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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 18:17

Des soldats guinéens ont été impliqués dans des vols et actes de violence contre des hommes d'affaire et des citoyens ordinaires depuis l'arrivée au pouvoir d'un nouveau gouvernement à la faveur d'un coup d'Etat militaire en décembre 2008, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

Le nouveau gouvernement devrait faire cesser ces attaques et s'assurer que la police, la gendarmerie et le système judiciaire mènent des enquêtes indépendantes et engagent des poursuites contre les soldats impliqués.

 

Human Rights Watch a recueilli les récits de victimes et de témoins de 19 de ces incidents, presque tous commis par des soldats lourdement armés portant des bérets rouges et se déplaçant dans des véhicules tant civils que militaires officiels sans plaques d'immatriculation. Des groupes comptant parfois jusqu'à vingt soldats ont attaqué des bureaux, des magasins, des entrepôts, des cliniques médicales et des maisons, aussi bien en plein jour que la nuit. Ces soldats ont volé des voitures, des ordinateurs, des générateurs, des médicaments, des bijoux, de l'argent liquide, des téléphones portables, et de grandes quantités de marchandises en gros et au détail, entre autres articles. Des Guinéens et des étrangers figurent parmi les victimes. De nombreux témoins de ces incidents ont indiqué que les soldats semblaient sous l'emprise de la drogue. Nombre des victimes ont aussi été menacées ou agressées physiquement.

 

« Le coup d'Etat semble avoir déclenché une série d'exactions commises par l'armée ; l'impunité dont bénéficient ces soldats doit cesser », a déclaré Corinne Dufka, chercheuse senior pour l'Afrique de l'Ouest à Human Rights Watch. « Les leaders du coup d'Etat doivent tenir les simples soldats sous contrôle, et garantir que les responsables de ces crimes fassent immédiatement l'objet d'enquêtes et de poursuites judiciaires. »

 

Human Rights Watch a aussi documenté de multiples cas d'extorsion de la part de soldats au cours de contrôles d'identité de routine ; le viol d'une jeune fille de quinze ans commis le 31 mars par un soldat ; et plusieurs cas d'intimidation de magistrats, au cours desquels de petits groupes de soldats ont interrompu des procédures judiciaires ou ont menacé des avocats, tentant semble-t-il d'influencer le résultat des poursuites judiciaires.

 

Un groupe d'officiers militaires guinéens se désignant comme le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) s'est emparé du pouvoir le 22 décembre 2008, quelques heures seulement après la mort de Lansana Conté, président de la Guinée depuis 24 ans. Les leaders du coup d'Etat, dirigés par un président autoproclamé, le Capitaine Moussa Dadis Camara, ont rapidement suspendu la constitution du pays, et se sont engagés à organiser des élections en 2009 et à rendre le pouvoir à un gouvernement dirigé par des civils.

 

Le niveau auquel les actes documentés par Human Rights Watch ont été ordonnés ou sanctionnés par de hauts responsables de l'armée n'est pas clair. Dans certains cas de vol, les agresseurs ont annoncé qu'ils étaient en mission officielle pour le CNDD. Toutefois, il n'a été présenté à aucune des victimes de document officiel justifiant ces actions, par exemple un mandat d'arrêt ou de perquisition.

 

La plupart des actes criminels et d'intimidation de magistrats documentés par Human Rights Watch impliquaient des soldats porteurs de bérets rouges. Avant le coup d'Etat, deux divisions au sein des services de sécurité guinéens étaient habituellement pourvues de bérets rouges : le Bataillon autonome de la sécurité présidentielle, ou garde présidentielle (BASP) ; et le Bataillon autonome des troupes aéroportées (BATA), un groupe d'élite de commandos. Depuis le coup d'Etat cependant, ces deux unités et quelques autres bataillons d'élite ont été regroupés en une seule unité basée au quartier général du CNDD, au camp militaire d'Alpha Yaya Diallo. Human Rights Watch a également été informé que des soldats appartenant à d'autres divisions avaient été vus portant des bérets rouges.

 

Depuis qu'il est au pouvoir, le CNDD a mené une répression officielle contre les trafiquants de drogue, les criminels impliqués dans la production et la vente de médicaments de contrefaçon et d'anciens fonctionnaires accusés de corruption. Paradoxalement, nombre des atteintes aux droits humains documentées par Human Rights Watch semblent avoir été commises dans le contexte de cette répression.

 

Par exemple, à la suite de l'arrestation en janvier 2009 de plusieurs ressortissants chinois soupçonnés de fabriquer et de vendre de faux antibiotiques, plusieurs entreprises appartenant à des Chinois, notamment des cliniques médicales et des restaurants, et au moins une pharmacie gérée par un Guinéen, ont été dévalisées par des soldats prétendant qu'ils étaient à la recherche de médicaments de contrefaçon. Aucun des militaires impliqués dans ces opérations n'a produit de mandat de perquisition, ni n'a saisi officiellement de médicaments soupçonnés de contrefaçon. Dans trois cas documentés par Human Rights Watch, les commerçants ont été détenus arbitrairement et embarqués dans un véhicule militaire. Ils ont été dépouillés par les soldats de leur argent, de leurs téléphones portables et d'autres objets de valeur, puis ils ont reçu l'ordre de descendre des véhicules quelques kilomètres plus loin.

 

Human Rights Watch a documenté de nombreux cas dans lesquels les soldats avaient volé les citoyens guinéens habitant à proximité des domiciles ou des commerces des individus soupçonnés d'être impliqués dans le trafic de drogue. Les victimes ont raconté comment elles avaient été dépouillées par des soldats fouillant leurs maisons ou leurs commerces à la recherche de produits de contrebande que les militaires prétendaient s'y trouver. Un avocat guinéen représentant six clients demandant réparation pour effraction et vol à main armée ont indiqué que les soldats avaient fracassé des portes, détruit du mobilier et volé un générateur, sept voitures, des ordinateurs, des vêtements et de l'argent. L'avocat a déclaré à Human Rights Watch :

 

« Le combat contre le trafic de drogue est noble, mais ils s'en servent comme excuse pour agir comme des criminels de droit commun - s'emparant de véhicules, d'argent, de bijoux - qu'est-ce que tout cela a à voir avec les drogues ? Ils n'ont trouvé de la drogue chez aucun de mes clients. Il n'existe dans aucun de ces cas de plainte légitime, ou tout au moins aucune qui ait été confirmée. »

 

De nombreux autres cas d'entrée par effraction ont été similairement sans relation avec la répression. Il s'agit par exemple d'attaques contre des petits kiosques tenus par des familles et au cours desquelles les contenus ont été transférés dans des véhicules conduits par les militaires, contre des magasins le long des routes vendant des matériaux de construction, contre des domiciles privés, surtout de riches Guinéens, et contre des entrepôts contenant des produits d'importation.

 

Des militaires interrogés par Human Rights Watch ont suggéré que des individus se faisant passer pour des soldats étaient les responsables des actes criminels. Toutefois plusieurs facteurs jettent le doute sur cette affirmation. Premièrement, de nombreux témoins ont parlé à Human Rights Watch de soldats commettant des exactions en plein jour dans des lieux publics et vêtus d'uniformes militaires complets, certains portant des barrettes indiquant des grades allant jusqu'à celui de sergent. Deuxièmement, dans deux cas, des hommes d'affaires dont les voitures ont été volées sous la menace des armes par des soldats ont ensuite vu leurs voitures conduites par des hommes portant l'uniforme militaire ; dans un cas, la voiture a été vue entrant et sortant d'un camp militaire à Conakry. Troisièmement, plusieurs victimes ont assuré à Human Rights Watch avoir reconnu des soldats qu'elles savaient être des membres de l'armée. Quatrièmement, les soldats ayant commis de nombreux crimes opéraient par groupes de dix ou plus, et circulaient en petits convois de deux véhicules ou plus.

 

Selon la loi guinéenne, ce sont la gendarmerie et la police qui sont mandatées pour enquêter sur les crimes, que les coupables présumés soient des civils ou des membres de l'armée. Toutefois, les victimes ont toutes affirmé à Human Rights Watch que depuis le coup d'Etat, l'armée avait de plus en plus pris la responsabilité de certaines tâches de police, notamment des enquêtes criminelles. Les propriétaires de cinq commerces cambriolés à peu près au même moment le 16 février ont déposé plainte à la police, mais les policiers leur ont dit que depuis le coup d'Etat, ils n'étaient plus « autorisés par l'armée à mener des enquêtes ». Ils ont dit aux commerçants de déposer plainte directement auprès de l'armée.

 

Quand Human Rights Watch a demandé à des officiers de police comment ils répondaient à une vague de crimes apparemment perpétrés par des soldats dans un quartier de Conakry, les policiers ont répondu que l'armée leur avait « défendu » de conduire des patrouilles et des enquêtes ; un des policiers a raconté comment un suspect civil qu'il avait appréhendé pour l'interroger à propos d'un cambriolage au poste avait été soustrait à la police pour être placé dans un véhicule militaire et emmené pour interrogatoire dans un camp militaire. Une autre victime a rapporté à Human Rights Watch qu'après s'être plaint auprès de la police, ils lui avaient dit que s'il voulait que justice soit rendue, il faudrait qu'il dépose plainte auprès de l'armée ou qu'il dénonce les faits à la radio. Pourtant une autre victime a déposé plainte au poste de police local et ensuite au bureau de la direction de la police judiciaire chargé des enquêtes criminelles, qui est sous l'autorité du procureur. Dans les deux cas, elle a été redirigée vers l'armée.

 

Cinq victimes interrogées par Human Rights Watch avaient déposé des plaintes auprès des autorités militaires, demandant une enquête officielle sur ce qu'elles affirmaient être des actes criminels commis par des soldats. Aucune enquête n'a été menée pour donner suite à ces affaires. L'une des victimes s'est rendue cinq fois au camp militaire pour réclamer une enquête, et a déploré : « Je suis allé au camp [militaire] et j'ai rappelé à maintes reprises, mais pas une fois je n'ai eu de nouvelles. L'affaire ne va nulle part. »

 

Le seul cas documenté par Human Rights Watch où il y a eu une action de l'armée concernait le viol de la jeune fille de quinze ans. Selon des membres de la famille et des dirigeants communautaires, l'officier supérieur du soldat accusé a rendu visite à la famille et a fait en sorte de régler l'affaire en dehors du tribunal. Le soldat a été incarcéré plusieurs jours au camp militaire. La famille a décidé de ne pas déposer plainte auprès de la police après que l'armée ait accepté de payer les frais médicaux de la jeune fille.

 

Selon l'article 14 de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, le gouvernement guinéen a l'obligation de protéger le droit à la propriété, ce qui comprend la garantie que des autorités de l'Etat (y compris l'armée) ne saisissent pas de biens arbitrairement et sans compensation.

 

« Le devoir de l'armée est de protéger le peuple guinéen et de garantir sa sécurité, et non de profiter de lui. L'anarchie qui transparait dans ces exactions n'a aucune excuse », a insisté Corinne Dufka. « L'armée devrait faire cesser les exactions et permettre à la police, à la gendarmerie et au système judiciaire de faire régner l'Etat de droit. »

 

Récits faits par des victimes et des témoins des exactions commises par des éléments de l'armée guinéenne à Conakry.

 

Exactions commises sous le prétexte de la répression contre le trafic de drogue, la contrefaçon de médicaments et la corruption :

 

Le propriétaire et directeur guinéen d'une société de transport a raconté le vol de sa voiture et d'autres biens le 15 février par une douzaine de soldats en uniforme prétendant chercher de la drogue. Il a indiqué que les soldats, qui sentaient l'alcool, étaient lourdement armés et que plusieurs étaient bardés de cartouchières :

 

« Ils sont arrivés dans un pickup Nissan sans plaques d'immatriculation. Ils m'ont dit qu'ils étaient en mission avec l'ordre du CNDD de récupérer les 4x4 que je cachais pour le leader d'un parti d'opposition guinéen. Certains des Bérets rouges m'ont accusé de cacher de la drogue et des armes. Je leur ai dit que je n'étais pas un militaire et donc que je n'avais pas d'armes, mais ils ont fouillé l'entrepôt et vandalisé le bureau de ma secrétaire et le mien. Je ne cache rien. Ils ne m'ont pas dit leur nom, mais j'ai remarqué qu'ils s'adressaient à l'un d'entre eux en lui disant ‘Excellence.' J'ai demandé un ordre de mission, mais ils ont dit qu'ils n'en avaient pas, que les ordres de mission sont des bêtises. Ils disaient : ‘Vous n'avez pas vu le genre de véhicule dans lequel nous sommes venus ? 'Les militaires ont menacé mes employés et leur ont dit de se coucher par terre, à plat ventre. Ils leur disaient : ‘Vous ne sortirez pas d'ici vivants' et ‘Rien ne sortira d'ici.' Ils n'ont trouvé ni drogue ni armes, mais ils ont pris deux ordinateurs, ma voiture personnelle, et une importante somme d'argent. Plusieurs personnes m'ont dit avoir vu ma voiture conduite à travers la ville par un militaire. »

 

Une Guinéenne qui réside à côté d'un groupe de Nigérians qui seraient soupçonnés d'être impliqués dans le trafic de drogue a été volée à deux reprises par des soldats. La première fois, ils ont prétendu être à la recherche de Nigérians. Elle a fait le récit des incidents qui se sont déroulés le 25 février et le 13 mars :

 

« La première nuit, ils m'ont réveillée en escaladant les murs de ma résidence. Ils m'ont demandé s'il y avait des Nigérians cachés et ils ont fouillé ma maison. Ils n'avaient pas de mandat de perquisition. Ils se sont excusés et sont partis. Je me suis rendue compte plus tard que mon téléphone portable avait disparu. Puis le 13 mars, huit Bérets rouges lourdement armés sont revenus chez moi à 10 heures du soir. Je n'étais pas là, mais ma tante m'a raconté ce qui s'était passé. Les soldats ont menacé de tirer si ma tante n'ouvrait pas la porte, alors elle les a laissés entrer. Quand ma tante leur a demandé pourquoi ils étaient là puisqu'ils n'avaient rien trouvé la première fois, ils lui ont crié de se taire. Ils ont pris un sac à dos noir avec un ordinateur portable, 3 millions de francs guinéens [environ 450 euros], et des bijoux. Cette fois, ce n'était évidemment pas une erreur comme la première fois qu'ils étaient venus. A cause de ces visites, j'ai décidé de déménager de ma maison. »

 

Le propriétaire d'une clinique médicale dévalisée par des soldats à 13h le 26 janvier a décrit ce qui s'était passé au cours d'une attaque contre sa clinique :

 

« Mon frère et moi sommes des médecins chinois et nous dirigeons une clinique à Conakry. Les soldats sont arrivés dans un pickup gris et trois motos. Ils étaient huit et portaient tous des bérets rouges. Trois d'entre eux avaient des fusils et ils portaient tous des uniformes de camouflage. Ils sont entrés en disant qu'ils cherchaient de faux médicaments, mais ils ont parcouru toute la maison et ont volé beaucoup de choses, dont deux machines pour faire des diagnostics médicaux, deux téléphones portables, 3 millions de francs guinéens [environ 450 euros], 3 000 dollars américains [2 250 euros], un poste de télé et un [lecteur] DVD, et des sacs contenant tous nos vêtements. Ils ont même ouvert le congélateur et volé la viande qui s'y trouvait ! Ils ont aussi volé la voiture [de mon frère] - nous ne l'avons pas encore retrouvée. Ils n'ont pris aucun médicament ; ils sont venus pour voler. [Mon frère] a été emmené dans la voiture par les soldats, comme s'ils allaient l'arrêter, mais ils l'ont ensuite laissé partir - arrêté la voiture et lui ont dit de sortir. Beaucoup de gens du voisinage avaient l'habitude de venir à la clinique, mais pour le moment nous sommes fermés. »

 

Un propriétaire de restaurant qui a été volé au beau milieu de la journée fin janvier a raconté ce qui s'était passé :

 

« Vers 3 heures de l'après-midi, 10 soldats sont arrivés au restaurant ; ils portaient des uniformes de soldats et plusieurs d'entre eux avaient des fusils. En entrant, ils ont donné des coups de pied dans la porte, ont pointé leurs fusils sur moi et m'ont frappé au ventre. Ils ont dit qu'ils cherchaient de faux médicaments, que c'était nous les Chinois qui les vendions. Je leur ai dit que c'était un restaurant chinois ! Qu'est-ce que nous avons à voir avec des médicaments ? Je leur ai même dit qu'ils pouvaient vérifier, sachant qu'ils ne trouveraient rien de cela chez nous. Ils ont volé plusieurs téléphones, pris deux cartons de bière et des affaires personnelles, entre autres nos vêtements. Ils étaient très agressifs. »

 

Un commerçant guinéen dont la pharmacie a été dévalisée par 10 soldats le 28 janvier a raconté à Human Rights Watch ce qui s'était passé :

 

« A 2 heures de l'après-midi, j'étais dans ma pharmacie lorsque 10 Bérets rouges ont fait irruption disant qu'ils voulaient vérifier si les médicaments dans ma pharmacie étaient faux. Ils prétendaient regarder les médicaments, mais ensuite ils sont allés tout droit au petit coffre-fort que j'ai dans un coin. Ils l'ont fracturé et ont volé les 50 millions de francs guinéens [environ 7 700 euros] qu'il contenait. Ils sont arrivés dans un pickup militaire vert sans plaques d'immatriculation. Après avoir volé l'argent, ils m'ont emmené avec eux, comme si c'était moi qui avais fait quelque chose de mal. Ils m'ont poussé dans la voiture, mais m'ont relâché quelques kilomètres plus loin sur la route. Ils voulaient que ça ressemble à une véritable opération mais ils voulaient juste voler l'argent - ils n'ont même pas emporté de médicaments avec eux ! »

 

Exactions contre des juges et des avocats

 

Human Rights Watch s'est entretenu avec un juge à Conakry qui a relaté une tentative d'intimidation faite par six soldats pour qu'il modifie une décision judiciaire qu'il avait prise dans un litige civil opposant deux femmes d'affaires, dont l'une avait un proche dans l'armée. L'incident a eu lieu le 17 février :

 

« Le jour en question, je devais rendre la décision officielle dans une affaire civile opposant deux femmes d'affaires. Tout à coup, six soldats sont entrés dans la salle du tribunal. Pour moi, il semblait que la femme dont le proche était soldat avait organisé l'intervention des Bérets rouges pour son compte. Ils étaient armés, et portaient des bérets rouges. J'ai déclaré : ‘Vous n'avez rien à voir avec cette procédure - j'ai rendu une décision judiciaire qui est totalement indépendante de l'armée !' Ils se sont mis très en colère et l'un d'eux a répliqué : ‘Les choses ont changé ; vous devez changer cette décision.' Ils ont menacé de faire en sorte que je sois déchu de mes fonctions - ils ont dit que c'étaient eux qui avaient le pouvoir maintenant. Je suis resté ferme et ils ont fini par s'en aller. »

 

Un avocat a décrit la façon dont le 23 février, deux soldats armés agissant semble-t-il pour le compte d'un plaignant - un général à la retraite - ont tenté d'intimider le juge qui présidait l'affaire :

 

« Ce jour-là, j'étais au tribunal pour représenter un client indigent. Au même moment, il y avait une affaire civile qui passait en jugement - un litige à propos d'argent - entre un général à la retraite et un autre homme. L'avocat du général faisait pression pour que le jugement soit rendu ce jour-là, mais l'avocat de l'autre homme lui, faisait pression pour que l'affaire soit reportée en invoquant un détail technique, à savoir que le deuxième homme n'avait pas été cité à comparaître en bonne et due forme. Peu après, deux soldats armés sont entrés dans la salle. Ils ont paradé avec leurs longs fusils en parcourant la salle de tribunal pendant 10 à 15 minutes. Quand l'avocat de l'homme a vu cela, il a abandonné la salle et je l'ai remplacé. Les soldats n'ont pas pointé directement leur fusil sur le juge, mais leur présence était réellement terrifiante pour tout le monde. Il était évident que le juge avait peur, mais à la fin, le juge a tenu bon et a reporté l'affaire. Quand le général a entendu ça, il s'est mis à hurler des insultes au juge et à moi ! Il a dit : ‘Si vous faites ça, vous verrez ce que nous ferons.' J'avais très peur. Quand nous sommes sortis du tribunal, j'ai vu cinq à sept soldats, tous avec des bérets rouges, dans un véhicule sans plaques d'immatriculation. »

 

Divers actes criminels commis par des membres de l'armée

 

Le garde de sécurité non armé de la résidence d'un riche homme d'affaires guinéen a raconté le vol commis par une dizaine de soldats le 13 mars :

 

« J'étais assis dehors avec quelques amis. C'était à peu près 9 heures du soir. Nous avons entendu une voiture s'arrêter, puis une dizaine d'entre eux - portant tous des tenues de camouflage, des bérets rouges et de longs fusils - ont fait irruption à la porte de la résidence. Ils sont arrivés dans un pickup blanc qu'ils ont garé devant notre portail - il n'avait pas de plaques d'immatriculation. L'un d'entre eux avait une barrette sur son uniforme - je crois que c'était un sergent ; et j'en ai reconnu un autre - je l'avais vu dans Conakry en uniforme. Ils sont entrés en pointant leurs fusils sur nous ; l'un d'eux a crié à la femme du propriétaire de lui donner les clefs de leur voiture. Elle leur a répondu que son mari n'était pas là et que c'était lui qui avait les clefs de la voiture. Ils se sont mis en colère et sont entrés dans la maison pour chercher la clef. Ils ont trouvé son sac, l'ont fouillé et ont fini par trouver la clef. Pendant que l'un d'eux montait dans la voiture, les autres cherchaient des choses à voler. Ils ont pris deux ordinateurs, trois téléphones, un générateur 2 KVA, des bijoux et de l'argent - environ 500 000 CFA [750 euros]. Ils buvaient - leur haleine sentait l'alcool. »

 

Un homme d'affaires guinéen a raconté le vol par un groupe de soldats de 50 cartons de vin rouge qu'il avait récemment importé d'Europe. Il a expliqué comment quelques jours après le vol, il a vu et photographié les marchandises volées en vente dans un magasin juste devant le camp militaire d'Alpha Yaya Diallo :

 

« Le 8 janvier vers 6 heures du soir, 10 Bérets rouges - tous en uniformes et armés - sont arrivés chez moi dans un pickup. Ils sont entrés dans la maison et ont demandé à mon frère la clef du conteneur. Il ne voulait pas la leur donner, mais ils l'ont frappé et il a fini par leur donner la clef. Ils ont alors volé les 50 cartons de vin. Auparavant, j'avais pris contact avec un magasin juste devant le camp d'Alpha Yaya et je leur avais demandé s'ils voudraient vendre mon vin ; il [le magasin] appartient à un gendarme. J'ai laissé une bouteille comme échantillon pour qu'ils puissent l'essayer. J'avais la sensation que le vin volé se trouvait là et après le vol j'y suis allé, et oui, le vin était dans ce magasin ! J'ai pris des photos de mon vin, dont j'ai pensé qu'elles pourraient être utilisées comme preuve. J'ai demandé aux gens où ils avaient trouvé le vin et ils ont dit que les soldats étaient venus quelques jours plus tôt leur demander s'ils voulaient acheter le vin. J'ai apporté les photos à la police et à un gendarme, qui m'ont donné un document m'autorisant à reprendre possession du vin, mais la deuxième fois que je suis retourné au magasin, tout le vin avait disparu. Je me suis adressé à l'armée plusieurs fois pour régler ce problème, mais pour le moment je n'ai pas eu de chance. »

 

Recommandations


Human Rights Watch exhorte le gouvernement guinéen à entreprendre les actions suivantes :

 

Reconnaître et condamner publiquement les atteintes aux droits humains - notamment les vols à main armée, les extorsions, le viol et autres violences - commises depuis le coup d'Etat du mois de décembre en 2008 par des membres de l'armée.

 

Donner des instructions publiques claires à tous les membres du personnel militaire pour cesser de commettre des exactions et pour garantir que leurs actions n'outrepassent pas leur mandat.

 

Demander une enquête menée par les autorités légalement compétentes sur tous les soldats soupçonnés d'avoir perpétré des atteintes aux droits humains. Demander que soient poursuivis en justice tous ceux contre lesquels il existe des preuves suffisantes, en accord avec les normes internationales de procès équitable.

 

Encourager le travail des institutions légalement mandatées pour mener des enquêtes criminelles et engager des poursuites - la police, la gendarmerie, et le système judiciaire.

 

Garantir que les victimes de vol à main armée, d'extorsion, de viol et d'autres exactions commises par des membres de l'armée soient correctement et rapidement indemnisées.

 

Au Groupe international de contact sur la Guinée :

 

Exprimer sa préoccupation relative aux atteintes aux droits humains actuelles et au manque de devoir de rendre des comptes de leurs actes de la part des membres des services de sécurité guinéens.

 

Exhorter les chefs du gouvernement à prendre des mesures concrètes pour faire cesser les exactions commises par l'armée guinéenne.

 

Exhorter les chefs du gouvernement à exiger des comptes en accord avec les normes internationales de procès équitable aux soldats contre lesquels existent des preuves suffisantes des exactions commises.

 

Encourager le travail des institutions de l'Etat de droit - notamment la police, la gendarmerie et le système judiciaire - et leur fonctionnement en accord avec les normes internationales de procès équitable.

 

Source : www.hrw.org

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Published by Amdy's Blog - dans Droits humains
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