


Circonstances atténuantes : notre analyste a-t-il peut-être simplement mal lu le discours d’Accra (non, il ne lui a pas volontairement tordu le cou en n’en retenant que ce qui l’intéresse pour sa démonstration). Finalement, c’est Fillon qui a trouvé la bonne formule que l’on peut appliquer ici en la modifiant légèrement : il y a des gens qui ont mal lu le discours de Sarkozy. Soit ! Mais, établissons ensemble la liste des gens qui lisent mal, non plus cette fois le seul discours de Dakar, un incident mineur dans l’Histoire, mais la liste de ceux qui lisent mal l’Afrique, les peuples africains, les aspirations des Africains depuis le temps des missions salvatrices et civilisatrices jusqu’au temps de la Françafrique en passant par l’Union Française : les Africains avaient-ils réellement dit qu’ils attendaient des sauveurs, des civilisateurs outre-atlantiques, des colonisateurs qui les accepteraient paternellement dans une Union Française et, aujourd’hui, des donneurs de leçon qui viendraient leur fournir les recettes pour entrer dans l’Histoire ?


Barack Obama a peut-être l’avantage, non pas de pouvoir invoquer son sang africain, mais simplement de n’avoir pas mal lu l’Afrique. La preuve, c’est que son discours à Accra ressemble bien à celui de tous les Africains conscients qui ne sont ni tendres, ni complaisants à l’égard des hommes au pouvoir qui modifient les constitutions pour s’y maintenir (hommes comme Eyadema et son fils, Bongo, Sassou N’Guesso, amis de la France...que Paris avait longtemps soutenus ), des hommes qui font des coups d’Etat, qui enrôlent des enfants dans des guerres civiles. Les dirigeants du pays que visitait Obama, ceux au pouvoir comme ceux aujourd’hui dans l’opposition pourraient tenir exactement le même discours que le président américain.


C’est d’ailleurs là la raison du choix d’Obama. “ Ici au Ghana, vous nous montrez un aspect de l’Afrique qui est toujours négligé par un monde qui ne voit que les tragédies ou la nécessité d’une aide charitable. Le peuple ghanéen a travaillé dur pour consolider la démocratie au moyen de transitions pacifiques répétées du pouvoir à la suite d’élections très serrées. À cet égard, je voudrais que la minorité mérite autant de louanges que la majorité. Grâce à une meilleure gouvernance et au rôle de la société civile, l’économie ghanéenne a enregistré un taux de croissance impressionnant“.

Voilà l’avantage d’Obama sur Sarkozy : pouvoir lire l’Afrique telle qu’elle est, sans taire les problèmes et les insuffisances, mais aussi sans besoin inutile d’humilier les Africains en ne pointant que le mauvais côté de l’Afrique. Et cet avantage-là, plus d’un le lui envient. Ce n’est pas en l’expliquant par le “sang africain“ de Barack Obama que l’on va y changer quoi que ce soit.

Je dis qu’il y a des gens qui sont malheureux. Qu’est-ce que nous pouvons faire pour les guérir de leur mal ? Les pauvres ! C’est une pauvreté de l’esprit, bien sûr. Et les Africains, sur ce plan, en dépit des dictatures, des guerres où les enfants sont enrôlés comme soldats, en dépit du sida et des autres maladies et, même s’ils doivent encore se battre pour entrer dans l’Histoire ( à supposer que ce soit le cas ), les Africains ne sont pas, ne sont plus les plus malheureux dans leurs relations avec l’Occident.


Notre analyste a peut-être dit quelque chose d’intéressant : “ Si le discours américain apparaît autrement plus crédible que celui de la France, c’est d’abord parce que les Etats-Unis restent largement ouverts à l’immigration africaine“. Peut-être lui aurait-il fallu pousser un peu plus loin l’analyse en reconnaissant que la hantise de l’invasion de la France en particulier et de l’Europe en général, par des Africains, et tout le dispositif mis en place pour lutter contre cette invasion et qui est l’une des causes de ces centaines de morts que l’on enregistre chaque semaine aux frontières européennes, relèvent proprement de la xénophobie, sinon de l’apartheid à une échelle plus grande que celui autrefois pratiqué en Afrique du Sud.


C’est là qu’il faut comprendre le vrai sens du discours d’Obama à Accra : “ Nous sommes tous les enfants de Dieu. Nous partageons tous les aspirations communes : vivre dans la paix et dans la sécurité ; avoir accès à l’éducation et à la possibilité de réussir ; aimer notre famille, notre communauté et notre foi. Voilà notre humanité commune...Dans mon pays, les Africains-Américains, dont un grand nombre d’immigrés récents, réussissent dans tous les secteurs de la société.“ Qu’est-ce qu’un tel discours a de commun avec les considérations pseudo-anthropologiques sur l’homme africain qui peinerait à entrer dans l’Histoire ?


Le vrai sens du discours d’Accra, c’est l’universalité du genre humain. Les allusions au colonialisme, à la lutte pour l’indépendance et à la nécessité pour chaque peuple de prendre en main son destin ne viennent que pour illustrer ce thème central du discours sur un nouvel humanisme, thème d’une histoire qui n’exclura aucun peuple de la planète : aucun peuple n’a jamais supporté d’être dominé, humilié, insulté, exploité par un autre. Pas plus les Français que les Ghanéens ou les Américains ; tous les êtres humains aspirent au mieux-être, où qu’ils le trouvent.


C’est un discours simple, mais clair. Et Barack Obama de marteler :“ Nous devons nous élever contre l’inhumain parmi nous“ : l’inhumain, c’est les guerres, les enfants soldats, les régimes dictatoriaux et corrompus en Afrique, mais c’est aussi les hommes qui échouent chaque jour sur des bateaux de fortune au large des côtes européennes, qui errent dans le désert à la recherche d’une entrée à l’eldorado européen et y meurent, les centres de rétention, les vols groupés de clandestins rapatriés manu militari, pieds et mains liés...


L’inhumain, c’est les barbelés électrifiés qui protègent les frontières européennes. L’inhumain, c’est la menace de guerre nucléaire. L’inhumain n’est pas qu’en Afrique. S’est-on demandé pourquoi Barack Obama a tenu à dire aux parlementaires ghanéens qu’il venait de Moscou ? “L’histoire est marche !“ a-t-il proclamé. Et le “nous“ de l’Histoire en marche n’est pas le principe d’un apartheid, mais celui d’une civilisation à laquelle les hommes participent de différentes manières, de la Russie au Ghana, du Kenya aux Etats-Unis, de l’Indonésie à l’Egypte.


Si Sarkozy dans son discours de Dakar avait projeté cette vision élargie, universelle de l’humanité et de l’Histoire dans laquelle l’homme africain prend sa place, et si les Africains étaient convaincus que ce discours-là serait appuyé par des actes conséquents, personne n’aurait pensé au sang qui circule dans ses veines, même s’il y avait fait allusion, personne ne se serait rappelé qu’il était le président d’une nation dont des ressortissants avaient pratiqué la traite négrière et la colonisation. Il aurait été entendu et applaudi, tout comme Obama.


Sénouvo Agbota Zinsou



Source : IciLome

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Published by Amdy's Blog - dans Libre opinion
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Lala 20/07/2009 18:39

Les Africains ont le droit d’applaudir et de huer qui ils veulent. Un point c’est tout. Si non à quoi leur aurait servi l’indépendance ?
Sarkozy a quelque chose d’antipathique qui tient d’abord à l’ambivalence de sa politique africaine. Côté cour, c’est l’exhortation à de nouvelles formes de relations fondées sur l’égalité et le partenariat. Côté jardin, c’est la vie dure menée aux ressortissants africains en France et aux candidats à l’émigration. Ensuite, il y a le manque de charisme que le personnage doit à une sorte de morgue débordante sur toutes les scènes et perceptible à travers une gestuelle faite de roulement d’épaules, de pointements de doigt sur son auditoire ou ses interlocuteurs du style de caïd de quartier.
A vrai dire, en France comme hors de l’Hexagone, on supporte Sarkozy seulement parce qu’il représente un grand pays pour lequel le monde a du respect pour son apport déterminant à l’évolution de la civilisation du monde.
Les Africains ont toutes les raisons de le prendre pour ce qu’il est réellement : un inconstant. Que reste-t-il de ses discours sur la Françafrique du début de son septennant ? En s’en tenant désormais au statu quo ante, il a cessé d’être pris au sérieux par les élites africaines qui, à l’image des peuples dont elles émanent, aspirent à des relations France-Afrique ré-inventées hors de tout paternalisme et fidèles à la douloureuse histoire commune.
Les Africains n’ont pas attendu le discours de Barack Obama pour savoir qu’ils doivent prendre en main leur destin. Dès leur accession à la souveraineté internationale, ils l’ont fait en créant l’OUA et par la suite nombre d’autres organisation d’intégration politique ou économique. Bien sûr que la marche vers ces objectifs est parsemée d’obstacles, de tragédies voire d’épisodes tragi-comiques. Mais les Africains ne manqueront pas de les atteindre, poussés en cela par le mouvement de l’histoire auquel ils ne sauraient se soustraire.
Merci tout de même M. Zinsou pour l’humour de votre analyse, car rire du simplisme de l’autre qui s’estime plus éveillé est quand même un avantage.